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    LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance
    " Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
    St Paul, 2 Epître à Timothée 4-1à 5

    Il suffit de tendre l'ouïe, le regard, la raison, pour constater l'ampleur du désastre dans lequel l'homme moderne s'enfonce en se détournant de son créateur... C'est pour aider à reprendre le bon cap que le site serviam propose une série de " repères " à ses correspondant
    Né en 1963, le Père Ludovic Lécuru a d'abord fait ses études à lÉcole normale de Beauvais puis à l'université de Paris-V où il a obtenu une licence en Sciences de l'éducation. Depuis 1988, il est moine bénédictin à lAbbaye Saint-Wandrille (Seine-Maritime). Ordonné prêtre en 1997, il estplus spécialement chargé de l'accueil des hôtes, charge qui l'amène à rencontrer de nombreux jeunes et leur famille.
    Serviam remercie les Editions du Sarment de leur aimable accord de reproduction partielle de l'ouvrage particulièrement intéressant : " Connaître et aimer sa vocation " duquel est tiré le texte suivant... Pour commander l'ouvrage : cliquez ici

    " Suis - moi " !

    La vocation est un don de Dieu. Un don par lequel Dieu lui-même se donne. En m'appelant, Dieu me révèle qui il est. Me savoir appelé à connaître Celui qui m'aime pour vivre de son amour, voilà qui me rend sûr à la fois de mon identité et de mes raisons de croire.

    Le mot vocation vient du mot latin vocare, appeler. Ce mot renvoie au mot élection, lequel renforce l'idée d'alliance. En grec, le mot élection a le sens de choix. Sans cette élection, il est impossible de connaître Dieu ni sa volonté sur l'homme.

    Dieu choisit d'abord Israël, qu'il se consacre par une alliance. Aucun mérite de la part de ce peuple ne justifie un tel choix. Et Dieu appelle des hommes pour confirmer sa volonté sur ce peuple élu. Il les choisit pour faire connaître son dessein de salut et annoncer sa parole.

    Avec l'Incarnation, Jésus apparaît comme le véritable Élu de Dieu, annoncé par le prophète Isaïe (cf. 42, 1). Le Père révèle l'élection de son Fils Jésus lors de moments solennels, comme au baptême ou à la transfiguration. Jésus est le Dieu qui vient habiter parmi nous et qui nous appelle. Il est celui qui apporte une Nouvelle. La Bonne Nouvelle, qui va éclairer notre pauvre regard humain sur l'espérance en la vie éternelle.

    Cette Bonne Nouvelle pourrait se résumer ainsi : "Suis-moi" (cf. Jn 21, 22). Jésus, l'Envoyé de Dieu venu annoncer à Israël que le Royaume de Dieu est là, choisit à son tour douze hommes, "ceux qu'il voulait" (Mc 3, 13), pour les associer à sa mission de salut et la poursuivre.

    À la Pentecôte, l'élection divine s'étend à l'Église tout entière. Comme une épouse, l'Église est l'élue de Dieu (cf. 2 Jn 1), et cette élection concerne chacun de ses membres baptisés dans l'Esprit Saint. En vertu du baptême, l'Église se définit comme "l'assemblée des élus ", la "communauté de tous les appelés ". Sa mission est d'annoncer l'unique vocation à la sainteté. C'est la découverte enthousiaste des apôtres le jour de la Pentecôte: "Nous sommes appelés enfants de Dieu. Et vraiment nous le sommes !" (1 Jn 3, 1). Saint Paul ne cessera de rappeler aux premières communautés chrétiennes que Dieu nous a choisis dès le commencement pour être sauvés par l'Esprit qui sanctifie (cf. 2 Th 2, 13). En conséquence, nos curs doivent être irréprochables en sainteté devant Dieu jusqu'à l'avènement du Christ Jésus et de tous les saints (cf. 1 Th 3, 13).
    Unique vocation à la sainteté, donc. Cependant, si toute vocation est baptismale, les vocations particulières ne manquent pas. Chacune est en lien direct avec le Christ et avec son Église. Les vocations sont diverses, mais c'est toujours le même Seigneur qui appelle en vue de la sanctification du Corps tout entier (cf. Co 12, 4.7). Les trois principales vocations sont la vie conjugale, le sacerdoce ministériel et la vie consacrée. Ce ne sont pas les seules, car elles recouvrent une variété de nuances: le diaconat permanent, le célibat et la virginité consacrés, la vie missionnaire, la vie érémitique. Aucune liste des vocations possibles dans l'Église ne sera jamais exhaustive.

    En nous appelant, le Seigneur nous conduit avec la plus exacte précision là où les aspirations de notre cur nous orientent. Non vers des horizons sensationnels de cartes postales, mais vers un amour capable de durer, et de durer toujours.

    Pour beaucoup de gens, la vocation au sens large indique une aptitude personnelle à exercer telle ou telle profession ou activité avec compétence au service des autres. Des hommes et des femmes, en effet, disposent de facultés très particulières pour être enseignants, médecins, journalistes, voire mener une action politique. Ces activités humaines sont autant de chemins de sainteté et de don de soi. Mais dans ce livre, nous utiliserons le terme vocation au sens objectif, c'est-à-dire un état de vie que Dieu a choisi pour moi, auquel il m'appelle et par lequel il veut me conduire à lui et me sanctifier. Un sens n'exclut pas l'autre. Mais la vocation au sens objectif englobe toute mon existence. Elle parfait mes compétences et enrichit mes choix humains.

    La vocation au sens objectif implique donc un genre de vie, une façon de vivre propre à chaque état. Par exemple, on ne mène pas la même existence lorsqu'on est mariée que lorsqu'on est religieuse. C'est terrible pour un mari de voir sa femme vivre comme une moniale. Chaque état de vie possède ses exigences particulières. Tout baptisé doit prier, certes, mais on ne demande pas le même temps de prière quotidienne à un père de famille qu'à un religieux. Heureusement pour l'un et pour l'autre. Chaque vocation implique des obligations fixées par celui qui est à l'origine de cette vocation. La vocation de père ou de mère implique de la part de celui ou de celle qui y est appelé d'obéir à celui qui l'envoie - Dieu. D'être à l'écoute de ceux vers qui il est envoyé - son conjoint et ses enfants. Pour tous, mari, femme, prêtre, personne consacrée, l'appel ultime est d'aimer sa vocation et d'aimer selon sa vocation.

    La vocation, c'est Dieu qui nous attire vers lui. En m'appelant, Dieu s'engage. Son engagement est à la fois à la mesure de son être, infini et tout-puissant, et à la mesure de ce qu'il y a de plus irremplaçable : moi. Car nous sommes tous absolument uniques à ses yeux. Dieu ne clone pas. Nous sommes inimitables. Dieu a besoin de chacun de nous. Il a besoin de moi. Si je dis non, il s'arrangera toujours, mais je ne serai pas au rendez-vous de la mission qu'il veut me confier.

    Pour connaître et aimer sa vocation, il faut commencer par se débarrasser de l'idée que Dieu peut appeler exprès quelqu'un à vivre à contre-sens de ses aptitudes naturelles : passer sa vie en silence alors que l'on aime les relations, parcourir les routes du monde alors que l'on est casanier, etc. Cependant, la grâce de l'appel peut éveiller des dispositions et des qualités insoupçonnées jusque-là, voire faire naître des facultés tout à fait nouvelles pour accomplir une mission qui n'était pas envisagée au point de départ.

    Il faut aussi se détacher de l'idée d'un Dieu qui aurait sur chacun de nous une volonté implacable, incontournable. Ne pas s'y conformer aboutirait à être rejeté à jamais. D'où, dans ce cas, une liberté de réponse inexistante, à laquelle s'ajouterait une culpabilité terrible. Certes, Dieu a sur moi une volonté préférentielle. Mais si je ne réponds pas à cette volonté, il ne m'abandonnera pas et m'aimera tout autant.

    Le choix de Dieu appelle une réponse libre. Une réponse qui soit un "oui" fondateur et définitif. La vocation devient un état de vie stable, comme un lieu d'où l'on ne s'en va plus. Ce qui reste d'une existence, c'est la fidélité au oui par lequel on s'est engagé. Bien des choses évoluent de par le monde, même les gens. Beaucoup d'entre eux décident un jour ou l'autre de recommencer ailleurs ce qu'ils n'ont pas fini ici. Ils ne prennent jamais le temps d'être fidèles et entament sans fin des bouts d'existence. Or, demeurer dans un oui fidèle à la volonté divine, c'est refuser de perdre la moindre parcelle du sens que Dieu veut donner à notre vie.

    Il ne faut pas être aveugle sur le choix de Dieu. Ni passer à côté de la grâce de l'appel. Il faut donc prendre le temps de se mettre à l'écoute. Ma vocation m'apparaîtra avec d'autant plus de clarté que je me rendrai disponible d'avance à la volonté de Dieu: "Seigneur, que dois-je faire ? Qu'attends-tu de moi? Si tu m'appelles à tel état de vie, c'est oui d'avance, j'accepte. Je suis là, je suis prêt." Dieu attend d'abord ma disponibilité. Les signes de l'appel, c'est de voir la volonté de Dieu se confirmer et la joie que ce désir suscite. Ma vocation sera d'autant plus claire que j'aurai su poser des actes de foi et de fidélité jour après jour. Les petits oui du quotidien font le grand oui de l'existence.

    Parce qu'il est Dieu, Dieu attire sans se montrer. Il inspire confiance sans parler. Au début, l'appel de Dieu n'indique pas toujours quelque chose de précis à entreprendre. Cependant, Dieu a déjà une volonté sur moi avant que je puisse encore la discerner vraiment. Il respecte notre maturité psychologique pour se faire comprendre à nous.

    Son appel s'accompagne généralement d'une intuition très vive, même si elle reste fugitive. Certes, Dieu peut soudain manifester sa volonté en faisant naître une certitude absolue. Mais dans ce cas, Dieu aura déjà parlé auparavant à travers des signes dont je n'aurai pas su voir l'importance. Toutes ces rencontres, tous ces moments de ma vie, m'apparaîtront après coup comme un même appel du Seigneur à le suivre.

    Si l'appel de Dieu peut seul combler notre soif de bonheur, pour autant le choix de Dieu n'est pas toujours réciproque. Je me sens appelé(e) à telle vocation - être prêtre, être missionnaire, être mère de famille, etc. Mais est-ce bien la volonté de Dieu sur moi ? Peut-être m'appelle-t-il sur un autre chemin. J'aimerais fonder une famille, mais Dieu m'appelle à la vie religieuse. J'aimerais être prêtre, mais Dieu m'appelle au mariage. Comment comprendre ce paradoxe si fréquent? C'est que toute vocation est un " événement pascal " qui implique un renoncement à des projets humains, si généreux soient-ils, pour consentir au projet d'un Autre. L'appel de Dieu est un idéal d'union au Christ, mort sur la croix et ressuscité à une vie nouvelle le matin de Pâques. La vocation se présente comme le passage d'un sens donné à la vie à un sens nouveau. Un passage étroit qui me fait abandonner mes conceptions terrestres pour entrer dans Sa volonté. Plus je suis attiré par Dieu, plus je désire emprunter ce passage, quelles qu'en soient les exigences. Ma volonté personnelle n'est pas détruite, car en consentant à l'appel de Dieu, je me rends capable de découvrir la vérité sur mon être le plus personnel et le plus unique.

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