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Serviam remercie vivement la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre de son aimable accord de reproduction en ligne de la remarquable étude qui est présentée ici et qui a été publiée dans le numéro 88 ( Mai-Juillet ) de la revue " Tu es Petrus " ( abonnements Tu es Petrus - Maison ND du Rosaire, F89 150 Brannay )
Le tombeau et les reliques de Saint Pierre
par Maffeo Barberini
Introduction
L'autorité du pape est fondée sur le fait que le souverain pontife, évêque de Rome, est le successeur de Saint Pierre. Depuis des siècles, les pèlerins se succèdent à Rome pour, comme on le disait jadis, videre Petrum : voir Pierre. Cette filiation pétrinienne s'appuie sur la tradition selon laquelle le Prince des Apôtres est venu s'établir à Rome et y est mort martyr lors des persécutions de Néron. Elle s'appuie également sur la présence des restes de Saint Pierre au Vatican, en un lieu sur lequel fut construite la basilique qui est encore aujourd'hui le coeur vivant de la catholicité.
La présence et le martyre de Saint Pierre à Rome ne font guère de doutes. On possède plusieurs sources écrites à ce sujet : Ignace d'Antioche, Irénée de Lyon, le Liber Pontificalis... Une source particulièrement intéressante est une lettre écrite par Gaius, un prêtre qui vivait au temps du pape Zéphyrin (199-217), et adressée au montaniste Proclus. Celui-ci prétendait que les églises d'Asie étaient supérieures à celles de Rome, de par les reliques insignes qu'elles possédaient. Gaius lui répondit en l'invitant ironiquement à venir voir, au Vatican et sur la via Ostiense, les trophées des apôtres (vraisemblablement Pierre et Paul) qui ont fondé l'Eglise de Rome. La lettre de Gaius est citée par Eusèbe dans son Histoire Ecclésiastique (XXV 6-77).
Les preuves matérielles ont par contre longtemps fait défaut. Certes, plusieurs lieux saints romains sont consacrés à Saint Pierre : l'église de Saint-Pierre-aux-Liens qui conserve les chaînes censées avoir entravé l'Apôtre en prison, l'église du Quo Vadis, la prison Mamertine sur le Forum (lieu supposé de son incarcération), l'église San Pietro in Montorio sur le Janicule que l'on pensait autrefois être bâtie sur le lieu de son martyre. Mais toutes ces pieuses traditions ne constituaient pas des preuves suffisantes, et le sort des reliques de Saint Pierre depuis son martyre en l'an 64 ou 67 est resté enveloppé d'un profond brouillard.
Les études sur ce sujet ont été relancées au XXe siècle lors des fouilles archéologiques réalisées au Vatican. Le but de cet article est d'en présenter brièvement les résultats, sans entrer dans le détail des questions disputées et des points non encore résolus, et en s'appuyant particulièrement sur les publications de Jérôme Carcopino (1881-1970), membre de l'Académie Française (1955) et spécialiste de la Rome antique. Les ouvrages de Jérôme Carcopino, bien qu'ils datent de près d'un demi-siècle, contiennent en effet nombre de considérations intéressantes, et qui sont encore valables aujourd'hui. Cependant, pour l'analyse des faits survenus plus récemment, on pourra se reporter utilement au livre de Colette Bavoillot-Laussade (cf. bibliographie).
1 : Vingt siècles d'histoire
L'intérêt des travaux de Jérôme Carcopino est d'avoir passé au crible toutes les données archéologiques disponibles, sans aucun a priori idéologique : ni rejet systématique des pieuses traditions, ni crédulité aveugle vis-à-vis de ces mêmes sources. Cette méthodologie lui a permis de tenter de reconstituer l'historique du tombeau et des reliques de Saint Pierre. Cette ébauche d'historique est certainement partielle et, pour les époques les plus anciennes, sujette à discussion. Mais elle constitue un intéressant document de travail dont le sérieux ne peut être mis en doute. En voici les principales étapes, résumées sous la forme d'une chronologie en dix épisodes :
1. Entre 69 et 95 (sous les Flaviens), les reliques de Saint Pierre sont enterrées dans la nécropole vaticane, vraisemblablement sous le pontificat de Lin ou Anaclet. Ce cimetière était situé à proximité du cirque de Néron, un hippodrome construit au Vatican par Caligula, long d'environ 590 mètres, large d'environ 95 mètres, et qui est le lieu supposé du martyre de l'Apôtre .
2. Entre 161 et 172 (un 29 juin ?), érection d'un monument, appelé le trophée de Gaius en référence à la lettre précitée .
3. En 258 (le 22 février ?), translation ad Catacumbas. Devant la violence de la persécution de Valérien, au cours de laquelle furent martyrisés, entre autres, le pape Sixte II et le diacre Laurent, les chrétiens décident de mettre les reliques des Apôtres Pierre et Paul à l'abri des profanations, dans la catacombe de Saint-Sébastien, sur la via Appia .
4. Le 18 janvier 336 (un an avant la mort de Constantin), retour des reliques au Vatican.
5. Construction de la basilique constantinienne. Elle aurait débuté en 322 (le 18 novembre ?). La basilique fut sans doute consacrée en 350 (également le 18 novembre ?). Elle ne fut en tout cas terminée que sous le règne de Constant, le fils de Constantin, car on a retrouvé des briques estampillées à son nom. Dans cette basilique, on érige au-dessus du tombeau de l'Apôtre une memoria sans autel, décorée de marbre et de porphyre, et surmontée d'un baldaquin à colonnes.
6. Saint Grégoire le Grand (pape de 590 à 604) modifie le choeur pour permettre aux fidèles de venir au plus près du tombeau de l'Apôtre. Il surélève le pavement du presbyterium, arase la Confession constantinienne et lui superpose un entablement sur lequel il place l'autel majeur. Il creuse également une crypte semi-circulaire avec un couloir qui, d'est en ouest, permet d'accéder au tombeau. Au bout de ce couloir, il érige un autre autel dit ad caput, à la tête de la tombe.
7. En 846, sous le pontificat de Serge II, invasion et pillage de la basilique par les Sarrasins. Saint Léon IV, successeur de Serge II, fait ériger un rempart autour du Vatican : la muraille léonine.
8. Devant l'état de délabrement de la basilique constantinienne , Jules II (pape de 1503 à 1513) décide la construction d'une nouvelle basilique. Il en pose la première pierre le 18 avril 1506. Les travaux dureront plus d'un siècle, et plusieurs architectes se succèderont : Bramante, Michel-Ange, Maderno, le Bernin. A l'emplacement du couloir creusé par Saint Grégoire le Grand, on aménage une chapelle, la chapelle Clémentine, du nom du pape Clément VIII . La nouvelle basilique sera consacrée par Urbain VIII le 18 novembre 1626.
9. En 1594, on procède à l'aménagement du nouvel autel papal. Au cours des travaux, les ouvriers dégagent une ouverture et aperçoivent une croix d'or, dont ils supposent qu'elle surmonte le sépulcre de l'Apôtre. Mais Clément VIII, venu constater la chose, fait reboucher le trou par du mortier en sa présence. La croix d'or ne sera jamais retrouvée.
10. En 1939, le pape Pie XI meurt, après avoir demandé à être enterré dans les Grottes Vaticanes, le plus près possible du tombeau de Saint Pierre. Au cours des travaux de construction de son tombeau, on découvre des vestiges anciens. Le nouveau pape, Pie XII, ordonne alors de procéder à des recherches archéologiques, qui vont durer plus de dix ans.
2 : Le résultat des fouilles archéologiques
Les fouilles décidées par Pie XII, et dont les résultats ont été publiés dans les années 50 , ont permis de retrouver une grande partie de la nécropole vaticane. Les résultats obtenus sont d'autant plus spectaculaires que ces fouilles, effectuées sous la basilique Saint-Pierre, furent extrêmement délicates à mener, puisqu'il fallait à tout moment s'assurer qu'elles ne mettaient pas en danger la stabilité de l'édifice.
A la verticale de l'actuel autel papal de Saint-Pierre, en bordure d'une parcelle de sept mètres sur quatre appelée par les archéologues champ P, on a mis au jour entre 1940 et 1942 les restes présumés du trophée de Gaius : deux colonnettes de marbre de 1,18 m de hauteur, qui soutenaient une plaque de travertin. Ce petit monument était adossé à un mur, dénommé le mur rouge car on y a retrouvé les traces d'un enduit de cette couleur. Les deux colonnettes étaient situées à environ 0,70 m du mur.
Le mur rouge, qui date de Marc-Aurèle (161-180), est haut de 2,45 m et épais de 60 cm. Dans son épaisseur ont été pratiquées deux niches (N2 et N3). Il existe également une troisième cavité (N1) ,
Dans le même temps, on a dégagé un autre mur, dit mur g ou mur des graffitis, qui est perpendiculaire au mur rouge, à une vingtaine de centimètres de l'extrémité Nord du trophée. Ce mur g, long de 85 cm et épais de 55 cm , a été érigé postérieurement au mur rouge, à une date qui reste indéterminée (à la fin du IIe siècle ou dans le courant du IIIe siècle). Il semble que, le mur rouge s'étant fissuré, on ait construit le mur g comme contrefort, afin de stabiliser le terrain. Symétriquement au mur g, on a retrouvé un autre mur, le mur s, long de 1 m et épais de 23 cm, situé à une vingtaine de centimètres de l'extrémité Sud du trophée. On peut voir sur le côté nord du mur g une multitude de graffitis, d'où son nom.
Dans l'épaisseur du mur g avait été creusée une cachette de 77 x 29 cm, haute d'environ 32 cm. A l'intérieur de ce loculus, paré de plaques de marbre, on a découvert des ossements humains mêlés à de la terre, ainsi que des fragments de tissus, une pièce de monnaie médiévale et divers débris. Dans un premier temps, on ne prêta pas attention aux ossements trouvés dans le loculus, car on se concentrait sur le trophée lui-même. On se contenta donc de les ranger dans une caisse, elle-même entreposée dans un local annexe des Grottes Vaticanes. C'est une archéologue italienne, Margherita Guarducci (1902-1999), titulaire de la chaire d'épigraphie grecque à l'université de Rome, qui les retrouva en 1953. Elle les fit analyser, ainsi que les ossements de la niche N1, par le professeur Venerando Correnti, professeur d'anthropologie à l'université de Palerme. Ces analyses se prolongèrent sur plusieurs années, entre 1956 et 1963, et les résultats en furent publiés en 1965 : ils concluaient qu'on pouvait reconnaître les ossements de Saint Pierre, non pas dans ceux de la niche N1, mais dans ceux du loculus du mur g.
3 : La question de l'authenticité des reliques
Avant même de connaître les résultats de ces analyses, Jérôme Carcopino pouvait énumérer un certain nombre de faits qui, selon lui, corroborent l'inhumation de saint Pierre dans la nécropole vaticane, ainsi que l'authenticité des reliques découvertes dans le loculus :
Les chrétiens répugnaient à se faire enterrer dans les cimetières païens. Or, dans la nécropole vaticane, on a retrouvé des tombes chrétiennes, y compris dans des mausolées d'origine païenne. Comme si certains chrétiens avaient absolument tenu à être inhumés à cet endroit.
Les premières catacombes chrétiennes datent des années 100 à 150. Ceci explique pourquoi Saint Pierre a été enterré dans une nécropole « classique », et non pas dans une catacombe. Ceci renforce également le point précédent, car certaines tombes chrétiennes de la nécropole vaticane sont postérieures à 150 : pourquoi ces chrétiens ont-ils été inhumés dans cette nécropole alors qu'ils auraient pu l'être dans une catacombe chrétienne ?
Les fondations du mur rouge ont été faites sans se soucier des tombes environnantes. Elles en endommagent plusieurs, et en coupent même certaines en deux. Seule l'une d'entre elles est épargnée, car le mur la contourne : c'est précisément celle qui se trouve sous le trophée.
La basilique constantinienne a été construite à flanc de coteau, avec un dénivelé de dix mètres compensé par d'énormes murs de soutènement, sur une colline rongée par les infiltrations d'eau. Elle a nécessité des travaux de terrassement colossaux, qui ont dévasté une partie de la nécropole. Pourquoi cet acharnement à construire un édifice gigantesque en un lieu aussi défavorable ?
Diverses sources (Liber Pontificalis, De Viris Illustribus de Saint Jérôme) situent la tombe à proximité de la Voie Triomphale et de la Voie Cornélienne, et sur la Voie Aurélienne. Or, l'intersection de ces trois routes se trouve à l'emplacement de la basilique Saint-Pierre.
Le Liber Pontificalis affirme par deux fois que Saint Pierre est enseveli « in templum Apollinis ». Or, on a découvert dans la nécropole vaticane une mosaïque du Christ-Soleil, semblable à un Apollon. De plus, le Liber Pontificalis précise que la tombe de Saint Pierre se trouve au Vatican.
On conserve au Latran un reliquaire, censé contenir le chef de Saint Pierre, c'est-à-dire son crâne. Celui-ci ne peut évidemment pas se trouver en deux endroits différents. Mais d'après un inventaire fait sous le pontificat de Pie VII (1800-1823), le reliquaire du Latran ne contenait que « quelques fragments d'os et des dents ». Carcopino précise que ces quelques fragments d'os proviennent de l'occiput et de la mâchoire, deux parties du crâne absentes des ossements découverts dans le loculus. Une analyse de ces reliques, faite dans les années 60 à la demande de Mme Guarducci, a confirmé ces conclusions.
D'après Jérôme Carcopino, c'est Saint Grégoire le Grand qui, à la suite des invasions gothiques du VIe siècle et des désordres que ces invasions occasionnèrent, aurait décidé de mettre les reliques à l'abri dans le loculus. Carcopino suppose également qu'une partie importante des ossements qui restaient fut dispersée lors du pillage de 846.
La conclusion de Carcopino est la suivante : sans qu'on puisse l'affirmer avec une certitude absolue, « il est extrêmement probable que les ossements de la cachette constituent les reliques du Prince des Apôtres » (t. II, p. 27).
On remarquera que Carcopino, au moment de se prononcer sur l'authenticité des reliques, et bien qu'il semble personnellement enclin à conclure par l'affirmative, nuance légèrement son propos. Cette nuance est bien compréhensible, puisqu'on ne possède pas de preuve positive et indubitable de l'authenticité des reliques. Elle s'oppose cependant aux conclusions de Margherita Guarducci, l'archéologue qui retrouva les ossements du loculus. Mme Guarducci affirma de façon retentissante dans la presse, ainsi que dans plusieurs livres « grand public », que l'authenticité de ces ossements ne faisait rigoureusement aucun doute.
Les affirmations de Mme Guarducci s'appuyaient sur divers faits :
l'analyse des ossements du loculus montra qu'ils appartenaient à un seul individu, de sexe masculin, de constitution robuste, âgé de 60 à 70 ans .
la terre à laquelle étaient mêlés ces ossements est du même type que celle qui se trouve devant le trophée de Gaius.
es fragments de tissus trouvés avec ces ossements proviennent d'un tissu précieux, de couleur pourpre et brodé de fils d'or. Un tel tissu ne peut avoir servi qu'à envelopper les restes d'un personnage illustre.
on observe sur les ossements des traces colorées, attribuées au tissu en question.
les ossements de la niche N1, eux, proviennent de trois individus différents. Le squelette le plus représenté est celui d'une femme âgée.
Jérôme Carcopino, lui, ne parle pas de l'analyse des ossements ni du tissu, analyse dont les résultats semblent avoir été publiés après la parution de ses deux livres. Pour lui, un raisonnement scientifique, fondé sur le dépouillement des données archéologiques et historiques disponibles, et exempt de toute dérive rationaliste ou piétiste, suffit pour conclure à l'authenticité. La nuance qu'il apporte s'explique aisément : d'un point de vue scientifique, il n'existe pas de preuve positive, irréfutable. Certes, l'accumulation d'indices favorables laisse peu de place à d'autres hypothèses, mais seule la foi peut combler ce manque et permettre de dire : oui, les reliques trouvées dans le loculus sont bien celles de Saint Pierre. Même si elles ne permettent pas une conclusion scientifique définitive, toutes ces données sont cependant suffisantes pour nourrir la prière du pèlerin, pour l'aider à méditer sur le mystère de l'Eglise et à s'approcher spirituellement de l'Apôtre.
A l'inverse, l'analyse du contenu du loculus, ainsi que le graffiti du mur rouge, constituaient pour Mme Guarducci des preuves irréfutables. Ce raisonnement, et la passion avec laquelle elle abordait ce sujet, l'amena à répliquer de la manière la plus cinglante à ses contradicteurs, fussent-ils des spécialistes mondialement reconnus. Et malheureusement, les violentes polémiques provoquées par ses déclarations envenimèrent le débat à tel point qu'aujourd'hui encore cette question est considérée par beaucoup comme una patata bollente . Certains ouvrages de référence, comme le monumental Saint-Pierre de Rome paru début 2000 aux éditions Citadelles et Mazenod, n'évoquent même pas la découverte des ossements.
Il n'en reste pas moins que l'histoire de la découverte du tombeau de Saint Pierre constitue l'une des aventures archéologiques les plus palpitantes du siècle dernier, qui ne peut que renforcer le prestige du Vatican et de la papauté comme centre et fondement de l'Eglise.
4 : Aujourd'hui
Le 27 juin 1968, Paul VI fit remettre les reliques à l'emplacement où elles avaient séjourné pendant des siècles sous l'autel, au creux du mur g. Les ossements, répartis en une vingtaine de boîtes de plexiglas, furent placés à l'intérieur du loculus. La cérémonie se déroula très sobrement, en présence d'une dizaine de personnes, dont le cardinal Paolo Marella (1895-1984), archiprêtre de la basilique vaticane, mais en l'absence du pape.
De nos jours, le pèlerin qui visite la basilique Saint-Pierre peut descendre dans les Grottes Vaticanes par un escalier situé près de l'un des quatre piliers de la coupole. Après être passé devant plusieurs chapelles, dont la chapelle Clémentine qui est la plus proche du tombeau de Saint Pierre, il arrive devant la confession. Là, il peut admirer la niche des palliums, du nom de l'écharpe de laine blanche, parsemée de croix noires, que le pape remet chaque année aux nouveaux archevêques métropolitains. Les palliums sont conservés dans cette niche, dans une cassette de métal précieux, surplombée par une mosaïque du IXe siècle qui représente le Christ en majesté. Dans le mur gauche de cette niche, on a incorporé la colonnette sud du trophée de Gaius. A droite, une lampe blanche signale l'emplacement du mur g, situé juste derrière, et des insignes reliques qu'il contient. L'ensemble de ces structures est dissymétrique, puisqu'elles sont centrées sur le trophée de Gaius, mais qu'elles recouvrent également le mur g.
C'est donc derrière ce luxueux décor que se trouve le trophée de Gaius : quelques murs, d'humbles vestiges, cachés aux yeux des visiteurs, mais qui recèlent sans doute les derniers restes de celui à qui Jésus-Christ dit un jour : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ».
Annexe 1 : le point de vue de l'Eglise
En 1942, Pie XII déclare : saxa loquuntur (« les pierres parlent »). Lors de son message de Noël 1950, il annonce la découverte du tombeau de Saint Pierre :
La question essentielle est la suivante : a-t-on retrouvé la tombe de Saint Pierre ? A cette question, la réponse est sans aucun doute : oui, la tombe du Prince des Apôtres a été retrouvée. C'est la conclusion finale des travaux et des études de ces dernières années. Une deuxième question, subordonnée à la première, concerne les reliques du saint : ont-elles été retrouvées ? Au bord du sépulcre, on a découvert des restes d'ossements humains. Toutefois, il est impossible de prouver avec certitude qu'ils appartiennent à la dépouille mortelle de l'Apôtre. Cela laisse cependant intacte la réalité historique de la tombe elle-même. La gigantesque coupole développe sa courbe exactement sur le sépulcre du premier Evêque de Rome, du premier Pape.
A la suite de la « redécouverte » des ossements du loculus, et de leur analyse, Paul VI fit une déclaration publique lors de l'audience générale du 26 juin 1968 :
Nous pensons qu'il est de notre devoir, dans l'état actuel des conclusions archéologiques et scientifiques, de vous faire, ainsi qu'à l'Eglise, l'annonce joyeuse (...) que ces restes mortels, peu nombreux mais sacrés, sont ceux du Prince des Apôtres, de Simon fils de Jonas, du pêcheur que le Christ nomma Pierre, de celui qui fut choisi par le Seigneur pour fonder son Eglise et à qui Il donna les clés de Son royaume jusqu'à Son retour glorieux.
C'est le lendemain de cette annonce que les ossements furent replacés dans le loculus. Mais, désireux de conserver près de lui des reliques du premier pape, Paul VI fit prélever quelques fragments d'ossements qu'on plaça dans un reliquaire portant cette inscription : Ex ossibus quae in archibasilicae vaticanae hypogeo inventa B. Petri Ap. esse putantur . Ce reliquaire est conservé au palais apostolique. D'après Mme Guarducci, Paul VI le faisait placer sur l'autel de sa chapelle privée le jour des fêtes de Saint Pierre, et Jean-Paul II aurait demandé qu'on le lui apporte à l'hôpital Gemelli, lors de son hospitalisation à la suite de l'attentat du 13 mai 1981.
Annexe 2 : références bibliographiques
Parmi l'abondante bibliographie disponible sur ce sujet, on peut citer :
- Une tombe sur la colline vaticane, par Colette Bavoillot-Laussade, 146 p., Le Sarment, Fayard, Paris, 1995 (excellent ouvrage d'où proviennent la plupart des croquis présentés dans cet article).
-Ad limina Petri : spazio e memoria della Roma cristiana, par Lorenzo Bianchi, 144 p., Donzelli, Rome, 1999.
Guide insolite de Saint-Pierre, par Paola Boccardi-Storoni, 256 p., Newton et Compton, Rome, 2001.
-Etudes d'histoire chrétienne, par Jérôme Carcopino, 2 vol., 296 p. et 64 p., Albin Michel, Paris, 1953 et 1965.
-Présence de Saint Pierre à Rome, par Jean Derobert, 104 p., Hovine, 1988.
-Les reliques de Saint Pierre, par Margherita Guarducci, in Le Vatican et la Rome chrétienne, Librairie Editrice Vaticane, 1975.
-Saint Pierre retrouvé, par Margherita Guarducci, 152 p., Saint-Paul, Paris, 1975.
-La tomba di San Pietro, par Margherita Guarducci, 171 p., Bompiani, Rome, 2000.
-Le Vatican, par Jacques Mercier, 550 p., Lavauzelle, Paris, 1984.
-La memoria apostolique et la basilique constantinienne, par Mgr José Ruysschaert, in Le Vatican et la Rome chrétienne, Librairie Editrice Vaticane, 1975.
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