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    LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance
    " Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
    St Paul, 2 Epître à Timothée 4-1à 5

    Il suffit de tendre l'ouïe, le regard, la raison, pour constater l'ampleur du désastre dans lequel l'homme moderne s'enfonce en se détournant de son créateur... C'est pour aider à reprendre le bon cap que le site serviam propose une série de " repères " à ses correspondants....
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    Serviam remercie vivement les éditions du Laurier d'avoir aimablement autorisé la reproduction d'extraits des homélies de saint Josémaria Escriva.

    Celles-ci réunies dans l'ouvrage "Quand le Christ passe" embrassent toute l'année liturgique, de l'Avent jusqu'à la fête du Christ-Roi.

    Le triomphe du Christ dans l'humilité

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    (homélie prononcée le 24 décembre 1963)

    Lux fulgebit hodie super nos quia natus est nobis Dominus 1 : une lumière brillera sur nous, car le Seigneur nous est né.

    C'est la grande nouvelle qui émeut les chrétiens en ce jour et qui s'adresse, par eux, à l'humanité toute entière. Dieu est là. Cette vérité doit remplir nos vies : chaque fête de Noël doit être pour nous une nouvelle rencontre toute spéciale avec Dieu, et nous devons faire en sorte que sa lumière et sa grâce pénètrent jusqu'au fond de notre âme.
    Arrêtons-nous devant l'Enfant, Marie et Joseph ; nous sommes là à contempler le Fils de Dieu revêtu de notre chair. Il me revient maintenant à l'esprit le voyage que j'ai fait à Lorette pour visiter le sainte maison, le 15 août 1951, pour une raison qui m'était chère. J'y ai célébré la Messe. Je voulais la dire avec recueillement, mais je ne m'attendait pas à la ferveur de la foule. Je n'avais pas prévu que, en ce jour de grande fête, beaucoup de gens des alentours accourraient à Lorette, avec la foi bénie de cette région et l'amour que l'on y porte à la Madonna. Leur piété les poussait à des manifestations un tant soit peu inopportunes, si l'on s'en tient - comment dirais-je - au strict point de vue des rites liturgiques.
    C'est ainsi que, lorsque je baisais l'autel, aux moments où les rubriques de la Messe le prescrivent, trois ou quatre paysannes le baisaient en même temps. J'en fus distrait, mais cela me toucha. Mon attention fut également attirée par la pensée que dans cette sainte maison - où, assure la tradition, vécurent Jésus, Marie et Joseph - sur la table d'autel, sont gravés ces mots : Hic Verbum caro factum est. Là, dans une maison construite de main d'homme, sur un morceau de la terre où nous vivons, Dieu a habité.

    Jésus-Christ, Dieu parfait et homme parfait

    Le Fils de dieu s'est fait chair et il est perfectus Deus, perfectus homo, Dieu parfait et homme parfait. Il y a dans ce mystère quelque chose qui devrait émouvoir les chrétiens. J'en fus et j'en demeure ému : j'aimerais retourner à Lorette. J'y vais, par la pensée, revivre les années d'enfance de Jésus, en répétant et en considérant que Hic Verbum caro factum est.
    Jesus Christus, Deus Homo 2,Jésus-Christ Dieu-Homme, c'est là une des magnalia Dei 3, une des merveilles de Dieu, que nous devons méditer et dont nous devons remercier ce Seigneur qui est venu apporter la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté 4, et à tous les hommes qui veulent unir leur volonté à la Volonté suprêmement bonne de Dieu : pas seulement aux riches et au pauvres mais à tous les hommes, à tous nos frères ! car nous sommes tous frères en Jésus, fils de Dieu, frères du Christ : sa Mère est notre Mère.
    Il n'y a qu'une seule race sur la terre : la race des enfants de Dieu. Nous devons tous parler la même langue, celle que nous apprend notre Père qui est aux cieux : la langue du dialogue de Jésus avec son Père, la langue que l'on parle avec le coeur et avec la tête, celle dont vous vous servez en ce moment dans votre prière. C'est la langue des âmes contemplatives, celle des hommes qui ont une vie spirituelle, parce qu'ils se sont rendu compte de leur filiation divine. C'est une langue qui se caractérise par mille motions de la volonté, par des lumières dans l'intelligence, par des élans du coeur, par ces décisions de mener une vie droite dans le bien, la sérénité et la paix.
    Il nous faut regarder l'Enfant, notre Amour, dans son berceau. Et il nous faut le regarder en nous sachant devant un mystère. Nous devons, par la foi, accepter ce mystère et, par la foi également, en approfondir le contenu. Et pour cela, nous avons besoin des dispositions d'humilité d'une âme chrétienne ; ne pas vouloir réduire la grandeur de Dieu à nos pauvres concepts, à nos explications humaines, mais comprendre que ce mystère, dans son obscurité, est une lumière qui guide la vie des hommes.
    Nous voyons - dit saint Jean Chrysostome - que Jésus est issu de nous et de notre substance humaine, et qu'il est né d'une Mère vierge : mais nous ne comprenons pas comment ce prodige a pu se réaliser. Ne nous fatiguons pas à essayer de le découvrir, mais acceptons plutôt avec humilité ce que Dieu nous a révélé, sans scruter avec curiosité ce que Dieu nous tient caché 5
    Si nous observons cette attitude de respect, nous saurons comprendre et aimer ; et le mystère deviendra pour nous un magnifique enseignement, plus convaincant que tous les raisonnements humains.

    Le sens divin du cheminement de Jésus sur la terre

    J'ai toujours essayé, en parlant devant la crèche, de contempler le Christ Notre Seigneur enveloppé de langes, sur la paille d'une mangeoire ; et lorqu'Il est encore enfant et ne parle pas encore, de voir en Lui le Docteur et le Maitre. J'ai besoin de Le considérer ainsi, car je dois L'écouter. Et pour écouter ce qu'Il a à me dire, il me faut m'efforcer de connaître sa vie : lire le Saint Evangile, méditer ces scènes que le Nouveau Testament nous rapporte, afin de pénétrer le sens divin du cheminement de Jésus sur la terre.
    Nous devons, en effet, reproduire en nous le Christ vivant, en connaissant le Christ, à force de lire la Sainte Ecriture et de la méditer, à force de prier, comme maintenant devant la crèche. Il faut comprendre les leçons que nous donne Jésus dès son enfance, dès sa naissance, dès que ses yeux s'ouvrent sur la terre bénie des hommes.
    En grandissant et en vivant comme l'un d'entre nous, Jésus nous révèle que l'existence humaine, nos occupations courantes et ordinaires, ont un sens divin. Même si nous avons largement médité ces vérités, nous devons toujours admirer ces trente années de vie obscure qui constituent la plus grande partie de la vie de Jésus parmi ses frères les hommes. Années obscures, mais pour nous, claires comme la lumière du soleil. Ou mieux, splendeur qui illumine nos journées et leur donne leur véritable dimension, puisque nous sommes des chrétiens courants, qui menons une vie ordinaire, semblable à celle de millions de gens dans les coins les plus divers du monde.
    C'est ainsi que vécu Jésus durant trente ans : il était fabri filius 6 . Viendront ensuite les trois années de vie publique, avec les cris des foules. Les gens s'étonnent : qui est cet homme ? Où a-t-il appris tant de choses ? Car sa vie avait été celle de tous dans son village natal. C'était le faber, filius Mariae 7, le charpentier, le fils de Marie. Et c'était Dieu, et voici qu'Il réalisait la rédemption du genre humain, en attirant toute chose à Lui 8.
    Comme pour tous les autres évennements de la vie de Jésus, jamais nous ne devrions considérer ces années cachées sans nous sentir concernés, sans les reconnaître pour ce qu'elles sont : des appels que nous adresse le Seigneur pour que nous sortions de notre égoïsme, de notre confort. Le Seigneur connaît nos limites, notre atachement à nous-mêmes et à nos ambitions ; Il connaît la difficulté que nous avons à nous oublier nous-mêmes et à nous donner aux autres. Il sait ce que c'est que de ne pas rencontrer d'affection, de constater que ceux-là mêmes qui prétendent vous suivre, ne le font qu'à moitié. Souvenons-nous de ces tristes scènes que nous décrivent les évangélistes où nous voyons les apôtres encore pleins d'aspirations temporelles et de projets purement humains. 
    Jésus les a choisis, Il les garde près de Lui et leur confie la mission qu'Il avait reçue du Père.
    Nous aussi, Il nous appelle, et nous demande, comme à Jacques et à Jean : potestis bibere calicem quam ego bibiturus sum ? 9 : pouvez-vous boire le calice que je vais boire ? - ce calice du don absolu à l'accomplissemnt de la volonté du Père - Possumus 10 ; oui, nous le pouvons ! Voilà la réponse de Jean et de Jacques. Vous et moi sommes-nous sérieusement disposés à accomplir, en toute chose, la volonté de Dieu notre Père ? Avons-nous donné au Seigneur tout notre coeur, ou continuons-nous à être attachés à nous-mêmes, à nos intérêts, à notre confort, à notre amour-propre ? N'y aurait-il pas en nous quelque chose qui ne serait pas en accord avec notre condition de Chrétien et qui nous empêcherait de nous purifier ? C'est pour nous l'occasion de rectifier tout cela aujourd'hui.

    D'abord, il nous faut nous convaincre que c'est Jésus en personne qui nous pose ces questions : c'est Lui qui les formule, et pas moi. Je n'oserais même pas me les poser à moi-même. Mais je continue ma prière à voix haute, tandis que vous, que chacun d'entre vous, confesse intérieurement au Seigneur : "Seigneur, comme je vaux peu de chose ! Comme j'ai été lâche, tant de fois ! Que d'erreurs, en cette occasion-ci, en celle-là, ici et là !" Et nous pouvons aussi nous exclamer : "Heureusement Seigneur, que tu m'as soutenu de ta main, car moi, je me sens capable de toutes les infamies. Ne me lâche pas, ne m'abandonne pas, traite-moi toujours comme un enfant. Fais que je sois fort, courageux, constant. Mais aide-moi comme on aide un enfant sans expérience ; conduis-moi par la main, Seigneur et fais que ta Mère soit aussi à mes côtés pour me protéger. Et ainsi, possumus ! nous pourrons, nous serons capables de Te prendre pour modèle.
    Ce n'est pas préseomption de notre part que d'affirmer ce possumus. Jésus-Christ nous apprend ce chemin divin et nous demande de l'entreprendre, car Il l'a rendu humain et accessible à notre faiblesse. C'est pourquoi, Il s'est tellement humilié. Voilà la raison pour laquelle Il s'est abaissé, en prenant forme d'esclave, ce Seigneur qui, en tant que Dieu, était égal au Père ; mais Il s'est abaissé en majesté et en puissance, non en bonté et en miséricorde 11 .

    La bonté de Dieu veut nous rendre le chemin facile. Ne repoussons pas l'invitation de Jésus. Ne lui disons pas non, ne soyons pas sourds à son appel : en effet, il n'y a pas d'excuse, nous n'avons pas de raison de continuer à penser que nous ne pouvons pas. Il nous a montré le chemin par son exemple. Je vous le demande donc avec insistance, mes frères : ne permettez pas que ce soit en vain que l'on vous ait montré un modèle si précieux, mais conformez-vous à Lui et renouvelez-vous au plus profond de votre âme 12.

    A suivre...

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    1 is.9, 2 ; introït de la seconde Messe du jour de la Nativité
    2 Symbole Quicumque
    3 Ac 2, 11
    4 Lc 2, 14
    5 saint Jean Chrysostome, In Matthaeum homiliae, 4, 3 (PG 57, 43)
    6 Mt 13, 55
    7 Mc 6, 3
    9 Mt 20, 22
    10 Mt 20, 22
    11 saint Bernard, sermo in die nativitatis 1, 1-2 (PL 183, 115)
    12 saint Bernard, ibid 1-1

    13 Ac 10, 38
    14 Mc 7, 37

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