"Peut-on vraiment avoir confiance en l'avenir ? ... En quoi peut-on espérer ?
Qu'est-ce que l'espérance ? "

Voilà un beau sujet que vous me proposez ! On a dit beaucoup de choses sur l'Espérance - avec un grand "E" - et de grands auteurs, comme Péguy ou Bernanos, ont écrit de bien belles choses sur elle.

Mais qu'est-ce que l'Espérance ?
Je crois que c'est quelque chose qui est profondément ancré dans le coeur de chacun -même si on ne le sait pas - qui est comme un appel au bonheur, si fort qu'on sait que, quelque part, ce bonheur existe.
En réalité, c'est le désir profond de la plénitude du bonheur, que nous connaîtrons en Dieu, qui est profondément ancré en nous et qui peut nous donner la certitude de pouvoir le trouver un jour. Malgré toutes les épreuves de la vie, malgré les blessures, malgré le mal, il peut exister en nous cette conviction profonde qu'au final, il y a la Lumière.
L'Espérance, pour moi, c'est la réponse que je peux donner au Père qui appelle son enfant au plus profond de son coeur, même au plus noir de la nuit. Oui, nous avons un a-venir : il s'appelle le bonheur !

Alors si nous avons un avenir, il faut avoir confiance, garder confiance coûte que coûte. Si Bernanos dit que " l'Espérance est le risque des risques", on peut dire qu'il faut risquer la confiance, parce que l'on peut avoir confiance en Dieu qui nous aime comme un Père et veut notre bonheur.
Dans le mot confiance, il y a le mot foi, ils ont la même origine. Car c'est par la Foi que je fonde mon Espérance : la foi en l'Amour Infini de Dieu, en sa Divine Providence qui sait ce qui est bon pour nous. C'est la Foi reçue à mon baptême, comme un cadeau de Jésus Fils de Dieu, comme une réponse à l'appel du Père qui est le fondement de mon Espérance.

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Il y a une phrase, dans la prière du Notre Père, à laquelle je ne suis pas sûre que nous prêtions toujours attention. C'est une phrase à laquelle on peut donner plusieurs sens, dans notre prière : "Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour". Bien sûr, on peut penser au pain, à la nourriture indispensable qui nous permet de vivre et de grandir... Tant d'hommes en manquent ! Il faut donc bien la demander au Père, pour nous-mêmes et pour tous. Mais il y a aussi une autre manière de comprendre cette demande : "Père, donne-moi de savoir reconnaître et accepter ce jour comme un cadeau venant de Toi. Donne-moi de savoir reconnaître et accepter les évènements de cette journée, selon Ta Volonté. Donne-moi de savoir regarder chacune de mes rencontres de ce jour avec Ton Regard."
Alors cela change tout ! Chaque journée, chaque instant de ma vie deviennent différents, comme éclairés d'une autre lumière.
"Oui, je crois, Père, que Tu m'aimes comme Ton enfant et que Tu me donnes de vivre cette journée par amour.
Je crois qu'à aucun moment Tu ne cesseras de poser sur moi Ton Regard d'Amour.
Toi seul sait ce qui est bon pour moi. Aide-moi à vivre ce jour selon Ta Volonté, et ainsi chaque jour, quelque soit le chemin par où Tu me mènes, parce que je crois que, de toutes façons, il me conduit vers Toi.

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Il y a une autre façon de vivre l'Espérance. Georges Bernanos disait encore que l'Espérance se conquiert dans la Vérité". Et Jean Vanier (1) répond, comme en écho : "L'espérance vient de l'acceptation de la réalité telle qu'elle est".
La lucidité sur nous-mêmes, sur notre vie et sur les autres, est nécessaire, parce qu'elle nous construit. N'oublions pas qu'il est souvent nécessaire de faire le point dans ce domaine, mais pas seulement face à soi-même. Cette transparence doit se découvrir sous le Regard d'Amour du Seigneur. L'un des moyens qu'Il nous donne est le sacrement de réconciliation, qui nous permet justement de nous réconcilier, et peut-être d'abord avec nous-mêmes, puis avec les autres et avec Lui, dans et par Son Amour. Y pensons-nous assez ? C'est une occasion unique qui nous est proposée de faire le point, mais aussi de recevoir toute la richesse de la Grâce de Dieu, tout son regard de tendresse qui nous permet de repartir "rechargé" par Son Amour pour continuer la route.
Il me semble très important de maintenir ce rapport entre la confiance en l'avenir, l'attente dans l'Espérance, et la Vérité : vérité sur nous-mêmes, sur le regard que nous portons sur les autres, sur nos rapports avec les autres, vérité finalement dans toute notre vie.
Il faut savoir regarder notre avenir dans la vérité d'aujourd'hui car notre avenir n'est pas un rêve. ... même si nous avons tendance à le rêver. Et dans ce domaine, notre imagination peut nous jouer de bien vilains tours. On se fabrique des schémas : je vivrais comme ceci, ou comme cela ... elle sera comme ceci, ou il sera comme cela ... Attention ! Le mystère de l'avenir, tel qu'il sera - parce que tel que nous le ferons - échappera toujours à nos schémas comme à nos rêves. Si ceux-ci sont trop ancrés en nous, nous risquons de passer à côté de ce que nous attendons. C'est particulièrement vrai dans le domaine affectif (et je le répète souvent à ceux qui redoutent de rester célibataires trop longtemps. Cela pourrait faire l'objet d'une autre chronique). Non pas qu'il soit interdit de rêver car nous avons tous besoin de rêves et d'idéal. Mais ne laissons au rêve que sa place : il peut parfois être un moteur pour nous faire avancer, mais veillons à ce qu'il ne devienne pas un frein qui nous trompe.
Guy de Larigaudie (2) disait à peu près ceci : "La réalité est plus belle que le rêve si l'on sait y mettre le rêve de Dieu".
Savons-nous regarder notre vie comme le rêve de Dieu ? Quel est le "rêve" de Dieu sur moi ? Quelle est Sa Volonté ?
Le désir de Dieu pour moi est mon bonheur. Mais c'est Lui qui choisit l'heure et le chemin. Vais-je accepter de suivre le Chemin qu'Il me donne, Jésus le Christ, Son Fils ?

Restons dans la perspective de mettre Dieu au coeur de notre vie, quelle qu'elle soit, de mettre Son Coeur de Père au coeur de nos attentes.

Si je veux marcher, quelle que soit la route, sous le Regard du Seigneur, je ne pourrai faire ni l'économie de la prière, ni celle des sacrements. Car c'est à travers eux que je reçois la Grâce de Dieu, ce surcroît d'Amour de mon Seigneur, qui me permet de marcher chaque jour un peu plus à sa rencontre. Et cette Rencontre est mon bonheur.
Au coeur de l'attente, au coeur de la nuit, il faut avoir l'espérance de l'aube.
"Il n'y a qu'un seul matin, disait encore Bernanos, celui de la Résurrection".

Ariane

(1) Jean Vanier, fondateur des foyers de "l'Arche", communautés d'accueil de personnes handicapées.
(2) Guy de Larigaudie (1908-1940), Chef-Scout, auteurs d'ouvrages pour la jeunesse (romans scouts, récits d'aventures...) . Je me permets de vous recommander son petit recueil posthume de souvenirs et de méditation : "Etoile au grand large".

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