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    LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance
    " Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
    St Paul, 2 Epître à Timothée 4-1à 5

    Il suffit de tendre l'ouïe, le regard, la raison, pour constater l'ampleur du désastre dans lequel l'homme moderne s'enfonce en se détournant de son créateur... C'est pour aider à reprendre le bon cap que le site serviam propose une série de " repères " à ses correspondants....
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    Serviam remercie vivement les éditions Le Laurier d'avoir aimablement autorisé la reproduction d'extraits du remarquable ouvrage du père Salvatore Canals, docteur en théologie, avocat à la Rote et consulteur de plusieurs Commissions Pontificales. Il a dirigé longtemps la revue "Studi Cattolici" où il a publié, pour la première fois, sous forme d'articles le contenu de cet ouvrage.

    Dieu est parmi nous

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    La douceur

    "Comme Don Quichotte, ils voient des géants là où il n'y a que des moulins à vent.  Ils se remplissent d'humeur sombre, ils s'aigrissent, leur zèle prend un goût amer ; brusques dans leurs manières, rien ne trouve grâce à leurs yeux, ils voient tout en noir, se méfient toujours de la légitime liberté des hommes et ne savent jamais sourire...". Josémaria Escriva, 16.6.1933

    Toi qui connais la vie du Seigneur, tu sais que Jésus-Christ a voulu dans la même page d'Evangile réunir la douceur et l'humilité. Ecoute ces claires paroles, si empreintes d'amitié : "apprenez de Moi qui suis doux et humble de coeur et vous trouverez la paix de vos âmes".
    Douceur et humilité. Deux vertus à garder bien unies dans le coeur ; deux soeurs qui mènent la même vie ; deux métaux précieux à fondre dans un alliage parfait, qui tire du premier sa résistance exceptionnelle et du second son éclat sans pareil. Deux aspects d'une vie intérieure virile et positive. Par l'humilité nous gagnons le coeur de Dieu, la douceur attire nos frères et nous donne pouvoir sur leurs coeurs.

    Durant ces instants de méditations en présence de Dieu, je veux te dire que cette vertu nécessaire à chacun te concerne aussi personnellement. Vois notre vie : toujours liée à celle des autres, occasion de mille rencontres, elle t'oblige à connaître l'art de vivre ensemble. Et puis ta famille, tes frères et soeurs, tes amis, tes relations professionnelles et sociales - tes collègues, tes subordonnés, tes supérieurs - voilà justement le milieu où le Seigneur t'attend et où tu dois faire luire la douceur évangélique.
    Que ton caractère sache recevoir l'onction forte et vigoureuse de ces deux vertus et ton coeur deviendra semblable à celui du Christ : "Je suis doux et humble de coeur".
    Un prêtre a besoin de douceur pour mettre dans tous ses rapports avec les âmes patience et charité, c'est cela qui le rend efficace. Une mère qui s'exerce constamment à la douceur assure de cette façon chez ses enfants la profondeur et la permanence des effets de l'éduction familiale. La paix règnera dans l'intimité du foyer si cette vertu modèle les relations mutuelles. Et si la douceur venait à imprégner les relations sociales et professionnelles, celles-ci seraient tout autres. Beaucoup, qui cherchent en vain à se procurer la paix par d'autres moyens, seraient surpris de la trouver enfin.
    Nous avons tous une certaine propension à imaginer que les grands cris et les oukases sont pratiques et efficaces, que l'éducation est affaire de menaces ou de manières brutales, que le respect s'impose en élevant la voix ou en prenant des airs autoritaires...
    Quelle place laissons-nous alors à la douceur chrétienne ? Etait-ce bien la peine que Jésus dans l'Evangile nous l'ait recommandée ?
    Et pourtant, combien de fois la vie ne nous a-t-elle pas enseigné quelle merveilleuse efficacité dérive de la douceur du Christ ! Quels sont ceux qui font du bien ? Uniquement ceux qui cherchent et savent trouver des paroles aimables et sincères, les ordonner dans un discours serein, persuasif, et les accompagner de cette courtoisie profondément humaine sans laquelle une parole pénètre rarement jusqu'au coeur.
    L'expérience prouve que les coeurs se ferment sous les corrections acerbes et sous les reproches exempts de douceur. N'oublions donc jamais cette règle : dès que nous cessons d'être vraiment père, frère ou ami pour notre prochain, tout ce qui sort de nos lèvres recèle fatalement en soi une cause de stérilité.
    C'est toujours avec douceur, amabilité et affabilité que tu dois essayer de travailler avec ces coeurs placés sur ton chemin par la divine Providence. Si tu perdais le coeur des hommes, tu aurais bien du mal à éclairer leur intelligence, à obtenir de leur volonté qu'elle suive le chemin que tu leur indiques.
    Toi qui te sens les bras, le coeur lourds du poids d'autres âmes et responsable de leur destinée, écoute : on n'impose pas la confiance, on la gagne. Il te faut la confiance de ton entourage et de tes collaborateurs, sinon ta vie deviendrait amère et ta mission inféconde !
    La mère de famille comprendra tout cela très bien si seulement elle veut réflechir un instant sur l'éducation qu'elle donne à ses enfants ; le prêtre comprendra aussi, en songeant au bien des âmes qu'il oriente et à celles de ses confrères ; le chef d'un bureau, le directeur d'une entreprise comprendra aussi parfaitement s'il accepte de se demander une minute de quelle tranquilité jouissent ses employés ou ses subordonnés.
    Tu souffres de solitude ? gros égoïste, tu te sens amer, constamment insatisfait, rongé par quelque rancune... et tu te plains de sentir autour de toi un climat d'indifférence, de froideur, de méfiance, de revendications perpétuelles, ... Tu préférerais un climat d'affection. Mais les causes, les causes de tout cela ? Regarde-les : ton mauvais caractère et tes manières abruptes ; tu brusques les gens, tu les reçois comme un chien dans un jeu de quilles, et tu as toujours avalé ton parapluie !
    Que tout cela est peu chrétien ! Et en plus, tu t'étonnes !
    Il te faut un bon caractère, une grande compréhension, beaucoup d'affabilité. Amalgame à toute ta vie la douceur du Christ. Et sois heureux, rends heureux tout ceux qui t'entourent, tous ceux qui te rencontrent sur le chemin de la vie. Tu dois laisser flottant derrière toi les effluves d'un parfum suave et délicat, le parfum de l'Esprit de Jésus-Christ : Bonus odor Christi ; ton sourire, ton calme serein, ta bonne humeur et ta joie, ta charité et ta compréhension... C'est comme cela que tu ressembleras à Jésus "qui est passé sur la terre en faisant le bien".
    Si tu ignorais cette douceur du Christ, tu laisserais sur tes pas, comme un nuage de poussière, le mécontentement, l'animosité, l'amertume douloureuse, des blessures à vif, un choeur de lamentations, bref, une foule de coeurs fermés - pour plus ou moins longtemps - à l'action de la grâce et à la confiance dans la bonté des hommes.
    Jusqu'ici, qu'as-tu laissé derrière toi ? Fais un examen de conscience très sincère et très lumineux. Ces êtres pour qui tu as été un père, un frère ou un ami, ceux qui t'ont fréquenté comme collègue ou supérieur hiérarchique, qu'ont-ils reçu de toi ? Qu'est-il resté dans leur âme après t'avoir rencontré ?
    Tu as placé ta vie sous le signe de l'apostolat. Alors rappelles-toi la promesse de Jésus dans l'une des béatitudes : "Heureux les doux car ils possèderont la terre." Tu tiens dans ces paroles la condition numéro un pour rendre gloire à Dieu et apporter la paix aux hommes. Tu veux consumer ta vie à faire le bien ; mais si tu ne sais comment acquérir la terre, t'attacher les coeurs, comment pourras-tu conduire les êtres à Dieu ?
    Avant de vouloir rendre saints ceux que nous aimons, il nous faut les rendre heureux, joyeux : rien ne dispose mieux l'âme à recevoir la grâce divine que la foi et l'allégresse intérieure. Et tu le sais bien quand tu as gagné le coeur de ceux dont tu souhaites le progrès ou la conversion, quand tu as su les attirer avec la douceur du Christ, tu as déjà fait la moitié de ton travail d'apôtre. Ils t'aiment sincèrement, ils te font confiance, ils sont contents à tes côtés : les voilà devenus un champ fécond pour la semence divine ; leur coeur est comme une terre fertile, prête à recevoir le blé d'une parole d'apôtre ou d'éducateur.
    Apprends à parler sans blesser, sans offenser, et aucun coeur ne se repliera sur lui-même, même si tu dois parfois reprendre ou corriger. La semence prendra bien dans la terre fertile et la récolte sera abondante. Si tu agissais autrement, tes paroles se heurteraient à des murs de granite ; la semence tomberait alors à côté du chemin, dans l'indifférence ou la méfiance, ou bien sur la pierre d'une âme refermée, ou enfin dans les épines d'un coeur à vif, ravagé de rancune ou d'insatisfaction.
    C'est aux visages aimables et aux manières affables, cordiales, c'est aux paroles amènes et persuasives qui forment et orientent les consciences sans jamais blesser que le Seigneur a promis d'accorder son efficacité. Tu n'es qu'un homme, pas un ange ! Les autres sont des hommes comme toi, vous restez égaux même lorsque l'un de vous fait du bien à l'autre : ton attitude, ton sourire, ta manière d'agir jouent un rôle important pour l'efficacité de ton apostolat.

    Sainte Vierge Marie, nous ne pouvons finir notre prière sans nous adresser à toi, "Mère très aimable", pour que tu tournes vers nous ton regard miséricordieux ; ce regard maternel si affectueux nous fera pleinement saisir la valeur, la nécessité et l'efficacité de la douceur chrétienne.

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