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Oct 2002
Renoncer
ou suivre ?....
Vous
avez entendu, frères : " Celui qui veut marcher à
ma suite, qu'il renonce à lui-même ! " Etrange,
non ? Renoncer à soi-même : comment faut-il comprendre?
Dites-moi : que penseriez-vous
d'un chef d'entreprise qui doterait ses collaborateurs d'ordinateurs
performants, avec, à la clef, l'indispensable stage de
formation qu'ils exigent et qui, le jour d'en lancer l'exploitation,
leur demanderait d'abandonner programmes et claviers ? Moi, je
dirais qu'il est irrationnel et qu'il court à la faillite.
Mais puis-je le dire du Christ ? Et pourtant... Que signifie " Faire l'homme à son
image " si l'on demande à ce même homme de
renier ce qu'il est dès lors qu'il veut vivre selon ce
qu'il est et donc, selon le modèle du Dieu qui le crée
? Enfin, c'est bien Dieu qui confie à la génétique
de combiner ce que nous sommes devenus et de l'inscrire en notre
fond. Pourquoi structurer ce fond " à son image "
s'il faut pour vivre, renier ce qu'il a voulu ? Comment comprendre
ce que saint Luc a compris ?
D'abord, frères, portons
au crédit du Christ qu'il est assez intelligent pour ne
pas se contredire. Et puis, ajoutons que nous, nous sommes maladroits
puisque nous sommes encore en chantier, et que, du coup, nous
avons du mal à comprendre, non seulement ce qu'il nous
dit, mais aussi comment fonctionne l'impressionnante " machine
" que nous sommes. Or l'un des risques majeurs et tout bêtes
qui guette cette gaucherie, c'est que nous oubliions que nous
sommes branchés sur le courant, dans notre hâte
d'agir et parce que, c'est vrai, la prise n'est pas visible.
Et pourtant, il nous a bien prévenus : en dehors de lui,
nous ne pouvons rien faire, et nos batteries toutes seules ne
tiendront pas un jour sous le poids de nos urgences.
Dans ces perspectives, le Christ
ne nous demanderait pas de renoncer à être nous-mêmes,
mais de renoncer à l'être sans lui. Ce qu'il signifierait
en rappelant qu'il faut " le suivre ". Il veut des
vivants, mais des vivants qui sachent qu'ils ne peuvent vire
s'ils ne sont branchés que sur eux. Il ne nous demande
pas de renoncer à l'usage de notre clavier mais de comprendre
que les batteries qui l'animent, ne tiendront pas si elles ne
sont pas régulièrement rechargées. En langage
chrétien, recharger ses batteries s'appelle prier. "
Suivre le Christ " ne peut pas vouloir dire que l'on marche
comme un esclave dépersonnalisé derrière
son maître, mais que chaque jour quelques instants on s'immobilise
dans sa trace, pour permettre au Père de refaire notre
énergie.
Seigneur, nous ne croyons pas
que tu veuilles être accompagné par des robots sans
substance, mais par des fils qui ne sont fils et vivants que
s'ils prennent le temps chaque jour de se laisser embrasser par
le Père, dans les bras duquel, te suivre nous conduit.
Et pour les hommes, consciemment ou non, cela s'appelle prier.
Sans quoi, en
effet, nous ne serions personne. Amen. (Lc. 9, 18-24)
R.
Collas, prêtre
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