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- LA VERTU DE JUSTICE
La justice, vertu cardinale
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- 1. Les vertus cardinales : Une
vertu est une inclination stable de notre être envers un
objet particulier qui la spécifie. Elle est cardinale
quand plusieurs autres vertus lui sont ordonnées et sujettes
; elle est comme un général (ou un cardinal ?).
La vie morale est ainsi gouvernée par quatre généraux,
du moins quand elle est ordonnée. Ce sont les vertus cardinales
de force, de tempérance, de justice
et de
prudence, toutes bien différentes
les unes des autres.
- Ainsi les vertus cardinales de tempérance
et de force ont nos passions pour objets, l'une quand l'objet
est immédiatement présent ou absent - et
alors il est aimé ou détesté, désiré
ou fui -, l'autre quand un obstacle nous en sépare
ce qui pourrait nous mettre en colère ou nous porter au
désespoir. Quant à elle, la vertu de prudence a
son siège dans l'intelligence et juge des circonstances
des cas concrets de la vie pour en induire l'opportunité
ou non, la bonté ou la nuisance d'une action à
mener ou à omettre.
2. Précisions : Si la spécification des
vertus leur vient de leur objet propre qui leur donne aussi un
caractère objectif valable pour tout un chacun - la loyauté
ou la fidélité conjugale -, elles comportent un
aspect subjectif qui leur vient des qualités de la personne
qui est le sujet de l'action. Ainsi, si la sobriété
exige de consommer de l'alcool avec mesure afin de rester maître
de soi, elle ne précise pas de par elle-même quelle
est cette mesure : est-ce un, deux ou trois verres de vin rouge
? La raison en est que l'un peut boire trois verres sans autres
effets qu'une bonne humeur plus marquée, ce qui ne contrarie
pas la vertu (un saint triste est un triste saint !), alors que
mademoiselle aura la tête qui commence à lui tourner
après son premier verre : vertueuse parce qu'intelligente,
elle saura s'arrêter là et passer à la limonade,
insouciante des quolibets de ces messieurs.
- La prudence elle-même a un aspect
relatif ou subjectif : elle inspecte les circonstances et les
juge. Jean-Pierre a-t-il la vocation? La prudence lui intimera
d'entrer au séminaire cette année s'il est prêt
et mûr, mais l'année prochaine ou plus tard encore
s'il est gravement malade, s'il n'a pas terminé ses études,
si sa vocation est plus enthousiaste que bien pesée, etc...
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- La justice,
vertu de société
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- Toute vertu morale a pour but de régler,
de modérer, c'est-à-dire d'induire les inclinations
de l'être humain à suivre une mesure.
- Celle-ci est interne pour les vertus
dont les objets sont les passions.
- La vertu de justice quant
à elle a pour but de régler les rapports entre
personnes (physiques ou morales) dans les relations qu'elles
ont les unes envers les autres dans le cadre de la société. C'est,
on s'en rend compte, un domaine faramineusement énorme
dont s'occupe la justice.
- Qu'on nous pardonne dès l'abord
l'aspect succinct que cet article aura, les choix qui seront
faits et les silences ou simples esquisses de problèmes
qui mériteraient plus, voire un article à eux seuls.
Ainsi nous ne parlerons pas de la vertu surnaturelle de
justice, ni des droits de Dieu ou de la justice à exercer
envers lui (la vertu de religion est une fille de la justice)
ni non plus des autres devoirs envers nos différents supérieurs,
bien qu'ils en aient le droit.
Robinson Crusoë donc, Vendredi absent, n'aurait pas pu pratiquer
la vertu de justice - si ce n'est vis-à-vis de Dieu -
par manque d'occasion, alors qu'il aurait toujours pu exercer
les autres vertus cardinales. La charité mise à
part - qu'on nous pardonne - ces relations sociales sont fondées
sur le respect de l'être humain, dans toute son extension.
Les droits de l'homme, la dignité de la personne sont
à la mode. Les philosophies qui en sont issues, justes
peut-être quant à ce principe, ont bien souvent
dérapé. Opposées non seulement aux différentes
formes de totalitarisme, elle deviennent idéologies quand
elles nient ou refusent un ordre et un bien supérieur
à l'être humain, tels le bien commun ou la loi naturelle.
- L'exaltation de l'individu débouche
rapidement sur une forme d'idolâtrie qui refuse tout supérieur,
quel qu'il soit, Dieu inclus. Par réaction à cette
exacerbation du moi, un courant philosophique plus moderne se
fit jour dès l'après-guerre : il pensa redécouvrir
l'Autre (E.Lévinas) mais pour n'en faire qu'un autre dieu
: on passa à la démocratie divine (à ne
pas confondre avec la divine démocratie, tout aussi actuelle)
où chacun est un autre absolu (car j'en suis un aussi),
hors de tout ordre et classification. C'est une autre forme d'idolâtrie.
- Cette petite digression a-t-il un sens
pour un chrétien qui se veut réaliste et reconnaît
que l'homme, parce que créature, dépend transcendantalement
de son Créateur (cf Jean-Paul II, enc. Veritatis splendor)?
Oui, évidemment. Les relations sociales ne sont pas de
dieu(x) à dieu(x) mais d'êtres fondamentalement
sociaux à d'autres êtres tout aussi radicalement
sociaux, de par leur nature même. La société
n'est pas constituée de monades accidentellement mises
en contact "à la Rousseau" mais d'êtres
qui ne peuvent trouver leur plénitude, même personnelle,
que grâce à la vie en société.
- Les relations sociales dans lesquelles
tout être humain est nécessairement impliqué
sont à la fois des relations avec d'autres personnes,
ses semblables, et avec une société (ou une multitude
de sociétés) dont il est membre. Mais il n'est
ni membre corvéable et imposable à merci comme
s'il n'était essentiellement qu'une partie ordonnée
au tout (totalitarisme) ni un petit dieu n'ayant de compte à
rendre à personne (libéralisme). L'être humain
est sujet de droits et de devoirs tant envers ses autres concitoyens
qu'envers la ou les sociétés dont il est nécessairement
membre. De même que nous avons à rendre à
autrui ce qu'il lui est dû, de même aussi ne sommes
nous pas simplement jouisseurs de la manne que devrait nous donner
la société, incarnée généralement
par l'Etat, mais aussi sujet de devoirs envers elle (ou envers
lui).
- Trop souvent la mentalité moderne,
individualiste et frondeuse, ne voit ou ne veut voir en l'Etat
qu'un appareil assoiffé de l'argent des contribuables.
Si l'on accomplit ses devoirs envers lui, ce n'est que par crainte
de la menace policière - police qui pourtant n'est que
l'instrument de cette institution que l'on appelle à juste
titre la Justice. En fait l'Etat n'est pas un ennemi mais un
pourvoyeur de biens et donc un bien lui-même, malgré
tous les défauts inhérents à la nature humaine
dont il n'est, là aussi, que la prolongation ou le miroir.
Serions-nous un peu meilleur, il le serait aussi. A qui la faute?
L'Etat n'est pas Dieu : il ne crée pas les biens qu'il
nous distribue, il attend et peut exiger de nous d'être
de dignes membres de cette société dont nous faisons
partie et dont il n'est que l'incarnation. La reconnaissance
n'est pas une vertu moderne.
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- Unicuique
suum
: A chacun
son dû.
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- L'Etat, sous prétexte qu'il est
un être supérieur, peut-il exiger n'importe quoi
? En d'autres termes et de manière plus générale
: qu'est-ce qui fait que la justice entre en jeu ? Le latin nous
vient en aide : la iustitia a pour racine le ius,
le droit. C'est le droit qui fonde la justice. Ce n'est pas sans
raison que la science de la justice s'appelle dans bien des langues
le Droit.
Le droit est l'expression d'un pouvoir que l'on a sur
quelque chose et ceci de manière conforme à la
nature de la relation entre cette chose et le possédant.
Cette "chose" peut être interne (le droit à
la vie) ou externe (posséder un objet, jouir d'un droit
ou d'une prérogative). Ce droit est généralement
relatif, c'est-à-dire participé à
celui d'un être hiérarchiquement supérieur,
que ce soit le chef de famille, le Père abbé, l'Etat
comme expression et garant du Bien commun, ou Dieu. C'est parce
que les droits des hommes sont toujours participés de
celui de Dieu, son Créateur, que l'homme n'a pas un droit
absolu ni sur ce qu'il n'a pas causé - la nature, la création
- ni sur lui-même. Ainsi l'homme non seulement ne s'appartient
pas et donc n'a pas le droit de se tuer par suicide, mais il
n'est même pas maître absolu de son propre corps
et ne peut en faire ce qu'il veut. Ceci vaut a fortiori
pour les autres droits qu'il pourrait avoir sur une autre personne.
Ce droit est objectif car il est fondé sur la nature
des choses. L'objet ou l'activité considéré
doit être capable d'être possédé, utilisé
comme bien propre ; on parle de droit actif. Mais celui qui est
capable d'avoir un droit (droit dit passif) ne peut être
qu'un être doué de raison, sur terre l'être
humain. La justice n'est donc ni affaire de sentiments, ni de
force, ni de charité non plus : elle est fondée
dans les choses mêmes et s'exprime par le droit.
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- "
C'est pas juste ! "
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- " C'est pas juste ! " s'exclament
non seulement les enfants mais aussi bien des adultes, très
souvent à tort. " Ces pauvres petits enfants qui
meurent de faim : c'est pas juste !", "cette mère
de famille nombreuse dont le mari vient de mourir : c'est pas
juste, quand même!", "cet enfant qui naît
mongoloïde, comment un Dieu bon peut-il le permettre ? C'est
pas juste !"
- C'est triste, évidemment, et
on ne peut le souhaiter à personne. Mais est-ce injuste
? Car pour qu'il y ait injustice, nous venons de le voir, il
faut qu'un droit ait été lésé. Un
droit strict, s'entend. Mais avons-nous un droit strict à
la vie ? A la bonne santé ? A une vie heureuse sans encombres
? Le Christ crucifié nous donne la réponse par
Sa Passion, sa Mère par la promesse qu'elle fit à
sainte Bernadette : "Je ne vous promets pas le bonheur dans
cette vie mais dans l'autre " !
- Les souffrances et les maux sont les
fruits de la désobéissance de l'homme au Créateur.
Mais aussi terribles qu'ils soient ils ne peuvent nous empêcher
d'atteindre le seul vrai bien qui lui ne passera pas : la béatitude
éternelle dans la contemplation de Dieu. "Si ton
oeil droit est pour toi une occasion de péché,
arrache-le et jette-le loin de toi : il t'est plus avantageux
de perdre un seul de tes membres que de voir tout ton corps jeté
dans la géhenne" (Mt 5,29). Mieux vaut donc être
mongoloïde (et baptisé) et aller au ciel, plutôt
que posséder une brillante intelligence et finir dans
l'enfer éternel !
Mais à un autre niveau n'est-il pas injuste que seuls
les beaux acteurs aux yeux bleus deviennent des vedettes, ou
que les jolies filles soient plus facilement engagées
? Comme personne ne peut prétendre avoir un droit strict
qui à être acteur à succès, qui à
être engagé, la réponse est facile. Mais
que Jeannot soit le préféré de maman (et
saint Jean le préféré du Christ) n'est-ce
pas injuste ? Non : si personne n'est lésé dans
ses droits l'amour a aussi son mot à dire dans
nos relations humaines.
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- Force
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- A l'égoïsme individuel dans
lequel baigne notre société actuelle - le temps
de la solidarité est bien révolu - correspond au
niveau de la société le libéralisme économique.
Il est l'un des plus graves dangers de cette fin de millénaire.
J'entends sur le plan de l'économie et donc aussi de la
justice sociale par contrecoup. Le "laisser faire - laisser
aller" du XIXème siècle est le garde-fou
renversé qui ouvrit la voie à la loi du plus fort.
On pensait l'avoir surmonté en début de siècle,
le voilà qui réapparaît en force dans les
fusions de multinationales qui engendrent licenciements à
tour de bras, sous prétexte de mondialisation de l'économie.
Bien que ce point soit particulièrement actuel et important
le traiter demanderait un article à lui seul : qu'on nous
pardonne de ne faire que l'évoquer !
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- Charité
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- La première des charités
est d'accomplir la justice et de rendre à chacun selon
son dû. Mais ce n'est pas la charité qui règle
la justice. Donner vingt francs à un mendiant est oeuvre
de charité, pas de justice. Le cas échéant,
pourtant, les lui refuser quand il en a manifestement besoin
hic et nunc et qu'on est seul à pouvoir y subvenir,
serait manquer non à la charité, mais à
la justice.
- On se souviendra en effet que le fondement
de la propriété, c'est-à-dire du droit de
possession, n'est ni le fait de la simple possession ni un droit
provenant du fait d'en être le premier occupant (ou l'un
de ses descendants). La terre et ses richesses n'appartiennent
comme toutes créatures qu'à Dieu seul. Il en a
délégué le pouvoir non aux individus mais
à toute la race humaine.
- Cette possession générale
ou communautaire correspond à ce que l'on appelle l'ordre
naturel premier. Ce n'est que par efficacité que la gérance
et l'administration des biens terrestres ont été
données aux individus. Mais cette gérance est conditionnelle
: elle doit être ordonnée au Bien commun. La propriété
privée n'est donc pas un absolu (cf. Saint Thomas d'Aquin,
Summa th. IIaIIae q66 a2, avec les réponses aux
objections). Si elle allait à l'encontre du Bien commun,
le propriétaire perdrait ses droits. On se rend compte,
bien sûr, de la difficulté de juger la réalisation
d'une telle condition, mais ceci est tout à fait envisageable
quand la non-exploitation de certains biens empêche le
bien-être d'une grande portion de la population d'un pays.
Telle est aussi l'enseignement de l'Eglise.
- Le cas d'école qui exprime au
mieux la relativité de la propriété privée
est celui de l'homme qui sur le point de mourir de faim entre
dans une propriété privée pour s'y servir
: tous les moralistes reconnaissent qu'il en a le droit
le plus strict, même à l'encontre du refus du propriétaire,
qui n'est pas fondé. Ils vont encore plus loin : ce pauvre
homme retrouvant le bien-être n'aurait pas plus tard à
rendre en justice les biens consommés, ou leur équivalent,
mais en vertu de la charité. En d'autres termes : il a
pris ce qui lui appartenait selon l'ordre naturel premier.
Bien sûr, le danger du siècle qui se termine était
ailleurs : celui d'estimer sien ce qui était à
autrui. "Ce qui est à moi est à toi"
dit le chrétien, "ce qui est à toi est
à moi" rétorque le marxiste. Le paradoxe,
c'est que la maxime marxiste est souvent pratiquée par
des chrétiens sur leur chantier de travail.
- Sous prétexte que "tout
le monde fait comme ça" ou que "la boîte
ou le patron sont bien assez riches", l'employé
modèle se révèle n'être qu'un vulgaire
voleur. Quand c'est une gomme, deux stylos ou un paquet de papier,
le patron peut s'estimer heureux. Plus exactement, c'est le voleur
qui peut s'estimer heureux ou pas trop malheureux : il s'en tirera
avec quelques semaines de purgatoire en plus, mais est-ce une
consolation pour un chrétien ? L'emprunt des biens ou
des outils de la fabrique ou du bureau est généralement
du même acabit. L'un s'appropriera un notebook,
un autre s'offrira l'outillage du parfait petit bricoleur : tous
ont "oublié" d'en demander la permission à
qui de droit. Cela peut être bénin, on en
jugera de la gravité selon le dommage ou la perte de valeur
à raison de l'usure. Et même s'il n'y a pas de perte
de valeur ni d'usure, l'usage d'un bien contre la volonté
du propriétaire (ne serait-elle qu'implicite) lèse
la vertu de justice.
- Plus grave en revanche est par exemple
l'utilisation des véhicules de la "maison" pour
voyages privés. Il ne s'agit pas d'être petit, bien
sûr, mais il y a des bornes à ne pas dépasser.
Dans l'un ou l'autre cas le patron accepte tacitement que ses
employés utilisent parfois et modérément
à des fins privées les véhicules de la maison
surtout si le véhicule est confié à la personne.
Mais pas toujours. Et ici reste valable le principe qui veut
que l'on ne puisse utiliser le bien d'autrui contre son gré,
le propriétaire serait-il millionnaire que cela n'y changerait
rien. Et il en va tout autrement quand la voiture est utilisée
sans vergogne comme une voiture privée, ou pire encore,
lorsque l'utilisateur a encore le culot de se faire rembourser
les kilomètres ainsi accomplis. Il y aurait dans ce dernier
cas matière grave, c'est-à-dire péché
mortel. Ajoutons une réponse à l'objection courante
: "mais tout le monde fait comme ça".
D'abord ce n'est pas vrai. Ensuite, depuis quand le péché
d'autrui me justifie ou me dispense de péché ?
Est-ce parce que tous mes voisins trompent leur femme que j'ai
le droit de faire de même avec la mienne ? C'est évidemment
ridicule.
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- L'ayant
droit
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- Nous avons vu que le sujet du
droit, c'est une personne, physique ou morale. Mais qu'est-ce
qui peut être objet de droit? La question peut paraître
oiseuse à première vue, elle est brûlante
d'actualité et risque bien d'échauffer les oreilles
de plus d'un, à moins d'en avoir froid dans le dos. L'homme
a bien sûr des droits inhérents à sa personne
même, et qui sont inaliénables. Ils découlent
tant de sa nature spirituelle que corporelle.
- Mentionnons par exemple le droit à
la vie, le droit de ne pas être tué injustement,
le droit de vivre décemment ou de ne pas être empêché
injustement de posséder. Ce sont les droits fondamentaux
de la personne humaine. Ici aussi un article pourrait être
consacré aux problèmes inhérents à
ces questions si essentielles (liberté de conscience ou
de religion, droit de libre circulation, droit au travail, question
de la peine de mort...). Il y a aussi les biens que l'homme peut
posséder et qui lui sont extérieurs et matériels
: posséder des vêtements, une voiture, une maison...
De tels droits ne sont pas mis en question.
Plus problématique en revanche est la question de la propriété
des biens sur lesquels le propriétaire ne peut exercer
pratiquement son droit de propriété. Ces biens
sont les biens dits mixtes: ils ont un homme pour auteur, pour
cause, mais ils sont spirituels dans leur essence bien que matérialisés
en raison du sujet qui les porte. C'est le cas d'une invention
industrielle, que l'on protégera par une patente, un titre
ou une dénomination (Bordeaux supérieur)
que la loi protégera aussi, ou encore d'un chef d'oeuvre
littéraire que le copyright devrait aussi protéger.
Les objets concernés sont par exemple des tableaux, des
livres, des cassettes audio ou vidéo, ... et des logiciels
informatiques !
L'auteur a un droit strict sur son "oeuvre", même
spirituelle, et il a un droit tout aussi strict à en exiger
de l'argent de celui qui veut en profiter. De même qu'il
est évidemment stupide de prétendre qu'un quidam
ait le droit de subtiliser un tableau de Manet du Musée
de l'Orangerie sous prétexte que Manet est mort ou que
ce bien est plus spirituel que matériel et donc libre,
de la même manière on n'a pas le droit de photocopier
tout un livre qui est encore en vente sous prétexte qu'il
est trop cher en librairie. En ce domaine les dispositions légales
valent en conscience. Si le livre est épuisé
et que l'éditeur ne pense pas le rééditer
à brève échéance, il en va autrement
: le fait de photocopier le livre ne lèse alors personne.
Et les logiciels ? Il en va des logiciels comme pour les livres.
Ce n'est pas sans raison, au sens fort du terme, que les producteurs
ne donnent "licence", c'est-à-dire le droit
d'utiliser leur produit, non de le posséder, qu'après
acceptation des termes du contrat. Les logiciels qui ne connaissent
pas cette contrainte sont appelés freeware (on
rappellera que les shareware ne donnent qu'un droit d'utilisation
limité dans le temps, pas plus). Concrètement :
il n'est pas permis de copier tous les logiciels qui nous passent
entre les mains, que ce soit ceux d'un ami ou ceux du bureau.
Et ce n'est pas sous prétexte qu'ils sont à portée
de main qu'il est permis d'en faire une copie. La tentation est
grande, le danger de se faire prendre quasi nul (voir paragraphe
suivant) mais l'impression de ne léser personne fausse.
(Je ferais une exception : si le logiciel n'est qu'essayé
pour en voir les qualités et qu'après essai il
est quasi définitivement laissé de côté).
La source de l'injustice n'est pas l'amour du bien d'autrui mais
bien la soif désordonnée de posséder, le
vice typique de notre société de consommation qui
provoque le désir. Le chrétien ou, plus simplement
l'homme vertueux, sait renoncer à ce qui ne lui appartient
pas, même si " tout le monde fait comme ça
".
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- La justice
: une vertu !
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- L'étude de l'objet de la justice,
que nous n'avons qu'esquissée, non seulement n'épuise
pas ce qu'elle est, mais serait encore gravement incomplète
si elle se bornait à ce seul aspect objectif. Le fait
de poser un acte de justice ne donne pas à cette action
la plénitude de son être. La justice est une vertu,
son acte doit être vertueux. L'action humaine est toujours
le fait d'un sujet qui la pose. Une action n'est pleinement juste
et vertueuse que par le fait qu'elle rend juste et vertueux celui
qui la pose. En effet les vertus ne sont pas là simplement
pour que des actes corrects ou réglés, dits vertueux,
soient posés mais pour que la personne elle-même
devienne vertueuse et retrouve ainsi l'ordre et l'harmonie qui
avaient été ceux de nos premiers parents avant
la chute. En d'autres termes le juste n'est pas celui qui pose
des actes justes mais celui qui est juste parce qu'il
aime la justice et y incline.
Ulpien, ce grand jurisconsulte de l'Antiquité, nous a
donné une définition de la justice qui est devenue
classique : la volonté constante et perpétuelle
de rendre à chacun selon son droit. La justice est
donc affaire de volonté. Le juste est celui qui aime la
justice et non pas celui qui doit rendre justice.
- La différence est d'importance
: une personne ne sera pas dite juste seulement parce qu'elle
paye ses dettes quand on lui présente la facture, mais
essentiellement quand elle les paye même si le créancier
a perdu la facture. Le motif en est bien simple : la dette que
je suis conscient d'avoir, ou le droit d'autrui, ne dépendent
pas d'un morceau de papier que j'ai reçu ou non ni d'un
jugement du tribunal, voire de l'éventuelle intervention
de la police.
- Le juste aime la justice et ne le devient
pas "parce que la loi le statue ainsi" et encore moins
par peur d'une intervention policière. Il n'y a rien de
plus étranger à la justice que le fameux "pas
vu, pas pris". Mais la mentalité moderne est ignorante
de la vertu de justice et par le fait même l'empêche.
Depuis la Renaissance (païenne), dans le domaine législatif,
l'homme moderne considère comme légitime tout ce
que la loi permet, serait-ce le crime par avortement ou - il
y a quelques décades - l'internement d'un juif parce que
juif.
- Cette idéologie s'appelle le
positivisme : la loi humaine remplace la loi divine et se fait
source du bien et du mal, même quand elle contredit la
loi naturelle. Le pendant de cette attitude en justice est tout
aussi contre-nature : le positiviste s'estime dispensé
de payer ses dettes tant que celles-ci ne lui sont pas notifiées
ou il essaye de repousser l'échéance jusqu'à
ce qu'il y ait prescription légale, oubliant que s'il
peut berner les tribunaux il n'en est pas justifié pour
autant devant Dieu, la prescription présupposant la bonne
foi, c'est-à-dire la conviction d'une conscience droite
de ne pas avoir de dettes.
- Est juste non pas le Prussien qui se
soumet à la loi mais celui qui reconnaît et honore
le droit d'autrui, n'y aurait-il ni lois ni police.
- Que la vertu de justice soit une vertu
importante, personne n'en doutait. Terminons simplement en soulignant
que c'est par elle que la perfection de saint Joseph fut définie
: vir iustus, un homme juste, un homme au coeur
droit (Mt 1,19).
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Abbé
Gabriel BAUMANN
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