N'avons-nous pas bien souvent entendu, autour de nous, des personnes se lamenter : "à quoi cela sert-il de prier, Dieu ne répond pas..." ? Ou bien, nous-mêmes, n'avons-nous jamais pensé : "j'ai beau demander, Dieu n'exauce pas mes prières..." ? Pour la plupart des gens, en effet, prier c'est demander quelque chose à Dieu. Cependant, si cela n'est pas faux, il est important de ne pas réduire la prière à ces seules demandes. Jésus nous a bien dit "demandez et vous recevrez..." ; alors, peut-on tout demander à Dieu ? Oui et non. Oui, on peut demander comme un enfant qui connaît le coeur de son Père et sait qu'il peut tout lui demander. Non, car il ne faudrait pas agir comme un enfant capricieux qui demande tout et n'importe quoi. Quels parents accèdent à tous les désirs de leurs enfants, sans discernement ? Ne faut-il pas, parfois, refuser une chose pour en offrir ou en permettre une meilleure ? Prier n'est donc pas demander à Dieu d'exaucer tous nos désirs. Dans ce cas, cela relève de la superstition, une telle prière devient "païenne". Prier, c'est demander à notre Père ce dont nous avons besoin - et en premier lieu sa Grâce - pour être heureux en faisant Sa Volonté.
Nous pourrions d'ailleurs nous arrêter sur la prière par excellence, celle que Jésus Lui-même a enseigné à ses disciples, le "Notre Père". Ce sera peut-être pour une autre fois(1). Mais réalisons bien que les trois premières demandes du "Notre Père" sont essentiellement tournées vers Dieu. Et si les quatre autres nous concernent, c'est justement pour pouvoir recevoir cette liberté qui nous donnera la possibilité de réaliser l'essentiel : trouver notre bonheur dans la Gloire de Dieu.

Le Père Leroux, de Rennes (2) remarquait lors d'une causerie sur la prière : "Jésus ne nous donne que deux exemples de prières de demandes dans l'Evangile, qu'on peut considérer comme deux modèles.
- Le premier est celui de Sa Mère, à Cana. Elle ne demande rien : elle présente les besoins des hommes à son Fils ("Ils n'ont plus de vin..."). Le Seigneur, Lui, sait ce qu'Il fera et comment. Mais il éprouve d'abord la foi de ceux qui l'entourent, et Il leur demande de remplir d'eau les jarres... Jésus éprouve toujours la foi de celui qui prie, Il purifie notre foi par la prière... Car nous devons nous préoccuper de Lui et non de nous-même."
- Le deuxième exemple est celui de Marthe et Marie qui viennent trouver Jésus pour Lui dire : "Celui que tu aimes est malade". Elle ne demandent pas au Seigneur de se précipiter, de trouver un remède, ou de venir à telle heure parce que cela leur convient... Elles laissent le Maître choisir le moment et le moyen, elles entrent dans la volonté du Maître. Là encore, le Seigneur va purifier leur foi par l'épreuve de la mort de Lazare."
Et nous, savons-nous simplement présenter au Seigneur nos besoins ou ceux des autres ? Savons-nous nous remettre entièrement à Sa Volonté ? C'est dans une attitude de communion que nous parviendrons à cela. Apprenons peu à peu à présenter à Dieu nos soucis, les êtres qui nous sont chers, ceux qui souffrent, etc... dans une totale confiance en Son Amour. "Dieu exauce toujours la prière, pour le bien de celui qui demande ou pour lequel on prie. Mais Il n'a pas le même point de vue que nous : le nôtre ne concerne le plus souvent que notre seule vie terrestre, alors que Dieu, Lui, voit notre vie éternelle. On ne connaît pas le secret de Dieu... Quand on prie pour quelqu'un, savons-nous lire sa vie avec le regard de Dieu ?" (3)
Dieu seul peut nous voir ainsi, dans l'éternité. Alors, remettons toutes choses dans son Coeur "plus grand que notre coeur". Et nous pourrons vivre en paix, cette Paix que Lui-même nous donne.

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Si on pose la question de la nécessité de la prière, il faudrait la poser pour toute parole échangée avec quelqu'un qui nous aime et qu'on peut aimer... Qu'est-ce que ma prière peut apporter à Dieu ? Le Père Leroux réponds tout simplement : " ...Ce que cela apporte à un père d'avoir des enfants ! Ma prière est "utile" à Dieu parce qu'Il a voulu m'avoir pour enfant". (4)
Il est évident qu'on se situe bien là dans une relation d'amour : une relation entre des personnes qui s'aiment et se savent aimées. Prier, c'est parler, se confier, écouter... On peut dire que la prière est avant tout un dialogue d'amour, ou un désir de connaissance et d'amour. Le Psaume dit " Mon âme a soif de Toi..." (Ps 62). Mais un tel dialogue suppose d'abord le silence. Quand on aime quelqu'un, on a souvent besoin de lui parler, mais aussi de l'écouter. Si je ne sais pas écouter, quel dialogue y aura-t-il entre nous ? Quel échange ? Avec le Seigneur, c'est exactement la même chose. Quand on veux parler à quelqu'un qu'on aime, on se met à l'écart, au calme. On a besoin de silence. Jésus nous donne ce conseil : "Pour toi, quand tu pries, retire -toi dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père qui est là, dans le secret..." (Mt 6,6). C'est bien dans le silence et le secret de notre coeur que nous pouvons parler au Seigneur et l'écouter (5).
Il arrive même que les paroles soient de trop, parce que la présence seule suffit. On peut comparer cela au dialogue des amoureux : parfois, il devient inutile de parler pour se comprendre. Mais la parole et le dialogue sont nécessaire pour faire grandir la connaissance et la communion d'amour. Ainsi, la prière est alternance entre silence et parole, écoute et adoration. Elle est "présence de tout notre être, avec amour, au coeur de l'Amour"(6)

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Ecouter le Seigneur me parler... "mais je n'entends rien !" - me direz-vous. Est-ce bien sûr ? Savons-nous vraiment L'écouter, avec attention et amour et non pas distraitement ? Si nous prenons l'habitude de parler au Seigneur, de nous confier à Lui dans le secret de notre coeur, nous pourrons découvrir qu'Il nous répond de multiples façons. Mais c'est souvent nous qui sommes sourds.
Tout d'abord, n'oublions pas que le Christ Jésus est le "Verbe" de Dieu, la Parole de Dieu faite chair. Il est venu parmi nous pour nous "dire" la Bonne Nouvelle : Dieu nous aime et Jésus est venu nous sauver de la mort et du péché pour que nous soyons à jamais les enfants du Père. Pendant les trois années de sa vie publique, Jésus a parlé aux homme. Ce qu'Il a dit est rapporté dans les Evangiles. Prenons-nous le temps de lire cette Parole de Dieu, d'en écouter les commentaires à la messe du dimanche, d'apprendre à mieux la comprendre. Ce que Jésus-Christ a dit il y a deux mille ans, c'est aussi vrai pour moi, aujourd'hui : Il est la Parole Vivante, et continue à nous parler. Prenons-nous les moyens de l'écouter ?
Dieu nous parle aussi à travers les évènements et les rencontres de notre vie. Parfois, une chose nous semble "providentielle" , mais nous avons oublié que " pas un de vos cheveux ne tombent de votre tête..." sans la volonté de Dieu (..). Un parent, un ami, un prêtre, ou un simple passant, peuvent être pour nous "instrument" de la Providence Divine quand ils nous guident, nous conseillent, nous réconfortent, nous rendent plus heureux et meilleurs. Savons-nous reconnaître ces signes ?
Enfin, et nous l'avons déjà vu, Dieu nous parle dans le secret de notre coeur. Dans le silence de la prière, il peut arriver qu'un mot, une parole de l'Ecriture, une phrase, deviennent pour nous lumière et joie. Oui, notre Dieu est un Dieu Vivant, qui nous aime et qui nous parle. Saurons-nous l'écouter ?

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La prière est donc présence, écoute, communion. J'aime aussi cette définition qu'en donne le Père Albert-Marie Besnard, (op) : "La prière est un geste par lequel nous faisons venir à la lumière le noeud caché où nous sommes noués à Dieu".
Par notre baptême qui fait de nous des enfants de Dieu, nous sommes comme "noués" à Lui. Jésus nous compare aux sarments de la vigne attachés au cep (Jn, 6). Un enfant disait : "Etre chrétien, c'est être attaché à Jésus comme ma main est attaché à mon bras". Voilà des images toutes simples que nous pouvons retenir. Ce baptême nous donne aussi une mission : de même que nous devons proclamer la Bonne Nouvelle "à temps et à contre-temps" comme le dit Saint Paul, nous avons aussi à offrir le monde et notre vie à Dieu pour sa plus grande Gloire. N'est-ce pas là l'essentiel du sens de notre vie : nous sommes créés pour être "une éternelle offrande à la louange de (sa) gloire" (Prière eucharistique n°III).
La prière est donc aussi offrande et louange. Louer le Seigneur, c'est le remercier de tout ce qu'Il fait pour nous, de tout ce qu'Il nous donne - à commencer par la vie - de tout ce qu'Il nous donnera. C'est aussi rendre grâce pour ce qu'Il EST : Amour Infini, Tendresse, Miséricorde ; Dieu Père, Fils et Esprit-Saint qui veut nous faire entrer dans cette relation d'amour trinitaire pour notre plus grand bonheur, éternellement. Relisons par exemple le Psaume 62 :
" Ton amour vaut mieux que la vie :
Tu seras la louange de mes lèvres !
Toute ma vie je veux Te bénir,,
lever les mains en invoquant Ton Nom.
Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai Ta louange."

Beaucoup de chrétiens aujourd'hui ont redécouvert cette prière de louange qui ouvre le coeur et le tourne vers Dieu. Pensons aussi à tous ceux qui sont "retirés" du monde dans le choix d'une vie religieuse entièrement consacrée au Seigneur. Plusieurs fois par jour, la prière des Psaumes les rassemblent dans une même louange. Nous pouvons partager avec eux, au coeur de notre prière personnelle, ce souci d'offrir à Dieu notre vie et le monde, de confier le monde à la Miséricorde et à la Tendresse du Père par le Coeur de son Fils, Jésus notre Sauveur.

C'est ainsi que l'on rejoint, à travers les différentes composantes de la prière personnelle ou communautaire, le sommet de la prière de l'Eglise : l'Eucharistie. C'est autour de ce sacrement, sommet de toute la vie chrétienne, que s'articule notre vie de prière. L'écoute de la Parole de Dieu, puis l'offrande et la louange, nous conduisent jusqu'au Sacrifice du Christ Sauveur, Corps et Sang livré par amour pour nous. Nous sommes ensuite invités à communier à ce sacrifice, c'est à dire à recevoir la Vie même du Seigneur en nous, pour être envoyés dans le monde porter témoignage de cette vie à nos frères les hommes.

Temps perdu, la prière ? Temps béni, donné et gratuit, qui devient un trésor et augmente l'amour de Dieu dans nos coeurs. Comme un torrent qui déborde et entraîne tout avec lui, le don gratuit de l'Amour du Seigneur nous entraîne et nous attire vers Lui. Il nous donne Sa Grâce en abondance.

En ce temps de Carême, prenons avec toute l'Eglise le chemin de la prière, chemin de persévérance et de joie.

Ariane.

(1) Je vous recommande le remarquable petit livre de Monseigneur Patrick CHAUVET : "Père Infiniment Bon" - Editions Parole et Silence ( avril 99). Entre autre, la troisième partie de l'ouvrage entièrement consacrée au commentaire du "Notre-Père" (p.72 à 132). cf. fiche de lecture su le Site SERVIAM
(2), (3), (4) & (6) Père Joseph Leroux, curé de la paroisse Saint Martin de Rennes. (Interview réalisé à l'occasion du Jubilé pour le Studio NDO et Radio-fidélité).

(5) voir chronique n° 3 : "Mystère du coeur, demeure de Dieu" où ce thème est largement développé.

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