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    Après avoir dansé le menuet, goûté la valse, essayé le bal musette, s'être enivrés de rock, certains jeunes Français sont devenus des adeptes d'un nouveau type de fête : les raves parties. Mais dans ces raves parties, il y a plus qu'une nouvelle manière de s'amuser. Elles s'inscrivent en effet dans une tendance générale qui mêle l'esprit "techno", les drogues de tout type et un esprit de contestation bien particulier.
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    Serviam remercie vivement le centre de formation à l'action civique et culturelle selon le droit naturel et chrétien, pour son aimable accord de mise en ligne de cet article paru dans la revue Permanences n°388 de janvier-février 2002
    Ce centre organise notamment des stages de formation d'une haute qualité que Serviam recommande volontiers à ses correspondants.
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    DU DANGER DES RAVES PARTIES
    par Bénédicte CHERON, étudiante à Sciences-Po Paris

    Le flou du phénomène n'aide pas à l'identifier. Pour le musicologue Emmanuel Grynszpan, les raves parties datent de la fin des années 80, alors que les autorités britanniques, face aux ravages de l'ecstasy, décident d'obliger les boîtes de nuit à fermer leurs portes à deux heures du matin. Pour poursuivre leur vie nocturne, les fêtards investissent bâtiments désaffectés et lieux abandonnés. Les raves sont nées.
    Des groupes itinérants s'organisent, dont la vocation est de colporter le son de la techno aux quatre coins de la Grande-Bretagne et de l'Europe  : ce sont les sound systems. Les raves parties sont alors free parties : sans autorisation, sans aucune existence légale elles prennent leur essor et se répandent sur le continent.
    En France, le premier "teknival" a lieu à Beauvais, au cours de l'été 1993. La distinction apparaît peu à peu entre les raves parties, dont les organisateurs préviennent, même au dernier moment, les autorités locales, et les free parties. Dans la pratique, les habitudes de ces rassemblements sont identiques.

    Les raves originelles adoptent une existence totalement coupée des règles de vie du monde réel. Les musiques sont "créées" in situ par les DJ (Disc-Jockey), et l'argent est souvent banni de la "fête" : on échange ecstasy contre disques, disques contre essence, essence contre LSD, LSD contre alcool. Au milieu des années 90, le mode de vie du raver continental s'organise et certains sound systems, parmi lesquels Furious, Heretik ou Mas y Mas, ritualisent les dates et lieux des raves.

    Mais le principe reste le même : offrir clés en mains à des jeunes de la musique techno pendant plusieurs jours, à un niveau de décibels bien plus élevé que celui des boîtes de nuit, et un marché de drogues diversifié (ecstasy, LSD, marijuana, héroïne, cocaïne) qui aide à s'"éclater", car c'est bien cela que "to rave" signifie. C'est la jeunesse citadine et aisée, celle qui en a les moyens, qui, chaque week-end, s'engouffre dans les voitures, téléphones portables en main, pour dénicher les raves.

    Au-delà de "l'éclate", une vision du monde : " il n'y a pas un message revendicatif, mais des dizaines, sous-entendus par la nature de nos fêtes : la société comme tout ce qui fait notre monde est à sa manière instable. Nous sommes à une extrémité de la balance. N'est-ce pas un message en soi ?".
    Contestation de l'ordre établi et rejet de toute norme ne sont pas des phénomènes nouveaux chez la jeunesse occidentale. Reste que celle-ci trouve dans les raves un moyen particulièrement violent de satisfaire des revendications d'adolescents, parfois tardifs, en manque d'idéal.

    C'est justement là que le politique devrait intervenir car la violence des raves met en cause l'ordre public et la sécurité de chacun. Ceux qui y participent sont livrés sans garde-fou au trafic de drogues; ceux qui les organisent s'installent dans des propriétés privées sans autorisation (plusieurs domaines agricoles ont ainsi été ravagés). L'Etat doit, en toute légalité, se manifester. Son intervention est d'autant plus légitime que les accidents graves sont de plus en plus fréquents au cours des raves parties.

    Dans les quotidiens, les morts de ravers font désormais l'objet de brèves régulières : "le jeune homme de 24 ans, mort dimanche 8 juillet [2001] après avoir fait une chute mortelle lors d'une rave-party à Rouen était sous l'emprise de l'alcool et de produits stupéfiants", ..."un adolescent dans le coma après une rave à Strasbourg". Sans ecstasy, point de raves parties.
    Or, l'usage de ces petites pilules roses, vertes ou bleues crée une réelle dépendance physique et psychique. 6,5% des jeunes de 18 ans en ont déjà consommé. Les revendeurs proposent même aux jeunes des comprimés trafiqués avec de la quinine ou, pire, de la mort-aux-rats !
    Quant à l'héroïne, elle fait désormais elle aussi partie de ce décor sordide.

    Tout récemment, les autorités françaises ont fini par s'inquiéter. En juin 2001, Daniel Vaillant, ministre de l'Intérieur, a proposé de prohiber les free parties et de sanctionner ceux qui braveraient cet interdit. Levée de bouclier : verts, communistes et nombre de socialistes ont dénoncé une atteinte aux libertés individuelles.
    Après le 11 septembre, Daniel Vaillant a trouvé dans l'adoption de la loi sur la "sécurité quotidienne" une occasion de revenir sur le sujet. Les mesures concernant les raves parties prévoient que tout rassemblement soit l'objet d'une déclaration préalable à la préfecture, que le préfet puisse l'interdire si des risques apparaissent, que les officiers de police puissent saisir le matériel en cas de non-respect de la loi. Les ravers sont montés au créneau. Une occasion pour eux d'affirmer une nouvelle fois que leurs "fêtes" sont porteuses d'une vision de la société : "les pouvoirs publics ne comprennent pas que la culture des free est proche d'une certaine forme de nihilisme". Noël Mamère, candidat des Verts à la présidentielle, s'est fait le défenseur de ce message : "les socialistes n'ont rien compris à la jeunesse de ce pays".

    La loi est malgré tout passée et c'est un premier pas. Il n'en reste pas moins qu'elle se base sur la distinction artificielle entre raves et free parties : or, sur le terrain, le résultat est le même. Si la déclaration préalable permet un meilleur contrôle théorique des échanges de stupéfiants, dans la pratique, le principe même des ces prétendues fêtes est respecté alors que le débat sur la légalisation des drogues "douces" n'est pas loin. C'est une fois de plus le rôle du politique qui est ignoré : dans ce domaine comme dans bien d'autres, il manque une vision d'ensemble et l'affirmation de principes supérieurs à une liberté mal comprise.

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