Le site SERVIAM met en ligne
de larges extraits de l'ouvrage du Père Pierre Descouvemont.
On peut se procurer le texte intégral aux Editions Fayard
( 1 volume 15x23, 220 pages, F 98.00 + port et emballage ) ou
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Chapitre VII : Les autes m'agacent... " L'amour est patient [...] L'amour supporte tout " (1*4Co 13, 4-7). Ces deux affirmations encadrent la célèbre description paulinienne de la charité : pour l'apôtre comme pour le bon sens populaire, la patience est l'une des manifestations essentielles de tout amour authentique.
Mais qui dit patience ne dit pas insensibilité aux événements. Il importe en effet de ne pas confondre la véritable crise de colère, souvent accompagnée de paroles et de gestes excessifs, et le mouvement spontané de révolte qui surgit en nous dès que nous sommes les témoins - et parfois les victimes - de quelque nouvelle bêtise ou d'une injustice.
Ce premier mouvement d'irritation peut être très bénéfique. Si Henri Dunant n'avait pas été bouleversé par le spectacle du champ de bataille de Solférino, il n'aurait pas eu l'idée de fonder la Croix-Rouge. Si Raoul Follereau n'avait pas été révolté par ce qu'il avait vu dans certaines ladreries d'Afrique, la Journée internationale des lépreux n'aurait jamais vu le jour ! Bienheureuses " colères " qui suscitent de telles initiatives !
Comment des parents pourraient-ils rester insensibles devant la paresse ou les mensonges d'un enfant ? Il est d'excellentes fâcheries - celles qui se transforment en combat non violent contre le mal.
Ce qui est mauvais, c'est de nous laisser aller à des gestes et à des propos déraisonnables que nous sommes bien obligés de déplorer par la suite. Et nous savons combien ces " éclats ", pour passagers qu'ils soient, constituent souvent une sérieuse entrave à nos dialogues ultérieurs. Dialogues avec notre conjoint, avec nos enfants, avec nos proches.
Les chrétiens ne sont évidemment pas à l'abri de ces tentations, mais ils disposent d'armes particulièrement efficaces pour en venir à bout.
À condition de ne pas vouloir trop bien faire... tout de suite ! Lorsque les autres nous agacent, en effet, n'essayons pas de repérer aussitôt leurs bons côtés. Suivons plutôt les conseils que nous donnent les saints, nos maîtres en vie spirituelle. Très réalistes, ils nous exhortent à appliquer une tactique différente suivant que nous sommes en pleine crise émotive ou déjà un peu calmés.
Bref, pour soigner nos crises de colère, il faut distinguer la thérapeutique " à chaud " et la thérapeutique " à froid ".1. Le traitement à chaud
Ne nous culpabilisons pas d'être parfois très énervés par ceux-là mêmes que nous aimons beaucoup. D'ailleurs, plus nous les aimons, plus nous sommes déçus et blessés par certains de leurs propos ou de leurs agissements.
Leurs manies innocentes nous font habituellement sourire et nous les regardons alors avec humour, même si leur répétition finit parfois par nous agacer. Mais leurs mesquineries ou certaines de leurs décisions ont le don de nous irriter, surtout lorsqu'elles nous semblent avoir été prises sans tenir compte de nos échanges antérieurs.
Il est alors inutile d'évoquer le charme ou les qualités de notre prochain. Nous sommes alors tellement " obsédés " par sa sottise ou son égoïsme que toute autre considération devient totalement inefficace.
Que faut-il faire dans ces moments-là ? Quatre choses.o Un acte de foi
Nous devons descendre tout de suite au centre de nous-mêmes et y goûter la paix que Dieu ne cesse de nous proposer. Le profond remue-ménage de sensibilité par lequel nous sommes alors secoués doit être l'occasion de redire à Dieu le plus rapidement possible : " Je crois, Seigneur, que rien ne peut me séparer de ton Amour, pas même la terrible déception que l'autre est en train de me causer. J'en suis profondément attristé, mais aide-moi à goûter encore plus ta Tendresse sans mesure, cette Tendresse qui ne cesse de m'entourer et dont Tu veux toujours m'investir. "
Cet acte de foi ne supprime évidemment pas notre souffrance. La prière n'est pas un opium ! Nous restons affectés par la conduite ou la réflexion de l'autre, mais nous ne voulons pas considérer la situation comme catastrophique. Si Dieu permet cette épreuve dans notre vie, nous n'en demeurons pas moins ses enfants bien-aimés. Il l'affirme dans la Bible et nous n'avons pas le droit d'en douter. Il nous faut plutôt nous réjouir d'avoir cette occasion privilégiée de Lui redire que nous y croyons envers et contre tout.Il m'est pas toujours possible d'être gai
" On est excusable de n'être pas toujours gai, car on n'est pas maître de la gaieté pour l'avoir quand on veut ; mais on n'est pas excusable de n'être pas toujours bon [...], car cela est toujours au pouvoir de notre volonté. " SAINT FRANÇOIS DE SALES, Traité de l'amour de Dieu, liv.*411, chap.*422." Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu ", affirme l'Apôtre (Rm*48, 28). Les personnes énervantes font partie de ce tout qui concourt à notre bien, si nous savons mettre à profit le service qu'elles nous rendent sans le savoir.
Mais il est souvent plus facile de reconnaître la main de Dieu derrière une maladie ou un accident qui viennent brusquement contrecarrer nos projets que derrière les réflexions aigres-douces de nos proches. Pourtant, c'est encore la main du Seigneur qu'il faut discerner derrière les procédés indélicats dont nous sommes alors victimes. C'est sa Main qui les " permet ", affirme toute la Tradition chrétienne (Voir ch.*43, p.*4000).
Est-il besoin d'ajouter que cela ne supprime pas la responsabilité de ceux et de celles qui sont à l'origine de notre énervement, ni notre devoir de supprimer tout ce qui, chez nous, énerve les autres !
Cet acte de foi en l'amour de Dieu pour nous, nous le posons, les yeux fixés sur le Christ. Lui aussi a connu ce qu'il en coûte d'être déçu par les siens : il a été " étonné " d'être si mal reçu à Nazareth (Mc*46, 6) et l'Évangile affirme qu'à Gethsémani, Il a été triste à en mourir (Mt*426, 38). Nous ne devons donc pas nous étonner d'être profondément affectés par le comportement de ceux qui nous agacent. Mais au lieu d'être énervés par notre propre agacement, nous redisons au Seigneur que nous ne sommes que des enfants, incapables de Lui offrir autre chose que le sourire le plus profond de notre coeur comme l'expression de notre foi aimante.
On ne dira jamais assez qu'il ne nous est pas demandé de réagir à nos épreuves à la façon des héros stoïciens, devenus indifférents à tout ce qui leur arrive. Comme le Christ, le chrétien ne rougit pas d'être vraiment blessé par ses frères. D'autant, nous le verrons plus loin, qu'il espère pouvoir ainsi les sauver !o Un acte de maîtrise
C'est aussi le moment de serrer les poings et de ne pas nous laisser aller à la colère. Encore faut-il, pour tenir cette résolution, la reprendre régulièrement en nous rappelant les bienfaits d'une telle maîtrise pour de meilleures relations fraternelles : Si l'on casse un verre chez toi, garde le même sang-froid que tu as lorsqu'on en casse chez un autre, dit le proverbe.
o Un acte d'abandon
Le chrétien n'en reste pas là. Conscient de sa faiblesse, il a la simplicité de se précipiter dans les bras de Jésus dès le premier instant de la tentation d'impatience. C'est de Lui et de Lui seul qu'il attend la dose de patience dont il a alors besoin.
Et n'allons pas nous mépriser si nous tombons souvent sur ce chemin difficile de la patience. Nous devons surtout avoir patience envers nous-même, ne jamais nous décourager au vu de nos lenteurs et de nos chutes.
" Aime ton prochain comme toi-même " demande la Bible (Lv*419, 18). Impossible d'aimer notre prochain en vérité si nous n'apprenons pas d'abord à ne pas nous énerver contre nous-même.
Sans jamais nous résigner à nos médiocrités, il nous faut d'abord accepter avec réalisme et humilité notre condition de créatures pécheresses, sans cesse appelées à la conversion.o Un acte d'espérance
Nous offrons enfin au Seigneur notre espoir de contribuer, par ce nouvel acte de patience, à l'avènement d'un couple plus aimant, d'une famille plus unie, d'un monde plus fraternel. Car Dieu ne laisse rien perdre des efforts que nous faisons pour être, là où nous sommes, des ouvriers de paix, des bâtisseurs d'amour.
Nos échecs en ce domaine ne doivent jamais nous décourager. Quand nous avons tout fait pour vivre en bonne intelligence avec les personnes de notre entourage et que nous souffrons de leur incompréhension ou de leurs moqueries, il nous faut offrir silencieusement au Seigneur le sourire que nous gardons alors tout au fond du coeur.
C'est le moment de vivre le mystère de la Rédemption. Ce mystère qu'entrevoyait le prophète Isaïe, lorsqu'il évoquait les souffrances à venir du Serviteur souffrant : " Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui et dans ses blessures nous trouvons la guérison " (53, 5).
Oui, lorsque nous sommes blessés par nos frères, nous contribuons à la guérison du monde, puisque nous pouvons redire alors avec saint Paul : " J'achève en ma chair - et en ma sensibilité blessée - ce qui manque à la passion du Christ pour son Corps, qui est l'Église " (Col*41, 24).
Comme on le voit, l'attitude chrétienne en pareille circonstance est plus une question de foi qu'une affaire de générosité. Le difficile n'est pas tant de nous taire et de garder notre calme que de croire de toute notre âme que l'amour du Seigneur va jusque-là ; les procédés blessants de nos frères sont une nouvelle occasion qu'Il nous donne de sauver le monde avec son Fils.
" Il ne faut pas regarder d'où viennent les croix, disait le curé d'Ars, c'est toujours de Dieu. Que ce soit un père, une mère, un époux, un frère, le curé ou le vicaire, c'est toujours Dieu qui nous donne le moyen de lui prouver notre amour. "
Il va sans dire qu'il faut aussi, quand le calme est revenu, ne pas hésiter à provoquer avec l'autre une franche explication. Mais chacun sait que c'est chose pratiquement impossible quand on se trouve en pleine crise émotive. La discussion ne ferait alors qu'attiser le feu de la colère ! Et il faut parfois attendre bien longtemps avant de pouvoir entamer ce dialogue !2. Le traitement à froid
Rappelons ici quelques principes qui doivent présider à ces dialogues. Dialogues qui ne doivent pas dégénérer en règlements de comptes, sous peine d'accroître encore davantage l'animosité de notre partenaire. C'est ce dialogue qu'essayent d'instaurer dans leur foyer les membres des Équipes Notre-Dame lorsqu'ils entament leur fameux " devoir de s'asseoir ". Sous le regard de Dieu ils cherchent à mieux se comprendre pour s'aimer davantage.
o Savoir écouter
Écouter l'autre m'expliquer ce qui le fait souffrir dans ma façon de faire. Et ne pas l'interrompre lorsqu'il s'exprime ! Je dois en effet essayer de ne pas considérer ses propos comme une mise en accusation, mais comme l'expression de son amour : s'il a été tant affecté par ma conduite ou mes reproches, c'est qu'il m'aime. Et c'est également par amour qu'il me confie sa peine : s'il prend la parole, c'est en définitive pour rétablir le dialogue avec moi.
o Oser parler
Si l'autre semble disposé à m'écouter, je ne dois pas hésiter à m'exprimer. Je n'arriverai sans doute pas à le convaincre immédiatement de ma bonne foi, quand je lui dirai par exemple que mon intention n'était nullement de le blesser, quand je lui ai adressé telle remarque. Mais il le reconnaîtra peut-être ultérieurement.
Je pourrai essayer de lui faire comprendre à mon tour que, si je parle, c'est par désir de mettre un terme à notre mésentente.
Je n'hésiterai pas enfin à lui demander pardon de l'avoir blessé, même si je ne l'ai pas fait exprès : j'aurais peut-être dû être plus délicat, veiller à ne pas employer une expression qui l'avait jadis peiné.
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Nous avons acheté un canapé
Cher Louis, chère Hélène,Vous me parlez longuement, dans votre dernier courrier, de la grande grâce que vous avez reçue cet été et dont j'ai été le témoin émerveillé. Il vous a été donné de vous réconcilier pour de vrai après des années d'incompréhension réciproque et de disputes incessantes. Vous aviez l'impression que vous ne pourriez plus jamais vous aimer comme au temps de vos fiançailles, que vous étiez condamnés à vivre le restant de vos jours dans une espèce de guerre froide perpétuelle, dans un état permanent de tension, qui engendrait, inévitablement, à intervalles de plus en plus rapprochés, des échanges de paroles aigres-douces, suivis de longues périodes de bouderies.
Puis-je vous rappeler ce qui vous a permis de sortir de cette impasse ? Ce rappel vous aidera à ne plus retomber à l'avenir dans les mêmes ornières.
Il y a eu d'abord la décision de passer cinq jours dans un Foyer de charité. Vous avez eu l'audace d'espérer qu'en vous tournant franchement l'un et l'autre vers le Seigneur, qu'en l'appelant au secours du fond de votre misère, vous recevriez la grâce d'apercevoir quelques éléments de solution. Je sais bien, Louis, que tu étais beaucoup moins motivé que ton épouse pour sacrifier une partie de tes congés à faire cette retraite. Il n'empêche que tu as eu la simplicité de te laisser entraîner par Hélène. Bravo ! Ce que femme veut... peut parfois correspondre à la volonté de Dieu sur nous !
Il y a eu ensuite la démarche que vous avez faite le troisième jour de la retraite : après moult hésitations, vous êtes allés voir le prédicateur et lui avez confié votre problème. Rappelle-toi, Louis, l'énergie avec laquelle tu as alors défendu ton point de vue. " Ma femme, m'expliquais-tu, ne comprend pas que je puisse m'investir autant dans mon travail professionnel : chaque fois que je rentre en retard sur l'horaire prévu, j'ai droit à une remarque désobligeante ou à une bouderie de sa part. " Et tu lui répondais, Hélène, qu'il n'avait jamais réussi à saisir la raison profonde de ton amertume : " Non, je ne suis pas jalouse de ton ardeur au travail ni de ta réussite professionnelle. Bien au contraire ! Mais j'ai de plus en plus l'impression que tu t'ennuies avec moi, que je ne représente plus grand-chose à tes yeux ! "
Que vous ai-je alors répondu ?
" Quand allez-vous cesser de jouer les juges de paix l'un vis-à-vis de l'autre ? Ne pourriez-vous pas réapprendre à vous exprimer votre amour sans y ajouter constamment la justification de votre dernier retard ou de votre dernière bouderie ? Au lieu de discuter sans cesse "face à face", ne pourriez-vous pas vous asseoir "l'un à côté de l'autre" sur un canapé comme vous le faisiez sans doute lors de vos premières rencontres, le bras de l'un posé sur l'épaule de l'autre ? " Et je te disais, Louis, avec une certaine fermeté : " Apprends à te taire. Apprends à ne plus argumenter avec ta femme, comme tu le fais dans ton boulot quand tu dois discuter "affaires" avec tes clients ou "salaires" avec ton personnel. Réapprends à passer du temps avec Hélène, comme tu aimais le faire, je suppose, durant tes fiançailles. Tu n'hésitais pas alors à parcourir des centaines de kilomètres pour la retrouver l'espace d'un week-end. "
Je vous disais encore : " Réapprenez petit à petit l'art de rester l'un près de l'autre en silence ! Vous ne bêtifiez pas lorsque vous vous interdisez de discuter afin de goûter la joie toute simple de vous tenir la main ou de vous embrasser. "
Vous me confiez d'ailleurs la dernière acquisition que vous venez de faire : un canapé pour votre salle de séjour. Je constate avec plaisir que vous avez reçu mon message à 100 %. Beaucoup trop de couples oublient en effet leur devoir de redevenir régulièrement amoureux comme des fiancés. Ils " discutent " autour d'une table ou " s'étreignent " dans l'alcôve, mais ne prennent plus le temps de se dire longuement leur amour et de se le manifester par des gestes de tendresse. Tu sais pourtant, Louis, combien ta femme les apprécie et les considère comme un préalable quasi indispensable à toute relation sexuelle.
Vous découvrez aussi la joie de vous demander vraiment pardon quand il vous arrive de vous blesser l'un l'autre. Au lieu de dire : " Excuse-moi, chéri(e), j'étais fatigué(e) ; l'autre soir, je n'étais pas en forme ! ", vous avez désormais la simplicité - l'humilité - de vous dire : " Pardonne-moi de t'avoir blessé(e) ! " Et vous connaissez ainsi l'immense joie de recevoir le pardon de l'autre ou de le lui donner. Une expérience qui vous bouleverse ! Vous devinez maintenant ce que doit être la joie de Dieu lorsqu'Il vous pardonne vos offenses et vous redécouvrez la joie de l'enfant qui va se faire pardonner sa dernière bêtise en se précipitant dans les bras de son père, tout en lui disant : " S'il te plaît, papa, punis-moi par un petit baiser ! "
Oh oui, cher Louis, chère Hélène, votre vie spirituelle est profondément transformée depuis cet été. Par suite de vos disputes continuelles, vous en étiez arrivés à vivre en quelque sorte votre foi comme des célibataires.
Vous continuiez à croire à l'amour de Dieu pour vous à cause de sa parole : " Tu as du prix à mes yeux, et Moi, je t'aime " (Is 43, 4). Et ce n'est pas moi qui vous le reprocherai. La foi consiste toujours à croire ce que Dieu nous dit, même quand cela ne paraît pas évident.
Mais depuis quelques mois vous réalisez enfin - mieux vaut tard que jamais - à quel point vous pouvez être l'un pour l'autre sacrement de la tendresse de Dieu. C'est à travers votre tendresse mutuelle que vous expérimentez combien le Seigneur est bon.
Telle est la volonté de Dieu sur vous, telle est votre vocation ! Vous ne vous aimerez jamais trop ! Dieu n'est pas jaloux du bonheur que vous éprouvez de nouveau l'un avec l'autre. Il vous demande seulement de prendre aussi le temps de recevoir cette joie comme un cadeau de sa main. Plus que jamais, qu'il y ait une bonne pincée d'action de grâce dans votre prière : " Merci, Seigneur, pour notre tendresse retrouvée. Merci de nous envelopper toi-même d'une tendresse sans mesure " (Ps 119, 156) ! "
Lettre des Équipes Notre-Dame, n° 95, janvier-février 1992.---------------------------
o Continuer à espérer
" Rien n'est impossible à Dieu. " Même si la réconciliation ne se produit pas aussi rapidement que je le souhaiterais, même si mon conjoint ou mon frère conserve un défaut que j'estime " intolérable ", j'espère qu'un jour viendra où il en sera débarrassé.
" La charité espère tout ", remarque Paul. Elle sait que rien n'est impossible à Dieu. Dans son royaume, les loups et les chacals peuvent devenir des agneaux, les visages les plus durs devenir aussi rayonnants que celui du père de Foucauld à Tamanrasset. Dieu se plaira à récompenser plus tard nos actes de patience.
Seule cette espérance évangélique permet à une épouse abandonnée par son mari de lui pardonner. Elle ne saurait oublier le mal qu'il lui a fait et dont elle souffre encore, mais elle peut ouvrir son cur à l'espérance qu'un jour - en ce monde ou en l'autre ! - se produira sa métamorphose complète... Cela s'appelle espérer " contre toute espérance ".
En somme, pour être patiente, la charité doit, suivant la recommandation de l'apôtre, non pas tout " excuser " - tel n'est pas le sens du verbe stegein (1 Co 13, 7) - mais tout " couvrir ". Il ne s'agit pas de s'aveugler sur les défauts de ses proches, mais de les recouvrir de tout ce qu'il y a déjà de beau chez eux, et surtout de ne jamais oublier la Miséricorde toute puissante du Seigneur qui ne cesse de les envelopper et peut en un instant les transfigurer.o Faire preuve d'un peu d'humour
Reconnaître enfin que nous avons souvent deux poids et deux mesures pour juger notre conduite et celle d'autrui.
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Quand lui n'achève pas son travail,
je me dis, il est paresseux.
Quand moi, je n'achève pas mon travail,
c'est que je suis trop occupé, trop surchargé.Quand lui parle de quelqu'un,
c'est de la médisance.
Quand je le fais,
c'est de la critique constructive.Quand lui tient à son point de vue,
c'est un entêté.
Quand moi je tiens à mon point de vue,
c'est de la fermeté.Quand lui prend du temps pour faire quelque chose,
il est lent.
Quand moi je prends du temps pour faire quelque chose,
je suis soigneux.Quand lui est aimable,
il doit avoir une idée derrière la tête.
Quand moi je suis aimable,
je suis vertueux.Quand lui est rapide pour faire quelque chose,
il bâcle.
Quand moi je suis rapide pour faire quelque chose,
je suis habile.Quand lui fait quelque chose sans qu'on le lui dise,
il s'occupe de ce qui ne le regarde pas.
Quand moi je fais quelque chose sans qu'on me le dise,
je prends des initiatives.Quand lui défend ses droits,
c'est un mauvais esprit.
Quand moi je défends mes droits,
je montre du caractère.------------------------
Si nous sommes sincères, nous finirons par découvrir l'étrange ressemblance entre nos propres défauts et ceux qui nous agacent tant chez les autres, car les défauts se repoussent entre eux : le bavard contrarie le bavard, le colérique s'excite contre le colérique, le vaniteux énerve le vaniteux, etc. L'humble reconnaissance de ce fait engendre un humour très favorable à la qualité de nos relations avec autrui.
" Pour vivre ensemble, il faut une brassée d'amour et une pincée d'humour ", disait le cardinal Etchegaray, à l'assemblée des évêques de Lourdes, en 1973.Mais n'allons surtout pas nous culpabiliser de ne pas être capables de cet humour, lorsque nous sommes en pleine crise émotive. À ce moment-là, c'est le traitement à chaud - et lui seul - qu'il faut avoir la sagesse et l'humilité d'appliquer. C'est déjà une fameuse victoire si nous réussissons alors à chanter à Dieu, tout au fond de notre cur, notre joie de croire à son amour.
Quand vous êtes harassés de fatigue, pensez toujours à l'exemple de la bouilloire. Elle a beau avoir le couvercle en ébullition, cela ne l'empêche pas de chanter.------------------------
Dieu seul ne déçoit jamais
Nous vivons tous des expériences de déception très douloureuses dans nos Églises. Elles m'ont appris que croire en Dieu, c'est ne mettre sa confiance et son espérance qu'en lui. Quand on n'a pas placé sa foi là où elle doit l'être, il faut vivre la déception que cela implique.
En revanche quand on ne croit plus qu'en Dieu c'est alors que l'on peut poser sur le monde et les hommes le regard que Dieu pose sur eux : un regard de miséricorde.
On ne peut pas croire en l'Homme. Car il n'est pas bon.
On le découvre tôt ou tard et les désillusions sont souvent cruelles. Tandis que Dieu ne déçoit pas.
Et si l'on regarde le monde avec les yeux de Dieu, on n'attend pas qu'il s'améliore pour l'aimer. Ce regard de Dieu, c'est le Christ qui me l'a appris. Oui c'est bien ma relation avec les autres qui a évolué au cours de toutes ces rencontres : je n'ai pas attendu d'eux qu'ils se convertissent, qu'ils soient meilleurs qu'ils ne sont mais je les ai aimés où ils étaient, comme ils étaient.
Christian Chabanis,
La Foi aujourd'hui, octobre 1985, p. 7.------------------------
Toi qui vois trébucher ton frère,
Es-tu sûr d'éviter l'ornière ?
Cherche dans tout regard blessé
Celui de Jésus crucifié ;
Invente des soleils
Pour sécher toute larme.
Pourquoi voir en ton prochain
Plus d'ivraie que de bon grain ?
Toute graine d'amour
Lèvera bien un jour.
Que devant toute haine
Ta langue ne dégaine
Qu'un rameau d'olivier.
Marie Baudouin-Croix.
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