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    LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance
    " Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
    St Paul, 2 Epître à Timothée 4-1à 5

    Il suffit de tendre l'ouïe, le regard, la raison, pour constater l'ampleur du désastre dans lequel l'homme moderne s'enfonce en se détournant de son créateur... C'est pour aider à reprendre le bon cap que le site serviam propose une série de " repères " à ses correspondant
    Né en 1963, le Père Ludovic Lécuru a d'abord fait ses études à lÉcole normale de Beauvais puis à l'université de Paris-V où il a obtenu une licence en Sciences de l'éducation. Depuis 1988, il est moine bénédictin à lAbbaye Saint-Wandrille (Seine-Maritime). Ordonné prêtre en 1997, il estplus spécialement chargé de l'accueil des hôtes, charge qui l'amène à rencontrer de nombreux jeunes et leur famille.
    Serviam remercie les Editions du Sarment de leur aimable accord de reproduction partielle de l'ouvrage particulièrement intéressant : " Connaître et aimer sa vocation " duquel est tiré le texte suivant... Pour commander l'ouvrage : cliquez ici

    " Sois l'époux de ton épouse..." : La vocation conjugale - 1 -

    L’amitié

    S’engager sur le chemin de sa vocation exige au préalable que l’on apprenne à aimer. Et l’amour commence par l’amitié. Aristote, philosophe grec du M siècle avant Jésus-Christ, expose les trois aspects essentiels de l’amitié dans son Éthique à Nicomaque : la bienveillance, la réciprocité et la convivialité.
    La bienveillance consiste dans le désir du bien de l’autre. Le véritable ami ne cherche pas son propre intérêt, mais il éprouve un souci constant pour l’autre. La bienveillance ne connaît pas la jalousie. On connaît l’adage: " Les amis de mes amis sont mes amis. " La réciprocité est nécessaire à la bienveillance. Pour que cette réciprocité soit vraiment vécue, il faut que les amis se déclarent amis l’un à l’égard de l’autre. La réciprocité indique alors que l’amitié est acceptée et reçue avec gratitude. Certaines personnes ont le tort de considérer comme ami(e) celui ou celle qui ne cesse de leur demander un service. C’est pourquoi l’amitié vraie demande que l’on aime l’autre pour lui-même, non pour son scooter ou ses performances en maths. Sinon, l’amitié n’est plus réciproque. Enfin, la convivialité manifeste la volonté de persévérer dans l’amitié par des actes attentifs et des moments passés ensemble. La convivialité permet d’opérer le tri entre les bons copains, les bonnes relations et les véritables amis.
    Pour discerner la qualité d’une amitié, il faut avoir le courage de se poser certaines questions. Cette amitié me rend-elle meilleur(e), ou me rend-elle au contraire irritable et susceptible ? Si cette amitié est claire et transparente, je me sentirai à l’aise. Sinon, je me sentirai étouffé(e), j’aurai envie de partir et d’éviter cette personne. Suis-je, à son contact, libre et confiant(e), ou au contraire inquiet(ète), triste et tendu(e)? Si une relation avec une autre personne de mon entourage me rend jaloux, envieux et colérique, ce n’est pas de l’amitié. Être jaloux(se), c’est reprocher à l’autre ce qu’il est. Être envieux, c’est lui reprocher ce qu’il a. Être colérique, c’est lui reprocher ce qu’il fait.
    Si elle est vraie, l’amitié grandit. Mais il faut en prendre les moyens. Premièrement, en respectant la personnalité de l’autre. Bienveillance ne veut pas dire faire de l’autre un second moi-même, le changer pour qu’il devienne comme moi, mais accepter les différences qui enrichissent l’amitié.
    Deuxièmement, il faut du temps. Dans son beau dialogue sur l’amitié avec son jeune disciple Yves, saint Aelred de Rievaulx, moine anglais du XII° siècle, cite saint Jérôme : " Une amitié qui peut finir, n’a jamais été véritable . " Un véritable ami se révèle à l’occasion des soucis et des chagrins. Il arrive que des amis (?) disparaissent au premier nuage. Le temps empêche les jugements hâtifs. Il dissipe les malentendus et enrichit le dialogue.
    Enfin le pardon. Dans l’amitié, j’aime l’autre pour lui-même, pour ce qu’il y a de meilleur en lui. Mais je n’oublie pas qu’il n’est pas parfait, et moi non plus. Il ne faut donc jamais idéaliser l’autre, ni s’idéaliser soi-même au risque d’empêcher une amitié de grandir. Le pardon est une marque de confiance qui confirme l’amitié au-delà des imperfections et des maladresses communes.
    L’amitié prend chez les époux une forme particulière et nouvelle. Au sein du mariage, l’amitié devient exclusive de manière que la bienveillance, la réciprocité et la vie commune puissent atteindre leur plénitude grâce à une alliance. En somme, les époux sont des amis qui se complètent non plus seulement par leurs qualités respectives, mais par ce qu ils sont, par leur être même d’homme et de femme. L’amitié devient chez eux un appel constant à se donner corps et âme pour devenir une source de plus en plus féconde d’amour et de vie.

    Un ami, c’est en quelque sorte le gardien de l’amour, ou selon d’autres, le gardien de l’âme elle-même. Mon ami sera le gardien de mon amour ou de mon âme elle-même. Il gardera en un silence fidèle tous les secrets. Il corrigera, dans la mesure de ses forces, les défauts qu’il apercevra chez moi ou supportera toutes mes imperfections. Il partagera mes joies et mes peines. Tout ce qui concerne mon ami, je le ressentirai comme mien. Par conséquent, l’amitié est cette vertu qui lie les âmes par une douce alliance, et de plusieurs, ne fait qu’un. Voilà pourquoi les vrais philosophes n’ont pas rangé l’amitié parmi les sentiments fortuits ou éphémères, mais bien au nombre des vertus qui sont éternelles.
    Aelred de Rievaulx
    L’amitié spirituelle (chap. 1, § 2)

    Apprendre à aimer

    Au début de la vie, l’amour du petit enfant est captatif, tourné vers lui-même. Le centre du monde, c’est lui. Quand arrive l’âge de l’adolescence, il faut apprendre à se décentrer pour prendre conscience de l’amour reçu et pour en apporter autour de soi.
    Bien entendu, nous sommes libres de choisir nos amis. À condition que ce choix nous incite à nous dépasser et à être plus généreux. Avoir des amis exige que l’on se tourne vers les autres, que l’on acquière confiance en soi et en eux.
    L’amour ne s’arrête pas à la recherche d’une appréciation personnelle. Aimer, c’est chercher à faire quelque chose de bien, de beau et de vrai, gratuitement, c’est-à-dire sans chercher d’approbation en retour. Et d’ailleurs, si nous n’aimons que ceux qui nous aiment, quelle récompense aurons-nous (cf. Mt 5, 46) ? Quand l’amour n’est pas " don " de soi, il ne peut grandir. L’amour grandit au fur et à mesure qu’il se donne.
    Lorsque Jésus enseigne à ses apôtres : " Aimez-vous les uns les autres " (Jn 15, 12), il n’affirme rien d’original. D’autres l’ont dit avant lui. En revanche, il innove totalement lorsqu’il ajoute : " Comme je vous ai aimés " (ibid.). L’amour de Jésus pour chacun de nous est un amour oblatif, un amour qui s’offre, non un amour captatif. À sa suite, aimer c’est regarder l’autre comme important, " supérieur à soi ", pour reprendre l’expression de saint Paul (Ph 2, 3). C’est faire entendre à l’autre qu’il est précieux, que sa présence est importante. Sinon, on en reste au petit " moi, moi, moi " superficiel et égoïste, sans jamais atteindre le " je " profond qui conduit a la communion.
    C’est ce qui arrive, hélas, lorsqu’on confond l’amour avec le sentiment. L’amour est assez profond pour englober tout l’être, toute la vie dans un acte libre et la volonté de se donner pour toujours. Tandis que le sentiment est passager. Il est agréable à éprouver, certes, mais il ne touche que la surface de l’être.
    Les amours précoces sont grisants mais souvent trompeurs parce que ce sont les premiers. Beaucoup d’adolescents croient savoir aimer alors qu’en réalité ils cherchent à être admirés et à se sentir importants. Chacun se cherche à travers l’autre, lequel devient comme un miroir pour soi. " Miroir, mon beau miroir !... Que l’image que tu renvoies de moi est belle ! " Mais qu’arriverait-il si mon miroir venait à me quitter ? Ce serait affreux, il ne serait plus là pour me valoriser et me dire combien je suis beau et important, que je suis aimé et regardé. Alors pour le garder près de moi, je fais semblant de l’aimer, sans toujours m’en rendre compte d’ailleurs. Jusqu’au jour où je trouve un meilleur miroir... Avouons-le : les flirts ont quelque chose de narcissique. Ils peuvent conduire à des relations destructrices et laisser de grandes blessures que l’on garde longtemps.
    La peur d’aimer et de se laisser aimer lorsqu’on est adulte peut naître de ces illusions sur l’amour. On comprend que l’on hésite à se donner et à aimer, si aimer c’est posséder l’autre, ou se laisser posséder par lui. Quand chacun veut être le plus puissant, l’amour ne peut pas grandir. L’amour-fusion et l’amour-passion sont des falsifications de l’amour. Ils n’ont rien à voir avec l’amour-don. Le premier consiste à disparaître dans l’autre, le second à faire disparaître l’autre. Il y a aussi l’amour-consommation, quand ni l’un ni l’autre ne veut se donner.
    Saint Paul manifeste la grandeur de l’amour. La fidélité, la confiance, le don et le pardon font partie de sa nature sans complaisance possible avec la jalousie, la rancœur ou l’abandon.

    L’amour selon saint Paul

    L’amour est pardon.
    L’amour est service.
    L’amour n’est pas envieux.
    L’amour n’est pas orgueilleux.
    L’amour ne fait rien d’inconvenant.
    L’amour ne recherche pas son intérêt.
    L’amour ne s’irrite pas.
    L’amour ne se venge pas.
    L’amour ne se réjouit pas de ce qui est injuste.
    L’amour met sa joie dans ce qui est vrai.
    L’amour excuse tout.
    L’amour espère toujours.
    L’amour supporte tout.
    L’amour ne passera jamais.
    1 Co 13, 1-8

    Tomber amoureux

    Que l’on ait quatorze, quinze ou seize ans, et davantage encore, tomber amoureux est la plus belle chose qui puisse arriver dans la vie d’un garçon ou d’une fille. La fin de l’enfance est l’âge des premiers balbutiements du corps et du cœur. On pense tout le temps - ou presque - au sexe opposé. On en rêve et on le regarde. Cette évolution est bonne car la vie affective d’un homme et d’une femme fait partie du plan de Dieu. Parce qu’il est la source de tout amour, Dieu s’intéresse à la vie amoureuse de ses enfants.
    En même temps que s’éveille ce sentiment amoureux, l’accélérateur de particules se met en marche. L’instinct sexuel s’éveille à la vitesse grand V et vient rendre plus étranges encore les émotions nouvelles ressenties à cet âge de la vie. Les montées d’adrénaline ne viendraient-elles pas tout compliquer ? Non, car la dimension spirituelle de la sexualité et son rôle dans la vocation à l’amour sont appelés à être vécus avec des exigences toutes nouvelles et plus intenses. La sexualité est un don de Dieu. Un don excellent par lequel Dieu veut faire participer sa créature au jaillissement de vie dont il est la source absolue. Par la semence chez l’homme, ou le cycle de fécondité chez la femme, Dieu a inscrit dans le corps humain, masculin et féminin, la capacité d’engendrer un être nouveau à travers un acte sexuel, symbole et image de son acte créateur. En mettant en nous l’instinct sexuel, Dieu nous appelle à participer au mystère de sa propre vie. Le fruit de la rencontre de deux gamètes n’est pas un simple nouvel amas de cellules, mais une personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu.
    Lorsque l’instinct sexuel apparaît au moment de la puberté, il est rare que le jeune homme ou la jeune fille saisisse en même temps et comme une évidence la dimension spirituelle de la sexualité. Cet instinct entraîne turbulences et secousses, plus véhémentes chez le garçon que chez la fille. Guider l’instinct sexuel vers la finalité que Dieu lui donne prend du temps et exige bien des combats. Alors pourquoi Dieu a-t-il voulu que les désirs ambigus et troublants qu’entraîne l’instinct sexuel s’éveillent à un âge où il n’est pas encore possible d’en faire pleinement usage au sein du mariage ? Réponse : parce que Dieu, dans sa sagesse, veut que l’instinct sexuel soit éduqué suffisamment tôt à la maîtrise de soi et au respect de l’autre pour qu’il devienne l’expression d’une grande liberté et d’une vraie générosité. Il veut que l’on apprenne à s’en servir de manière vraiment humaine et non de manière égoïste et vicieuse. La pureté, la pudeur, la confiance en soi et en l’autre, la lumière intérieure ne s’atteignent pas sans lutte. Le péché a provoqué un désordre dans le cœur de l’homme et de la femme, désordre contre lequel Dieu veut que nous luttions avec sa grâce comme appui et sa miséricorde pour confirmer ce projet sur nous.
    L’adolescence est l’âge de la découverte de sa vocation, et par conséquent de la dimension de la sexualité dans la vie humaine. Répondre un jour à ma vocation, quelle qu’elle soit, dépend des actes que je pose aujourd’hui. Ce que je fais à contresens maintenant, aura nécessairement des implications plus tard. Par conséquent, ces affirmations sur l’amour et la sexualité ne valent pas seulement dans la perspective de la vocation au mariage. Elles valent quel que soit l’état de vie actuel et à venir. Fonder ma vie sur un oui total et définitif n’est possible que si au préalable je m’efforce d’aimer selon les exigences du respect de l’autre et de moi-même. Certains, en vertu de leur vocation au mariage, sont appelés à exercer leur sexualité au service de la famille. D’autres, en vertu de leur vocation au sacerdoce ou à la vie consacrée, sont appelés à la vivre dans la virginité et la chasteté en vue du Royaume de Dieu.
    Le discours que tiennent certains adultes aujourd’hui (pas tous) laisserait entendre que l’amour s’identifie au plaisir. Un plaisir pour soi, dans une relation où l’autre ne compte pas vraiment. Selon eux, aimer serait une chose très simple: il suffirait de se préserver ou de prendre une pilule le lendemain. Erreur. Je fais avec mon corps ce que je fais de ma vie tout entière. Quelle est cette société qui n’a rien d’autre à proposer à ses adolescents que le préservatif et la pilule du lendemain en guise de " bonheur d’aimer " ? L’amour jetable et l’amour aux hormones n’existent pas. Pour grandir en amour, il faut au préalable respecter un certain nombre de feux rouges. Si les corps sont prêts très tôt, il faut du temps, et même beaucoup de temps, pour que les cœurs le soient. Honte à ceux qui prétendent le contraire et réduisent le discours sur la sexualité à la seule contraception. Ils ne cherchent pas à te rendre heureux mais à se justifier à tes yeux en t’impliquant dans leur attitude immature et égoïste. Alerte aux démagogues.
    Pour fonder sa vie sur l’amour, le garçon, la fille, doivent favoriser d’abord la relation d’amitié et prendre le temps d’être avec l’autre, de se parler, de s’écouter, de s’apprécier sans jouer la comédie. Avant d’être époux et épouse, on est ami et amie. Le sentiment amoureux que l’on éprouve à seize ans ou dix-huit ans, et plus tard encore, demande du temps, de la prudence et de la distance. Du temps : cela ne veut pas dire perdre son temps. Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui. Quant à la prudence et à la distance, elles ne sont pas synonymes de méfiance. Au contraire, elles rendent l’avenir possible. Aller trop vite en amour, se croire capable d’aimer tout de suite pour toujours, est une illusion. Aimer demande de la maturité. Et devenir mature, c’est se connaître soi-même, avec ses qualités et ses défauts, pour aider l’autre à grandir et à atteindre sa propre maturité.
    Ce n’est pas parce que l’on ne sort pas avec un garçon ou avec une fille dès l’âge du collège ou du lycée, que l’on est moche, coincé(e) ou appelé(e) à la vie religieuse. Dans tous les cas, un garçon doit apprendre à regarder une jeune fille. La façon dont il porte les yeux sur elle est la marque - ou l’absence - d’estime qu’il se porte à lui-même. La façon dont une fille parle d’un garçon exprime ou non sa joie d’être femme. Quand un garçon respecte une fille, il l’aime deux fois plus ! Quand une fille est discrète devant un garçon, c’est le signe qu’elle l’admire.
    Bienheureux es-tu si tu es de ceux-là!

    Dieu créa l’homme et la femme

    " Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa " (Gn 1, 27). Cette citation de l’Écriture ouvre l’homme à son étonnante humanité. En créant l’homme à son image, Dieu le crée " homme et femme ". L’être humain n’est donc pas un être solitaire, tourné vers son même. L’image divine est présente en lui comme un élan de relation et de communion.
    " Homme et femme il les créa. " La différence fondamentale homme/femme ne renvoie pas seulement à une différence biologique et psychologique, mais à la nature même de l’être humain. Dans sa sagesse créatrice, Dieu n’a pas voulu qu’il y ait seulement du masculin, ou seulement du féminin, mais du masculin et du féminin l’un en face de l’autre. L’être humain est sexué. L’adjectif sexué vient du verbe latin secare qui veut dire séparer, faire deux d’un seul. Être sexué, c’est être fondamentalement deux. Cette complémentarité homme/femme correspond pleinement au dessein de Dieu. C’est bien le couple humain homme/femme qui est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.
    Dans le deuxième récit de la création (cf. Gn 2, 4b-25), la femme est créée après l’homme comme " une aide assortie " (2, 18). La femme n’est tirée, ni du cerveau, ni des pieds d’Adam, mais de son côté, c’est-à-dire de son cœur. Dieu crée la femme durant le sommeil de l’homme afin que celui-ci découvre une oeuvre sortie des mains de Dieu et faite sur mesure pour lui. Si Dieu avait laissé faire Adam, jamais celui-ci n’aurait imaginé une créature aussi belle et aussi parfaite pour lui. En amour, il faut toujours laisser faire Dieu.
    Pour Adam, c’est la surprise totale : " Voici l’os de mes os, la chair de ma chair ! " s’émerveille-t-il (2, 23). L’homme fait l’expérience qu’il ne peut être homme sans son autre, la femme. Grâce à Ève, Adam va entrer dans une vraie relation d’amour qui le tire de sa solitude. L’autre, la femme pour l’homme et l’homme pour la femme, est à ce point essentiel, qu’il fait partie de la nature du " moi ".
    Avant de s’appliquer aux relations interpersonnelles, cette affirmation s’applique d’abord aux relations avec Dieu lui-même. Afin de découvrir sa propre humanité et de prendre conscience de son être, l’homme se trouve dès l’origine devant Dieu, l’Autre par excellence.
    La différenciation des sexes (et des sexualités) est remise en cause dans la société à l’heure actuelle par des lobbies statistiquement minoritaires mais fort médiatisés. La femme voudrait être femme sans l’homme, et l’homme voudrait imiter la femme. Le tapage médiatique fait la promotion du sexe unique. Or, favoriser un féminin autosuffisant ou faire de la coexistence avec une personne du même sexe un modèle social, c’est s’engager dans une impasse. La sexualité n’est pas une affaire de tendance affective. Elle fonde la relation hétérosexuelle, et cette relation, à la différence de la relation homosexuelle, a une valeur universelle. Reconnaître l’altérité des sexes et la seule hétérosexualité comme fondements de l’équilibre d’une société n’implique aucune discrimination à l’égard de quiconque. Cette affirmation n’entraîne aucune " homophobie ". Ce terme s’est imposé comme une pirouette sémantique en vue de confondre - exprès - l’impossibilité de normaliser le modèle homosexuel comme garant de l’équilibre d’une société et de la famille avec l’animosité à l’égard des personnes homosexuelles. Deux attitudes qui n’ont rien à voir entre elles. La première relève de l’éthique sociale et de la vérité sur l’être humain. La seconde d’une malveillance facile et blessante. Néanmoins, rappeler la nature hétérosexuelle de la société, sans laquelle il n’y a pas d’équilibre possible pour elle, n’exclut pas la nécessité d’écouter et de comprendre les personnes de même sexe voulant vivre ensemble. Mais compréhension ne signifie nullement permissivité. Lorsque l’on fait croire que les tendances sexuelles suffisent pour justifier de nouveaux comportements, la tolérance et le dialogue s’exercent-ils encore ?


    Un amour qui a besoin d’être sauvé

    Ces dérives, et d’autres, montrent que l’amour humain est traversé par le péché originel. Du fait de la désobéissance d’Adam et Ève, l’innocence première a fait place à des tendances désordonnées. Le péché originel est le péché du couple originel. L’objet de la tentation portait moins sur un fruit, qui n’est dans le récit qu’une métaphore, que sur le désir d’être " comme des dieux " (Gn 3, 5).
    Elle et lui deviennent les complices de leur ambition prométhéenne d’atteindre le bonheur promis par Dieu, sans Dieu. Loin d’harmoniser leurs relations dans l’unité d’une seule volonté, cette transgression place Adam et Ève en rivaux l’un à l’égard de l’autre. L’homme et la femme ne sont plus solidaires, mais solitaires. La séparation d’avec Dieu entraîne une division à l’intérieur de leur couple. Adam rejette la faute sur Ève. Et Ève répond que ce n est pas de sa faute. Première scène de ménage aux conséquences désastreuses pour l’humanité.
    Non seulement Adam et Ève éprouvent de la honte l’un en face de l’autre, mais ils font l’expérience d’une immense solitude. Les rapports homme/femme, au lieu de réaliser leur unité profonde dans l’amour mutuel, vont se caractériser par la domination égoïste de l’homme sur la femme et la séduction passionnelle de la femme sur l’homme.
    Dieu veut restaurer cette unité perdue. Il existe un passage du prophète Osée que les fiancés choisissent volontiers comme lecture le jour de leurs fiançailles : " Tu seras ma fiancée, et ce sera pour toujours. Tu seras ma fiancée, et je t’apporterai la justice et le droit, l’amour et la tendresse. Tu seras ma fiancée, et je t’apporterai la fidélité, et tu connaîtras l’amour " (2, 22). Aucun doute, ce passage du prophète Osée est vraiment très beau. Mais il est encore plus beau, et surtout plus dramatique, lorsqu’il est resitué dans son contexte.
    Dans ce passage, Yahvé se présente comme l’époux. Israël, comme l’épouse que Yahvé se choisit. Israël et Yahvé sont unis par une alliance qui n’est pas simplement juridique. Elle est scellée, du côté de Dieu, par l’amour et la fidélité. Et elle exige du côté d’Israël, le même amour et la même fidélité en retour. Mais le texte va beaucoup plus loin. Il nous révèle que l’alliance irrévocable et fidèle entre Dieu et son peuple est le modèle absolu des relations de l’homme et de la femme dans le couple. L’alliance divine entre Dieu et son peuple est le prototype de l’alliance entre un homme et une femme dans le couple humain. Et non l’inverse.
    Du fait du péché originel, la relation entre l’homme et la femme se trouve dans la même situation que Dieu et son peuple. Malgré l’infidélité de ce dernier, malgré ses adultères commis auprès des idoles païennes (et le mot adultère dit bien ce qu’il veut dire), Dieu demeure fidèle. Il réprouve pour montrer la gravité de l’acte. Il ne ferme pas les yeux devant les fautes commises par son peuple. Il prend acte. Il est dans la situation de l’époux trompé : " Elle a dit : je veux courir après mes amants. Et moi, elle m’oubliait " (2, 7.15). Mais là où il aurait dû y avoir condamnation à mort (dans l’ancien Israël, l’adultère était passible de mort), Dieu pardonne. Non seulement il pardonne, mais il confirme son alliance par un dépassement nouveau. Telle est la perspective finale : " Tu seras ma fiancée pour toujours " (2, 21-22). L’alliance atteindra son but : compromise par l’infidélité d’Israël, Yahvé la confirme par la rédemption.
    Celui ou celle que Dieu appelle au mariage doit prendre conscience qu’être amoureux ne consiste pas à passer sa vie à roucouler à deux sur une branche. S’isoler à deux, c’est multiplier l’égoïsme par deux. Il n’y a d’amour que dans un " oui " fidèle et ouvert. Ce " oui ", Dieu ne cesse de le prononcer tout au long de l’histoire du salut, laquelle a pour fil conducteur l’Alliance. De la Genèse à l’Apocalypse, en passant par le Cantique des cantiques, l’Alliance est sans cesse confirmée malgré - ou à cause de - l’infidélité du peuple élu.
    S’aimer puis se marier, c’est aussi accepter de traverser des moments de crise, faits de jalousie, d’égoïsme et de rancœur. La grâce du mariage que le Christ offre aux époux leur donne la possibilité de traverser ces tensions autrement qu’en s’accusant mutuellement, mais en mettant la fidélité et le pardon au service de l’amour.


    L’amour transfiguré

    Bien avant la venue du Christ, l’Ancien Testament entrevoit déjà cet amour sauvé, soustrait aux tensions contraires à la fidélité et rejoignant l’idéal originel.
    C’est le cas de Tobie et de Sarah. Voilà un couple répondant aux exigences de Dieu fixées dès les origines. Comme pour bien des fiancés, c’est la Providence divine qui a conduit Tobie et Sarah l’un vers l’autre. Certes, nous sommes sous le régime de l’endogamie, c’est-à-dire de l’obligation, pour le membre d’un groupe social, de se marier avec un membre du même groupe. Malgré cette contrainte, leur rencontre a un but profond.
    On sait que Sarah est accusée de " tuer " tous ses maris les uns après les autres (Tb 3, 7-10, 7, 11). Au total, sept. On l’accuse par conséquent d’être sous l’emprise du démon. En réalité, ce sont les maris qui sont sous l’emprise du démon, lequel se manifeste sous les traits d’un esprit dominateur et sensuel. Mais il n’y aura pas de huitième victime, car arrive Tobie. On comprend néanmoins son inquiétude. Tobie n’a d’autre désir que d’aimer Sarah selon les exigences de Dieu. Aussi Sarah va-t-elle être délivrée grâce au cœur droit de Tobie. Leur intention commune est d’être parfaits, elle et lui, sous le regard de Dieu.
    Tobie et Sarah mettent en commun leur foi en Dieu. Ils montrent ainsi que l’idéal des relations conjugales faites d’amour et de fidélité, révélé par Dieu à travers l’histoire du salut, n’est pas un mythe. Ni une lointaine réalité à jamais inaccessible. Ils offrent l’exemple de l’attitude des conjoints appelés à maîtriser leurs désirs égoïstes et leurs passions. Par la prière, ils demandent à Dieu de sanctifier leur amour et lui confient leurs intentions et leurs regards : " Tu es béni, Dieu de nos pères. C’est toi qui as créé Adam, c’est toi qui as créé Ève, sa femme, pour être son secours et son appui, et la race humaine est née de ces deux-là. C’est toi qui as dit: " Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide qui lui soit assortie. " Ce n’est pas le plaisir que je cherche en prenant ma sœur. Mais je le fais avec un cœur droit. Daigne, Seigneur, avoir pitié de nous et nous mener ensemble à la vieillesse! " (Tb 8, 7).
    Avec l’incarnation du Fils de Dieu, l’Alliance se réalise de manière définitive. Le Nouveau Testament est traversé par ce climat de noces entre Dieu et l’humanité, entre le Christ et l’Église. L’incarnation est un mystère nuptial. En Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, Dieu épouse l’humanité. Lui et elle se trouvent en situation d’époux et d’épouse. L’unité originelle du premier couple humain reflétait déjà le couple par excellence, celui du Christ et de l’Église, et n’avait de sens qu’en lui. Le Christ se présente comme l’époux qui invite son peuple au festin des noces éternelles (cf. Mt 25, 1-13). Pourvu que chacun porte le vêtement de noces (cf. 22, 11).

    L’Écriture sainte s’ouvre sur la création de l’homme et de la femme à l’image et à la ressemblance de Dieu et s’achève sur la vision des "noces de l’Agneau" (Ap 19, 7.9). D’un bout à l’autre, l’Écriture parle du mariage et de son " mystère ", de son institution et du sens que Dieu lui a donné, de son origine et de sa fin, de ses réalisations diverses tout au long de l’Histoire du Salut, de ses difficultés issues du péché et de son renouvellement "dans le Seigneur" (1 Go 7, 39), dans l’alliance nouvelle du Christ et de l’église.
    Catéchisme de l’Église catholique, § 1602

    Quand saint Paul recommande aux femmes d’être " soumises à leurs mari ", et aux maris d’aimer leurs femmes " comme le Christ a aimé l’Église " (Ép 5, 24-25), il ne fait pas tant allusion aux aspects humains du mariage qu’au " grand mystère " de l’alliance entre le Christ et l’Église. Les féministes bondissent au mot " soumises ". La soumission dont parle saint Paul n’a rien à voir avec une attitude peureuse et opprimée. L’Église est " soumise " au sens où pour être " sainte, immaculée, resplendissante " (v. 27), elle a besoin de la grâce et de l’amour du Christ afin d’être ce qu’elle est appelée à devenir. Il s’agit d’une soumission d’amour qui est un chemin de liberté et de splendeur. Ce que le Christ est pour son Église, l’Époux qui s’offre totalement, l’homme doit l’être pour sa femme. Tout un programme pour les maris !
    Dieu sanctifie le mariage et en fait le sacrement de l’alliance entre le Christ et l’Église. La vocation des époux consiste à refléter cette alliance fidèle et irrévocable de Dieu avec l’humanité. Les époux annoncent cette alliance et en vivent dans un climat de fidélité, de don de soi, de service et de pardon. Ceux qui sont appelés au mariage doivent savoir que l’amour est à ce prix.
    Et cela ne s’improvise pas.


    Le temps des fiançailles

    Le temps des fiançailles est un temps de grâce, durant lequel les fiancés passent d’une vision humaine de l’amour à une vision spirituelle et plus réaliste. Il est un temps indispensable pour discerner le sens de la vocation au mariage et les réalités de la vie conjugale. " La préparation au mariage constitue un moment providentiel et privilégié pour tous ceux qui s’orientent vers ce sacrement chrétien, et un kairos, c’est-à-dire un temps où Dieu interpelle les fiancés et suscite chez eux le discernement quant à la vocation matrimoniale et la vie à laquelle elle introduit. Les fiançailles s’inscrivent dans le contexte d’un dense processus d’évangélisation [...]. Les fiancés sont invités à comprendre ce que signifie l’amour responsable et mûr de la communauté de vie et d’amour que sera leur famille, véritable Église domestique, qui contribuera à enrichir toute l’Église . "
    La promesse que constituent les fiançailles offre une source d’énergie extraordinaire pour progresser dans l’amour de l’autre et la confiance en soi. " Le temps de fiançailles s’inaugure le jour où un homme et une femme se disent l’un à l’autre leur ferme propos de fonder ensemble un foyer, et qu’ils se donnent leur accord mutuel […]. L’essentiel est dans cette décision commune. Ce temps durera jusqu’au jour où ils uniront leur vie en menant une vie commune avec l’intention de la mener toujours . "
    La période des fiançailles est tout à la fois:
    - le temps de la découverte de sa vocation à l’écoute de la parole de Dieu,
    - le temps de la promesse,
    - le temps du discernement,
    - le temps où on découvre ses différences,
    - le temps de la maturité.
    Il est important d’en parler ici parce que la vocation des époux consiste à cheminer leur vie durant aux côtés l’un de l’autre. Perspective qui exigé clairvoyance et connaissance de soi. En somme, si les sentiments jouent un grand rôle dans la vocation au mariage, il n’est pas interdit d’être réaliste.
    1) Le temps de la découverte de sa vocation à la suite du Christ. C’est à l’appel de Dieu que tout(e) fiancé(e) répond, non aux beaux yeux de son prince charmant ou de sa dulcinée. Les fiancés ne sont pas autoprogrammés l’un pour l’autre. Ce sont deux personnes créées à l’image de Dieu, appelées à la sainteté, qui vont unir leurs deux vocations pour réaliser l’un près de l’autre, et l’un par l’autre, leur mission commune.
    Se fiancer, puis se marier, ce n’est pas impliquer Dieu dans une histoire d’amour comme pour lui demander d’en être le sponsor, mais c’est découvrir qu’il est lui-même la source de cet amour. Quand les fiancés reconnaissent que l’amour est un don de Dieu, ils prennent alors conscience que l’autre aussi est un don reçu de lui. " Je te reçois... ", se disent-ils lors de l’échange des consentements. Sous-entendu : de Dieu!
    Les fiancés découvrent que l’amour est un commandement. Ils apprennent à suivre le Christ en aimant comme lui, c’est-à-dire en se donnant. La vocation conjugale repose sur l’appel de Dieu à être le signe de son amour fidèle, et le reflet de son alliance définitive entre le Christ et l’Église. Le temps des fiançailles est donc un itinéraire de foi qui ne se termine pas le jour du mariage mais qui se poursuit tout au long de la vie familiale . La préparation au mariage est donc " une occasion privilégiée permettant aux fiancés de redécouvrir et d’approfondir la foi reçue au baptême et nourrie par l’éducation chrétienne. De cette façon, ils reconnaissent et accueillent librement la vocation à vivre à la suite du Christ [...] dans l’état même du mariage . "
    2) Le temps de la promesse. Quelqu’un a dit un jour que les promesses s’entretiennent plus qu’elles ne se tiennent. Il s’agit pour les fiancés de prendre tous les moyens que Dieu met à leur disposition pour construire leur vie sur du solide. On va dire sur du roc (cf. Mt 7, 24). Sans qu’il soit encore question de vie conjugale, les fiançailles exigent la fidélité de manière à progresser ensemble. Elles ne sont pas la confrontation de deux hésitations qui se testent. La promesse des fiançailles comporte un véritable dynamisme créatif et toujours neuf. Il s’agit d’un temps de fidélité spirituelle. La fidélité est sous le signe de l’intention commune, pas encore de la vie commune. C’est le temps du dialogue du cœur.
    3) Le temps du discernement. La question ultime que doivent se poser les fiancés est celle-ci: "L’autre pourra-t-il m’apporter ce qui est, pour moi, fondamental dans une vie de couple, et réciproquement ?" Les futurs époux doivent répondre à cette question avant de s’enga-ger pour la vie dans le sacrement de mariage. Les difficultés qui ne sont pas mises au clair aujourd’hui ne le seront pas plus tard. Pire, elles s’aggraveront.
    Se marier n est pas un coup de poker. Il faut apprendre à être amoureux pour le rester toute sa vie. Être fiancé(e), cela ne veut pas dire comment adapter l’autre à moi, mais apprendre à m’adapter à l’autre. Faire le choix d’un conjoint comporte nécessairement une part de risque. À deux, homme et femme, les divergences de caractère sont inévitables. Mais la question essentielle demeure celle-ci : est-il raisonnable que je l’épouse?
    Bien souvent, les fiancés sont aux prises avec une vie professionnelle toute neuve et fort harassante. On se grise dans l’activisme sans laisser le temps aux sentiments de s’intérioriser. On se croise saris enrichir la relation. Or, c’est l’inverse qui doit se passer: il faut apprendre à s’arrêter tous les deux pour découvrir la joie d’être ensemble.
    Normalement, les fiancés découvrent qu’ils sont de plus en plus joyeux au contact l’un de l’autre. Même lorsqu’ils ne sont pas ensemble, ils font en sorte de vivre comme si l’autre était là. Lui est heureux en pensant à elle. Il agit comme si elle le regardait. Et elle, est heureuse en pensant à lui. Même s’il est loin, elle cherche son regard.
    Dieu lui-même donne les moyens pour cheminer tout au long de ce temps des fiançailles. L’eucharistie reçue fréquemment est le meilleur moyen pour mieux connaître les exigences de l’amour, car l’eucharistie est le sacrement de l’alliance par excellence. De même la confession fréquente: tout est clair dans une âme claire. La prière permet de se mettre à l’écoute de la volonté de Dieu dans le silence et la confiance. Dans la prière, se demander si c’est elle, si c’est lui que Dieu me propose comme époux(se), c’est déjà entendre la réponse.
    4 Le temps où l’on découvre ses différences. On demande aux fiancés d’être des jeunes gens réalistes, non de doux rêveurs. Après un temps idyllique, les fiancés se surprennent parfois à être agacés par l’attitude de l’autre, par ses silences, par ses paroles, par ses remarques, par ses retards. Réactions qui risquent de tout remettre en question. C’est que l’amour ne doit pas rendre aveugle. La relation n’est pas la fusion. On n’épouse pas son clone, ni son rêve.
    En outre, l’âge identique des fiancés qui, de la crèche à la fac, ont grandi dans un cercle mixte fait parfois oublier les différences d’ordre spirituel, psychologique, biologique, entre un homme et une femme. Chacun suppose que l’autre va réagir de la même manière que lui, au même moment, vouloir la même chose en même temps, utiliser les mêmes mots, éprouver les mêmes émotions, etc. Erreur. L’homme et la femme ne vivent pas au même rythme. Leurs émotions sont différentes. Si l’on n’y prend pas garde, cela peut entraîner de graves incompréhensions. Une femme a surtout besoin d’attention et de compréhension. L’homme, d’avoir confiance en lui. Elle, a besoin de respect et qu’on la rassure. Lui, a besoin d’admiration et d’encouragement . Fermer les yeux sur ces différences d’ordre psychologique, c’est avoir peur de l’autre et avoir peur de soi. S’aimer exige que l’on ajuste les volontés et les cœurs. Dans un couple, les divergences de point de vue sont toujours des richesses. Il faut accueillir l’autre avec ses différences, non chercher à s’en protéger. Sinon, on l’étouffe comme le lierre étouffe l’arbre.
    Conséquences : évitez avant tout d’idéaliser votre fiancé(e), de le(la) rêver ou de l’imaginer parfait(e). Un conjoint est incapable de correspondre à une telle idéalisation. Malgré lui, il finira par vous devenir insupportable. Ne vous idéalisez pas davantage en vous prenant pour le conjoint idéal et parfait. Il ne suffit pas de rêver pour que le rêve se réalise. Il faut avant tout apprendre à vous connaître et à connaître ce que vous éprouvez au contact de l’autre: est-ce une simple attirance ou un désir de fonder sa vie sur un projet commun et une mission commune?
    Accepter les différences, donc. Mais pas n’importe lesquelles, notamment celles qui rendraient la vie conjugale impossible. Le temps des fiançailles est là pour discerner ce qui fortifie la volonté commune et rend possible la vie d’époux. La foi, par exemple: c’est merveilleux lorsqu’elle rapproche, mais c’est très difficile lorsqu’elle sépare. Si la foi n’est pas facteur d’unité, alors l’éducation des enfants et les choix à venir risquent de se transformer en terrains d’affrontements.
    Quand les différences sont telles que tout dialogue devient impossible, autant le reconnaître tout de suite et admettre (au prix de bien des larmes) qu’il est préférable d’en rester là.
    5) Le temps de la maturité. Une jeune fiancée se rendit un jour auprès du prêtre de sa paroisse pour lui faire part de son désir d’épouser un garçon formidable, mais formidable ! Monsieur le curé, enchanté par cette bonne nouvelle, lui répondit: " Très bien, mademoiselle. Je n’ai pas encore l’honneur de connaître ce jeune homme. Il est d’où? — Oh oui, Monsieur le curé, il est doux, doux, doux! "
    L’amour vrai n’est jamais aveugle. Il est nécessaire pour des fiancés de perdre, dès le point de départ, l’illusion que tout va venir de l’autre. On ne reçoit de l’autre que ce qu’on lui apporte. Notre société, qui valorise la recherche de soi et la satisfaction personnelle à tout prix, oublie que la vie conjugale est un long chemin sur lequel on ne peut progresser qu’au rythme de patientes étapes, faites d’écoute mutuelle, de respect, de tendresse et de pardon. L’amour se construit, il ne se consomme pas. Beaucoup de jeunes rêvent d’une vie idyllique à deux. Mais dès qu’il s’agit de persévérer, la vie quotidienne leur apparaît soudain comme un pesant fardeau. Qui cherche à mener une vie indépendante risque de ne pas emprunter le plus sûr chemin pour aimer. Il faut du temps pour apprivoiser l’autre et se laisser apprivoiser par lui pour découvrir son côté invisible et séduisant. Si les fiancés ne prennent pas le temps de ce dialogue intérieur, le dialogue des corps risque plus tard de devenir deux monologues décevants.
    Le temps des fiançailles est aussi le temps de l’attente et de la maîtrise de soi. Être attiré vers l’autre, oui. Mais à condition de ne pas transformer l’autre en objet pour soi. La décision commune, plus ou moins franche d’ailleurs, d’entamer des relations sexuelles, fait généralement l’impasse sur l’idée que le corps est appelé à exprimer une intention intérieure, la plus haute étant le don de soi sans réserve qui, par nature, ne peut être réductible à un moment. La vraie question alors n’est pas : " qu’est-ce qui est interdit ? " mais : " qu’est-ce qui est possible pour que ma vie grandisse dans l’amour? ".
    Des relations sexuelles avant l’heure masquent souvent des inquiétudes profondes qui finiront tôt ou tard par resurgir. Hélas, quand les sœurs n’ont rien à se dire, on fait parler la chair.
    La maîtrise de soi doit durer toute la vie. Les époux ne passent pas leur temps à s’étreindre dans un lit. Jean Vanier affirme que les relations sexuelles sont un sommet. Pour y parvenir, il faut que l’on trouve à sa base les moments de dialogue, d’écoute, de pardon, les petits services de la vie ordinaire, l’éducation responsable des enfants, tout ce qui fait la vie quotidienne . S’il est facile de savoir comment la sexualité fonctionne du point de vue biologique, il faut, en revanche, des années parfois pour découvrir comment elle fonctionne du point de vue du cœur. Les relations sexuelles précoces ne sont pas un gage de maturité. Au contraire, elles en donnent l’illusion et la retardent.
    Le corps est le signe visible et sensible de la personne. À travers le corps, l’homme et la femme s’offrent et s’accueillent comme époux et épouse. On ne peut pas en dire autant des autres êtres vivants. À la différence des animaux, pour lesquels la sexualité n’est qu’un instinct, l’homme et la femme, dans le couple humain, sont appelés à parfaire leur union sexuelle par une exigence morale. La relation sexuelle engage toute la personne devant une autre personne. Le corps, c’est la personne qui a dit oui et qui a promis fidélité. Les époux peuvent alors se donner et s’accueillir dans un acte libre d’offrande et d’appartenance joyeuse.
    La vie sexuelle est subordonnée à la loi de l’amour et de la fidélité, finalisés par un oui du cœur. Elle suppose maîtrise de soi et écoute de l’autre. On ne se donne pas en kit. C’est tellement plus beau lorsque les époux se donnent entièrement eux-mêmes pour la première fois, et non les débris des aventures passées. Le temps des fiançailles transforme la ferveur passionnelle en ferveur spirituelle. Celle-ci ne s’oppose pas à la première mais la purifie et lui donne un sens.


    Pour en savoir encore plus :

    " Le sacrement de mariage ", in Catéchisme de l’Église catholique, §§ 1601-1666.
    CONSEIL PONTIFICAL POUR LA FAMILLE, La préparation au sacrement de mariage, in La Documentation catholique, 7 juillet 1996, n° 2141; Famille, mariage et " unions de fait ", in La Documentation catholique, 18 février 2001, n° 2242.
    De la sexualité à l’amour, coll. " Ce que dit le Pape ", Le Sarment, 1991.
    Jacques GAUTHIER, Les Défis du jeune couple, Le Sarment, collection " Guides Totus ", 1991.
    JEAN-PAUL Il, Familiaris consortio, 22 novembre 1981; Christi fideles laici, 30 décembre 1988.
    Xavier LACROIX, Le Mariage, tout simplement..., L’Atelier, 1999.
    Ludovic Lécuru, On demande des parents, Le Sarment, collection " Guides Totus ", 2000.
    Marie-Dominique PHILIPPE, Au cœur de l’amour, Le Sarment, 1987.
    Alain Quilici, Les Fiançailles, Le Sarment, collection " Lumière Vérité ", 1993.
    Denis SONET, Réussir notre couple, Droguet Aidant, 1987 ; Découvrons l’amour, Droguet Aidant, 2000.


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