
A propos de la "repentance"- Quelques réflexions de l'abbé Michel BERGER
Le 12 Mars 2000, premier dimanche de Carême, lors de la Messe qu'il a célébrée dans la Basilique Saint Pierre, notre Saint Père, le Pape Jean Paul II, a fait au nom de l'Eglise universelle une confession des fautes et une demande de pardon.
Vous en avez certainement entendu parler par les médias. Beaucoup de réactions montrent que cet acte du Pape n'a pas été compris : certains se sont empressés d'applaudir, d'autres ont critiqué.
En vous en parlant aujourd'hui, il ne s'agit pas de porter un jugement sur un acte du Pape qui, comme vous le savez, n'est jugé par personne, il ne s'agit pas d'applaudir ou de critiquer, mais d'expliquer les raisons d'une telle démarche.
Le bon sens montre que seul celui qui est la cause d'un acte humain en porte la responsabilité morale devant Dieu et devant les hommes.
- Toute action bonne vaut pour celui qui la pose un mérite connu de Dieu.
- Toute action mauvaise représente pour celui qui la commet une faute dont lui seul est coupable.
Néanmoins, toute faute, tout péché n'est pas seulement une offense faite à celui qui a été offensé ; il y a encore un dégât qu'il faut réparer.
Par exemple, dans le cas d'un vol, le voleur a offensé la personne de celui qu'il a volé et lui a valu un dommage.
Il ne suffit donc pas de demander pardon à Dieu et à celui qui a été volé pour retrouver, par la réconciliation, la justice, il faut encore réparer les dégâts et les dommages commis en faisant restitution.Pour ce qui concerne l'offense, seul celui qui a commis le mal en est responsable et lui seul peut et doit demander pardon. C'est ainsi que la Sainte Ecriture, par la voix du prophète Ezéchiel nous rappelle que l'âme qui a péché mourra elle-même.
ci, la mort, c'est bien sûr la mort éternelle. C'est ainsi que, toujours pour ce qui concerne l'offense, un fils ne portera pas l'iniquité de son père, et un père ne portera pas l'iniquité de son fils. La justice d'un juste sera sur lui, et l'impiété de l'impie sera sur lui. (Ezéchiel, chapitre 18)
Pour comprendre ces paroles, il faut nous rappeler qu'Ezéchiel précise l'enseignement divin dans le contexte de la déportation du peuple d'Israël à Babylone, déportation qui était la conséquence de l'infidélité d'Israël qui, par l'idolâtrie, avait rompu l'alliance.
Certes, tous les membres du peuple n'avaient pas nécessairement péché et pourtant, c'est bien tout le peuple qui en a subi le conséquences. Dire que c'est l'âme qui a péché qui mourra, dire que l'âme du juste vivra éternellement, c'est bien affirmer que Dieu, le juste juge, donnera à chacun une rétribution personnelle.Voilà pourquoi, toujours en ce qui concerne l'offense, c'est à dire l'injure faite à l'offensé, Ezéchiel explique que le proverbe qui dit : Les Pères ont mangé du raison vert et les dents des enfants en sont agacées ne vaut pas.
Mais à la même époque qu'Ezéchiel, le prophète Daniel évoque aussi la dimension communautaire de la demande de pardon : Nous avons péché, et nous avons commis l'iniquité en nous retirant de vous ; nous avons défailli et nous n'avons pas écouté vos préceptes et nous ne les avons pas gardés. (Daniel 3, 29-30)
Cela nous aide à comprendre pourquoi l'Eglise fait chanter à ses enfants -comme nous l'avons fait au début de cette messe- une demande de pardon communautaire : Parce Domine, parce populo tuo.
Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple. Par là, nous n'avons pas seulement dit : pardonnez à chacun d'entre nous, mais nous avons aussi voulu dire : pardonnez à votre peuple, ce peuple qui aujourd'hui se reconnaît pécheur.
Nous comprenons donc pourquoi le Pape Jean-Paul II a inclus -dans la demande de pardon qu'il a faite au nom de l'Eglise- les péchés de cette génération.
Comme l'a dit le Pape dans son homélie de dimanche dernier, nous confessons à ... juste titre ... nos responsabilités de chrétiens pour les maux d'aujourd'hui. Face à l'athéisme, à l'indifférence religieuse, à la sécularisation, au relativisme moral, aux violations des droits à la vie, nous ne pouvons pas ne pas nous demander quelles sont nos responsabilités. (Homélie du 12/03/2000)Remarquez bien, mes frères, que le Pape n'a pas demandé pardon pour les péchés de l'Eglise, mais pour les péchés des membres de l'Eglise.
Ceci étant dit, la demande de pardon inclut aussi les fautes du passé pour en faire réparation.
En effet, c'est encore le bon sens qui nous fait comprendre qu'entre les membres d'une même famille, il y a un lien de redondance qui n'est pas celui de la responsabilité mais celui de l'amour et de l'honneur familial. Dans la réparation nécessaire des conséquences temporelles des actions d'un membre d'une famille, il y a -par esprit de corps- une entraide familiale : en effet, c'est souvent le père qui répare les dégâts commis par ses fils ; c'est aussi le fils qui peut avoir à réparer les dommages que son père lui a laissés. A l'opposé, les mérites temporels d'un père rejaillissent sur ses enfants et le bien fait par les enfants vaut au père un accroissement de gloire.
Ce qui vaut sur une ou deux générations vaut également dans le temps. De même que nous sommes fiers et que nous bénéficions du bien que nos aieux ont fait, de même nous portons parfois le poids de leurs mauvaises actions qu'après plusieurs générations nous réparons encore.Jean-Paul II, Angélus du 12/03/2000 L'année Sainte est un temps de purification : l'Eglise est sainte, car le Christ est sa Tête et son Epoux, l'Esprit Saint son âme vivifiante, la Vierge et les Saints sa manifestation la plus authentique. Le bien et les mérites de ceux qui sont au Ciel sont notre joie comme notre gloire. Cela dépasse le temps.
Les fils de l'Eglise ont cependant fait l'expérience du péché dont les ombres se reflètent dans l'Eglise et voilent sa beauté. C'est pour cette raison que l'Eglise ne cesse d'implorer le pardon de Dieu pour les péchés de ses membres. Les fautes des membres de l'Eglise, par leurs conséquences, sont aussi notre opprobre.Néanmoins, l'Eglise est sainte. Elle est sainte parce que Jésus-Christ, notre Sauveur et Tête de l'Eglise, est sainte ; c'est Lui la source de toute sainteté. L'Eglise est sainte parce qu'elle est divine, mais elle est aussi composée de pécheurs dont les actions sont parfois bonnes et parfois mauvaises. L'Eglise est sainte, mais elle est aussi UNE, comme une famille reliée dans l'espace et dans le temps.
Nous sommes donc au coeur de la communion des saints, c'est à dire de cette solidarité spirituelle qu'il y a entre les membres de l'Eglise, Corps Mystique du Christ, solidarité spirituelle qui existe entre tous les baptisés des 2000 ans de l'histoire de l'Eglise.
Ainsi, s'il y a une communion de Saints, dans l'ordre du bien, il y a aussi une solidarité dans le mal.
Confesser les fautes, demander pardon, ce sont donc des termes qu'il faut préciser, et ils l'ont été par le Pape : il faut les comprendre de deux manières :
1. Nous confessons nos propres fautes et nous en demandons pardon. Pour nos fautes présentes, pour les fautes qui nous sont imputables, nous pouvons et nous devons demander pardon si nous voulons convertir notre coeur comme le Carême nous y invite. Il y a un sens à faire pénitence publiquement, c'est à dire à reconnaître non seulement devant Dieu, mais aussi devant nos frères que nous avons péché en offensant Dieu, en nous offensant nous-mêmes et en offensant notre prochain.
2. Demander pardon, c'est aussi une forme de réparation. Ce n'est pas la seule.
En demandant pardon à Dieu et aux hommes pour les fautes commises par les membres de notre famille catholique, il ne s'agit pas de les juger -Dieu seul le peut- ou d'obtenir pour eux le pardon de l'offense mais de réparer le mal qui a été fait.
Il s'agit de prendre conscience que l'exemple qui nous a été laissé n'a pas été parfait : c'est ainsi que nous reconnaissons que des hommes d'Eglise, au nom de la foi et de la morale, ont parfois eu recours à des méthodes non évangéliques en accomplissant leur devoir de défendre la vérité.
En disant cela, et en restant dans des termes généraux, ce n'est pas mesurer le passé à l'aune du présent, sans tenir compte des circonstances historiques, mais c'est prendre conscience qu'il y a des actions où nous ne devrons pas imiter et répéter les fautes du passé.
Nous comprenons donc bien le terme de purification de la mémoire, purification par laquelle, Jean-Paul II, comme Pasteur de l'Eglise universelle, souhaite que l'Eglise entre dans le troisième millénaire.Chanter le Magnificat pour tout ce que Dieu a accompli dans l'Eglise et par l'Eglise ;
mais aussi chanter le Miserere pour les péchés de ses membres.Indefectibilité de l'Eglise d'une part ; faiblesse de ses membres d'autre part.
La confession faite par le Pape au nom de l'Eglise a été faite devant Dieu qui seul peut pardonner les péchés, mais elle a aussi été faite devant les hommes pour qui la responsabilité des chrétiens ne peut être cachée.
Le Pape, au nom de l'Eglise, a également pardonné. Tout en demandant pardon, nous pardonnons, cela dans l'esprit de l'Evangile.
Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé. (Notre Père)