LE MYSTERE DU COEUR - DEMEURE DE DIEU

"Qu'est-ce que notre coeur ? ... Comment peut-on dire que notre coeur est la "demeure de Dieu" ... Qu'y a-t-il dans notre coeur ?

Essayons de comprendre ensemble ce que signifient ces expressions. Il me paraît important pour cela de prendre le terme de "coeur" dans le sens biblique, c'est à dire ce qu'il y a de plus profond en nous-mêmes.

Voici une image : celle d'une roue, que l'on pourrait comparer à ce que nous sommes. Imaginez une roue qui serait faite d'une tranche de tronc d'arbre et dont on pourrait voir les cercles successifs de la croissance de l'arbre.
- la partie la plus extérieure, celle qui est en contact avec la surface du sol, "l'écorce" en quelque sorte, peut être comparée à nos sens qui nous permettent d'appréhender le monde extérieur (la vue, l'ouïe, etc...) ;
- ensuite, le cercle qui vient immédiatement après serait comparable à notre sensibilité ou notre émotivité, qui nous fait réagir plus ou moins suivant notre tempérament, mais qui reste proche de la surface de notre être. C'est le domaine de l'émotion, et nous savons tous que ce peut être une "corde sensible" facile à faire vibrer...
- en avançant peu à peu vers le centre de la roue, nous trouverons l'affectivité, le domaine des sentiments ;
- plus profondément, ce sera le raisonnement, l'intelligence, le domaine de la raison...
Nous sommes donc passés des zones les plus sensibles à celles qui le sont le moins. Il est important de bien comprendre cela, pour réaliser à quel point l'environnement s'adresse bien plus souvent à nos sentiments qu'à notre raison, et donc à ce qui nous est le plus extérieur, et non à ce qui est au plus profond de nous. Le monde des images en est un bel exemple : les images nous font "réagir" plus vite qu'un discours qui s'adresse à notre intelligence...

Si nous faisons tourner la roue, nous pouvons constater que les points situés le plus en périphérie auront un mouvement bien plus important que ceux situés près de centre. Plus nous allons vers l'extérieur et plus les points sont agités. Au contraire, plus nous nous rapprochons du centre, moins le mouvement est perceptible. Il en est bien de même pour nous, plus nous réagissons avec nos zones sensibles, plus nous sommes agités.

Enfin, le point le plus central, celui qui pourrait correspondre au point d'ancrage de l'essieu, lui est parfaitement immobile mais permet tout le mouvement de la roue autour de lui-même. C'est à la fois le point central, le plus immobile et le plus essentiel. C'est ce que je peux comparer à mon "moi" le plus profond, à mon "coeur" au sens le plus fort du terme.
C'est ce qui fait que je suis "moi", et ne serai jamais un autre ; ce qui fait que je suis une personne humaine, unique. Ce moi n'appartient qu'à moi, qui est ma personnalité réelle, quel que soient la couleur de ma peau ou de mes yeux, ma sensibilité ou mon âge. Et quand bien même certains éléments plus extérieurs viendraient à se modifier (je peux être blessé, mutilé, je vais vieillir, etc. ...) mon coeur restera toujours le même, je serai toujours moi. En prenant de l'âge, il est certains que des choses en nous changent ou évoluent, mais nous ne devenons pas un autre, nous sommes toujours nous-même. J'irai même jusqu'à dire : la mort peut modifier la roue, l'essieu est comme mon âme qui continuera à vivre éternellement en étant toujours moi (mais ceci est un autre sujet).

C'est dans ce coeur, le plus profond, qui est "moi" et le centre de moi-même que va se situer ma volonté propre. Celle-ci pourra agir sur certains éléments qui me constituent, mon activité affective, intellectuelle, spirituelle. Elle partira du "coeur" vers les zones les plus extérieures. C'est la volonté du centre de notre coeur qui permettra l'exercice de la liberté, et nous savons qu'elles sont inséparables (cf. chronique sur la liberté). C'est elle aussi qui nous rendra capable d'aimer. Ainsi, Charles de Foucauld a pu dire : "l'amour consiste non à sentir qu'on aime, mais à vouloir aimer."

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Si nous avons un peu mieux compris ce que signifie ce "coeur", ce qu'il y a au plus profond de moi et qui fait que je suis "moi", nous pouvons essayer de poser la question : qu'y a-t-il au fond de mon coeur ?

On a pu dire que ce qui sort de notre bouche est ce qui déborde de notre coeur. Réfléchissons donc à cela : qu'est-ce qui déborde de mon coeur ? Est-ce des paroles de douceur, de tendresse de joie, d'amour ? Est-ce des paroles de rancoeur, d'amertume, de tristesse, de vengeance, de haine ? Nous le savons d'expérience, notre coeur est hélas bien capable de tout cela ... Alors, que vais-je décider de mettre dans le fond de mon coeur ? Qu'est-ce qui va habiter mon coeur ?
Si mon coeur est vide, que pourrais-je laisser déborder pour ceux qui m'entourent ? Saint Paul nous met en garde, dans sa première lettre aux Corinthiens (Chap. 13) : "Si je n'ai pas la charité, je ne suis qu'airain qui résonne, cymbale retentissante " ... beaucoup de bruit et de vent pour rien.
Et si je laissais mon coeur se remplir de l'Amour de Dieu ? ... Peut-être que cela changerait tout . Car au sens biblique du terme, le coeur de l'homme est bien la demeure de Dieu. Il a décidé de demeurer en nous. En effet, Jésus nous dit : "Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera. Nous viendrons à lui et ferons chez lui notre demeure (Jn 14,v.23).
Au lieu de compter sur mes propres forces, bien pauvres et qui ne sont bien souvent que faiblesses, je vais pouvoir appuyer tout mon être sur le roc de l'Amour de Dieu. Il deviendra la force de mon essieu. Si je bâtis ma vie sur un coeur vide de Dieu, je bâtis sur du sable, comme dans la parabole. Mais si je construit ma vie sur un coeur rempli de Dieu, je construis ma vie sur du rocher. Au lieu de rester faiblesse, mon coeur va devenir force dans cet Amour de Dieu. C 'est bien le seul moyen de transformer la faiblesse en force : l'amour dont Dieu seul est la Source infinie et parfaite.

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Prenons une autre image, celle d'un torrent de montagne : l'eau est claire, elle chante gaiement, elle s'écoule joyeusement de sa source vers la vallée qu'elle va irriguer. Si je coupe le torrent de sa source, il va bientôt s'assécher. Si, au contraire, le torrent recevant l'eau de la source, au lieu de la distribuer la garde dans une retenue, l'eau finira par croupir, elle ne sera plus claire, elle deviendra une eau "morte".
Il en est un peu de même pour notre coeur, vis -à-vis de l'amour que nous recevons de Dieu. Si nous nous coupons de la Source, notre coeur se vide rapidement et nous n'avons plus grand'chose à donner, ni à nous-mêmes, ni aux autres. C'est ce qui peut arriver quand on veut "faire des choses" - parfois de grandes choses - mais en oubliant peu à peu que le contact avec Dieu, dans la prière et les sacrements, est nécessaire pour se "ressourcer", se nourrir (C'est un peu le problème de ceux qui se disent "croyants mais pas pratiquants"). Jésus nous a pourtant bien dit "Je suis le Pain de Vie..."
Si, au contraire, nous acceptons dans un premier temps de recevoir l'Amour de Dieu et Sa Parole, mais pour "l'engranger" pour nous-mêmes, bien égoïstement en quelque sorte, mais ne savons pas le partager, il nous manque l'amour du prochain, l'amour de nos frères. Et l'Amour de Dieu ne peut porter du fruit.
Il nous faudra donc trouver dans notre vie cet équilibre entre l'amour reçu et l'amour donné , entre l'Amour de Dieu reçu et transmis. Car l'amour ne peut vivre si on le garde pour soi. L'amour ne peut exister et grandir que s'il est partagé.

Il est bien mystérieux de dire que notre coeur est la demeure de Dieu. C'est pourtant possible, si nous acceptons de le laisser entrer. C'est bien dans notre coeur, dans ce qu'il y a au plus profond de nous-même que nous pouvons volontairement et librement nous ressourcer dans l'Amour de Dieu, librement et par une réponse d'amour.

Oui je crois que Dieu, Trinité Sainte, est Source de tout Amour et que je peux, tout au long de ma vie, recevoir cet Amour inépuisable, qui ne demande qu'à grandir en moi si je Lui laisse assez de place pour cela. Et mon coeur peu à peu s'élargira à la mesure de cet amour, que j'accepte d'accueillir pour le donner à mon tour. Car dans ce mystérieux échange, plus on donne et plus on reçoit, et plus on peut donner encore.

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Nous pouvons dire maintenant que le mystère de notre coeur réside dans cette volonté aimante de Dieu, qui nous crée "à son image" (capable d'aimer) et désire demeurer en nous : mystère de l'Amour Infini de Dieu pour l'homme, pour chaque personne humaine, (qui ira jusqu'à la vie livrée de son propre Fils) ! Chacun peut dire : "je suis unique, et Dieu m'aime infiniment, Il veut faire de moi sa demeure". Je peux devenir réellement (et même physiquement, lors de l'Eucharistie, quand je communie au Corps de Christ) Tabernacle de la présence de Dieu en moi.

 

Cela ne devrait-il pas changer notre regard sur chaque personne que nous rencontrons, que nous croisons, auprès de laquelle nous vivons ? Savons-nous regarder l'autre, quel qu'il soit, comme lui aussi "demeure de Dieu", "Temple de l'Esprit-Saint" comme le dit Saint Paul ?
Il devient alors évident, dans cette perspective, que je ne puis me comporter n'importe comment vis-à-vis de l'autre - mon prochain - de même que je ne puis faire n'importe quoi de mon coeur. Si Dieu désire en faire Sa Demeure, si je Le laisse habiter en moi, cela va nécessairement orienter mes choix, mes comportements, toute ma vie. Ce n'est pas un hasard si le Christ a lié les deux aspects du "plus grand commandement" : "tu aimeras Dieu de tout ton coeur ... et ton prochain comme toi-même". On ne peut aimer Dieu si l'on n'aime pas son prochain : Saint Jean a écrit : "Celui qui dit aimer Dieu et n'aime pas son frère est un menteur".

(Remarquons au passage, que ce qu'on appelle la "morale", ce qui doit orienter et régir les moeurs des hommes entre eux, cette morale donc ne peut être pleinement comprise et acceptée qu'en regard de cet amour infini de Dieu pour chaque personne humaine. Nous devons donc apprendre à redécouvrir la finalité propre de la vie morale dont le fondement même n'est autre que la charité. En effet, la vie morale provient de l'amour et est toute entière ordonnée à l'amour : sinon, elle perd tout son sens.)

Si je désire aimer ceux qui m'entourent, je dois d'abord recevoir l'Amour de Dieu dans mon coeur, me laisser envahir par Lui, afin que ce soit cet Amour reçu de Dieu qui déborde de mon coeur. Si nous voulons faire cette expérience de la Présence de Dieu en nous, dans notre coeur, nous pouvons le faire en "rentrant en nous-mêmes", au plus profond de nous-mêmes, dans le silence. Quand, dans la prière, nous ne nous laissons plus distraire par ce qui nous est plus ou moins extérieur, mais que nous prions "du fond du coeur", alors nous pouvons - car Dieu le permet - vivre la contemplation et l'adoration dans un véritable coeur à coeur avec le Seigneur : nous goûtons alors Sa Présence.
C'est une expérience que je souhaite à chacun de vivre, et le plus souvent possible.
C'est dans ce coeur à coeur que l'on peut vivre cet échange d'amour entre le Créateur et sa créature, mais aussi, dans le Christ, entre l'enfant et son Père.
Notre coeur est alors le lieu où l'Esprit coule en nous,
où le Père nous parle,
où le Fils nous habite.

De cet échange d'amour naissent une Paix et une Joie profondes, fruits de l'Esprit. C'est un bonheur intense, ineffable, que l'on ne peut décrire, et qui préfigure ce que sera notre vie éternelle, notre bonheur éternel en Dieu. Saint Irénée nous a bien dit : "Le bonheur de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme c'est de voir Dieu" (1)

Ariane

(1) Saint Irénée, Evêque de Lyon au IIè siècle, originaire de Smyrne, il a été proclamé Docteur de l'Eglise.

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