LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance
" Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
St Paul, 2 Epître à Timothée 4-1à 5
Il suffit de tendre l'ouïe, le regard, la raison, pour constater l'ampleur du désastre dans lequel l'homme moderne s'enfonce en se détournant de son créateur... C'est pour aider à reprendre le bon cap que le site serviam propose une série de " repères " à ses correspondant
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Né en 1963, le Père Ludovic Lécuru a d'abord fait ses études à lÉcole normale de Beauvais puis à l'université de Paris-V où il a obtenu une licence en Sciences de l'éducation. Depuis 1988, il est moine bénédictin à lAbbaye Saint-Wandrille (Seine-Maritime). Ordonné prêtre en 1997, il estplus spécialement chargé de l'accueil des hôtes, charge qui l'amène à rencontrer de nombreux jeunes et leur famille.
Serviam remercie les Editions du sarment de leur aimable accord de reproduction partielle de cet ouvrage intéressant : " On demande des parents "
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Mars 2002, L'enfant et l'Eglise
Entre la mission de l'Église et les aspirations des enfants et des jeunes, il existe une étonnante complicité.
À travers eux, le Père actualise le don de la vie communiqué par le Fils. L'enfant qui naît et grandit apporte avec lui une image et une ressemblance particulière avec Dieu lui-même'.
Seulement, rien ne va tout seul. Avec l'âge, après ce que Jean-Paul II et d'autres appellent "les années d'innocence ", l'adolescent commence à se poser mille questions auxquelles il n'avait jamais songé auparavant : D'où je viens? À quoi je sers? Que dois-je faire? Pourquoi la souffrance? Pourquoi la mort? Pourquoi toutes ces religions? Autant de questions bien légitimes sur son existence.
Les journées mondiales de la jeunesse de ces dernières années, comme celles des années à venir, l'ont confirmé et le confirmeront encore: les jeunes ont soif de vérité. Comment expliquer autrement leur présence massive auprès de Jean-Paul II, dont on connaît pourtant la fermeté en matière de questions morales? Alors qu'ils sont assaillis de sollicitations faciles, exposés à une interprétation individualiste de l'homme, les voilà se déplaçant par dizaines de milliers pour écouter un discours pour le moins ferme sur la liberté et l'amour humain.
Les jeunes ont tout simplement le souci des vraies questions et ils sont unanimes à exiger des vraies réponses. Leur idéal ne fait qu'un avec leur existence. Ils ont l'audace de vouloir se comprendre eux-mêmes à la lumière de leurs aspirations les plus hautes.
Dieu est le droit le plus fondamental de l'enfant
Le désir de Dieu est inscrit dans le cur de l'homme. L'être humain est un être religieux, à plus forte raison l'enfant, très à l'aise avec le surnaturel. Les dons de l'Esprit orientent les premières dispositions intérieures du tout-petit, même s'il n'est pas encore capable d'un acte de foi conscient. Son acte de foi ne viendra que plus tard et confirmera l'influence secrète et décisive de l'Esprit Saint .
L'enfant a droit à une éducation religieuse. C'est écrit noir sur blanc dans la convention relative aux Droits de l'enfant adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies, le 20 novembre 1989 : « Un enfant ne peut être privé du droit d'avoir sa propre vie culturelle, de professer et de pratiquer sa propre religion » (art. 30). Ce qui veut dire en substance que l'enfant a droit aux valeurs de paix et de justice contenues dans toute religion quand elle n'est pas récupérée à des fins politiques. Négliger cette éducation ou en détourner un enfant est une atteinte à ses droits.
Dans notre société occidentale qui a perdu ses repères spirituels, on ne peut pas dire que la majorité des parents respectent le droit de leurs enfants à recevoir une éducation religieuse. N'est-elle pas bien futile, cette éducation, à une époque où priment la réussite scolaire et l'urgence de sortir indemne d'une économie en crise? Dans le meilleur des cas, les parents demandent le baptême pour leurs enfants. Mais après? Le droit de l'enfant à connaître Dieu ne peut se réduire à un rite religieux utilisé comme support social ou culturel. Autrement, comment lui transmettre la foi et les valeurs morales dont cette tradition est porteuse?
On se retire derrière l'argument du choix ultérieur: «il choisira plus tard ». Mais on peut se demander si, sous prétexte de respecter sa liberté, on garantira à l'enfant la possibilité de choisir effectivement un jour ou l'autre une appartenance religieuse.
Comment, en effet, choisir ce dont on ignore tout? C'est là une conception de la foi et de la liber-té chrétienne qui oublie que le baptisé aura de toutes façons des choix à poser sa vie durant. Le baptême ne neutralise pas la liberté. C'est tout le contraire : le baptême procure la grâce qui suscite et promeut la liberté. Derrière la réticence à baptiser un enfant, se cache la peur des parents de s'engager pour leurs enfants, de poser euxmêmes des choix en qualité de parents. Il n'est pas rare qu'un jeune qui demande le baptême s'interroge pour savoir pourquoi il n'a pas reçu tout petit ce qu'il désire une fois devenu grand, comme si en l'écartant de ce droit à connaître le Christ on avait fait l'impasse sur les références fondamentales qu'il veut désormais donner à sa vie.
Pour être logique jusqu'au bout, pourquoi alors choisir un prénom pour l'enfant? C'est précisément un domaine où on ne lui demande jamais son avis. Or, le prénom, tout comme le baptême, détermine une identité. C'est pour cela qu'on reçoit un prénom de baptême qui indique l'accueil dans une communauté. Imaginons, par impossible, la réaction d'un enfant à qui l'on aurait refusé de donner un prénom sous prétexte qu'il le choisira lui-même. Ce serait la totale remise en cause de son existence elle-même. Le choix d'un prénom par les parents imite et reproduit l'action créatrice de Dieu.
Dans le récit de la Genèse, ce n'est pas Dieu qui donne un nom aux choses, mais Adam (Gn 2, 19). Dieu le lui demande afin de donner une existence objective communicable aux choses qui l'entourent. De même, donner un prénom à un enfant est lourd de sens : les parents lui donnent une identité qui confirme une existence nouvelle et spirituelle voulue par Dieu dans son acte créateur. Le nom permet de prendre conscience de soi et d'entrer dans un dialogue social et interpersonnel.
La grâce peut toucher un cur à tout âge même si le sujet n'a pas reçu d'éducation religieuse. De plus en plus de jeunes, et même de tout jeunes, demandent le baptême.
Réjouissons-nous si c'est grâce au choix laissé libre par les parents. Mais il arrive souvent que les parents se montrent embarrassés par la demande de leur enfant à recevoir le baptême. Ils considèrent sa démarche comme une sorte d'émancipation contre laquelle ils n'osent pas aller.
De surcroît, si ces jeunes demandent à être baptisés, ce n'est pas pour afficher une étiquette socioculturelle, mais pour vivre de l'Évangile auquel ils désirent désormais répondre. À 10, 12 ou 15 ans, une telle préparation au sacrement du baptême offre l'occasion d'une catéchèse personnalisée qui s'accompagne d'un éveil humain souvent extraordinaire.
Reste que le droit de l'enfant à connaître Dieu s'exerce dans la famille. Personne ne doit faire obstacle à ce droit, ni contre l'enfant, ni contre la famille où il grandit.
" L'Église désire éduquer surtout par la famille » Puisque l'Église défend ce droit, il est normal après tout de laisser les parents choisir, en accord avec le prêtre de leur paroisse, l'institution qui préparera leur enfant à sa première communion : paroisse, école ou communauté religieuse. Le dévouement sans bornes des dames-caté ne doit pas faire oublier que l'éveil spirituel d'un enfant relève avant tout de ses parents et que la date de la première communion ne dépend pas nécessairement de l'âge scolaire, mais de la préparation en famille.
Cette " petite Église ", pour reprendre l'expression de Paul VI, est la première institution qui évangélise l'enfant. À ce sujet, le Directoire général pour la catéchèse réaffirme le statut privilégié de la famille comme lieu d'enseignement de la foi et des valeurs humaines: «Le témoignage de vie chrétienne donné par les parents au sein de la famille arrive aux enfants [grâce à] la tendresse et [au] respect maternel et paternel. Ainsi, les enfants perçoivent et vivent joyeusement la proximité de Dieu et de jésus manifestée par les parents; cette première expérience chrétienne les marque souvent pour toute la vie. L'éveil religieux dans l'enfance, au sein de la famille, a un caractère "irremplaçable ". Les parents, père et mère, incarnent l'amour de Dieu. Ce qui revient à dire que l'enfant a autant le droit de connaître Dieu que d'appartenir à une famille unie, à savoir composée d'un père et d'une mère.
On ne rappellera jamais assez que le nouvel être humain est voulu par Dieu pour lui-même, dans la famille et par la famille. " La genèse de l'homme ne répond pas seulement aux lois de la biologie, elle répond directement de la volonté créatrice de Dieu ( ... ). Dieu remet l'homme à lui-même, en le confiant en même temps à la responsabilité de la famille. " Par vocation, les parents sont bien les premiers évangélisateurs de leurs enfants, ne serait-ce que par leur seule façon humaine d'agir. Leur mission ne peut se couper de celle du Christ. Ils doivent susciter la liberté de leur enfant en lui révélant l'amour du Père.
Le jour viendra où il adhérera librement et personnellement à l'idéal de ses parents. En s'appuyant sur cet héritage spirituel, les enfants sont sûrs de grandir au milieu de repères moraux et spirituels.
L'enseignement de la foi conduit les enfants à une rencontre consciente et personnelle avec le Seigneur. Qu'il soit baptisé ou non, tel enfant sait se mettre très tôt à l'écoute de Dieu. On rencontre souvent des enfants qui veulent prier et ne sont pas baptisés. La soif de Dieu précède le baptême. La catéchèse est là pour répondre au désir qui les anime de connaître Dieu. Les saints et les saintes que l'Église canonisera demain vont au catéchisme aujourd'hui. Ils ont 5 ans, 8 ans, 10 ou 12 ans. Peut-être n'auron-t-ils d'ailleurs que cet âge-là...
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