LES " REPERES " de SERVIAM : Signes d'Espérance
" Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
St Paul, 2 Epître à Timothée 4-1à 5
Il suffit de tendre l'ouïe, le regard, la raison, pour constater l'ampleur du désastre dans lequel l'homme moderne s'enfonce en se détournant de son créateur... C'est pour aider à reprendre le bon cap que le site serviam propose une série de " repères " à ses correspondant
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Né en 1963, le Père Ludovic Lécuru a d'abord fait ses études à lÉcole normale de Beauvais puis à l'université de Paris-V où il a obtenu une licence en Sciences de l'éducation. Depuis 1988, il est moine bénédictin à lAbbaye Saint-Wandrille (Seine-Maritime). Ordonné prêtre en 1997, il estplus spécialement chargé de l'accueil des hôtes, charge qui l'amène à rencontrer de nombreux jeunes et leur famille.
Serviam remercie les Editions du Sarment de leur aimable accord de reproduction partielle de l'ouvrage particulièrement intéressant : " Connaître et aimer sa vocation " duquel est tiré le texte suivant... Pour commander l'ouvrage : cliquez ici
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" Sois l'époux de ton épouse..." : La vocation conjugale - 2 -
Et si lon ne cohabitait pas avant de nous marier ?
À Paris, comme dans dautres grandes villes de France, 90 % des couples ont cohabité avant leur mariage (contre 10 % en 1965). Deux couples sur trois divorcent durant les cinq premières années de mariage. Parmi ces couples, presque tous les conjoints ont eu des relations sexuelles avant de cohabiter. Alors pourquoi se voiler la face et refuser dadmettre que les relations sexuelles précoces disposent à la cohabitation et que la cohabitation dispose au divorce ? Ce nest pas le mariage qui pousse au divorce, mais lignorance de sa nature et de lexigence de sa vocation.
Le concubinage repose sur une tendance favorisant les évolutions tacites, les itinéraires individualisés en marge de toute institution. Dans une société de rupture avec le passé, les rites ne se sont pas transmis, ni leur signification qui donnait force et cohérence à la vie sociale tout entière. Quand on ne voit personne se marier, pourquoi se marier ? On se met en ménage progressivement, presque sans sen rendre compte, parce que cest plus pratique, plus commode, ça se fait partout et ça revient moins cher. On passe dune situation à une autre sans vraie décision : flirt, relations sexuelles, vie commune. Aucune décision ne veut être prise. On se laisse conduire par les circonstances sans jamais engager lavenir . Certains couples en union libre (pas tous), après avoir constaté que finalement les choses durent et que les enfants sont là, décident finalement de se marier. Mais, pour ces couples, le mariage nest plus, ni le symbole dentrée dans la vie adulte, ni lacte inaugural de la famille. Cest le constat dune situation quils nont pas franchement voulue et quils ont laissée venir sans sen apercevoir. Les plus concernés lavouent eux-mêmes :
" On a tout fait dans le désordre. Dabord un bébé, ensuite apprendre à vivre ensemble, et puis se marier. On a perdu le mode demploi. Alors on navigue à vue . "
A y regarder de plus près cependant, le mariage na pas disparu de lhorizon social . Cest le regard que la société porte sur le mariage et sur la famille qui pose problème. Alors que les couples sont majoritairement mariés, la société, par médias interposés, a tendance à présenter les situations anormales et minoritaires comme des perspectives davenir. Force est de constater que cette mentalité sinfiltre jusque dans la législation. Légaliser le concubinage ou le Pacs, cest finalement préférer les situations instables. On ne cohabite pas pour durer ensemble, mais pour se séparer quand on veut. Cest également revenir au modèle païen de lAntiquité, lequel dissociait totalement la sexualité de lamour, et lamour de la famille. Il faudra attendre le christianisme pour quà la lumière de lÉvangile, on comprenne que la sexualité saccomplit dans lamour, lamour dans le mariage, et le mariage dans la famille.
Lindécision du couple en union libre risque dêtre à lamour ce que le ver est au fruit: elle finira par labîmer de lintérieur sans que personne sen rende compte. Lorsquil est uniquement fondé sur lattente et lindécision, lamour stagne. Alors que le " oui " clairement exprimé de lamoureux communique à lautre et reçoit de lui une existence nouvelle, plus riche et toujours plus heureuse, le couple concubin, quant à lui, se contente de mener deux existences parallèles.
Quon le veuille ou non, il ny a damour que dans un " oui ". Un oui fondateur, clairement exprimé devant tous. Lengagement angoisse parce quil est souvent perçu comme un renoncement à tous les autres choix possibles, et à ce titre contraire à la liberté. Sengager; oh, quel vilain mot ! Or, la liberté ne se porte jamais aussi loin que lorsquelle sappuie sur lengagement et la fidélité. Lamour, sil veut grandir, doit sinscrire dans le temps. Il sépanouit et se confirme dans la mesure où les amoureux expriment clairement et explicitement, devant la société, leur volonté de saimer toujours. La décision de se marier apporte un élément nouveau qui modifie entièrement la relation. Il y a un " avant " et un " après " le mariage. La décision prise à deux de sengager pour la vie change radicalement la situation. Le " oui " des époux offre à leur amour naissant les conditions les meilleures pour sépanouir et durer.
La cohabitation découle en partie de la confusion qui existe entre lamour et le sentiment. Le sentiment est éphémère. Important au point de départ, il nest pas suffisant pour donner à lamour tout son élan. Aimer, cest avant tout décider daimer, vouloir aimer. A condition de ne pas se tromper sur le choix du conjoint, ni sur la façon daimer. Vivre avec un(e) concubin(e) - on dit aussi maritalement - simule le mariage. Mais cette situation en refuse certaines exigences, si bien que lamour ne peut pas vraiment progresser. Cest un peu comme une simulation de vol : elle donne limpression de voler, très vite, très haut, mais en réalité, on reste au niveau du sol.
Lamour a ses lois et, pour cette raison, il ne peut se cantonner dans la sphère du privé. Cohabiter ne veut pas nécessairement dire refus de sengager dans lesprit de ceux qui optent pour cette solution. Mais à la différence du " oui " conjugal clairement exprimé devant tous pour surmonter côte à côte les crises inhérentes à la vie conjugale, lunion libre des concubins, celle qui refuse de se déclarer officiellement, est laveu dune défiance à légard de lautre et de la société tout entière. Or, lamour en privé tourne en rond. Tandis que la fidélité des époux universalise leur capacité daimer, les concubins se réservent le droit de recommencer lexpérience ailleurs. La défiance sous-jacente (même inconsciente) et laltération des émotions du début risquent de déboucher sur un vide. Chacun saccorde alors le droit de reprendre sa liberté. Certes, aucune séparation nest facile à vivre, mais cohabiter cest se réserver la possibilité de se quitter à tout moment, librement et sans contrainte. " Je néprouve plus de sentiments pour toi. Reprenons notre liberté. Nest-ce pas ce qui était convenu au départ ? "
Les époux, en revanche, découvrent des aspects nouveaux de leur amour, notamment lexigence de la fidélité et du pardon. Ce regard lucide sur eux-mêmes les empêche de fermer les yeux sur les défis quotidiens dune vie de couple. Ils nont pas peur dêtre époux lun pour lautre. Ils actualisent leur amour jour après jour à travers les petites choses de la vie de chaque jour et léducation des enfants.
Le mariage, un sacrement
Le mariage nest pas une invention de lhomme. Ni une création de lÉglise. Il est une institution naturelle nécessaire au bien de la nature humaine et à laquelle cette nature incline spontanément. Dans le cur de lhomme et de la femme, il existe un attrait qui les porte lun vers lautre et qui les incite a s unir. Laltérité homme/femme les marque au plus profond de leur personnalité : lhomme a besoin de la femme, et la femme a besoin de lhomme dans une union stable.
Nul nest forcé de se marier. Chacun est libre de contracter ou non le mariage. Mais une fois que la liberté emprunte cette voie, chacun doit prendre conscience quil sengage dans une institution préexistante qui possède ses fins et ses lois dictées par la nature elle-même.
Alors, dans ces conditions, pourquoi se marier à léglise ? Dautant plus que les fiancés nattendent pas dêtre au pied de lautel pour découvrir quils saiment. Quand des fiancés décident de se marier à léglise, cela veut dire quils demandent à Dieu daccueillir leur décision commune de se donner lun à lautre pour la vie, afin de transformer leur amour conjugal en signe vivant et visible de lamour du Christ pour son Église.
De même en effet que Dieu prit autrefois linitiative dune alliance damour et de fidélité avec son peuple, ainsi, maintenant, le Sauveur des hommes, Époux de lÉglise, vient à la rencontre des époux chrétiens par le sacrement de mariage. Il continue de demeurer avec eux pour que les époux, par leur don mutuel, puissent saimer dans une fidélité perpétuelle, comme lui-même a aimé lÉglise et sest livré pour elle.
Vatican Il
Gaudium et spes, § 47
Le mariage, comme tout sacrement, est un signe efficace qui réalise pleinement, en vertu de la volonté et de la grâce du Christ, ce quil signifie. Le " oui " que les époux échangent lun lautre les fait entrer plus profondément encore dans la vie du Christ-Époux qui a fait alliance avec eux lors du baptême. Ce consentement mutuel par lequel chacun se donne et se reçoit librement dans une alliance irrévocable, les rend authentiquement époux lun pour lautre et inaugure leur communauté conjugale. Lamour des époux est donc total, exclusif et fidèle .
Chaque sacrement sexprime et se réalise à travers des signes sensibles : leau pour le baptême, lhuile sainte et limposition des mains pour la confirmation, le pain et le vin pour leucharistie, etc. Dans le cas du mariage, les signes sont constitués dun homme et dune femme qui posent lacte le plus humain qui soit : celui de sen remettre lun à lautre, librement, entièrement et pour toujours. Leur amour est élevé au rang de signe de lamour de Dieu scellé dans la nouvelle et éternelle alliance. Lacte, spirituel puis physique, par lequel les époux expriment leur don mutuel, les consacre lun à lautre dune manière définitive. De même que le pain et le vin sont transformés en Corps et en Sang du Christ
par les paroles de la consécration, de même, par léchange de leurs consentements devant Dieu et devant les hommes, lamour des époux est élevé au rang de signe vivant et actuel de lalliance totale et définitive du Christ avec son Église.
Cest la raison pour laquelle - toute proportion gardée - quand des personnes mariées contractent un nouveau mariage après un divorce, cest comme si lon prononçait de nouveau les paroles de la consécration sur une hostie déjà consacrée : cest un acte qui contredit la nature et lefficacité du sacrement, et qui reste par conséquent sans effet.
Ne confondons pas pour autant eucharistie et mariage même sil sagit bien dans les deux cas de la réalité de lalliance. Cependant, comme cette hostie consacrée est le signe vivant et mystérieux de la présence divine, un homme et une femme qui se sont échangés leurs consentements devant lÉglise demeurent toute leur vie signes de lamour et de la fidélité du Christ.
Pour saimer comme lui, les époux auront à actualiser tout au long de leur vie leur consentement clairement exprimé le jour de leur mariage : " Oui, aujourdhui je me donne à toi. Oui, aujourdhui je te reçois. " Il faut y songer avant de se marier et peser les conséquences dune telle démarche. Il suppose des conjoints une attitude oblative, et non égoïste. Chaque époux devrait pouvoir dire ce que Jean-Baptiste dit du Christ : " Il faut que je diminue pour quil grandisse " (Jn 3, 30).
Indissolubilité, liberté, fidélité, fécondité
Le sacrement de mariage a donc ceci de particulier quil part dune réalité naturelle (lamour humain), saisie et transfigurée par la grâce surnaturelle (le sacrement). Cette élévation ne signifie nullement que Dieu récupère le mariage. Dès lorigine de la création, Dieu est " lauteur " du mariage . Mais si le sacrement du baptême est une nouvelle naissance, si le sacrement de leucharistie est un nouveau repas, le mariage en revanche est ce même amour que se portent naturellement un homme et une femme dans la fidélité, mais un amour assumé par la croix et le sang du Christ. Se donner et se recevoir comme époux au sein du sacrement de mariage, cest par conséquent accepter de saimer dun amour sauvé.
Par la grâce du Christ, le mariage senrichit dune nouvelle signification, en devenant la réalité humaine qui reflète le mieux la relation entre Dieu et lhumanité. Les époux offrent à Dieu dans lÉglise leur amour reçu de lui, pour quil devienne, par la puissance de sa grâce, une image - on va dire une icône - de sa tendresse et de sa fidélité.
Le mariage implique pour les époux chrétiens la réponse à la vocation reçue de Dieu et lacceptation de la mission dêtre signe de lamour de Dieu pour tous les membres de la famille humaine, puisquil est une participation à lalliance définitive du Christ avec lÉglise. Alors les époux deviennent les coopérateurs du Créateur et Sauveur dans le don de lamour et de la vie.
Conseil pontifical pour la Famille
La préparation au sacrement de mariage,
in La Documentation catholique
(7 juillet 1996, n° 2141, § 16)
Le mariage est un contrat qui, pour être valide, exige que les consentements soient échangés en pleine liberté, sans contrainte ni pression. On ne se marie pas avec tel ou telle pour faire plaisir à papa-maman. Ni par crainte de les décevoir. Ni par peur de dire à lautre quon ne laime pas vraiment.
Le lien du mariage étant un lien indissoluble, les contractants doivent exprimer clairement leur désir dêtre fidèles lun à lautre leur vie durant, sans réserve, dans les jours sombres comme dans les jours lumineux. La fidélité désire lindissolubilité, et lindissolubilité construit la fidélité.
Face aux Pharisiens qui le mettent à lépreuve en linterrogeant sur la fidélité des époux, Jésus lui-même réaffirme le caractère absolu du mariage et son indissolubilité : " Navez-vous pas lu lÉcriture ? Au. commencement, le Créateur les fit homme et femme, et il leur dit : Voilà pourquoi lhomme quittera son père et sa mère, il sattachera à sa femme et les deux ne feront plus quun. À cause de cela, ils ne sont plus deux, mais un seul. Donc, ce que Dieu a uni, que lhomme ne le sépare pas ! " (Mt 19, 1-7). Et le divorce? insistent les contradicteurs de Jésus. Si Moïse, en son temps, a toléré la répudiation, répond Jésus, ce nest pas en raison de la nature du mariage, mais de " la dureté de cur " de ceux qui la revendiquaient (Mt 19, 8-9). Donc, on ne répudie plus sa femme selon le bon vouloir de lhomme. Devant de telles exigences, on comprend le scepticisme des apôtres " Si telle est la condition de lhomme envers la femme, il vaut mieux ne pas se marier " (19, 10).
Justement, Jésus nignore pas la difficulté que représente la fidélité absolue. Mais le don total quil fait de lui-même en scellant une alliance nouvelle en son sang pour nous sauver et nous conduire au Père, rend cette fidélité réalisable. Elle devient la règle vivante que les époux doivent suivre pour saimer et " demeurer " dans lamour (cf. Jn 15, 9). Si, par impossible, Dieu avait brisé à jamais son alliance après le péché originel et abandonné lhumanité à son triste sort, alors oui, on pourrait admettre que la répudiation et le divorce fassent la nature du mariage... Mais ce nest pas le cas.
Pour être fidèles tout au long de leur vie, les époux chrétiens " sont fortifiés et comme consacrés sacrement spécial ". La grâce de ce sacrement les aide à accomplir fidèlement leur mission conjugale et familiale dans la foi, lespérance et la charité. Les époux répondent tout au long de leur vie à leur vocation baptismale et se sanctifient mutuellement.
Enfin, les époux doivent être généreusement ouverts à la vie par laccueil et léducation des enfants. Avant léchange de leurs consentements, le prêtre (ou le diacre) interroge les fiancés, non pour sassurer quils ont les mêmes goûts, les mêmes idées, ou quils votent pareil, mais pour quils affirment, clairement et publiquement, leur entière adhésion à ces quatre points.
Puisque le mariage est un acte social et hautement religieux, le Droit de lÉglise catholique exige la présence du curé de la paroisse comme " témoin qualifié " (cf. CDC 1108), cest-à-dire celui qui représente lÉglise. Le cas échéant, ce peut être un autre prêtre ou un diacre désigné personnellement à qui le curé aurait délégué de façon expresse et explicite son pouvoir dêtre témoin qualifié. Par sa présence, lÉglise demande le consentement des époux et reçoit leur engagement libre à vivre leur amour selon la volonté du Christ. Elle prend acte de leur alliance. Le prêtre nest pas directement le ministre du mariage puisque ce sont les époux eux-mêmes qui le sont par leur volonté de se donner et de se recevoir mutuelle-ment par une alliance irrévocable exprimée devant tous.
Néanmoins, si le prêtre sévanouissait au début de la cérémonie, il faudrait attendre quil ait retrouvé ses esprits pour célébrer le mariage. Sil nest pas directement ministre du mariage, on peut dire cependant quil est ministre dans le mariage. En outre, cest au prêtre quincombe la responsabilité de donner à la célébration son caractère religieux conforme à la liturgie du sacre-ment.
Voyez comme ils s aiment : la famille
Le couple nest pas un duo où chacun chercherait à tirer avantage de lautre. Il est une relation permanente où chacun doit pouvoir dire à lautre : " Je ne fais pas ça pour moi, mais pour toi et grâce à toi. "
La vie conjugale nest pas une forme de coexistence parmi dautres. La communauté de vie et damour fondée sur lalliance dun homme et dune femme est dune valeur et dune exigence incomparables à toutes les autres formes de vie à deux que la société croit pouvoir justifier ou mettre en place actuellement. En unissant leurs existences en un unique projet de vie, les époux font de leur amour le témoignage vivant de lamour fort et indestructible avec lequel le Christ aime lÉglise et se donne à elle. En se mariant, les époux ne bradent pas leur liberté, mais ils édifient leur vie sur le Christ pour annoncer autour deux, en dépit (ou à cause) des contradictions, que Dieu est lauteur du mariage, et quà ce titre, la vie quils inaugurent ne peut souffrir aucune compromission avec ce qui nen constitue pas la nature.
Lalliance souvre sur la famille. Autrement dit, la conjugalité précède la parentalité. Cest le " oui " des époux qui fonde la famille, pas lenfant. Il est important de le redire dans une société où, depuis quelques années, on ne dit presque plus " avoir un enfant " mais " faire un bébé ", comme si le véritable motif qui semblerait légitimer sa naissance serait lenvie que lon a de lui. Lenfant naurait-il plus de valeur objective et sociale, mais seulement subjective et individuelle ? La négation du père dans nos sociétés occidentales a entraîné une possessivité maternelle qui contraint lenfant à rester le bébé dont sa mère a rêvé. Lenfant na plus davenir car il serait difficile pour elle de le voir grandir: " Bien sûr, jaime les enfants, reconnaît Danielle, qui en a eu deux. Mais ce que je préfère par-dessus tout, ce sont les bébés. Dailleurs, si je nen ai pas eu dautre, cest quil ma été pénible de les voir grandir, sémanciper et méchapper [...]. Dès que sest installée la parole, que notre relation est passée à travers le langage, je me suis sentie flouée, presque en danger [...]. Aujourdhui encore, quand je les regarde, cest le bébé que je vois en eux ". Il faut dire à Danielle quun enfant est un sujet à part entière, porteur davenir et voulu pour lui-même. Il nest pas le miroir de ladulte, sans quoi il ne peut accéder à sa propre maturité ni atteindre son autonomie. Lenfant enfermé dans sa mère deviendra agressif et violent pour sen détacher.
Léquilibre dune vie familiale entre un père et une mère, où les rôles respectifs sont établis et reconnus, est pour lenfant le fondement du réel, en dehors duquel rien na de sens ni de cohérence à ses yeux. À force de militer à tout prix en faveur du " droit à lenfant ", on oublie le plus élémentaire " droit de lenfant ", à savoir celui dêtre accueilli et aimé par un papa et une maman. On ne donne pas un enfant à un couple, mais une famille à un enfant. Quil soit issu de leur propre chair ou par voie dadoption, chaque enfant est avant tout un don de Dieu. Pour vivre et grandir avec confiance, il a besoin de savoir quil est accueilli au sein dune relation dalliance entre un homme et une femme qui saiment et qui laiment ensemble, appelés à exercer de plus en plus leur mission de parents et déducateurs auprès de lui.
Toute famille humaine doit trouver dans la Trinité un modèle de vie et damour pour mieux comprendre sa nature et sa mission. " Comme au cur de la Trinité, la famille est une communauté de relations interpersonnelles particulièrement intenses entre époux, entre parents et enfants, entre les différentes générations ". Si " le mystère de lhomme ne séclaire vraiment que par le mystère du Verbe incarné ", alors on peut dire que le mystère de la famille ne séclaire vraiment que par le mystère de la Trinité au sein de laquelle chaque Personne divine se donne et se reçoit dans un élan damour toujours nouveau.
Licône de la Trinité de Roublev le montre à merveille. À trois, [les personnages] sont assis à table, car le repas est la matrice de toute convivialité : il la crée et la facilite. Mais regardez bien licône... les trois ne nous regardent pas de face, comme alignés. Non, manifestement ils ont affaire ensemble. Mais léchange mutuel des regards est empreint dune grande retenue. Ils se regardent avec pudeur, ne se dévisagent pas, ne saffrontent pas. Ils semblent fort réservés, presque intimidés même. Il règne entre les trois un profond respect. Aucun ne semble le premier, aucun non plus le dernier. Sils ne gardent pas leurs distances, ils ne se confondent pas non plus. Comme sils se disaient mutuellement : " Pour moi, tu peux être celui que tu es; je te respecte dans ce qui test propre. Tu peux même devenir davantage toi-même. " Une vraie communion selon le modèle trinitaire nest en effet ni fusion, ni confusion. Le véritable amour renforce lautre dans son altérité. Cest comme si le Père disait au Fils : " Deviens encore davantage Fils, sil est possible [...] ".
Mais licône nous montre encore autre chose. Les trois se regardent avec une grande humilité. Ils semblent mettre en pratique le conseil de saint Paul : " Considérez les autres comme supérieurs à vous " (Ph 2, 3). Chacun incline la tête devant lautre, plus par esprit de service que de courtoisie. " Que puis-je faire pour toi ? " semblent-ils se demander. La vraie communion est écoute intense de lautre, obéissance réciproque.
Godfried Danneels
Trois à table,
in La Documentation catholique (n° 2226, p. 487)
LÉglise découvre en chaque famille humaine un reflet de ce quelle est elle-même une famille. Tous, nous sommes les enfants dun même Père. " Dans la famille, en effet, la personne humaine nest pas seulement engendrée et introduite progressivement, à travers léducation, dans la communauté humaine, mais grâce à la régénération du baptême et à léducation de la foi, elle est introduite dans la famille de Dieu quest lÉglise ".
" Dieu najoute rien à la famille : il sy manifeste . " Intuitivement, lenfant fait lexpérience de Dieu auprès de ses parents qui, à travers leur paternité et leur maternité, lui révèlent la force et la tendresse divines. " Dans la paternité et la maternité, Dieu lui-même est présent . " Cest dans ce climat familial que les parents participent à lunique paternité de Dieu : Dieu est un Père qui nous aime comme une mère. A lheure de la confusion des rôles, il est bon de rappeler que dans la famille, papa nest pas maman, et inversement. Chacun joue un rôle distinct et irremplaçable, et cette non-confusion fondamentale est nécessaire à lunité de la famille et à léquilibre de lenfant. Papa incarne la loi et la force, tandis que maman incarne la tendresse et le pardon. " Au papa la fermeté pleine de tendresse ; à la maman, la tendresse pleine de fermeté. [...] Dans la vie familiale, lenfant doit sentir dans le regard de son père la confirmation de ce que lui demande sa mère . " Une famille peut se détruire totalement de lintérieur quand ne règnent plus la distinction des rôles, ni la force des valeurs morales qui sappuient sur le bien et le vrai, tels la paix, le respect de lautre et le pardon.
Ainsi sexerce le sacerdoce baptismal du père et de la mère. Saint Thomas dAquin nhésite pas à comparer la mission déducation des parents au ministère des prêtres : " Certains propagent et entretiennent la vie spirituelle par un ministère uniquement spirituel, et cela revient au sacrement de lOrdre; dautres le font pour la vie à la fois corporelle et spirituelle, et cela se réalise par le sacrement de mariage, dans lequel lhomme et la femme sunissent pour engendrer les enfants et leur enseigner le culte de Dieu . "
Dans leur mission déducation, les parents népuiseront jamais la grâce de leur mariage.
Laïc : 100 % missionnaire
Le mot " laïc " vient du mot grec laos, qui signifie peuple. Par laïcs, on entend lensemble des chrétiens qui ne sont pas membres de lordre sacré ou de létat religieux. La vocation des laïcs nest pas pour autant une sous-vocation. En vertu de leur baptême, de la confirmation et pour beaucoup du mariage, les laïcs sont avec le Christ " prêtres, prophètes et rois ". Cela signifie quen tant que " prêtres ", ils sont appelés à offrir leur vie à Dieu dans lexercice de leurs tâches quotidiennes, familiales ou professionnelles. En tant que " prophètes ", ils sont appelés à annoncer lÉvangile par la parole et lexemple dune vie sainte. En tant que "rois ", ils sont appelés à transformer le monde et à sanctifier la création. Selon les mots du Concile, " ils ont le devoir et le droit dêtre apôtres ".
Dans lÉglise, la mission des laïcs est essentielle. Non seulement parce quils sont majoritaires en nombre, mais en raison de leur vocation et de leur rôle spécifique. Par lexemple de leur vie et les choix moraux quils posent, les laïcs ont mission dapporter une conscience évangélique dans tous les aspects de lordre temporel : la famille et léducation, le monde du travail, de la recherche, de la finance, de lenseignement, mais aussi dans la vie politique , les médias, la culture, les loisirs, etc.
Alors que lordination dun jeune prêtre déplace des foules, la mission des laïcs sexerce dans un contexte beaucoup plus discret. Voilà qui nenlève rien ni à la nécessité, ni à la fécondité de leur mission. Alors, pas de complexes ! Les laïcs nont pas à devenir des prêtres manqués. Étudiants, époux, parents, professionnels, politiques, les laïcs sont missionnaires à cent pour cent au cur de la société, ce tissu de relations humaines à tous les niveaux.
Le Concile affirme que les chrétiens laïcs, époux et célibataires, oeuvrent " comme du dedans, à la façon dun ferment " à la sanctification du monde pour faire connaître le Christ aux personnes qui les entourent. " Lapostolat des laïcs dans le milieu social sefforce de pénétrer desprit chrétien la mentalité et les murs, les lois et les structures de la communauté où chacun vit. Il est tellement le travail propre et la charge des laïcs que personne ne peut lassumer à leur place comme il faut [...]. Beaucoup dhommes et de femmes ne peuvent recevoir lÉvangile et reconnaître le Christ que par les laïcs quils côtoient . "
Pour que leur mission atteigne son objectif, les laïcs sont tenus à un certain nombre dobligations. La première consiste à garder la communion au sein de lÉglise. Difficile dannoncer le Christ lorsquon se coupe de ses membres. Qui dit communion dit obéissance aux pasteurs de lÉglise dans un esprit de foi et damour. À charge pour les pasteurs de reconnaître et daccueillir les charismes que Dieu suscite parmi les baptisés. Les laïcs ont lobligation de nourrir leur vie chrétienne à la lumière de la Parole de Dieu et de lenseignement du Magistère. On ne peut pas annoncer le Christ si on ne le connaît pas. En outre, les laïcs sont tenus de recevoir fréquemment les sacrements, notamment leucharistie et la pénitence. Communion, obéissance et sacrements assurent à la mission des laïcs sa fécondité et son authenticité.
Puisque lappel universel à la sainteté suppose lappel universel à la mission , annoncer lÉvangile sanctifie celui ou celle qui sy dépense. Au cur des circonstances concrètes de lexistence, transmettre la Bonne Nouvelle est la meilleure action à accomplir dans le monde et pour le monde. Et la foi se renforce à mesure quelle est transmise.
Sept millions de célibataires
Et ceux qui ne sont pas mariés, notamment les sept millions de célibataires que lon compte actuellement en France ? Ni mariés, ni consacrés, ni ordonnés : quelle vocation leur reste-il ? Le célibat nest pas le fait dun oubli de Dieu, ni dune volonté arbitraire de sa part. Dieu nest pas pour autant le gérant dune agence matrimoniale universelle.
Les célibataires font figure de personnes libres de faire ce quelles veulent, quand bon leur semble. Mais au fond, elles ne sont pas vraiment satisfaites de leur sort. Difficile pour elles de se retrouver seules dans leur appartement une fois la porte fermée, sans personne avec qui échanger les joies et les émotions de la journée. Finalement, sous des airs de liberté conquise, les personnes célibataires se contentent de faire bonne figure.
Le célibat est un état de vie que les uns et les autres assument de manière différente. Rares sont ceux qui lont choisi. Pour certains, le célibat est synonyme de détresse et dattente. Alors, inutile de faire la leçon à la personne célibataire en considérant quelle na pas fait ce quil fallait pour se marier. Ni de prendre un air compassé à son égard, cela a le don de lagacer. Inutile également de vouloir la consoler en lui affirmant que cest merveilleux dêtre ainsi plus disponible pour servir les autres. Cest là que la blessure saigne. Comme si elle nétait pas suffisamment douloureuse. Tandis que la famille ou la communauté inscrit la personne dans la durée, le célibat crée une impression disolement dans une vie qui semble sarrêter là. Elle est lourde, lattente dun amour qui ne vient pas.
Le célibat nest pas vécu de la même manière par la femme et par lhomme. Des années de féminisme nont pas fait disparaître chez la première le désir dun foyer parfait ou de lhomme idéal. Mais comme tout idéal, celui-ci aussi est teinté dillusion. La femme des années 2000 rêve encore du prince attentif, compréhensif, fort, protecteur, et bien entendu charmant. Seulement, lhomme nest pas quune épaule contre laquelle se blottir pour se confier et se réchauffer. Nêtre que cela lui fait peur. Il se sait trop fragile lui-même pour combler à lui tout seul les affections dune autre. Aussi lui arrive-t-il, à lui, de ne plus oser entreprendre une relation dans la durée par crainte de ne pouvoir satisfaire une telle attente.
La solitude de la femme devient dautant plus cruelle que le prince charmant nexiste le plus souvent que dans ses rêves, et quelle fait fuir celui qui pourrait le devenir. Nos sociétés érotisées et asexuées nencouragent pas les hommes et les femmes à se comprendre. Les femmes nosent plus sourire aux hommes quelles trouvent plaisants par crainte que ces derniers simaginent quelles sont à vendre. Les modèles masculins ou féminins sont les premiers à être colonisés par les tendances ambiantes. La presse féminine, autant que le cinéma et la littérature, se veut depuis plus de trente ans au service de limage de la femme, belle, jeune, indépendante, séduisante et battante. Mais un constat nouveau sopère: après trois décennies de journalisme ultra-féministe, les femmes font désormais figure, selon certains observateurs, de " créatures inquiètes, dépendantes, moites de langueurs inassouvies ". On est ainsi passé de lambition dun féminisme à huis clos à un désarroi intérieur que la tyrannie du modèle na pas su prévoir .
Elles existent aussi, ces jeunes femmes qui semmitouflent tellement dans les groupes de prière, les pèlerinages et les retraites, quaucun conjoint ne sera jamais assez pieux pour elles.
Côté homme justement, le climat publicitaire, sportif et médiatique entretient le mythe du beau gosse dynamique, mi-adolescent/mi-homme mûr, sexuellement libre, mais spirituellement seul. Bien des hommes âgés entre trente et cinquante ans croient devoir (et pouvoir) correspondre à ce modèle, au point doublier de mettre en place leur personnalité en acceptant de rompre avec une attitude de séduction empruntée à laffectivité juvénile. Faute de quoi, ces adultes pourront difficilement assumer le rôle dépoux dans une relation stable et devenir pères.
Ajoutons à ces facteurs celui de la carrière professionnelle. Le contexte actuel la présente comme lenjeu à ne pas manquer. En raison de linvestissement en temps parfois excessif imposé par lentreprise, ou le souci dentretenir une image idéalisée de soi, le stress et la fatigue aidant, certain(e)s en oublient de se marier.
Il faut éviter denfermer tous les célibataires dans ces schémas. Cependant, les raisons de la vie en solo et les souffrances quelle entraîne ne viennent-elles pas en grande partie de ces insolubles contradictions ?
Sil est vrai que notre société individualiste appauvrit souvent les rencontres et le sens de lautre, néanmoins le célibat demeure un chemin de fécondité et dapostolat. Le célibat, cest aussi pour beaucoup une situation accueillie avec foi. Certes, ce nest pas ce quils avaient prévu, mais ils font en sorte que cette situation devienne la bonne. Intérieurement, ils font comme loffrande deux-mêmes afin de faire de leur solitude un chemin de don et de sainteté. Cette généreuse acceptation des circonstances de leur vie vaut bien une consécration. Car lessentiel, pour un chrétien, quil soit laïc ou consacré, nest-il pas en définitive de souvrir à Dieu et aux autres ? Que lon soit marié ou non, tout le monde est appelé à progresser dans une maturité affective qui implique un dialogue avec soi et avec les autres. Lappel commun à la sainteté est un appel à souvrir aux autres pour passer des ténèbres de légoïsme et des peurs, à la lumière du don et de la confiance en soi. Lexigence est la même pour tous, époux, épouses, personnes célibataires, religieux, religieuses, prêtres. Croître dans lamour est exigeant, quel que soit létat de vie et cela implique de la part de tous renoncements et sacrifices.
Pour en savoir encore plus :
" Le sacrement de mariage ", in Catéchisme de lÉglise catholique, §§ 1601-1666.
CONSEIL PONTIFICAL POUR LA FAMILLE, La préparation au sacrement de mariage, in La Documentation catholique, 7 juillet 1996, n° 2141; Famille, mariage et " unions de fait ", in La Documentation catholique, 18 février 2001, n° 2242.
De la sexualité à lamour, coll. " Ce que dit le Pape ", Le Sarment, 1991.
Jacques GAUTHIER, Les Défis du jeune couple, Le Sarment, collection " Guides Totus ", 1991.
JEAN-PAUL Il, Familiaris consortio, 22 novembre 1981; Christi fideles laici, 30 décembre 1988.
Xavier LACROIX, Le Mariage, tout simplement..., LAtelier, 1999.
Ludovic Lécuru, On demande des parents, Le Sarment, collection " Guides Totus ", 2000.
Marie-Dominique PHILIPPE, Au cur de lamour, Le Sarment, 1987.
Alain Quilici, Les Fiançailles, Le Sarment, collection " Lumière Vérité ", 1993.
Denis SONET, Réussir notre couple, Droguet Aidant, 1987 ; Découvrons lamour, Droguet Aidant, 2000.
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