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    LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance
    " Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
    St Paul, 2 Epître à Timothée 4-1à 5

    Il suffit de tendre l'ouïe, le regard, la raison, pour constater l'ampleur du désastre dans lequel l'homme moderne s'enfonce en se détournant de son créateur... C'est pour aider à reprendre le bon cap que le site serviam propose une série de " repères " à ses correspondant
    Né en 1963, le Père Ludovic Lécuru a d'abord fait ses études à lÉcole normale de Beauvais puis à l'université de Paris-V où il a obtenu une licence en Sciences de l'éducation. Depuis 1988, il est moine bénédictin à lAbbaye Saint-Wandrille (Seine-Maritime). Ordonné prêtre en 1997, il estplus spécialement chargé de l'accueil des hôtes, charge qui l'amène à rencontrer de nombreux jeunes et leur famille.
    Serviam remercie les Editions du Sarment de leur aimable accord de reproduction partielle de l'ouvrage particulièrement intéressant : " Connaître et aimer sa vocation " duquel est tiré le texte suivant... Pour commander l'ouvrage : cliquez ici

    Etre chef pour servir ou servir pour être chef ?


    Servir n’est pas se servir

    Christ, être son disciple, revient à être serviteur comme lui: "Je suis au milieu de vous comme celui qui sert " (Lc 22, 27). "Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir" (Mc 10, 15). Service et mission vont de pair. Si le premier est généreux, la deuxième n’en sera que plus efficace. Si au contraire il est refusé, la mission s’affaiblira, elle perdra de son dynamisme et de sa fécondité.
    L’exigence du service n’est pas apparue immédiatement de façon claire aux apôtres. Jacques et Jean ont commencé par demander au Christ des places d’honneur, celles réservées habituellement aux chefs, en récompense de leurs bons et loyaux services: " Accorde-nous de siéger l’un à ta droite, l’autre à ta gauche " (Mc 10, 35). Derrière eux, les dix autres récriminent contre une telle revendication, non qu’ils aient mieux compris qu’eux l’exigence du service, mais parce chacun souhaite pour lui-même cette place avant les autres. Occasion pour Jésus d’appeler les apôtres à entrer davantage dans le mouvement du don total : " Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles, que les grands font sentir leur pouvoir. Pour vous, il ne doit pas en être ainsi. Au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur " (Mc 10, 42-43). Pour être servi, il faut donc commencer par servir.
    À la soif de pouvoir, Jésus oppose le service. Être chef à la façon des hommes et être chef à la façon de Dieu sont deux attitudes radicalement opposées. La première cherche à dominer, la seconde à se donner. La première consiste à se servir, la seconde à servir. Marie l’a compris tout de suite. " Toute mission commence par l’attitude même de Marie lors de l’Annonciation: “Me voici, je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole !” (Lc 1, 38) ."
    Une mission au service de l’Évangile et des hommes ne s’octroie pas: elle se reçoit de Dieu. Ainsi Pierre a reçu du Christ en personne son autorité sur les autres apôtres et leurs successeurs : " Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église " (cf. Mt 16, 18). Sa trahison n a pas remis en cause l’appel du Christ. Le soir de Pâques, Jésus prend Pierre à part et lui demande par trois fois s’il l’aime. Et par trois fois Jésus confirme Pierre dans sa mission de chef de son troupeau: " Sois le gardien de mes brebis " (Jn 21, 15-17).
    La première qualité d’un chef consiste à accepter de recevoir son autorité d’un autre. Dans l’Église, la mission de gouverner, de sanctifier et d’enseigner, propre aux évêques, est une grâce reçue. À leur tête, le pape se présente comme " le serviteur des serviteurs de Dieu ".
    Jésus a toujours fui toute forme de puissance terrestre. A l‘issue du miracle de la multiplication des pains, alors que tous veulent le faire roi (cf. Jn 6, 15), il fuit au désert. La royauté, pourtant, lui revient. Mais Jésus refuse de révéler sa dignité royale sous les traits d’un Messie triomphant et ligueur. C’est tout le paradoxe de Incarnation : le roi et créateur de l’univers se fait serviteur de tous. Un messie pompeux à la manière des rois de la terre ne se laisserait certainement pas approcher.
    Ce paradoxe, il est vrai, ne correspond pas à la conception que les apôtres se sont faite de la mission du Fils de Dieu. Notamment Pierre. Les récits de la passion montrent qu’il n’admet pas que Jésus se laisse arrêter, ligoter et humilier sans réagir. Pierre est certain que l’idée qu’il se fait d’un Dieu qui frappe ses adversaires et les écrase à coup de glaive, est juste. C’est la raison pour laquelle il est prêt à suivre Jésus jusqu’en prison. Pierre promet à Jésus son appui, non comme un disciple mais pour jouer le héros à ses côtés. Or, c’est tout l’inverse qui va se produire. La veille de sa passion, quand les événements prennent un tour tragique, Pierre hésite. Il suit Jésus, mais " de loin " (Lc 22, 54). Finalement, Pierre renie Jésus. Pierre ne sait plus qui est Jésus. Il ne sait plus qui est celui qu’il confessait comme le Fils de Dieu et de qui il avait reçu mission de gouverner son Église. Devant un tel désarroi, Pierre ne sait même plus en quoi consiste au juste sa mission. Tout est brouillé, tout bascule dans l’échec.

    Servir, c’est régner

    La Passion nous aide à mieux connaître Jésus, à la serviteur et roi. Pour mieux comprendre sa mission, faut se reporter quelques heures avant Gethsémani, à la Cène, quand Jésus prend un tablier, un baquet et un broc pour laver les pieds de ses apôtres. Là, déjà, protestations de Pierre. En fait, en accomplissant un service réservé aux esclaves, Jésus révèle son identité et son autorité. Si Jésus, la veille de sa mort, s’est mis humblement à genoux pour laver les pieds de ses apôtres et leur demander de l’imiter, c’est pour leur faire comprendre que la mission qui va être la leur ne doit pas écraser ni étouffer les autres, mais être un don humble et généreux de toute la personne.
    Devant Pilate, Jésus est, cette fois, mis en jugement par les autorités civiles de l’Empire. Pilate est un gouverneur qui tient à sa situation. Jésus lui rappelle au passage que son autorité vient de Dieu. Interrogé pour savoir si lui-même est roi, Jésus répond à Pilate de la façon la plus nette " lu l’as dit, je suis roi " (Jn 18, 37). C’est le paradoxe de la Passion à son comble: au moment où Jésus porte les traits les plus expressifs du serviteur souffrant décrits par Isaïe – " Il n’était ni beau ni brillant pour attirer nos regards. [...], nous l’avons méprisé, compté pour rien [...], comme un agneau conduit à l’abattoir, il n’ouvrait pas la bouche [...], maltraité, humilié, il n’ouvrait pas la bouche " (cf. Is 52, 13-53, 12) Jésus affirme, qu’il est roi.
    Les soldats qui bafouent le Messie ne songent pas un seul instant qu’ils confirment sa royauté : après l’avoir flagellé, ils le saluent du titre de roi (cf. Mc 15, 18), ils l’affublent d’un manteau rouge, d’une couronne d’épines, d’un sceptre en le saluant du titre de roi (cf. Jn 19, 1-3). L’écriteau apposé sur la croix contient la mention de " roi ". Le seul personnage qui, finalement, confesse la véritable nature de la royauté du Christ, est le bon larron. Partageant son sort, il lui demande de l’accueillir dans son royaume (cf. Lc 23, 42).
    Tout baptisé, dans le sillage du Christ, est appelé à servir pour régner. Car servir, c’est régner. La quatrième prière eucharistique le rappelle sans équivoque: " Tu as créé l’homme à ton image afin qu’en te servant, toi son Créateur, il règne sur la création. "
    Régner, certes, mais d’abord régner sur soi. Celui qui sait se gouverner, sait donner sens à sa vie. Il se laisse guider, non par ses caprices et ses envies du moment, mais par des choix libres et responsables. Être maître de soi donne confiance aux autres. Dire non aux séductions du monde donne envie d’être suivi. Écouter la voix de sa conscience, c’est être capable d’indiquer aux autres le chemin de la liberté. Mettre le Christ au centre de sa vie, devenir un repère sûr pour les autres.
    Tout état de vie, conjugal, sacerdotal ou religieux accepté et vécu comme un témoignage généreux et fidèle, est le moyen le plus sûr pour résister aux séductions d’une société bruyante.
    Cependant, nous sommes tous des serviteurs " inutiles ". Qualificatif bien décevant au premier abord. En fait, fait, il souligne que nos actes ne servent à rien s’ils n’attirent le regard des autres vers le Christ. Il s’agit pour les époux d’être les " signes " de l’alliance entre Dieu et l’humanité. Pour les prêtres, d’être " transparents " au Christ, le souverain Prêtre. Pour les religieux, d’offrir un témoignage visible d’une communauté unie et de vies totalement offertes à Dieu. Saint François, le Poverello d’Assise, écrit dans ses Admonestations :" Quand on a reçu autorité sur les autres, on ne doit pas plus en tirer gloire que si l’on était affecté à l’emploi de laver les pieds. "
    Servir pour devenir chef, c’est accepter de recevoir une part de l’autorité de Jésus qui est venu, non pour être servi, mais pour servir (cf. Mc 10, 15). Petits chefs, s’abstenir. Si tu y consens, tu ne seras pas appelé son serviteur, mais son ami (cf. Jn 15, 15).

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    Jean-Paul Il, exhortation apostolique Vita consecrata, sur la vie consacrée et sa mission dans l’église et dans le monde, § 18.
    Vatican 11, Gaudium et spes, § 48.
    Jean-Paul 11, Pastores d4bo vobis, sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles, § 15.

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