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Serviam remercie vivement les
éditions Le Laurier d'avoir aimablement autorisé
la reproduction d'extraits du remarquable ouvrage du père
Salvatore Canals, docteur en théologie, avocat à
la Rote et consulteur de plusieurs Commissions Pontificales. Il
a dirigé longtemps la revue "Studi Cattolici"
où il a publié, pour la première fois, sous
forme d'articles le contenu de cet ouvrage.
Dieu est parmi
nous
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La douceur
"Comme Don Quichotte, ils
voient des géants là où il n'y a que des
moulins à vent. Ils se remplissent d'humeur sombre,
ils s'aigrissent, leur zèle prend un goût amer ;
brusques dans leurs manières, rien ne trouve grâce
à leurs yeux, ils voient tout en noir, se méfient
toujours de la légitime liberté des hommes et ne
savent jamais sourire...". Josémaria Escriva, 16.6.1933
Toi qui connais la vie du Seigneur,
tu sais que Jésus-Christ a voulu dans la même page
d'Evangile réunir la douceur et l'humilité. Ecoute
ces claires paroles, si empreintes d'amitié : "apprenez
de Moi qui suis doux et humble de coeur et vous trouverez la
paix de vos âmes".
Douceur et humilité. Deux vertus à garder
bien unies dans le coeur ; deux soeurs qui mènent la même
vie ; deux métaux précieux à fondre dans
un alliage parfait, qui tire du premier sa résistance
exceptionnelle et du second son éclat sans pareil. Deux
aspects d'une vie intérieure virile et positive. Par
l'humilité nous gagnons le coeur de Dieu, la douceur attire
nos frères et nous donne pouvoir sur leurs coeurs.
Durant ces instants de méditations
en présence de Dieu, je veux te dire que cette vertu nécessaire
à chacun te concerne aussi personnellement. Vois
notre vie : toujours liée à celle des autres, occasion
de mille rencontres, elle t'oblige à connaître l'art
de vivre ensemble. Et puis ta famille, tes frères
et soeurs, tes amis, tes relations professionnelles et sociales
- tes collègues, tes subordonnés, tes supérieurs
- voilà justement le milieu où le Seigneur t'attend
et où tu dois faire luire la douceur évangélique.
Que ton caractère sache recevoir l'onction forte et vigoureuse
de ces deux vertus et ton coeur deviendra semblable à
celui du Christ : "Je suis doux et humble de coeur".
Un prêtre a besoin de douceur pour mettre dans tous ses
rapports avec les âmes patience et charité, c'est
cela qui le rend efficace. Une mère qui s'exerce
constamment à la douceur assure de cette façon
chez ses enfants la profondeur et la permanence des effets de
l'éduction familiale. La paix règnera dans
l'intimité du foyer si cette vertu modèle les relations
mutuelles. Et si la douceur venait à imprégner
les relations sociales et professionnelles, celles-ci seraient
tout autres. Beaucoup, qui cherchent en vain à se procurer
la paix par d'autres moyens, seraient surpris de la trouver enfin.
Nous avons tous une certaine propension à imaginer que
les grands cris et les oukases sont pratiques et efficaces, que
l'éducation est affaire de menaces ou de manières
brutales, que le respect s'impose en élevant la voix ou
en prenant des airs autoritaires...
Quelle place laissons-nous alors à la douceur chrétienne
? Etait-ce bien la peine que Jésus dans l'Evangile nous
l'ait recommandée ?
Et pourtant, combien de fois la vie ne nous a-t-elle pas enseigné
quelle merveilleuse efficacité dérive de la douceur
du Christ ! Quels sont ceux qui font du bien ? Uniquement ceux
qui cherchent et savent trouver des paroles aimables et sincères,
les ordonner dans un discours serein, persuasif, et les accompagner
de cette courtoisie profondément humaine sans laquelle
une parole pénètre rarement jusqu'au coeur.
L'expérience prouve que les coeurs se ferment sous les
corrections acerbes et sous les reproches exempts de douceur. N'oublions
donc jamais cette règle : dès que nous cessons
d'être vraiment père, frère ou ami pour notre
prochain, tout ce qui sort de nos lèvres recèle
fatalement en soi une cause de stérilité.
C'est toujours avec douceur, amabilité et affabilité
que tu dois essayer de travailler avec ces coeurs placés
sur ton chemin par la divine Providence. Si tu perdais le
coeur des hommes, tu aurais bien du mal à éclairer
leur intelligence, à obtenir de leur volonté qu'elle
suive le chemin que tu leur indiques.
Toi qui te sens les bras, le coeur lourds du poids d'autres âmes
et responsable de leur destinée, écoute : on n'impose
pas la confiance, on la gagne. Il te faut la confiance de
ton entourage et de tes collaborateurs, sinon ta vie deviendrait
amère et ta mission inféconde !
La mère de famille comprendra tout cela très bien
si seulement elle veut réflechir un instant sur l'éducation
qu'elle donne à ses enfants ; le prêtre comprendra
aussi, en songeant au bien des âmes qu'il oriente et à
celles de ses confrères ; le chef d'un bureau, le directeur
d'une entreprise comprendra aussi parfaitement s'il accepte de
se demander une minute de quelle tranquilité jouissent
ses employés ou ses subordonnés.
Tu souffres de solitude ? gros égoïste, tu te sens
amer, constamment insatisfait, rongé par quelque rancune... et
tu te plains de sentir autour de toi un climat d'indifférence,
de froideur, de méfiance, de revendications perpétuelles,
... Tu préférerais un climat d'affection. Mais
les causes, les causes de tout cela ? Regarde-les : ton
mauvais caractère et tes manières abruptes ; tu
brusques les gens, tu les reçois comme un chien dans un
jeu de quilles, et tu as toujours avalé ton parapluie
!
Que tout cela est peu chrétien ! Et en plus, tu t'étonnes
!
Il te faut un bon caractère, une grande compréhension,
beaucoup d'affabilité. Amalgame à toute ta
vie la douceur du Christ. Et sois heureux, rends heureux
tout ceux qui t'entourent, tous ceux qui te rencontrent sur le
chemin de la vie. Tu dois laisser flottant derrière
toi les effluves d'un parfum suave et délicat, le parfum
de l'Esprit de Jésus-Christ : Bonus odor Christi ; ton
sourire, ton calme serein, ta bonne humeur et ta joie, ta charité
et ta compréhension... C'est comme cela que tu ressembleras
à Jésus "qui est passé sur la terre
en faisant le bien".
Si tu ignorais cette douceur du Christ, tu laisserais sur tes
pas, comme un nuage de poussière, le mécontentement,
l'animosité, l'amertume douloureuse, des blessures à
vif, un choeur de lamentations, bref, une foule de coeurs fermés
- pour plus ou moins longtemps - à l'action de la grâce
et à la confiance dans la bonté des hommes.
Jusqu'ici, qu'as-tu laissé derrière toi ? Fais
un examen de conscience très sincère et très
lumineux. Ces êtres pour qui tu as été
un père, un frère ou un ami, ceux qui t'ont fréquenté
comme collègue ou supérieur hiérarchique,
qu'ont-ils reçu de toi ? Qu'est-il resté dans leur
âme après t'avoir rencontré ?
Tu as placé ta vie sous le signe de l'apostolat. Alors
rappelles-toi la promesse de Jésus dans l'une des béatitudes
: "Heureux les doux car ils possèderont la terre." Tu
tiens dans ces paroles la condition numéro un pour rendre
gloire à Dieu et apporter la paix aux hommes. Tu
veux consumer ta vie à faire le bien ; mais si tu ne sais
comment acquérir la terre, t'attacher les coeurs, comment
pourras-tu conduire les êtres à Dieu ?
Avant de vouloir rendre saints ceux que nous aimons, il nous
faut les rendre heureux, joyeux : rien ne dispose mieux l'âme
à recevoir la grâce divine que la foi et l'allégresse
intérieure. Et tu le sais bien quand tu as gagné
le coeur de ceux dont tu souhaites le progrès ou la conversion,
quand tu as su les attirer avec la douceur du Christ, tu as déjà
fait la moitié de ton travail d'apôtre. Ils
t'aiment sincèrement, ils te font confiance, ils sont
contents à tes côtés : les voilà devenus
un champ fécond pour la semence divine ; leur coeur est
comme une terre fertile, prête à recevoir le blé
d'une parole d'apôtre ou d'éducateur.
Apprends à parler sans blesser, sans offenser, et aucun
coeur ne se repliera sur lui-même, même si tu dois
parfois reprendre ou corriger. La semence prendra bien dans
la terre fertile et la récolte sera abondante. Si
tu agissais autrement, tes paroles se heurteraient à des
murs de granite ; la semence tomberait alors à côté
du chemin, dans l'indifférence ou la méfiance,
ou bien sur la pierre d'une âme refermée, ou enfin
dans les épines d'un coeur à vif, ravagé
de rancune ou d'insatisfaction.
C'est aux visages aimables et aux manières affables, cordiales,
c'est aux paroles amènes et persuasives qui forment et
orientent les consciences sans jamais blesser que le Seigneur
a promis d'accorder son efficacité. Tu n'es qu'un
homme, pas un ange ! Les autres sont des hommes comme toi, vous
restez égaux même lorsque l'un de vous fait du bien
à l'autre : ton attitude, ton sourire, ta manière
d'agir jouent un rôle important pour l'efficacité
de ton apostolat.
Sainte Vierge Marie, nous ne
pouvons finir notre prière sans nous adresser à
toi, "Mère très aimable", pour que tu
tournes vers nous ton regard miséricordieux ; ce regard
maternel si affectueux nous fera pleinement saisir la valeur,
la nécessité et l'efficacité de la douceur
chrétienne.
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