"Pourquoi et comment peut-on aimer l'Eglise ?"
Quand on parle de l'Eglise, en général, on s'arrête souvent à l'Institution que l'on considère de l'extérieur, avec - plus souvent qu'on ne croit - une certaine méfiance. Certes, l'Eglise est une institution, faite d'hommes. Elle a une représentativité dans le monde, un chef considéré à l'égal de tout chef d'Etat pour les nations du monde, un gouvernement, une hiérarchie connue et établie, des lois, etc... C'est l'aspect le plus "extérieur" de l'Eglise. Mais elle est aussi et avant tout une communauté de personnes (croyantes) qui, à la suite et selon l'enseignement des Apôtres, veulent mettre le Christ Jésus au coeur de leur propre vie.
Le Catéchisme de L'Eglise Catholique nous dit que :
" L'Eglise est à la fois
- société dotée d'organes hiérarchiques et Corps Mystique du Christ
- assemblée visible et communauté spirituelle
- Eglise terrestre et Eglise parée des dons célestes." (CEC, 771)
"Ekklèsia", d'où vient le mot église, signifie tout simplement convocation pour un rassemblement, d'où par extension, l'assemblée elle-même.
Elle est surtout née de l'amour du Christ, voulue et désirée par Lui, aimée par Lui (CEC, 766), comme nous le verrons plus loin. A Simon Pierre, Jésus a bien dit : " Tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'Enfer ne tiendront pas contre elle" (1)
Saint Paul nous dit que l'Eglise est le Corps du Christ(2), qui en est la tête. Et saint Jean, dans son admirable Apocalypse, nous parle de l'Eglise comme l'Epouse du Christ, son Epouse bien-aimée qui attend son retour (3).
Essayons de reprendre ces différentes façons de voir l'Eglise, pour mieux nous y situer d'abord, et mieux comprendre pourquoi l'aimer ensuite.*****
Par notre baptême, nous devenons, dans l'Eglise, enfants de Dieu. Mais nous pouvons aussi dire que nous sommes "enfantés" à la vie de Dieu par le ministère de l'Eglise (4). En "donnant" le Christ aux hommes, elle les enfante à la vie divine.
Très vite, les prédicateurs et théologiens ont considérés l'Eglise comme une Mère. On peut aussi tenir cette comparaison en considérant que la "Communauté-Eglise" porte ses enfants dans la prière commune, qu'elle les nourrit de la Parole de Dieu et des sacrements reçus du Seigneur et transmis par ceux qui en ont reçu la mission spécifique, évêques et prêtres, qu'elle les fait grandir - dans la Foi, l'Espérance et la Charité - par ses enseignements. On pense trop souvent que les enseignements de l'Eglise seraient comme une "limite" à notre liberté humaine, comme un "carcan", notamment dans le domaine très délicat de la vie morale. Mais on oublie qu'une mère attentive et aimante ne peut tout permettre à ses enfants pour leur propre bien, ne peut autoriser tous leurs caprices, tout les laisser faire. Une mère montrera le chemin à prendre, désignera les embûches, essayera de donner à ses enfants comme le "mode d'emploi" de la vie pour les mettre sur le chemin du Bien, du Beau, du Vrai, sur le chemin qui conduit au bonheur. Pour bien conduire, il faut respecter le code de la route ; et dans le cas contraire, on s'expose aux plus graves accidents. De même, l'Eglise balise notre route, pose parfois des barrière ou des "feux rouges" comme autant d'avertissements à celui qui pourrait s'égarer. (5)
De plus, notre Mère l'Eglise nous apporte son propre témoignage qui fortifie notre vie de chrétiens. Son témoignage "extérieur" se manifeste dans la visibilité d'une communauté structurée qui, malgré le temps et les circonstances, continue de vivre et de grandir depuis deux mille ans. Elle nous transmet sans cesse et fermement son message et ses enseignements, elle nous invite à croire et soutient notre foi. Nous recevons aussi le témoignage "intérieur" de la vie des chrétiens : ceux qui nous ont précédés et ceux qui nous entourent aujourd'hui. Nous en voyons un exemple éclatant en la personne de Jean-Paul II, par exemple, lors des Journées Mondiales de la Jeunesse.
Enfin, L'Esprit Saint nous assure, en dépit de tout ce que nous pouvons entendre dans le monde, de la vérité de ce que l'Eglise enseigne. Saint Paul précise : "L'Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu" (Epître aux Romains : chap. 8, v. 16)
*****Saint Paul nous dit aussi que l'Eglise est le Corps du Christ. Or le corps est inséparable de la tête qui le dirige et l'anime. Le Christ aime l'Eglise comme son propre corps, comme une épouse (6). Dans ce corps, chacun de nous a sa place, comme chacun des membres a sa place et son utilité dans le corps humain (Cor. 12-15). Nous formons un seul Corps, une seule famille. Il est important que chacun de nous prenne conscience de cette appartenance. Un chrétien n'est jamais seul : il est enfant de Dieu par son baptême, et relié à "une multitude de frères". De même que nous sommes reçus dans l'Eglise, nous "recevons" aussi l'Eglise, en quelque sorte, en recevant nos frères , en acceptant cette fraternité, cette appartenance à la Communauté ecclésiale. Ainsi, nous devons être unis par le lien de la Charité et c'est ce que Saint Paul explique au coeur de son admirable Epître aux Corinthiens (chap.13). Ensemble, nous devenons le Corps mystique du Christ (Eph, 4, 11-13) et c'est l'Esprit Saint qui fait notre unité. Aussi devons-nous le prier pour augmenter en nous l'amour de Dieu qui nous unit aussi à nos frères ; le prier pour que les tous les chrétiens soient un jour réunis dans une seule Eglise, celle de Jésus-Christ.
Dans un autre passage, Saint Paul rappelle que si nous sommes tous différents, nous avons tous à grandir dans l'amour de Dieu, et en même temps, à faire grandir l'ensemble du Corps du Christ qu'est l'Eglise. Chacun a sa place, son rôle, sa mission (7). Il y a ceux qui ont reçu mission d'être "pasteurs" pour guider et enseigner leurs frères dans la Foi : ce sont le Pape, et les Evêques , successeurs des Apôtres, aidés des prêtres. Il y a ceux qui sont plus particulièrement tournés vers le service de la communauté dans les plus pauvres, les malades : cela fait partie de la mission des diacres qui reçoivent ce ministère ordonné de leur Evêque (comme les prêtres). Mais chaque chrétien, de par son baptême, est appelé à faire grandir la communauté ecclésiale dans la prière, la charité fraternelle, mais aussi par l'enseignement comme, par exemple des parents à leurs enfants, des catéchistes auprès des jeunes, etc... (8).
Enfin, c'est dans son Epître aux Ephésiens, notamment, que l'Apôtre nous rappelle aussi combien le Christ aime l'Eglise (Eph. 5, 25-27). Il compare cet amour à celui même que doivent avoir les époux l'un pour l'autre :
"Le Seigneur s'est Lui-même désigné comme "Epoux" (Mc. 2,9). L'Apôtre présente l'Eglise et chaque fidèle, membre de son Corps, comme l'Epouse "fiancée" au Christ Seigneur, pour n'être avec Lui qu'un seul Esprit (Cor. 15,17). Elle est l'Epouse immaculée de l'Agneau immaculé (Ap. 22,17) que le Christ a aimé, pour laquelle Il s'est livré "afin de la sanctifier" (Eph. 5,26) qu'Il s'est associée par une alliance éternelle, et dont Il ne cesse de prendre soin comme son propre Corps (Eph. 5,29) " (CEC, 796).
Cet Amour est parfaitement fidèle et infiniment patient, malgré les infidélité de l'épouse.*****
Comme l'époux veut partager toute sa vie et tout son bonheur avec son épouse bien-aimée, le Seigneur donne sa vie à son Eglise : une vie éternelle pour partager sa Joie et sa Gloire éternellement.
Déjà beaucoup nous ont précédés dans le Royaume. Ainsi, l'Eglise que nous connaissons sur la Terre ne s'arrête pas dans ce monde, mais se poursuit dans l'autre où une partie du Corps partage déjà la plénitude de la vie de son Seigneur. On l'appelle aussi "l'Eglise triomphante" car elle a déjà triomphé de la mort dans la Résurrection du Christ. Nous croyons que cette "Eglise du Ciel" reste unie intimement à celle de la Terre, dans l'Amour de Dieu. Cette Eglise pleinement vivante vient à notre secours, et nous soutient continuellement de sa prière. C'est ce que l'on appelle "la communion de saints " (9). Elle continue en quelque sorte sa mission de faire grandir le corps du Christ par sa sollicitude et la prière des saints qui veillent sur nous en permanence. Sainte Thérèse de Lisieux, qui l'avait parfaitement compris, disait : "Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre".
Soyons également attentif au fait que la Vierge Marie, est Mère de l'Eglise comme elle est notre Mère depuis les parole du Christ en Croix à Marie, puis à saint Jean : "Voici ton fils... voici ta mère" (Jn. 19, 26). Elle veille avec la plus sainte sollicitude et la plus grande affection sur notre Eglise de la terre comme sur chacun de nous. Aussi, nous pouvons non seulement la prier et nous mettre sous sa protection, mais également faire appel à la prière des saints comme l'Eglise l'enseigne (CEC, 957) et le pratique depuis toujours.
Au dernier Jour, l'Eglise de la terre et l'Eglise du Ciel ne formeront plus qu'une seule Eglise, Epouse du Christ C'est ce que saint Jean décrit dans son Apocalypse où il voit "La Cité Sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel
(... )comme une jeune mariée parée pour son Epoux" (10).*****
Ainsi, par notre baptême, nous faisons partie de l'Eglise, Corps du Christ, appelée à devenir son Epouse dans l'éternité. Nous sommes, chacun, un membre de cette Eglise éternelle, c'est en elle que nous cheminons vers la plénitude de l'Amour de notre Dieu. Nous ne pouvons nous contenter de regarder "de l'extérieur", mais comme un immense navire où nous sommes embarqués tous ensemble, conduits par le successeur de Pierre. L'Amour du Christ et l'Amour de l'Eglise, son propre Corps, sont inséparable (11). Apprenons à aimer Eglise comme un Mère et comme cette communauté de frères dont nous faisons intégralement partie et où nous avons chacun notre place. Prions l'Esprit Saint de nous faire peu à peu entrer dans ce mystère, don de l'Amour du Seigneur pour chacun de nous et pour toute l'humanité.
Ariane
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(1) Mat. 16, 18. Ce qui montre non seulement la volonté du Christ de fonder son Eglise, mais la force qu'Il lui donne pour l'éternité.
(2) Epître aux Colossiens, 1,18.
(3) Apocalypse de St Jean, Epilogue v.17.
(4) En effet, le cardinal de Lubac écrivait : " L'Eglise a pour unique mission de rendre Jésus-Christ présent aux hommes. Elle doit l'annoncer, le montrer, le donner à tous." Méditations sur l'Eglise, Ed. Montaigne, Paris.
(5) Elle laisse toutefois la liberté à chacun de suivre sa route, en dénonçant le péché mais sans condamner le pécheur, le regardant avec toute la compassion d'une mère devant son enfant malade ou égaré. Reportons-nous à la parabole de la brebis perdue, ou de l'enfant prodigue ( Luc, 15, 4-7 et 11-24)
(6 )Lettre de St Paul aux Ephésiens, chap. 5: "le mari est le chef de sa femme comme le Christ est le chef de l'Eglise, lui le sauveur du Corps... aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise : il s'est livré pour elle..."(v.23 & 25) ; et plus loin : "Car nul n'a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C'est justement ce que le Christ fait pour son Eglise : ne sommes-nous pas les membres de son Corps ?" (v.29-30).
(7) Lettre aux Ephésiens, chap.4, v.11-13,15 ; et Lettre aux Corinthiens 12,27-28.
(8) On se rapportera utilement au Cathéchisme de l'Eglise Catholique sur le rôle des fidèles laïcs : CEC, 904-905.
(9) CEC, 954-961 ......
(10) Apocalypse : 21, v.1-2
(11) C'est Jeanne d'Arc qui répondait à ses juges : " De Jésus-Christ et de l'Eglise, il m'est avis que c'est tout un"