| LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance Dans son introduction à sa lettre Encyclique "Redemptoris Missio " de décembre 1990, Jean-Paul II écrit ceci : |
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Mars 2003
Dogmes et vie de Foi intérieure... Cette question est très actuelle, mais en fait, et vous le savez aussi bien que moi, elle ne date pas d'aujourd'hui, même si de nos jours, pour certains, elle prend une tournure cruciale. L'effort consiste sans doute comme souvent, à regarder les deux positions et à y souligner ce qui respecte l'autre, tout en demandant à chacune de ne pas se "crisper" sur ce qu'elle croit comprendre des deux. Ne pensez pas que je veuille ménager la chèvre et le chou, mais je crois que la vérité, autant qu'on puisse la joindre, se situe toujours au-delà de toute position de départ. Votre question rappelle cette parole de Jésus à ses disciples, après la Cène : "J'ai encore bien des choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant ; lorsque viendra l'Esprit de vérité, il vous fera accéder à la Vérité tout entière." (Jn. 16, 12 -13a.) Parler de dogme, c'est en effet d'abord admettre que la Vérité nous dépasse. Nous sommes faits pour la connaître et pour en vivre, mais nous savons quelle est infinie et quaucune époque ne peut prétendre la posséder tout entière ni définitivement. Nous sommes comme des ouvriers qui progressent au jour le jour. Ils partent de ce qu'ils ont fait hier, pour aller jusqu'où ils seront ce soir. Et demain, eux ou dautres devront encore avancer au-delà. En fait, notre désir de tout connaître de Dieu vient de ce que nous laimons : on veut tout savoir de Celui qu'on aime. Mais le Dieu que nous aimons est infini, et plus nous cherchons, plus lhorizon se déploie. Cest vrai, Dieu est à la fois à portée de nos mains, dans la prière, les sacrements, la nature et le regard de nos frères, mais il est aussi plus profond que ce que nous découvrons. Non pas qu'il veuille nous échapper ou nous faire languir, mais il est sans fond et plus nous avançons en lui, plus il est large. Il faut donc que tous les chercheurs que nous sommes et tous les savants n'en finissent pas d'accepter d'avancer. Que fait d'autre la théologie, depuis 20 siècles ? C'est vrai : le dogme est bien " l'expression du cur de notre foi ", mise par écrit après de longues recherches par les théologiens d'une époque précise, et il exprime donc, en termes de l'époque et selon les connaissances scripturaires ou psychologiques de ce temps, comment on cernait alors la vérité en question. Cette expression est vénérable parce qu'elle nous dit comment croyaient nos frères de ce temps. Mais il peut se faire, comme le craint votre paroissienne, que certains dentre nous soient tellement sûrs que leurs positions ont fait le tour du mystère, quils récusent à dautres le droit daller plus loin queux-mêmes ne sont allés. Pourtant, doù viennent ces positions dogmatiques que lon voudrait intouchables ? Elles nous viennent des frères qui ont cherché avant nous. Ils nous ont laissé leur credo comme lessentiel de ce quils avaient découvert, mais ils nous lont laissé comme un héritage à faire fructifier. Nous prenons leur suite comme ils lavaient eux-mêmes fait pour leurs prédécesseurs, non pas pour simplement redire ce quils avaient courageusement découvert, mais pour quune fois assurés de leur position là où leur histoire les avait laissés, nous poussions à notre tour la piste jusquau jour où nous-mêmes devrons la laisser à dautres. Cest lhumanité entière qui cherche et se passe le relais. On ne contredit pas un dogme, mais on sappuie sur lui pour tenter daller plus loin dans la quête de Dieu. Un dogme ne change pas, mais il en prépare d'autres. Il doit être précis, comme un poteau indicateur, mais il ne se considère pas comme le terme de la route. Il se réjouit de savoir quon le lit et quon suit le sens quil propose. Mais il sait bien que de là où il est rendu, il ne peut voir partout et que dautres devront partir de ses marques pour avancer plus loin, comme lui-même, dailleurs, avait prolongé celles de ses " Pères ". Ses successeurs ne verront pas à lenvers de ce que lui a vu, mais montés sur ses épaules, ils pourront voir plus profond. Les dogmes s'ajoutent. Chacun est important mais aucun ne se suffit à lui-même et nest total ni absolu. L'important est qu'aucun des marqueurs de l'avancée ne prétende arrêter la quête. La route en Dieu est sans fin : qui pourrait dire lavoir connue tout entière ? "J'ai encore bien des choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant ; lorsque viendra l'Esprit de vérité, il vous fera accéder à la Vérité tout entière." Quand l'histoire sera achevée, nous regarderons avec émotion chacune de ces traces de nos avancées et nous verrons qu'elles se seront surajoutées pour atteindre juste au Cur de Dieu. Père R Collas Retour à la page de présentation |