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    LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance
    " Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
    St Paul, 2 Epître à Timothée 4-1à 5

    Il suffit de tendre l'ouïe, le regard, la raison, pour constater l'ampleur du désastre dans lequel l'homme moderne s'enfonce en se détournant de son créateur... C'est pour aider à reprendre le bon cap que le site serviam propose une série de " repères " à ses correspondants....
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    Une Eglise qui prend le chemin de Pâques

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    Une expérience fondatrice

    Pâques, qu'est-ce à dire ?
    Le mot « pâques » veut dire « passage » en hébreu. L'évènement fondateur du peuple d'Israël a été celui d'un double passage : passage de Dieu dans la terre de servitude (l'Egypte) qui a entraîné un passage des hommes vers la terre de liberté.

    Un apprentissage de la liberté dans la communion
    Dans ce "passage", s'est réalisé un double apprentissage : celui de la liberté et celui de la communion.
    Le peuple de l'Exode a fait l'expérience que, pour être libre, il ne suffit pas de sortir de la terre de servitude. On peut garder une âme d'esclave (irresponsable et qui attend tout du maître). Il faut faire l'apprentissage de la liberté et de ses risques. Non pas la liberté-caprice (liée au rêve de toute-puissance, négation même de la condition humaine), mais la liberté de s'attacher librement (dans l'Alliance) pour devenir, en vérité, un être de communion.

    A la suite du Christ
    C'est par rapport à cette première expérience que Jésus lui-même se situe pour interpréter le sens profond du don de sa vie comme étant la "Pâque nouvelle", le « passage » définitif. Comme disciples de Jésus, nous avons, nous aussi, sans cesse à revenir à cet événement fondateur pour percevoir les enjeux les plus profonds de notre existence.

    Au seuil du Carême, l'Evangile des tentations (Mt 4,1-11 ; Lc 4,1-13)

    Cet évangile met en scène trois réalités : un lieu, une mise à l'épreuve, un combat dans la durée.

    1. Un lieu, le désert

    Tout commence après le baptême de Jésus. Il en avait été de même pour le peuple de l'Exode (qui commença par traverser la mer) et il en est de même pour tout chrétien: tout commence avec le baptême. Mais il ne suffit pas d'être baptisé, il nous reste encore à vivre ce que signifie le baptême, à savoir le passage, à la suite de Jésus, vers la liberté et la communion véritables. Et c'est là qu'intervient le désert.
    Bien plus qu'un lieu géographique - le récit des évangiles n'est pas un reportage, mais un message -. Le désert est le lieu symbolique d'une expérience, une expérience humaine et une expérience proprement religieuse.
    - Il s'agit d'une situation vécue : celle qui se caractérise par le vide et le manque. Et ce premier trait du désert, nous renvoie à ce qu'il y a de plus radical en nous, par delà toutes les expériences de manque que nous pouvons connaître.
    - Un second trait est au coeur de l'expérience biblique du désert : c'est le lieu des fiançailles des hommes et de Dieu, qui se lie à eux par une parole et les met à l'épreuve.

    D'où le deuxième élément du récit :

    2. Une mise à l'épreuve

    Le Christ triomphe des tentations que connaît tout homme qui cherche à devenir libre
    La tentation se rencontre dans notre vie chaque fois que nous sommes placés dans une situation de choix qui engage notre liberté.
    C'est une expérience des limites (je ne peux tout avoir et il faut que je laisse la place à l'autre...) et, dans cette mesure, elle est douloureuse. Mais elle révèle en même temps notre grandeur et notre liberté. Si un être est totalement conditionné, on ne peut parler, à son sujet, de tentation, car il n'y a pas de choix possible pour lui (c'est ainsi que fonctionne, d'une certaine façon, l'instinct des animaux). Il n'en est pas ainsi de l'homme. Même s'il est bien vrai que ma liberté est limitée, il demeure que je suis capable de choisir et j'aurai à répondre de mes choix.
    Dans le Christ, il n'y a aucune complicité avec le mal ; mais, comme tout homme, il a été tenté. Affirmer cela, c'est affirmer sa liberté d'homme, c'est prendre au sérieux le mystère de l'incarnation.

    Trois esclavages

    Matthieu et Luc les synthétisent en trois tentations. Luc précise : « ayant épuisé toutes les formes de tentation, le démon le quitta... » (Lc 4,13)

    - La première tentation ("...Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent du pain..") nous renvoie à la façon dont nous réagissons face à nos manques. La façon la plus immédiate, c'est la consommation ; mais c'est souvent se tromper que d'en rester là. Car la consommation ne comble pas vraiment ce qui nous manque. On peut « tromper sa faim », comme on dit, mais on reste affamé. Et le symptôme en est la poursuite indéfinie de la consommation (sur laquelle nos économies occidentales sont basées !)
    Notre faim véritable est d'un autre ordre. Elle se situe sur un autre registre : non pas celui de l'avoir, mais celui de l'être. Et c'est à ce niveau qu'intervient la démarche religieuse. Mais, à ce niveau là, la tentation se redouble, si l'on peut dire. L'illusion et la tentation radicale qui guette toute religion, c'est de faire servir Dieu à la satisfaction de nos besoins. On fait entrer Dieu dans le monde de la consommation !
    Le premier esclavage qui nous guette, c'est de mettre Dieu au service de nos besoins. Jésus n'y cède pas et il reprend la parole du Deutéronome : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Dt 8,3)
    Il invite ainsi à reconnaître que seule peut nous combler une parole qui nous crée comme sujet. Or c'est très précisément la parole que Jésus a entendue à son baptême :
    « Tu es mon fils, en toi j'ai mis tout mon amour » (Mt 3,17 et //)
    Et, dans la mesure où c'est à Jésus comme homme que cette parole est dite, c'est aussi à chacun de nous qu'elle est adressée. Reste à l'accueillir. Il faut pour cela se libérer de deux autres esclavages que manifestent les deux autres tentations des récits évangéliques :

    - Le deuxième esclavage dont il faut se libérer c'est l'esclavage de l'irresponsabilité liée à une image fausse de la bonté de Dieu.
    C'est ce que met en scène la deuxième tentation: « Si tu es le fils de Dieu, jette-te toi en bas... » Comme si la bonté de Dieu consistait à nous laisser faire tous nos caprices en nous rattrapant de toutes façon. Le type même du dieu pervers !
    Jésus refuse d'entrer dans un tel schéma. Comme tout homme, il est soumis aux lois de la pesanteur et il ne rêve pas de s'y soustraire par bravade, en invoquant la protection de Dieu.
    Quant à nous, trop souvent encore, dans nos prières n'est-ce pas l'inverse de la demande du Notre Père qui apparaît ? Non pas : « que ta volonté soit faite » (par moi), mais : « que ma volonté soit faite » (par toi). Nous disons à Dieu ce que nous voulons... avec des courbettes, s'il le faut... Et nous sommes alors victimes du troisième esclavage :

    - Le troisième esclavage, c'est celui de la volonté de puissance.
    Celle que l'on exerce sur les autres et celle que l'on subit soi-même. Car telle est bien la logique infernale de la proposition du démon : « tout cela, je te le donne si tu te prosterne devant moi. » (Lc 4,6 // Mt 4,8))
    Rien de tel chez Jésus qui proclame bienheureux les doux, les humbles (les deux termes vont très souvent ensemble dans la bible), ceux qui ne s'imposent pas. Et il déclare que c'est à eux qu'est promise la terre. Non pas une terre parmi d'autres, une terre à accaparer - Et l'on sait ce que cela donne, en Palestine et ailleurs ! - mais la terre toute entière, car eux seuls peuvent la rendre habitable et fraternelle à tous.
    De la terre accaparée à la terre partagée, le chemin est encore long - c'est le moins qu'on puisse dire ! - Mais l'important c'est de s'y engager. Et c'est là qu'il faut prendre conscience à nouveau de l'importance du temps. D'où la troisième réalité mise en scène par les évangélistes :

    3. Un combat dans la durée

    L'épreuve de Jésus au désert dure 40 jours. Tout au long de la bible, à des moments décisifs, on retrouve ce chiffre. Il y a les 40 jours du déluge, les 40 jours de Moïse au Sinaï, les 40 jours pendant lesquels Goliath, le Philistin, défie Israël en disant : » amenez-moi un homme ! » - Alors même qu'il y a des centaines de guerriers en présence... ! - Et c'est David et non pas un guerrier qui va être cet homme. Il y a encore les 40 jours de la marche d'Elie vers l'Horeb, la montagne de Dieu et, bien sûr, les 40 ans au désert du peuple de l'Exode. A chaque fois, est ainsi suggéré le temps qu'il faut pour que naisse des hommes en qui se manifeste la vie du Dieu vivant. 40, c'est le chiffre de la transformation et de la naissance. Ne faut-il pas 40 semaines pour que naisse un petit d'homme ?
    Or c'est cela encore qui est en cause dans la durée du temps de carême, pour chacun de nous.

    Une Eglise qui prend le chemin de Pâques

    Une Eglise qui prend le chemin de Pâques, c'est une Eglise qui prend les moyens de repérer les tentations auxquelles elle est affrontée.
    Une Eglise où les chrétiens s'efforcent, en accueillant la puissance de l'Esprit, de surmonter les obstacles qui les empêchent de témoigner de la victoire de Dieu sur toutes les puissances de mort.
    La tradition la plus ancienne de l'Eglise a développé pour cela une discipline du Carême qui met en oeuvre, en quelque sorte, une triple réponse aux trois tentations : le jeûne, la prière et le partage.

    Le jeûne, la prière et le partage

    Pour faire la vérité par rapport à nous même et par rapport à notre manque fondamental, le jeûne peut Jouer le rôle de révélateur (peut-être sommes-nous en train de le redécouvrir, par le détour d'expériences partagées avec d'autres que les chrétiens, bien au delà d'un légalisme qui l'avait réduit à une simple formalité...).
    Pour faire la vérité par rapport à notre dépendance vis à vis de Dieu, la prière peut jouer le rôle de révélateur : quel rôle reconnaissons-nous à Dieu dans notre prière ?
    Pour faire la vérité par rapport à nos liens avec les autres, la façon dont nous pratiquons le partage est un test. Sans doute peut-on se réjouir de l'impact qu'ont auprès de beaucoup de chrétiens les campagnes de solidarité proposées durant le Carême ! Mais la question demeure posée à chacun de nous : Qu'est-ce que tu es prêt à partager ?

    Avec le Carême, voici que nous est donné
    - un temps pour renaître
    - un temps pour accueillir à nouveau le souffle de Dieu qui se lève sur la poussière de nos déserts pour lui donner vie.
    - Un temps pour entendre d'une façon neuve l'Evangile de Jésus Christ et entrer dans son dynamisme.

    Père Bernard-Dominique MARLIANGEAS, op.

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