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    LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance
    " Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
    St Paul, 2 Epître à Timothée 4-1à 5

    Il suffit de tendre l'ouïe, le regard, la raison, pour constater l'ampleur du désastre dans lequel l'homme moderne s'enfonce en se détournant de son créateur... C'est pour aider à reprendre le bon cap que le site serviam propose une série de " repères " à ses correspondants....
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    Serviam remercie vivement les éditions Le Laurier d'avoir aimablement autorisé la reproduction d'extraits de l'ouvrage du père Joseph Tissot, Missionnaire de Saint François de Sales, "L'art d'utiliser ses fautes d'après Saint François de Sales". 

    L'art d'utiliser ses fautes
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    Ne pas s'étonner de ses fautes

    C'est à la fois l'honneur et le tourment de l'homme déchu, de ne pouvoir s'habituer à sa misère. Prince dépossédé, déclassé par la faute de ses premiers parents, il conserve toujours au fond du coeur le sentiment de la noblesse de son origine, et de l'innocence qui devait être son apanage. A chacune de ses chutes, il a peine à retenir une exclamation de surprise, comme si un accident extraordinaire lui était arrivé.
    On dirait Samson privé de sa force par la main perfide qui avait rasé ses cheveux : "Debout ! lui criait-on, les Philistins sont là !" Et il se dressait, s'imaginant, comme par le passé, terrasser ses ennemis, oubliant que sa vigueur d'autrefois l'avait abandonné.
    Si nobles que soient en nous les racines de cette disposition, les fruits en sont trop funestes pour qu'on ne lui fasse pas la guerre. Le découragement, nous le verrons bientôt, est la perte des âmes ; mais il ne les envahit qu'en s'y ouvrant d'abord en un accès par l'étonnement qui suit la chute. C'est donc contre ce danger que Saint François de Sales va tout d'abord nous prémunir.

    A l'exemple des plus éminents docteurs et des savants les mieux éclairés, le bienheureux évêque professa toujours une extrême compassion pour la faiblesse de l'homme. "Ô misère humaine ! misère humaine !" répétait-il ; "... Oh ! que nous sommes environnés d'infirmités ! ... Et que pouvons nous, de nous-mêmes, faire autre chose que des chutes ?". On sent, dans toutes ses paroles et dans tous ses écrits, que les hauteurs de la perfection où il était parvenu l'avaient mis à même de plonger un regard plus profond dans les abîmes de misères et d'infirmités creusés en nous par le péché originel. Il en tenait compte, dans une très large mesure, avec toutes les âmes qu'il dirigeait, et il ne cessait de leur rappeler les tristes réalités de leur condition déchue : "Vous vivez, écrivait-il à une dame, avec mille imperfections. Il est vrai, ma bonne soeur ; mais ne tâchez-vous pas d'heure à autre de les faire mourir en vous ? C'est chose certaine tandis que nous sommes ici, environnés de ce corps si pesant et corruptible, il y a toujours en nous je ne sais quoi qui manque".
    "Vous vous plaignez, disait-il ailleurs, de ce que plusieurs imperfections et défauts se mèlent en votre vie, contre le désir que vous avez de la perfection et de la pureté de l'amour de notre Dieu. Je vous réponds qu'il n'est pas possible de nous détacher complètement de nous-mêmes. Pendant que nous sommes ici-bas, il faut que nous nous portions toujours nous-mêmes, jusqu'à ce que Dieu nous porte au Ciel ; et pendant que nous nous porterons, nous ne porterons rien qui vaille...". "La règle étant générale que nul ne sera si saint en cette vie, qu'il ne soit sujet à commettre toujours quelque imperfection".
    En effet, la foi nous enseigne que les mauvais penchants demeurent en nous, au moins en germe, jusqu'à la mort, et que nul ne peut, sans un privilège spécial, tel que l'Eglise le reconnaît en la Vierge Marie, éviter tous les péchés véniels, au moins non délibérés. Nous oublions trop souvent, en pratique, cette double thèse, et il nous sera bon de l'entendre développer par notre aimable saint, avec son naïf et inimitable langage. "Ne pensons pas, tant que nous serons dans cette vie, de pouvoir vivre sans commettre des imperfections ; car il n'est pas possible, que nous soyons supérieurs ou inférieurs, puisque nous sommes tous hommes, et, par conséquent, avons tous besoin de croire à cette vérité comme très assurée, afin que nous ne nous étonnions pas de nous voir sujets à des imperfections. Notre-Seigneur nous a ordonné de dire tous les jours ces paroles du Pater : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et il n'y a point d'exception en cette ordonnance, parce que nous avons tous besoin de le faire .

    "L'amour-propre peut être mortifié en nous, mais il ne meurt pourtant jamais ; ainsi, de temps en temps, et à diverses occasions, il produit des rejetons en nous, qui témoignent qu'encore qu'il soit coupé par le pied, il n'est pas déraciné... il ne faut nullement s'étonner de trouver toujours chez nous l'amour propre, car il n'en bouge pas. Il dort quelquefois comme un renard ; puis, tout à coup, il se jette sur les poules ; c'est pourquoi il faut avec constance veiller sur lui et, avec patience et doucement, se défendre de lui. Si quelquefois il nous blesse, en nous dédisant de ce qu'il nous a fait dire, et en désavouant ce qu'il nous a fait faire, nous sommes guéris...". Guéris, mais pour un temps, jusqu'à ce que de nouvelles infirmités se déclarent ; car "nous ne serons jamais profondément guéris tant que nous ne soyons au paradis" , ajoute notre saint, "et durant cette vie, quelle que soit notre volonté, il faut accepter d'avoir la nature humaine et non l'angélique" , et nous résoudre à vivre, selon le mot d'un illustre ascète, en "incurables spirituels".
    C'est principalement aux âmes qui débutent dans les voies du perfectionnement intérieur, que saint François de Sales s'efforce d'inculquer la connaissance pratique de leur faiblesse. Ce sont celles-là, en effet, que l'inexpérience d'elles-mêmes rend le plus accessibles à l'étonnement après les fautes, et à ses funestes conséquences. "Se troubler et se décourager quand on est tombé dans le péché, dit le même Bernières, c'est ne pas se connaître soi-même".
    Ecoutons avec quelle finesse et quelle grâce saint François de Sales reprend et instruit ces âmes là : "Vous êtes encore très sensible aux injures, me dites-vous. Mais, ma chère fille, cet encore à quoi se rapporte-t-il ? En avez-vous déjà beaucoup gâté, de ces ennemis-là ?".
    "Il n'est pas possible que vous soyez si tôt maîtresse de votre âme, que vous la teniez en votre main si absolument de premier abord. Contentez-vous de gagner de temps en temps quelque petit avantage sur votre passion ennemie". "Notre imperfection doit nous accompagner jusqu'au cercueil. Nous ne pouvons pas marcher sans toucher terre. il ne faut pas s'y coucher ni s'y vautrer ; mais il ne faut pas penser voler ; car nous sommes de petits poussins qui n'avons pas encore nos ailes".
    "Les flèches qui volent en plein jour (Ps 90, 6) sont les vaines espérances et prétentions des âmes qui aspirent à la perfection ; il s'en trouve quelquefois qui n'espèrent rien de moins que d'être bientôt des Mères thérèse, des saintes Catherine de Sienne ou de Gênes. Cela est bon ; mais dites-moi, combien de temps prenez-vous pour vous rendre tels ? - Trois mois, si possible. - Vous faites bien de dire si possible, car autrement vous pourriez bien vous tromper."
    "Saint Paul fut en un instant purifié d'une purification parfaite, comme le furent aussi sainte Catherine de Gênes, sainte Pélagie et quelques autres ; mais cette sorte de purification est totalement miraculeuse et extraordinaire dans l'ordre de la grâce, comme la résurrection des morts dans l'ordre de la nature. La purification ordinaire, soit des corps, soit des esprits, ne se fait que petit à petit, par progrès, à force de peine et de temps. Les anges ont des ailes sur l'échelle de jacob, mais ne volent pourtant pas, ils montent et descendent par ordre, d'échelon en échelon. L'âme qui remonte du péché à la dévotion, est comparée à l'aube, qui en s'élevant ne chasse pas les ténèbres en un instant, mais petit à petit. La guérison, dit l'aphorisme, qui se fait tout doucement, est toujours plus assurée. Les maladies du coeur, aussi bien que celles du corps, viennent à cheval et au galop, mais elles repartent à pied et à petits pas" .
    "Il faut donc avoir patience, et ne pas penser guérir en un jour de tant de mauvaises habitudes que nous avons contractées par le peu de soin que nous avons eu de notre santé spirituelle" . Et le bon saint concluait : " Même si vous constatez beaucoup de fautes par votre faiblesse, il ne faut nullement s'en étonner". Au reste, il n'accordait à aucune âme, si avancée qu'elle fût dans la perfection, le droit de s'étonner après une chute, et c'est à ses plus ferventes religieuses qu'il adressait les avis suivants : "Est-ce si grande merveille de nous voir trébucher quelquefois ?"
    "La fête de la Purification n'a point d'octave. Il faut que nous ayons deux égales résolutions : l'une, de voire croître des mauvaises herbes en notre jardin ; et l'autre d'avoir le courage de les voir arracher, et de les arracher nous-mêmes ; car notre amour-propre de mourra point pendant que nous vivons et c'est lui qui est la cause de ces fruits malencontreux".
    "J'ai vu les pleurs de ma pauvre soeur N, et il me semble que tous nos enfantillages ne procèdent d'autre racine que de celle-ci : nous oublions la maxime des saints qui nous ont avertis que tous les jours nous devons recommencer le chemin vers la perfection ; et, si nous pensions bien à cela, nous ne serions point étonnés de renconterr de la misère en nous".
    Vous demandez... comment vous pourriez faire pour affermir tellement votre esprit en Dieu, que rien ne puisse l'en détacher ni retirer. Deux choses sont nécessaires pour cela : mourir et être sauvé. Car, après cela, il n'y aura jamais de séparation, et votre esprit sera indissolublement attaché et uni à Dieu".
    Rien de plus consolant que ces conseils, pour les âmes sérieusement éprises du désir de plaire sans réserve à leur Dieu, et liées à son service par des communications plus intimes. Elles se croient volontiers plus inexcusables que d'autres dans les infidélités qui leur échappent, et leurs chutes semblent devoir les étonner davantage. Tel n'est point l'avis des maîtres de la vie spirituelle : "Souvent, dit le P. Grou, les chutes qu'on fait viennent de la rapidité de la course, et de ce que l'ardeur qui nous emporte ne nous permet pas de prendre certaines précautions. Les âmes timides et cauteleuses qui veulent toujours voir où elles mettent le pied, qui font constamment des détours pour éviter les faux pas, qui craignent si fort de se salir, n'avancent pas si vite que les autres, et la mort les surprend presque toujours au milieu de leur course. Ce ne sont pas ceux qui font le moins de fautes qui sont les plus saints, mais ceux qui ont plus de courage, de générosité, plus d'amour, qui font de plus grands efforts sur eux-mêmes, qui n'appréhendent pas de faire de faux pas, de tomber même et de se salir un peu, pourvu qu'ils avancent".
    Saint Jean Chrysostome disait la même chose en d'autres termes : "Tant qu'un soldat reste dans la mêlée, même s'il est blessé ou recule un peu, personne n'est assez dur ou assez ignorant des choses de la guerre pour lui en faire un grand crime. Ceux-là seuls ne sont jamais blessés qui ne combattent jamais. Ceux qui se lancent avec ardeur contre l'ennemi sont le plus souvent frappés".

    Faudra-t-il appliquer même au péché mortel les réflexions qui font l'objet de ce chapitre, et recommander aux âmes gravement coupables de ne pas s'étonner des chutes qui les privent de l'amitié de Dieu ? Saint François de Sales osera-t-il leur tenir le même langage qu'aux coeurs généreux auxquels il s'est adressé jusqu'ici ? Ecoutons : "Mon cher Théotime, les cieux s'ébahissent, leurs portes se froissent de frayeur, et les anges de paix demeurent éperdus d'étonnement devant cette prodigieuse misère du coeur humain, qui abandonne un bien tellement aimable pour s'attacher à des choses si déplorables. Mais avez-vous jamais vu cette petite merveille que chacun sait, mais dont peu connaissent la raison ? Quand on perce un tonneau bien plein, il ne répandra point son vin, si on ne lui donne de l'air par-dessus : ce qui n'arrive pas aux tonneaux dans lesquels il y a déjà du vide ; car on ne les a pas plutôt ouverts, que le vin en sort. Certes, en cette vie mortelle, quoique nos âmes abondent en amour céleste, elles n'en sont pas si pleines que, par la tentation, cet amour ne puisse sortir ; mais là-haut, au ciel, quand les suavités de la beauté de Dieu occuperont tout notre entendement, et les délices de sa bonté assouviront toute notre volonté, en sorte qu'il n'y aura rien que la plénitude de son amour ne remplisse, nul objet, quoiqu'il pénètre jusqu'à nos coeurs, ne pourra jamais tirer ni faire sortir une seule goutte de la précieuse liqueur de leur amour céleste ; que le vent puisse pénétrer par-dessus, c'est-à-dire décevoir ou surprendre l'entendement, cela ne sera plus possible, car il sera immobile en l'appréhension de la vérité souveraine".
    Nous l'avons entendu : une chute dans le péché, et même dans le péché grave, ne pourrait provoquer d'étonnement qu'au ciel, là où elle est impossible. Ici-bas, il n'y a pas plus lieu d'en être surpris que lorsqu'on voit un liquide s'échapper d'un vase ouvert. 

    Disons-le en passant, quelle indulgence on aurait pour ses frères, si l'on méditait ces pensées ! Comme l'on s'identifierait avec l'ineffable patience du Celui qui avant d'investir ses apôtres du pouvoir de remettre les péchés, leur recommandait de pardonner non pas sept fois, mais soixante dix fois sept fois !
    Sans doute, cette indulgence, appliquée à nos propres fautes comme à celles d'autrui, ne doit point aller jusqu'à les regarder d'un oeil indifférent. Car une chose est de ne point s'en étonner, une autre de ne pas les détester et réparer. Le laboureur ne s'étonne pas de voir les mauvaises herbes ravager son champ : en est-il moins diligent à les arracher ? Aussi, après avoir dit absolument, sans faire d'exception pour les péchés mortels : "Quand vous ferez des fautes, ne vous en étonnez point", après avoir fait remarquer que "si nous savions bien qui nous sommes, au lieu d'être ébahis de nous voir à terre, nous nous étonnerions de pouvoir demeurer debout", saint François de Sales nous recommande vite de ne pas "nous coucher ni vautrer" là où nous sommes tombés, et il se hâte d'ajouter : "que si la force de la tempête nous émeut quelque fois un peu l'estomac, et nous fait un peu tourner la t^ete, ne nous étonnons point, mais, dès que nous pourrons, reprenons haleine, et nous nous efforçons à mieux faire".
    "Relevez donc votre coeur, quand il tombera, tout doucement, vous humiliant beaucoup devant Dieu pour la connaissance de votre misère, sans nullement vous étonner de votre chute, puisque ce n'est pas chose étonnante que l'infirmité soit infirme, et la faiblesse faible, et la misère chétive. Detestez néammoins de toutes vos forces l'offence que Dieu a reçue, et avec un grand courage et confiance en sa miséricorde, remettez-vous dans le chemin de la vertu que vous aviez abandonné".

    Ce dernier texte fait comprendre quelle disposition, souverainement salutaire, doit se substituer à l'étonnement après nos chutes : c'est la connaissance de notre bassesse, premier degré de l'humilité.

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