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par
l' Abbé M. Berger
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I. Le Jubilé dans l'Ancien Testament et sa transposition dans l'Eglise
En français, le verbe jubiler signifie manifester une joie très vive. Ce verbe n'est que la transposition littérale du mot hébreu yobel, traduit en Latin par jubilaeus. Le Yobel était la corne d'un bélier : on l'utilisait comme trompette pour annoncer le Jubilé.
Pour comprendre la signification du Jubilé il est nécessaire de relire le livre du Lévitique (Chap. 25), seul texte biblique à légiférer sur le Jubilé.
1.La cinquantième année
Bien que cela paraisse étranger à notre culture moderne, le symbolisme des chiffres, en particulier celui du chiffre sept, n'est pas un jeu stérile mais l'expression d'un prodigieux dynamisme de l'histoire. Le chiffre sept évoque l'heureux achèvement d'une action qui a demandé beaucoup de temps : ainsi, pour prendre l'exemple typique de l'uvre divine, les six jours de la création culminent dans le septième jour du repos de Dieu, de ce sabbat que Dieu bénit et sanctifie (Gen 2,1).
Il y a un septénaire des jours qui sous sa forme la plus simple est couronné par le septième jour, celui du repos consacré à Dieu. C'est le rythme de la semaine.
Outre une septénaire des semaines (par exemple de Pâques à la Pentecôte, il y a sept semaines), il y a aussi un septénaire des années : c'est l'année sabbatique (de repos) qui a lieu la septième année. Le livre du Lévitique légifère aussi sur l'année jubilaire qui achève le déroulement de sept fois sept années, soit la 50ème année. Cette année marque ainsi une étape importante dans la vie du peuple et de chaque individu. S'il se porte bien, l'Israélite peut la vivre au cours de son existence !
Transmise de la synagogue à l'Eglise, l'année jubilaire a pris le nom d'Année Sainte. C'est depuis l'an 1300 que les années saintes dites ordinaires ont lieu tous les 50 ans. Depuis 1475, elles ont lieu tous les 25 ans. Selon les circonstances, les Papes convoquèrent des Années Saintes extraordinaires : ce fut le cas en 1933 pour commémorer le 19ème cententaire de la Rédemption. Le Jubilé ou Année Sainte est donc une tradition dans l'Eglise catholique.
2. Le pardon de Dieu
Il faut noter que l'année jubilaire était toujours inaugurée le 10ème jour du 7ème mois, c'est à dire le jour des pardons dans le calendrier juif. Ce jour était toujours célébré solennellement. Grâce au sang répandu sur toutes les parties du Temple, le peuple découvrait la puissance purificatrice du Dieu de l'alliance : les péchés commis au cours de l'année écoulée étaient pardonnés. Ainsi le Jubilé commence par un acte de Dieu qui sauve son peuple en le purifiant de ses péchés.
De même, au début de chaque Année Sainte, les catholiques sont invités à demander pardon à Dieu et à recevoir, par le sacrement de pénitence, l'absolution de leurs péchés. C'est par le Sang du Sacrifice de Jésus-Christ mort pour nous sur la Croix que nous pouvons obtenir ce pardon et grandir dans la sainteté en s'approchant du Christ et de la grâce de justification qu'Il nous donne.
3. Les fruits du pardon de Dieu
L'année du Jubilé dite aussi l'année de la rémission des péchés possède des conséquences sociales, à l'image de la miséricorde que Dieu a pour son peuple : 1. le repos de la terre par la jachère ; 2. la libération des esclaves ; 3. la remise des dettes ; 4. l'affranchissement des propriétés (récupération du patrimoine). L'année jubilaire n'est pas un retour à la case-départ, mais un renouvellement de la grâce première.
Les années jubilaires de l'Ancien
Testament n'étaient que la figure de l'année de
grâce que Notre Seigneur Jésus-Christ annoncerait
:
Jésus vint à Nazareth où il avait été
élevé ; il entra selon sa coutume le jour du sabbat
dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture. On lui remit
le livre du prophète Isaïe et, déroulant le
livre, il trouva le passage où il était écrit
: "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré
par l'onction pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a
envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux
aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté
les opprimés, proclamer une année de grâce
du Seigneur." Il replia le livre, le rendit au servant
et s'assit. Tous dans la synagogue avait les yeux fixés
sur lui. Alors il se mit à leur dire : 'Aujourd'hui
s'accompllit à vos oreilles ce passage de l'Ecriture.'
Saint Luc 4, 16-21
Il est digne est juste de célébrer le bimillénaire de
l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus Christ par une
Année Sainte, un Jubilé de conversion et d'action
de grâces.
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II. Les Lieux Jubilaires.
Célébrant le bimillénaire de l'Incarnation du Sauveur, le Jubilé de l'an 2000 donne à tous les fidèles la possibilité de participer aux bienfaits spirituels de l'Année Sainte, notamment la grâce de l'Indulgence plénière. (Cf prochain bulletin)
Outre la ville de ROME dont les quatre basiliques (Saint Pierre, Saint Paul hors les murs, Saint Jean de Latran, Sainte Marie Majeure) étaient jusque là les seuls lieux jubilaires où les fidèles désireux de gagner l'Indulgence devaient se rendre, le Pape Jean Paul II a voulu, pour cette année sainte, ajouter la TERRE SAINTE (Nazareth, Bethlehem, Jérusalem) demandant en outre que, dans chaque DIOCÈSE, des lieux jubilaires soient désignés par l'évêque, lieux vers lesquels les fidèles puissent aller en pélerinage afin d'y gagner l'Indulgence.
Dans chaque diocèse, l'évêque a désigné un ou plusieurs lieux jubilaires.
III. La Porte et le Pélerinage, symboles du Jubilé.
1. La Porte
Dans l'Ancien Testament, la porte est un symbole majeur : qu'il s'agisse des portes de Jérusalem qui donnaient accès à la ville sainte ou bien des portes du Temple qui donnaient accès au lieu saint où Dieu avait établi sa tente (sens du mot tabernacle) et le lieu de sa gloire, les tribus saintes d'Israël les franchissaient pour aller trouver Dieu, Le prier et Lui offrir le sacrifice. Franchir la porte, c'était aller vers Dieu.
Dans le Nouveau Testament, Jésus nous parle de la porte étroite (Mt 7, 13) qu'il faut trouver et franchir pour entrer dans le royaume des cieux. Cette porte, c'est le Christ lui-même : C'est moi qui suis la porte. Si c'est par moi que quelqu'un entre, il sera sauvé. ... Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance. (Jn 10, 9-10)
La porte représente aussi notre pouvoir de refus et de fermeture à la grâce du Christ qui, sans cesse, se tient à notre porte et frappe pour que nous lui ouvrions (Cf Apoc 3, 20). Jean Paul II, au début de son pontificat, a traduit cette invitation par ce mot d'ordre : "Ouvrez vos portes au Rédempteur" faisant allusion au Psaume 23, 7 : Elevez vos portes, ô princes ; et vous, élevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera.
La mort et la peur ferment les portes : la porte du tombeau de Jésus est fermée par une grosse pierre et après la Passion, les disciples vivent "toutes portes closes, par crainte des Juifs." Au contraire au jour de la Pentecôte, dans l'espérance et la charité du Saint Esprit, les portes s'ouvrent et les disciples sortent annoncer l'Evangile. (Act 2) Par la suite, dans les Actes des Apôtres, il sera souvent question de portes qui s'ouvrent parce que l'Evangile ne peut être arrêté. (Cf Actes 12, 10)
Lors de la construction de nos églises
(images terrestres de la Jérusalem céleste), afin
de souligner que le Christ est la porte et que nul ne peut entrer
si ce n'est par Lui, les bâtisseurs ont donné une
importance et une décoration toute particulières
aux portes donnant accès, par la nef, au sanctuaire, lieu
saint où Dieu habite et où les hommes vont Le prier
et Lui offrir le Saint Sacrifice de la Messe.
Pour souligner le symbole de la porte (qu'avec l'habitude on a
tendance à oublier), le Pape à l'occasion des Années
Saintes ouvre et franchit une porte spéciale (dite sainte)
dans la Basilique Saint Pierre.
En ce Jubilé de l'Incarnation (an 2000), pour permettre à tous les fidèles de renouveler leur désir de passer par la porte qu'est le Christ, une porte sainte sera ouverte dans de nombreuses églises.
2. Le pélerinage
Passer la porte sainte en esprit et en vérité
demande une préparation. D'autre part, c'est un acte ponctuel
alors que nous sommes appelés à nous convertir tous
les jours de notre vie jusqu'à notre mort. C'est pourquoi,
le deuxième symbole voulu par le Pape pour ce Jubilé
est celui du pélerinage vers un lieu jubilaire (si possible
Rome ou la Terre Sainte).
En effet le pélerinage remet notre vie chrétienne
dans la perspective du temps et nous rappelle que celui qui
aura persévéré jusqu'à la fin sera
sauvé. Cf Mt 10, 22
Au baptisé qui se sera mis en route, aura "marché en pélerinage" dans un esprit de conversion pour trouver le Christ qui est la Porte, l'Eglise accorde la grâce du Jubilé appelée aussi Indulgence.
Bien loin d'être quelque chose de magique ou d'automatique, l'Indulgence est un don que Dieu fait à celui qui Le cherche.
Nous avons vu que, dans l'Ancien Testament, le Jubilé était l'occasion de recevoir le pardon de Dieu mais pas sans conséquence sociale : remise des dettes, libération des esclaves... De même, dans le Nouveau Testament, l'Indulgence du Jubilé ne nous est pas donnée sans référence au Corps mystique du Christ : bien plus elle nous est donnée par l'Eglise.
Rappelons la définition d'une indulgence : c'est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l'action de l'Eglise, laquelle en tant que dispensatrice de la Rédemption, distribue et applique par son autorité le trésor des satisfactions du Christ et des saints.
Tout d'abord : qu'entend-t'on par peine
temporelle due au péché ?
Tout péché, du fait de sa dimension personnelle,
a deux effets : il a fait un offensé et il le pénalise
par les dégâts occasionnés. Même si,
par le pardon, la relation entre l'offenseur et l'offensé
est rétablie, les dégâts demeurent et demandent
réparation.
Dans le cadre d'une relation filiale, pour ne pas enfoncer le pécheur dans le désespoir et pour ne pas l'empêcher de retrouver la confiance et l'amour, la réparation est très souvent limitée : on parle d'indulgence du père envers son fils. La réparation des dégâts sera prise en charge par la solidarité familiale. Le thème de l'Indulgence dans l'Eglise relève de la même logique qui est celle de la surabondance du Père miséricordieux.
Si le Christ, par son mystère pascal, a définitivement et objectivement pardonné l'offense que nous avons faite à Dieu par nos péchés, il n'en invite pas moins tous les membres de son Corps à prendre leur croix et à Le suivre. (Cf Mt 16, 24) Par notre association à sa Croix, Jésus nous fait participants de ce dont nous sommes les bénéficaires, à savoir la remise des peines dues pour nos péchés : c'est l'Indulgence.
Ainsi, l'Eglise, en s'appuyant sur la solidarité spirituelle des baptisés ou communion des saints, est certaine que le fidèle peut en appeler à l'indulgence du Christ pour lui-même et lui accorde, en conséquence, la rémission des peines temporelles dues pour ses péchés.
A celui donc qui
1. aura confessé ses péchés et reçu
le Corps du Christ par la Communion,
2. a le ferme propos de ne plus offenser Dieu de manière
délibérée
3. et aura fait quelque oeuvre de pénitence ou de charité,
l'Eglise remet la peine temporelle due aux péchés,
d'une manière plénière ou partielle, selon
les dispositions de l'Eglise d'une part et selon les dispositions
du fidèle d'autre part.
1. C'est bien à un membre vivant du Corps mystique qu'est l'Eglise que l'Indulgence est donnée. (La confession dans la semaine et la communion le jour même sont donc requises pour gagner l'Indulgence du Jubilé).
2. Pour que l'effort de conversion porte des fruits, il doit être fait avec une intention pure excluant l'attachement volontaire au péché. Il doit aussi être persévérant et durable.
3. Dans le cadre du Jubilé,
- l'oeuvre de pénitence est le pélerinage et le passage de la porte sainte ou la visite d'un lieu jubilaire, ou encore d'autres oeuvres de pénitence comme le jeûne et l'aumône ;
- l'oeuvre de charité est
la visite (pendant un temps convenable) des malades, des prisonniers,
des personnes âgées et seules) comme si l'on faisait
un pélerinage vers le Christ présent en eux. (Cf
Mt 5, 34-36)
Dans tous les cas, il faut prier aux intentions du Souverain Pontife
en témoignage de communion avec l'Eglise (Notre Père,
profession de foi (Credo), prière à la Vierge Marie).
L'Indulgence du Jubilé peut être
gagnée tous les jours et appliquée
- à soi-même
- ou aux âmes des défunts. Ne pouvant plus mériter
par eux-mêmes, ils peuvent néanmoins recevoir (en
vertu de la communion des saints) les bienfaits dont nous voulons
qu'ils bénéficient par mode de suffrage.
Sources : Bulle Incarnationis Mysterium.
Disponible sur le site de serviam.
Catéchisme de l'Eglise Catholique No 1472 et suivants
Abbé
Michel BERGER