Chapitre XI : L'AVENIR M'INQUIETE... !

Les sages de tous les temps ont repéré que le malheur des hommes venait en grande partie du fait qu'ils ne savaient pas vivre dans l'instant présent. Le mal universel des hommes, remarquait Sénèque, est moins de mal faire ou de ne pas faire que de faire autre chose que ce qu'ils ont à faire.
Il y a également toute une mystique de l'instant présent dans l'Évangile. " Ne vous inquiétez pas du lendemain, nous dit Jésus. Demain s'inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine " (Mt*46, 34).

Cet ordre du Seigneur nous semble difficile à prendre à la lettre, car il n'est guère de journée qui ne nous fournisse sa ration d'ennuis de toutes sortes. Quand un souci disparaît, un autre se profile à l'horizon.
Nous justifions cette inquiétude en évoquant l'attitude désastreuse de ceux qui ne se préoccupent pas suffisamment de leur avenir ou de celui de leurs enfants. Cette insouciance est effectivement à l'origine de bien des malheurs. Dieu nous a donné la capacité de prévoir l'avenir pour que nous l'utilisions : nous n'avons pas à vivre comme des cigales qui chantent tout l'été sans préparer l'hiver ! D'ailleurs, Jésus Lui-même nous invite à ne pas ressembler à des vierges folles qui manquent de prévoyance (Mt*425, 1-13) !

Gilbert Cesbron utilise une très belle comparaison pour nous faire comprendre cette double exigence de l'Évangile. " Il nous faut disposer, dit-il, d'un système analogue au zoom des caméras : capable de ``mettre au point'', sur l'instant, les plans les plus éloignés comme les plus proches. Pareillement, il nous faut apprendre à passer, sans perdre une once de lucidité, du futur au présent 1. "
Cette double exigence est elle-même en relation avec deux aspects complémentaires du message évangélique :
- l'essentiel est déjà là et nous pouvons en jouir dès maintenant : le Christ est vivant, déjà ressuscité, le Père nous aime et nous donne son Esprit ;
- mais le Royaume n'est pas encore parvenu à son terme et nous devons travailler de toutes nos forces à son avènement.
La vie chrétienne est un incessant va-et-vient entre la joie de croire que le Royaume est déjà venu et celle d'espérer qu'il va enfin venir par la persévérance de notre prière et le dynamisme de notre action - une action à prévoir et à préparer.
Comment pouvons-nous satisfaire à ces deux exigences complémentaires : vivre paisiblement l'instant présent, tout en préparant activement notre avenir et celui de nos frères ?

1.*2Vivre l'aujourd'hui de Dieu

Tel est le titre d'un livre du frère Roger 2. Il exprime bien un aspect essentiel de la Bonne Nouvelle qu'il nous est demandé de vivre et d'annoncer par le témoignage d'une sérénité aussi parfaite que possible au milieu de tous nos soucis.
Repérons d'abord toutes les pertes de temps que nous pouvons nous reprocher du fait que nous laissons trop souvent vagabonder notre imagination vers l'avenir ou notre mémoire dans le passé.
Ou bien nous ressassons le passé dans des sentiments très variés nous empêchant d'être disponibles aux richesses du présent.
Nous passons de la vanité à la tristesse, lorsque le souvenir de nos échecs succède à celui de nos exploits; du regret au remords, lorsque la nostalgie des moments heureux de notre vie cède place à l'évocation des lâchetés que nous y avons commises.
Ou bien nous nous inquiétons de l'avenir : nous craignons d'y rencontrer de nouvelles souffrances et des difficultés insurmontables, ou nous avons tellement peur de ne pas terminer à temps notre travail que nous le bâclons, quitte à regretter plus tard les erreurs causées par notre précipitation. " Ce qui fatigue, disait Paul Valéry, ce n'est pas le travail qu'on fait, mais le travail qui reste à faire. " Il arrive même que la peur de l'automobiliste d'arriver en retard à un enterrement en provoque un autre !
Goethe s'adressait à lui-même cette apostrophe : " Tu crains ce qui n'arrivera pas, tu pleures ce que tu n'as pas perdu. " Et combien d'entre nous pourraient méditer ce qu'un humoriste anglais avait écrit sur une pancarte posée sur sa cheminée : " Les plus grandes tragédies de ma vie ne me sont jamais arrivées. "

o La valeur irremplaçable de l'instant présent

Qu'est-ce qui peut aider le plus efficacement un chrétien à ne pas se laisser emporter par ces ruminations stériles ou des inquiétudes fébriles ? La conviction que l'instant présent a une valeur unique, irremplaçable, qu'il est un présent royal que Dieu me fait et que je dois accueillir avec action de grâce. L'instant présent est le seul moment où je puis en toute vérité aimer Dieu et mon prochain. N'est-il pas, avec l'heure de ma mort, le moment le plus important de mon existence, le moment pour lequel je supplie la Vierge dans chaque Ave ?
" Qui a l'instant présent a Dieu, disait Thérèse d'Avila. Et qui a Dieu a Tout. "
Que rien ne te trouble
Que rien ne t'effraye
Dieu ne change pas
Tout passe
La patience obtient tout
Qui a Dieu ne manque de rien
Seul Dieu suffit.
Signet trouvé, après sa mort, dans le bréviaire de Thérèse d'Avila.

Dans sa correspondance, Fénelon cite très souvent un verset d'Évangile (Mt*46, 34) pour encourager ses correspondants à vivre dans un abandon paisible au bon vouloir de Dieu : " À chaque jour suffit son mal ; quand demain sera venu, il aura soin de lui-même 3. " " Au jour la journée " aime-t-il répéter. " Quand on est bien abandonné à Dieu, tout ce que l'on fait est bien fait, sans faire beaucoup de choses : on s'abandonne avec confiance pour l'avenir, on veut sans réserve tout ce que Dieu voudra et l'on ferme les yeux pour ne rien prévoir de l'avenir. Cependant on s'applique dans le présent à accomplir sa volonté 4. "


À la suite de Fénelon, le père de Caussade exhorte les âmes à se dépouiller de toute inquiétude concernant le passé ou l'avenir : " Ne pensons qu'à profiter du moment présent selon l'ordre de Dieu, laissons le passé à sa miséricorde, l'avenir à sa providence 5. "
Être présent à Dieu qui nous est présent dans l'instant présent, c'est tout un programme.
Pour mieux le réaliser, rappelons-nous qu'une seule seconde de véritable attention à Dieu, de confiance en Lui, peut réparer des années entières d'indifférence, d'orgueil ou de lâcheté. C'est ce qui s'est produit chez celui que nous appelons le Bon Larron : en un instant le Seigneur a converti son coeur.
De même, une seconde d'attention à un être peut créer entre lui et moi une communion, faire naître une sympathie toute nouvelle. Lorsque j'entre dans une vraie relation avec quelqu'un, lorsque je deviens réellement son prochain ce qui est la façon authentique de l'aimer, je crée quelque chose d'original et je permets au Seigneur de s'insérer davantage dans le monde : Ubi caritas, Deus ibi est (Là où règne la charité, là règne Dieu).

Pour ce faire, il est indispensable de lutter contre la mentalité comptable qui trop souvent nous empêche de vivre. Nous avons trop tendance à mesurer la valeur d'une journée à la quantité d'activités que nous avons accomplies, à la besogne que nous avons abattue ! Autrement dit, nous sommes tentés d'estimer une journée " réussie " lorsque nous avons pu y accumuler idées, rencontres, travaux, succès ou argent, alors qu'en nous contentant d'y être disponibles à l'événement, attentifs à Dieu et aux autres, nous l'avons bien utilisée, même si nous n'avons pas pu y accomplir la moitié du travail prévu.
La qualité de la vie dont on parle tant, c'est d'abord, pour nous chrétiens, vivre paisiblement chaque instant de notre existence comme un moment unique où le Père veut nous gâter et où nous pouvons rendre le monde éternellement plus beau. " Chaque instant, disait Lacordaire, vient à nous avec un ordre de Dieu. " Nous pouvons dire pareillement qu'il vient à nous avec un don de Dieu. À nous de ne pas le laisser passer ! Peu importe si l'emballage du cadeau est parfois déconcertant, " car un léger moment d'affliction nous vaut un poids extraordinaire de gloire éternelle " (2*4Co*44, 17).
Nous devons donc éliminer de notre coeur le désir d'avoir terminé notre travail avant même de l'avoir commencé. La frénésie de la vitesse est finalement le refus de notre condition de créature, une condition soumise à la loi de maturation. Nous ne sommes pas Dieu. Il nous faut du temps - et souvent beaucoup de temps - pour faire quelque chose. D'ailleurs Dieu Lui-même, sauf exception, sauf miracle, prend habituellement beaucoup de temps pour construire ses chefs-d'uvre. Il a préparé pendant des milliards d'années la venue de son Fils parmi les hommes. Et, quand Il est venu parmi nous, le Fils unique Lui-même s'est soumis à la loi du temps : à Nazareth, pendant trente ans, Il a appris son métier d'homme. Alors, pourquoi vouloir aller plus vite que Dieu ? " Toute hâte vient du diable ", disait un vieux proverbe.
" C'est inouï ce que l'on peut faire avec le temps, écrivait Lacordaire, quand on a la patience d'attendre. "

Avant de toucher au volant,
Souviens-toi :
La prudence mène à la vieillesse
et la folle témérité mène au cimetière.
Ralentis pour ta peau et pas pour les gendarmes.
Quand tu vas comme un fou sur la route,
un héritier attend derrière chaque arbre.
Au volant, pas de distractions :
ne pense pas à la mort de Louis XVI, pense à la tienne.
Laisse passer sans honte ceux qui veulent passer ;
une concession momentanée vaut mieux qu'une concession
à perpétuité !
Méfie-toi des bestiaux qui vont boire
et des hommes qui en viennent.

Nous devons combattre aussi l'impression si fréquente de vivre des temps morts, inintéressants et inefficaces, alors que nous pouvons profiter d'une attente à un feu rouge, à un guichet ou à notre téléphone pour nous replonger en Dieu et nous laisser envahir par son Esprit. Il faudrait profiter de toutes les minutes creuses de notre vie pour rejoindre Dieu dans la cellule intérieure de notre âme, en Lui redisant avec joie :
Ô Toi qui es chez Toi tout au fond de mon coeur
Fais-moi me perdre en Toi tout au fond de mon coeur

Un petit bonhomme de six ans disait un jour à sa maman :
" Que dirais-tu si je devenais prêtre ?
- Si c'est la volonté de Dieu, Jean-Baptiste, je ne t'en empêcherai certainement pas... Et pourquoi désires-tu devenir prêtre ?
- Pour apprendre les gens à voyager.
- ? ? ?
- Mais oui, Maman. On peut voyager dans son coeur ! "
Le surlendemain, l'enfant redisait à sa mère qu'on pouvait descendre de plus en plus dans le fond de son coeur.

C'est ce que le frère Laurent de la Résurrection, ce merveilleux carme cuisinier du XVIIe siècle appelait la méthode des " plongées spirituelles ". Alors le match de notre vie deviendrait passionnant et les " arrêts de jeu " n'apparaîtraient plus comme des " temps morts ". Comment une seule seconde de notre vie pourrait-elle être un temps mort, alors que la volonté du Père est de nous créer et de nous recréer à chaque seconde pour modeler peu à peu notre visage d'éternité ?
Notre charité fraternelle serait également plus délicate. Au lieu d'avoir l'esprit préoccupé par tout le travail urgent à accomplir et nos rencontres futures à préparer, nous serions entièrement disponibles à la personne qui croise en ce moment notre chemin et attend l'ouverture de notre coeur.

o L'abandon vécu jusqu'à l'héroïsme

Si nous regardons de près la vie des saints, nous nous apercevons qu'ils ont vécu avec une confiance héroïque cette mystique évangélique de l'instant présent. Malgré tous ses soucis pédagogiques et financiers, Dom Bosco avait placé sur sa table de travail le célèbre passage où Saint Paul nous exhorte à la vivre : " Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ; je le répète : soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l'action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Alors la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer, gardera votre coeur et votre pensée dans le Christ Jésus " (Ph 4, 4-7).
Le psaume préféré de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus était le psaume 23 :
" Le Seigneur est mon berger
RIEN ne saurait manquer où Il me conduit. "
Persuadée que rien ne pourrait la séparer de l'Amour de Dieu (Rm 8, 39), elle redisait souvent : " Tout est grâce. "


Dans l'un de ses premiers poèmes 6, composé le 1er juin 1894, Thérèse exprime son désir de vivre un jour à la fois, " rien que pour aujourd'hui " :

Ma vie n'est qu'un instant, une heure passagère
Ma vie n'est qu'un seul jour qui m'échappe et qui fuit
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t'aimer sur la terre
Je n'ai rien qu'aujourd'hui !...

Oh ! je t'aime, Jésus ! vers toi mon âme aspire
Pour un jour seulement reste mon doux appui.
Viens régner dans mon coeur, donne-moi ton sourire
Rien que pour aujourd'hui !

Que m'importe, Seigneur, si l'avenir est sombre ?
Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !...
Conserve mon coeur pur, couvre-moi de ton ombre
Rien que pour aujourd'hui.

Si je songe à demain, je crains mon inconstance
Je sens naître en mon coeur la tristesse et l'ennui.
Mais je veux bien, mon Dieu, l'épreuve, la souffrance
Rien que pour aujourd'hui.

Je dois te voir bientôt sur la rive éternelle
Ô Pilote Divin ! dont la main me conduit.
Sur les flots orageux guide en paix ma nacelle
Rien que pour aujourd'hui.

Ah ! laisse-moi, Seigneur, me cacher en ta Face.
Là je n'entendrai plus du monde le vain bruit
Donne-moi ton amour, conserve-moi ta grâce
Rien que pour aujourd'hui.

Près de ton Coeur divin, j'oublie tout ce qui passe
Je ne redoute plus les craintes de la nuit
Ah ! donne-moi, Jésus, dans ce Coeur une place
Rien que pour aujourd'hui.

Pain Vivant, Pain du Ciel, divine Eucharistie
Ô Mystère sacré ! que l'Amour a produit...
Viens habiter mon coeur, Jésus, ma blanche Hostie
Rien que pour aujourd'hui.

Daigne m'unir à toi, Vigne Sainte et sacrée
Et mon faible rameau te donnera son fruit
Et je pourrai t'offrir une grappe dorée
Seigneur, dès aujourd'hui.

Cette grappe d'amour, dont les grains sont des âmes
Je n'ai pour la former que ce jour qui s'enfuit
Ah ! donne-moi, Jésus, d'un Apôtre les flammes
Rien que pour aujourd'hui.

Ô Vierge Immaculée ! C'est toi ma Douce Étoile
Qui me donnes Jésus et qui m'unis à Lui.
Ô Mère ! laisse-moi reposer sous ton voile
Rien que pour aujourd'hui.

Mon Saint Ange gardien, couvre-moi de ton aile
Éclaire de tes feux la route que je suis
Viens diriger mes pas... aide-moi, je t'appelle
Rien que pour aujourd'hui.

Seigneur, je veux te voir, sans voile, sans nuage,
Mais encore exilée, loin de toi, je languis
Qu'il ne me soit caché, ton aimable visage
Rien que pour aujourd'hui.

Je volerai bientôt, pour dire tes louanges
Quand le jour sans couchant sur mon âme aura lui
Alors je chanterai sur la lyre des Anges
L'Éternel Aujourd'hui !...

Thérèse a vécu pleinement cette mystique de l'instant présent dans les derniers mois de sa vie. Au lieu de se tourmenter à l'idée que ses souffrances vont sans doute se prolonger, elle souffre minute par minute. " De moment en moment, on peut beaucoup supporter 7 ", confie-t-elle à Mère Agnès. " Je ne souffre qu'un instant à la fois, dit-elle encore : c'est parce qu'on pense au passé et à l'avenir qu'on se décourage et qu'on désespère 8. "

Réflexions qui font penser à la réponse que fit un jour un garçon que le curé d'Ars allait voir à l'hôpital : " Tu souffres beaucoup, mon pauvre petit ? " lui demandait le curé. " Non, monsieur le curé, je ne sens plus aujourd'hui le mal d'hier et demain je ne sentirai plus ma douleur d'aujourd'hui. "
Saint Jean-Marie Vianney répétait volontiers ce mot d'enfant pour encourager ses paroissiens à ne pas s'inquiéter du lendemain.
Les saints sont en effet convaincus que Dieu leur donnera au fur et à mesure les grâces de courage dont ils auront besoin dans leurs épreuves. Si la souffrance augmente, Dieu donnera sa grâce en proportion. " Le bon Dieu me donne du courage en proportion de mes souffrances, disait Thérèse le 15 août 1897.
Je sens que, pour le moment, je ne pourrais en supporter davantage, mais je n'ai pas peur puisque, si elles augmentent, Il augmentera mon courage en même temps 9. "
Huit jours plus tard, après avoir avoué à mère Agnès qu'elle n'avait jamais passé une aussi mauvaise nuit, elle ajoute : " Oh ! qu'il faut que le bon Dieu soit bon pour que je puisse supporter tout ce que je souffre ! Jamais je n'aurais cru pouvoir souffrir autant. Et pourtant je crois que je ne suis pas au bout de mes peines ; mais Il ne m'abandonnera pas 10. " C'est avec cette conviction que, le 29 septembre, elle vivra son agonie : " C'est donc atroce ce que vous souffrez ? " lui demande mère Marie de Gonzague. " Non, ma Mère, répond-elle, pas atroce mais beaucoup, beaucoup, juste ce que je peux supporter. "
C'est d'ailleurs pourquoi elle n'était nullement tentée de s'admirer elle-même. Sa patience n'était pas la sienne. Un Autre souffrait en elle.
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1. Ce que je crois, Grasset, 1970, p.*4134.
2. Les presses de Taizé, 1959.
3. Lettre du 25 juillet 1700, OEuvres complètes, t.*48, Paris, 1852, p.*4518.
4. Instructions sur la morale et la perfection chrétienne, 14, t.*46, p.*495.
5. Traité sur l'oraison du cur, Éd. M. Olphe-Gaillard, coll. " Christus ", 49, Paris, 1981, p.*4136.
6. PN 5.
7. CJ 14.6.
8. CJ 19.8.10.
9. CJ 15.8.6.
10. CJ 23.8.1.


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