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O Sang très-précieux,
source de la vie éternelle, prix et rançon de l'univers,
bain sacré de nos âmes, qui défendez sans
cesse la cause des hommes près du trône de la suprême
miséricorde, je vous adore profondément.
Je
voudrais, s'il était possible, compenser les injures et
les outrages que vous recevez continuellement de la part des hommes,
et surtout de la part de ceux qui osent vous blasphémer.
Qui pourrait ne pas bénir ce sang d'une valeur infinie,
ne pas être enflammé d'amour pour Jésus qui
l'a répandu ? Que serais-je devenu si je n'avais été
racheté par ce sang divin, que l'amour a fait sortir jusqu'à
la dernière goutte des veines de mon Sauveur ? O amour
immense, qui avez donné ce baume salutaire ! ô baume
inestimable, qui provenez de la source d'un amour infini ! Je
vous en conjure, que tous les coeurs et toutes les langues vous
louent, vous bénissent et vous rendent grâce, maintenant
et toujours et dans les siècles des siècles. - Amen.
Dieu éternel et tout-puissant,
qui nous avez donné votre Fils pour Rédempteur,
et qui avez daigné recevoir son sang pour l'expiation de
nos péchés, accordez-nous, s'il vous plaît,
la grâce de vénérer, comme nous le devons,
ce sang précieux, prix de notre salut, et d'être
protégés sur la terre, par sa vertu, contre les
maux de la vie présente, afin de goûter dans le ciel
les heureux fruits du mystère de la Rédemption.
Nous vous le demandons par ce même Jésus-Christ,
votre Fils, notre Seigneur et notre Dieu, qui vit et règne
avec vous, dans l'unité du Saint-Esprit, pour les siècles
des siècles. - Amen
Rien de plus légitime
que la dévotion au Précieux Sang qui est si loin
d'être nouvelle, qu'après saint Paul, bien des saints
docteurs, notamment saint Chrysostôme et saint Augustin,
s'en font les plus ardents panégyristes.
Cependant
c'est surtout depuis l'institution de la dévotion au Sacré-Coeur,
avec laquelle il a tant de rapports, que le culte du Précieux
Sang a pris, avec une forme plus arrêtée, des développements
plus considérables. Des confréries s'établirent,
des indulgences nombreuses furent concédées par
les papes, et Pie IX, marchant sur les traces de ses illustres
prédécesseurs, donna la plus douce satisfaction
à la piété catholique en adressant, à
son retour de l'exil de Gaëte, un décret à
l'univers entier, pour instituer, le premier dimanche de juillet,
une nouvelle fête du Précieux Sang.
Le Précieux Sang a une
dignité suréminente, une valeur infinie. Il mérite
nos adorations au même titre que le Corps sacré de
Jésus, et que le Sacré-Coeur. Comme eux il est uni
à une personne divine ; comme eux il subsiste dans la personne
du Verbe de Dieu qui lui communique une excellence infinie.
C'est le Précieux Sang qui a opéré
la grande oeuvre de la rédemption du monde. Le péché,
considéré par rapport à Dieu qu'il offense,
revêt une malice infinie. Quand il est grave, il provoque
un châtiment infini.
Toutes les créatures
ensemble n'étaient pas capables d'offrir à Dieu
une réparation digne de lui. Le Fils de Dieu se présenta
à son Père, et se fit chair.
Sans
doute qu'il pouvait se dispenser de répandre son sang.
Il n'y avait aucune nécessité pour lui de le verser.
Une seule larme, un soupir, un regard aurait suffi.
Mais parce que l'homme avait voulu en péchant se procurer
un plaisir illicite, parce qu'il avait mérité un
châtiment rigoureux, pour provoquer du reste plus puissamment
l'affection des hommes, le Seigneur voulut nous racheter en souffrant,
en versant son sang. Et il versa son sang, mais avec quelle prodigalité
!
Une seule goutte de ce sang divin était
capable de purifier le monde entier de toute iniquité,
et voilà qu'il le répand à flots. Il lui
faut un baptême de sang. Il l'appelle avec une sorte d'impatience.
Sans parler de la Circoncision, quelles sanglantes
effusions au jardin des Oliviers, sous les fouets de la flagellation,
au couronnement d'épines, pendant le chemin de la Croix,
au dépouillement des vêtements, au crucifiement,
alors que ses pieds et ses mains furent percés de gros
clous et que son Sacré-Coeur fut blessé par la lance
du soldat.
Le sacrifice est achevé ; tout
le sang est répandu ; le corps adorable du Sauveur est
littéralement empourpré de sang. Et ce sang divin
apaise la colère de Dieu, satisfait à l'honneur
de Dieu outragé par les crimes des hommes, paie à
la justice éternelle la dette contractée par les
coupables, réconcilie le ciel avec la terre, en un mot,
opère une surabondante rédemption.
Il
faut entendre les écrivains sacrés célébrer
à l'envi ce triomphe du Précieux Sang. Saint Paul
parle aux Colossiens " du Père qui nous a délivrés
de la puissance des ténèbres et qui nous a transférés
dans le royaume de son Fils bien-aimé, par le sang duquel
nous avons été rachetés Il a plu au Père
que toute plénitude residât en lui, et de réconcilier
par lui toutes choses avec lui, ayant pacifié par le sang
qu'il a repandu sur la croix et ce qui est sur la terre et ce
qui est dans le ciel. " Et saint Pierre : " Nous savons
que nous avons été rachetés par le Précieux
Sang de Jésus-Christ, l'Agneau immaculé. "
Et saint Jean : " Jésus-Christ nous a aimés
et nous a lavés de nos péchés dans son propre
sang " ; et ailleurs : " Le sang de Jésus-Christ
nous purifie de tout péché " ; et encore :
" Les anciens chantaient un cantique nouveau en disant :
Vous êtes digne, Seigneur, de prendre le livre et d'en ouvrir
les sceaux, parce que vous avez été mis à
mort, et que, par votre sang, vous nous avez rachetés pour
Dieu, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute
nation et vous nous avez faits rois et prêtres pour notre
Dieu, et nous règnerons sur la terre. "
Ainsi donc le Précieux
Sang est un sang divin : première excellence ;
c'est
un sang rédempteur : deuxième excellence ;
c'est
un sang sanctificateur : troisième excellence.
La
rédemption ne nous servirait guère, si elle ne nous
était appliquée, si en quelque sorte elle ne s'individualisait
pas pour chacun de nous. Or, elle nous est appliquée par
la grâce qui est le fruit du sang de Jésus-Christ.
Par son unique sacrifice sanglant, le Christ a consommé
pour l'éternité la perfection des élus.
Tous les actes surnaturels sont
dus à l'action du Précieux Sang. Tout ce qui nous
sanctifie en dépend. Il recouvre toute l'Eglise comme une
vaste mer de grâce. Partout il déborde avec profusion,
et il va même arroser les déserts qui sont en dehors
de son enceinte. Il dirige son cours vers les pécheurs
aussi bien que vers les saints. Il purifie les pécheurs
de leurs péchés : " Le Christ, dit saint Thomas,
a fait un bain de son sang pour laver les souillures des criminels.
" Il nous défend contre le démon : " Si
le sang de l'Agneau pascal eut la puissance d'écarter le
glaive de l'ange exterminateur, à combien plus forte raison
le sang de l'Agneau de Dieu mettra-t-il en fuite les puissances
infernales. "
Il étouffe l'incendie
de nos passions. Descendant sur l'âme en pluie de bénédiction,
il renouvelle le prodige des trois enfants de la fournaise qui
furent garantis des ardeurs de la flamme par l'ange du Seigneur
qui fit souffler dans leur prison de feu un vent rafraîchissant
et y répandit une douce rosée en sorte que sans
ressentir la moindre atteinte ils chantaient au Seigneur un hymne
de reconnaissance.
ll nous remplit d'une audace
intrépide pour marcher dans les voies du Seigneur et franchir
tous les obstacles qui se dresseraient devant nous. Enfin il nous
introduit dans les tabernacles éternels : " Et l'un
des anciens, prenant la parole, me dit : Qui sont ceux-ci qui
sont vêtus de robes blanches ? Et d'où sont-ils venus
? Je lui répondis : Seigneur, vous le savez ; et il me
dit : Ce sont ceux qui sont venus ici après avoir passé
par la grande tribulation et qui ont lavé et blanchi leurs
robes dans le sang de l'Agneau. "
Estimer le Précieux Sang,
c'est lui rendre un culte d'adoration, de confiance et d'amour.
Pour rendre hommage au Précieux Sang, nous
n'avons pas besoin de faire des efforts d'imagination ; pour nous
le rendre présent, il n'est pas nécessaire que nous
allions au sommet du Calvaire. Nous n'avons qu'à nous approcher
de l'autel.
Tous les jours à la messe, le
Précieux Sang, par les paroles toutes puissantes du prêtre,
prend la place du vin dans le calice. Tous les jours, après
la consécration, ce sang divin, ce sang vivant, ce sang
glorifié, ce sang uni à la personne du Verbe éternel,
est présenté à l'adoration des fidèles
prosternés.
Continuellement, nous possédons
dans le tabernacle ce sang rédempteur, qui sous les saintes
espèces, anime le corps sacré du Sauveur ressuscité.
Quand vous communiez, quand le Saint-Sacrement est
déposé sur votre langue, c'est encore le sang de
Jésus qui circule dans l'hostie avec toute l'abondance
de sa vie glorieuse. Il voile sous le mystère du sacrement
cette lumière radieuse qui, en ce moment-là même,
éclaire toute l'étendue des cieux, avec une magnificence
de splendeurs que rien n'égale. Si vous la sentiez la force
des pulsations de sa vie immortelle, vous pourriez à peine
vivre vous-mêmes. Une sainte terreur détruirait en
vous la vie.
Mais dans cette hostie adorable, il
y a toute la plénitude du Précieux Sang, le sang
de Gethsémani, de Jérusalem et du Calvaire, le sang
de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension, le
sang qui a été versé, puis repris par le
Sauveur. Il est dans le oeur de Jésus, dans ses veines,
dans le temple de son corps. Il est bien juste que nous entrions
dans un saint tremblement lorsque nous venons à penser
quels sanctuaires nous sommes, quand le très Saint-Sacrement
est au dedans de nous.
Estimer le Precieux Sang c'est
avoir confiance en lui, c'est recourir à lui, c'est l'utiliser
avidement pour nous et pour les autres. Serions-nous souillés
des plus affreux péchés; il peut nous rendre plus
purs que la neige la plus immaculée. Nos crimes mériteraient-ils
les plus terribles châtiments ; sa voix est plus éloquente
pour fléchir le courroux céleste que celui d'Abel
pour crier vengeance. Serions-nous dans la pauvreté spirituelle
; il peut nous enrichir, si nous le voulons, des biens les plus
opulents. Il purifie, il protège, il sanctifie, il nous
introduit dans la céleste Jérusalem.
Enfin nous devons au Précieux
Sang un culte d'amour. Aimer le Précieux Sang, c'est avoir
en horreur ce qui l'a fait couler : le péché qui
a été le pressoir douloureux sous lequel le Coeur
de Jésus écrasé laissa échapper cette
sueur de sang qui mouilla le pied des oliviers du jardin de l'agonie
; le péché qui fit voler en lambeaux, au prétoire,la
chair innocente du Sauveur ; le péché qui le couronna
d'épines, lui perça les mains et les pieds et lui
ouvrit le côté. Aimer le Précieux Sang, c'est
respecter, défendre en nous et dans les autres, l'innocence,
oeuvre du Précieux Sang.
Aimer le précieux
Sang, c'est correspondre fidèlement à la grâce,
fruit du Précieux Sang ; c'est employer le temps qui nous
est donné à la gloire de Dieu et à la sanctification
de nos âmes ; c'est correspondre aux saintes inspirations,
c'est-à-dire, à ces bons mouvements du coeur, à
ces reproches de la conscience, à ces lumières surnaturelles
de l'esprit, et généralement à toutes les
sollicitations miséricordieuses par lesquelles Dieu prévient
notre coeur, soit pour nous réveiller de notre assoupissement,
soit pour nous engager à la pratique des vertus, soit pour
exciter en nous son amour. Aimer le Précieux Sang, c'est
avoir grand soin de ne pas en laisser tomber à terre une
seule goutte en gaspillant les grâces de Dieu.
Quand Pilate, vaincu par une honteuse lâcheté, abandonnait Jésus aux fureurs de ses ennemis, se faisant apporter de l'eau, il se lava les mains devant le peuple, en disant : " Je suis innocent du sang de ce juste. " Et les Juifs de s'écrier : " Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! " Nous servant de cette parole infâme, non pour blasphémer, mais pour exprimer le plus ardent désir de notre coeur, nous nous écrierons : " Que le sang de Jésus-Christ retombe sur nous ! " Quil retombe sur nous, comme une onde purificatrice, pour nous laver de toutes nos fautes ; qu'il retombe sur nous, comme une lumière brillante, pour éclairer nos intelligences ; qu'il retombe sur nous, comme un feu dévorant, pour nous embraser de charité et nous rendre dignes d'aller chanter éternellement dans le ciel sa beauté, son efficacité, ses excellences infinies.
Prions. O Jésus ! Sauveur
adorable, qui avez daigné répandre miséricordieusement
votre Sang sur la croix pour nous racheter de nos péchés,
daignez nous accorder un pardon que nous ne méritons point,
ne vous souvenant que de votre infinie miséricorde et de
votre tendre amour pour nos âmes.
Répandez
sur nous l'abondance de vos grâces, afin que nous arrivions
au Ciel pour jouir de votre gloire pendant toute l'éternité.
Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père et le
Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.
( commentaires de M. L'Abbé C.P. Chanut )