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BIOGRAPHIE du Chanoine D.J. LALLEMENT
Notes de présentation du remarquable ouvrage :
" Un sage pour notre temps... Daniel-Joseph Lallement "Un proverbe anglais dit "qu'un père peut avoir douze enfants, mais que douze enfants n'ont pas forcément un père". L'adage énonce une évidence qui n'est pas seulement valable dans l'ordre de la paternité biologique.
Il est aussi vérifiable dans l'ordre de l'esprit. Qui pourra jamais prétendre avoir rendu à celui et à ceux qui furent investis de la grâce paternelle ce qu'ils en ont reçu ?
Comment redire tout ce que nous devons à Monsieur le Chanoine Lallement ? Comment rendre grâce de la chance de l'avoir rencontré, d'avoir bénéficié de son enseignement, d'avoir depuis plus de cinquante ans mesuré jour après jour l'incomparable source de lumière que fut son intelligence humble, courageuse, réaliste et fidèle à l'essentiel ?Tout d'abord nous oserions mettre en premier lieu l'éminente dignité de l'étude de la sagesse et de la théologie. Comment apprendre à penser, c'est à dire à respecter les décalages entre les degrés d'être, à mettre une hiérarchie, c'est à dire à écouter le réel parce qu'on en a découvert les premiers principes et la sagesse ? Trois vertus sont ici rendues aimables : la magnanimité, parce que l'esprit découvre la grandeur de ce à quoi il est appelé ; l'humilité parce qu'il se rend vite compte que tout seul on ne peut franchir les obstacles qui sont sur la route ; enfin la patience parce que le but est si grand qu'il y faut du temps.
Pour tenir dans la fidélité à l'étude, le Chanoine Lallement revient inlassablement sur le rôle de l'amour, sur la place de la dévotion, acte de la vertu de religion par lequel la volonté s'offre elle-même au service de Dieu.
Il faudrait ajouter ce qu'il dit de l'intelligence de la béatitude et de la recherche du bonheur comme but de la philosophie qui ordonne toute la vie humaine. Jamais on ne remerciera assez le Chanoine Lallement de la vigueur avec laquelle il dénonce le péril de la modernité lorsqu'on veut tout réduire à l'action, au productivisme mental et à l'homo faber.
C'est de la plus pénétrante compréhension de ce que sont l'intelligence et la dignité du connaître qu'il peut tirer et la fulgurance de ses analyses sur la vraie source des crises du monde moderne, sur l'essence de la vie surnaturelle et de la vision béatifique commencée dès ici-bas, sur la nécessité de la philosophie, sur le drame non seulement des utopies de la modernité, mais de la gravité des options du protestantisme.
Que de pages d'une lucidité, si bienfaisante, sur les fausses idées que l'on peut se faire de l'intelligence, sur l'influence de Kant et ce qui en résulte dans un "nouveau christianisme", sur les séquelles de l'humanisme qui préparait le matérialisme marxiste.
On en finirait plus d'énoncer ce qui au tournant de chaque page des cours du Chanoine Lallement amène à aller plus loin. La consommation peut-elle avoir des limites ? N'y a-t-il pas deux types de besoin inscrits dans la nature humaine ? L'homme est-il d'abord regard ou projet ? Qu'est-ce que la contemplation ? Pourquoi la vie théologale nous conduit-elle au bonheur de Dieu ? Comment comprendre les faux-semblants de la théorie de l'évolution ? Quels risques la théologie encourt-elle à refuser de voir la contamination des philosophies idéalistes ? Quelle attention doit-on apporter pour ne pas se contenter d'instruments de pensée insuffisamment purifiés ? Pourquoi trouve-t-on actuellement parfois davantage de "valeurs humaines religieuses" dans l'orthodoxie et le judaïsme que dans certaines options défigurées du christianisme ? Pourquoi sommes-nous si limités pour comprendre qu'une apostasie dramatique a vraiment commencé ? Comment certains intellectuels catholiques laissent-ils croire que leurs interprétations de Dieu pourraient, alors qu'elles sont très réductrices, être celle du Christ ?
On remarquera dans ces pages, comment loin d'être contaminée par un esprit polémique, la pensée du Chanoine Lallement est avant tout guidée par la nostalgie du meilleur. Que ce soit pour discerner les raisons de la fidélité de l'Église à la véritable théologie de saint Thomas d'Aquin, ou pour éviter que le Concile soit monopolisé ou abusivement défi-guré par certain traditionalisme dénué d'humilité.
C'est avec bonheur qu'on reçoit ici une des clefs fondamentales de toute la structure de la théologie de saint Thomas qui est son intelligence de la miséricorde. " La théologie de saint Thomas d'Aquin est une théologie de la Rédemption, de la Grâce obtenue par le Sacrifice du Christ ; or on l'a contaminée au point d'en faire un semi-rationalisme et le soutien d'une politique positiviste, sans aucune prise sur l'humanité réelle qui est une humanité à racheter. " L'intelligence de l'être comme l'intelligence de l'amour et de son mode propre de fonctionnement, sont parmi bien d'autres, des dons que l'enseignement du Chanoine Lallement apportent.
Il s'est interrogé pour dire ce que le génie d'Aristote avait apporté en chance unique pour la pénétration théologique des mystères. On relira avec bonheur ces passages. Peut-on oser faire de même pour dire ce que le Chanoine Lallement nous apporte encore et de manière de plus en plus nécessaire aujourd'hui ? Cela pourrait peut-être tenir en trois propositions.
L'intelligence est faite pour l'être, pour communier au réel et elle a la chance de pouvoir discerner la perfection de l'être même imparfait.
Tout le mystère de Dieu doit être d'abord et avant tout entendu comme le mystère de la Révélation d'un amour récréateur d'amour, d'un amour de miséricorde.
Tout le but de la vie humaine est d'entrer dès ici-bas dans le partage de l'échange, de lumière, de vie et d'amour entre les Trois Personnes divines.
Bernard Bro, o.p.Note liminaire
Ce bref aperçu de la vie et de la doctrine du chanoine Daniel-Joseph Lallement permettra au lecteur d'entrevoir la richesse de l'ouvrage plus complet, publié aux Éditions Téqui, sous le titre Un sage pour notre temps : Daniel-Joseph Lallement.
Ceux qui ont eu le bonheur de bénéficier de son enseignement ont sans doute deviné de quelle profondeur de réflexion et de vie spirituelle il émanait. Mais ils n'ont que très rarement pu faire connaissance de l'homme, sensible et chaleureux, du prêtre, zélé et fervent, et du mystique auquel le Seigneur avait accordé des grâces extraordinaires.
Ce petit livre ne peut que commencer à soulever le voile.
Seuls les lecteurs du gros ouvrage découvriront l'abondante richesse de la doctrine et de la vie de celui qui ne voulut être qu'un prêtre de Jésus Christ et un très fidèle disciple de saint Thomas d'Aquin.La rédaction de cette petite plaquette a été entreprise en la fête de Notre-Dame de Lourdes de l'année 1997, soit vingt ans exactement après la célébration des funérailles du chanoine Daniel-Joseph Lallement, le 11 février 1977.
Ce maître avait enseigné quarante-deux ans à la faculté de philosophie de l'Institut Catholique de Paris en sorte qu'une cérémonie solennelle aurait pu être célébrée dans la chapelle des Carmes à Paris sous la présidence du recteur et avec l'assistance d'une grande partie du corps professoral.
Mais il avait préféré un ensevelissement plus humble, plus pauvre, plus recueilli, en présence des membres de sa famille et d'un petit nombre de ses fils et filles spirituels. Mgr Ménager, archevêque de Reims, avait eu la délicatesse de venir lui-même présider la cérémonie. Dans son homélie, après avoir brièvement rappelé les moments principaux de la vie du Père, il concluait ainsi :
"Nous avons choisi, comme lecture d'évangile, le chapitre 17 de saint Jean qui résume bien son existence de chercheur de Dieu : "La Vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus Christ." L'Évangile, par ces quelques mots de Jé-sus le soir du Jeudi Saint, nous livre le secret de la vie du chanoine Lallement.
Sa vie n'a été qu'une longue et patiente recherche du Seigneur."QUELQUES MOMENTS D'UNE VIE TOUTE SIMPLE ET TRES UNIFIEE.
Vocation, formation et ordination.
A quelques centaines de mètres de cette église Saint-Charles de Sedan, le 19 décembre 1892, avait vu le jour Daniel Lallement, fils d'un sculpteur et d'une Ardennaise aux origines belges.
Le 9 juin 1895, Thérèse Martin, au Carmel de Lisieux, prononce son acte de victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux.
En ce même été, à Sedan le jeune Daniel âgé de deux ans et demi s'amuse à planter des fleurs coupées dans une plate-bande de terre meuble. Soudain, raconte-t-il : " je fus remis debout et je me vis, plutôt je me sentis offrant le Calice. Le souvenir, et plus que le souvenir d'un fait passé, la présence de cette grâce est toujours depuis en moi, immuable. " Sa vie tout entière fut une réponse joyeuse et de plus en plus aimante à cet appel divin.Cette vocation peu ordinaire était adressée à un bambin longiforme, capable de violentes colères que ne calmait qu'un jet d'eau sur le visage. Constatant sa grande précocité d'intelligence, un instituteur le fit entrer en la classe de dixième à l'âge de quatre ans et demi.
Après de brillantes études secondaires, il entre, en octobre 1909, âgé seulement de dix sept ans, au grand séminaire de Reims. Dès la première année, ses maîtres et son supérieur, surpris de ses capacités intellectuelles, lui confient la clef de la bibliothèque des professeurs. Le jeune séminariste s'y plonge dans la lecture de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin et du commentaire qu'en donne Cajetan. Sa conversation avec le Docteur Angélique se poursuivra toute sa vie. Et pour faire sienne l'âme de celui qu'il prenait pour maître, il demande à être admis dans le Tiers Ordre de saint Dominique.
Il assimile en une année deux années d'étude théologique si bien qu'à vingt ans, à la rentrée de 1913, il est envoyé à l'Angelicum de Rome.Il y suit avec enthousiasme les cours des Pères Rohner et Garrigou-Lagrange. De ce dernier, il admire la science et le rayonnement et se met sous sa direction spirituelle. Il a la grâce de renouveler ses voeux de Tertiaire dominicain entre les mains du Bienheureux Père Cormier alors supérieur général des frères prêcheurs.
Dans une longue lettre à ses parents où il s'exprime avec le talent d'un grand reporter, il rend compte de sa réception exceptionnelle par saint Pie X, auprès duquel il est introduit par son archevêque et un de ses auxiliaires.
Le 13 juin 1914, il obtient sa licence en philosophie avec la mention cum magna laude cum accessu, c'est à dire proche du maximum.De retour à Sedan pour les vacances, il profite, en raison des bruits de guerre, d'une ordination prochaine au Saulchoir à Caïn, en Belgique. Il y reçoit le sous-diaconat et rentre en hâte à Sedan où la rapide avancée de l'armée allemande le contraindra à rester jusqu'à la fin du conflit.
Dans cette situation, le manque de professeurs oblige le directeur du lycée d'État à faire appel, pour les cours de philosophie, au jeune sous-diacre. Il y enseignera en soutane et en commençant ses cours par la prière ! Quant au curé de l'église Saint-Charles, il charge ce jeune clerc de s'occuper des enfants de choeur et des jeunes gens de la schola. Pendant quatre ans, il leur enseignera certes le grégorien, mais instruira aussi les intelligences et élèvera les âmes suscitant des vocations.
A l'armistice, ayant présenté à son évêque neuf petits séminaristes, il lui sera demandé de poursuivre une année encore ce "petit séminaire de guerre", en attendant la reconstitution de celui de Reims. Et ainsi, en octobre 1919 , sept petits séminaristes, dont le futur Père Y. Congar, pourront entrer au grand séminaire.Quant à lui, en raison de la destruction partielle de la cathédrale de Reims, c'est à Paris qu'il reçoit le diaconat puis, le 6 avril 1919, l'ordination sacerdotale.
Le lendemain, il célèbre au Sacré-Coeur de Montmartre. Il relatera plus tard la grâce reçue ce jour-là : " Portant le Corps très Sacré du Christ aux fidèles qui devaient communier, par une lumière intérieure de l'âme, j'ai vu intellectuellement l'apostolat conféré aux prêtres - qui ordonnait et réclamait déjà l'activité de toute ma vie L'office de l'évangélisation et toutes les manières de sanctifier sont ordonnés à cette communion au Pain de Vie : c'est ainsi que le peuple chrétien est réellement nourri du Verbe de Dieu et demeure, vit et croît dans la charité de Dieu "
Une fois les petits séminaristes entrés au grand séminaire, l'archevêque de Reims souhaite que le jeune prêtre poursuive ses études supérieures à Paris.Le 3 novembre 1919, il s'inscrit à la Faculté de philosophie de l'Institut Catholique de Paris et en Sorbonne pour se préparer à la licence d'État ès-lettres-philosophie. A l'occasion d'une session extraordinaire de cette dernière, et au bout de quatre mois d'étude, il obtient ce diplôme.
Parmi les professeurs de la Faculté de philosophie dont il suit les cours, il est spécialement intéressé par Jacques Maritain, qui rapidement le remarque. Bientôt, se nouera une solide amitié. Au terme de ses deux années universitaires, il devient, dès 1921-1922, suppléant de Jacques Maritain pour les cours d'histoire de la philoso-phie moderne. Il y parlera pour commencer de Leibnitz et de Spinoza.Le professeur de sociologie.
L'année suivante 1922-1923, on lui confie la chaire de sociologie qui vient d'être créée. Au long de ces années, il montrera que la sociologie est bien de l'ordre des connaissances pratiques, mais qu'elle n'est pas une science distincte de la morale sociale. Les sociétés ne sont pas des êtres de nature, mais des ordres de relations formés par l'activité volontaire libre. Le mérite de la sociologie positiviste étant cependant d'avoir montré la nécessité d'une connaissance précise des faits sociaux.
La famille étant la cellule de base de la société politique, il reviendra souvent sur ce sujet en critiquant les politiques familiales modernes. Il relevait les facteurs de désorganisation de la famille des temps modernes qu'il appelait famille restreinte. Et dans cette désorganisation il soulignait la nocivité de certaines lois, conseillant, lorsque la législation porte à faux, de s'appuyer le plus possible sur les coutumes familiales, en attendant qu'une saine législation revienne épauler la vertu.
Il discerne, dans les intentions de nos contemporains, une disposition qui les porte à préférer orgueilleusement l'affirmation de soi dans les arts et techniques à l'humble réalité de la génération. D'où la dénatalité. Il n'ignorait pas de multiples autres raisons de la dénatalité, mais il discernait que l'appétit des arts et des techniques où l'homme agit au gré de sa fantaisie détournait de l'uvre la plus naturelle, à savoir la génération et l'éducation des enfants.
A partir de 1925, il analysera successivement avec pertinence et profondeur les vices du libéralisme économique et critiquera les régimes socialistes, fascistes, national-socialistes et communistes.
Ses profondes analyses de la société domestique et de la cité sont l'application aux pro-blèmes actuels de la doctrine morale d'Aristote et surtout de saint Thomas d'Aquin dont l'abbé Lallement est un ardent disciple conformément aux directives de Léon XIII, Pie X et Pie XI.La sagesse de ce professeur en ces sujets délicats n'est pas ignorée de certains évêques.
L'Assemblée des cardinaux et archevêques, en 1935, lui demandera de rédiger un livre : Principes d'action civique qui ordonne et synthétise la doctrine de différents Souverains Pontifes.Alors qu'avant la fin du XIXe siècle, les forces laïcistes offrent aux Français leur conception désordonnée de la république et s'activent contre l'Église du Christ, des hommes plus conservateurs mais malheureusement agnostiques et positivistes s'efforcent de conserver et revivifier certaines traditions de la France chrétienne.
Saint Pie X semble au début avoir considéré avec bienveillance la montée de ce mouvement.
Il n'est donc pas surprenant que de nombreux prêtres se soient intéressés à l'Action Française. Aussi lors de sa condamnation par Pie XI, l'abbé Lallement comme d'autres est d'abord quelque peu déconcerté, mais Pie XI ayant demandé à Jacques Maritain de s'agréger des collaborateurs pour rédiger un livre expliquant la décision de Rome, il participa à la rédaction de Pourquoi Rome a parlé et quelques temps après de Clairvoyance de Rome .
En ces circonstances, il rendit visite à Pie XI et sollicita la rédaction d'une Encyclique expliquant les motifs de la condamnation. Le Saint Pontife lui répondit : "Vous ne voulez pas que je fournisse des raisons à des rationalistes." Des années plus tard, en 1973, le Père Lallement pouvait écrire :
" Les catholiques de France - et parmi eux ceux qui se voulaient les plus désireux de forte doctrine et de vie surnaturelle - ont été très infidèles à recueillir l'immense grâce qui leur était faite par la condamnation romaine de l'Action Française.
S'ils avaient profondément médité sur cette condamnation, s'ils avaient compris ce que l'Esprit Saint voulait obtenir d'eux par elle, ils auraient été préparés à un rôle d'une grande fécondité dans la crise actuelle de l'Église.
La condamnation par Rome de l'Action Française visait principalement à faire reconnaître aux chrétiens les voies par lesquelles ils pouvaient et devaient agir pour le bien de la Cité. Elle les détournait du "Politique d'abord !" de l'Action Française. "En 1935, les options politiques que prend J. Maritain sont l'occasion d'une brouille avec l'abbé Lallement.
Déjà, lors des réunions de Versailles et de Meudon, ils avaient pu expérimenter qu'en dépit de leur sincère amitié, ils divergeaient sur l'interprétation du thomisme et aussi sur la subordination de la société temporelle à l'égard de la société surnaturelle. A ces occasions, un long échange épistolaire s'établit entre eux. On pourra le lire dans la biographie complète.En 1938, en l'espace d'un été, il rédige sa thèse de doctorat en philosophie scolastique sur L'humanisme marxiste.
En présentant cette thèse au jury, il dit :
" Certains diront peut-être : pourquoi consacrer un si grand labeur, dans une Faculté de Philosophie, à une doctrine qui proclame avec mépris "La misère de la philosophie" ? A cela, je réponds que le marxisme s'affirme comme l'héritier de la philosophie post-kantienne, et que je crois qu'il l'est. Il use, un peu sommairement, de la philosophie de Hegel ; mais il y a plus que cela : je crois que de la philosophie idéaliste moderne le marxisme est un enfant, cruel pour sa mère mais authentique. "
L'humanisme de Karl Marx est le plus logique et partant le plus cruel, car cet humaniste génial se veut totalement autonome, il ne veut être mesuré par rien et être la mesure de tout : pas de regard humble et docile devant les choses de la nature, refus de toute règle métaphysique et, à plus forte raison, surnaturelle. Il reste l'action, transformatrice de tout ce qui se présente à lui pour jouir de lui-même et se transformer lui-même.En 1939, éclate la seconde guerre mondiale. Il continue son enseignement. En janvier 1940, lui sont demandées quatre conférences sur les ondes de Radio Paris pour les pères de famille mobilisés. Il leur parle de la Sainte Famille de Joseph le charpentier.
Après cette causerie, son ami Mgr Richaud alors évêque de Laval, qui savait sa longue méditation sur le mystère de saint Joseph, lui écrivit : "Il faut que votre travail aboutisse bien vite car vous avez certainement une grâce pour parler du saint Patriarche". Malheureusement ce ne sera qu'après sa mort que ses disciples pourront publier ce qu'il a enseigné et écrit sur le chef de la Sainte Famille .Le Père Peillaube, doyen de la Faculté de philosophie lui avait proposé, dès ses premières années d'enseignement, un apostolat auprès des jeunes filles. Celui-ci s'exerça en particulier au cours d'Hulst, aux Cercles thomistes, à l'Université Féminine.
Une ancienne élève rapporte : "Mes propres souvenirs sont marqués par son physique : très grand, très maigre et surtout très laid, avec un profil d'aigle au dessus d'un cou décharné. Il avait des doigts immenses qui me fascinaient quand il les agitait dans son ardeur à faire méditer aux bécasses que nous étions, à quinze-seize ans, le mystère de la Sainte Trinité. Et, de fait, je n'ai jamais entendu depuis de notions plus claires sur un sujet si peu évident.
Je le vois encore, allant à la Catho où il faisait des cours de sociologie, avec sa grande cape noire et un feutre rond aux larges bords [le chapeau romain]. Avec son grand cou et sa tête d'oiseau, il fallait regarder de plus près pour voir ses yeux très clairs et deviner son intelligence et le feu qui le brûlait. C'était un "grand bonhomme"."
Le célèbre Père Thomas Dehau, o.p., lui confie un petit cercle de jeunes filles désirant une vie contemplative et apostolique auprès d'étudiantes. De là, sortiront les Petites Surs de saint Thomas dont quelques-unes deviendront les Petites Soeurs de la Sainte Vierge.Le professeur de métaphysique.
En 1944, il devient titulaire de la chaire de métaphysique tout en conservant celle de sociologie.
Dès son premier cours de théodicée, il parle de l'Intelligence divine et en ontologie de la plus haute fonction humaine : l'enseignement de la métaphysique.
Pendant dix-neuf ans, il se donnera avec ardeur à initier les intelligences. Un de ses confrères dira de lui : "il est le plus grand métaphysicien de son temps".
Il parlait comme ayant autorité car il était un disciple très fidèle de saint Thomas d'Aquin, obéissant en cela aux prescriptions de Léon XIII, Pie X, Benoît XV et son code de droit canonique, Pie XI, Pie XII.
Il articulait très lentement, pesant ses mots pour signifier avec exactitude des concepts élaborés dans lesquels il contemplait les réalités métaphysiques. Les sujets abordés étaient difficiles, parfois ardus, mais son talent pédagogique les rendait accessibles.
Ce professeur de philosophie eut refusé qu'on l'appela un philosophe. De toute son âme, il était un prêtre, un théologien affamé de vie théologale. Enseignant les questions philosophiques, il procédait à la lumière de la raison naturelle, mais les aperçus théologiques ne manquaient pas. Il vivait ces mots de saint Thomas : "la philosophie est servante de la théologie". Il savait de plus que la majorité de ses étudiants se préparaient au sacerdoce.
On trouvera dans le livre complet ses conseils aux étudiants et un assez large aperçu de son enseignement.
Rapportons seulement ici ce qu'étaient ses dispositions intérieures dans son enseignement telles qu'il les a confiées à ses étudiants en 1953.
" J'ai parfois le sentiment que les réfutations d'erreurs que je suis amené à donner peuvent paraître bien impassibles.
Soyons bien convaincus que l'état dans lequel nous voyons actuellement le monde est le résultat des erreurs que nous rencontrons dans l'enseignement, spécialement dans l'enseignement de la métaphysique, pour ne parler que de celui-là.
Cet état de notre monde, il faut oser, avec la grâce de Dieu, avec la force de Dieu, il faut oser le regarder un peu là où il apparaît en toute son horreur. Nous ne devons certes pas un seul instant oublier ce que souffrent, à l'heure actuelle, des milliers d'êtres humains ; ce que souffrent, en particulier, des milliers d'évêques, de prêtres, de religieux et religieuses. C'est contre la racine de ces maux-là que nous nous battons dans des exposés doctrinaux d'apparence impassibles. Mais il est nécessaire de nous rappeler la parole de Notre Seigneur : ce genre de démons ne se chasse que par le jeûne et la prière.
Ce ne sont pas nos seuls exposés théoriques, si nécessaires qu'ils soient, qui pourront, certes, délivrer l'humanité des erreurs qui entraînent de telles conséquences. Il faut beaucoup de prière et, si Dieu le veut, de la souffrance, d'abord même pour bien distinguer les erreurs ; ensuite pour les réfuter d'une manière pertinente et claire, et enfin pour obtenir que les âmes en soient libérées. "QUELQUES ASPECTS DE L'HOMME INTERIEUR ET DE SA DOCTRINE.
Le prêtre.
Depuis sa vocation à l'âge de deux ans et demi, Daniel-Joseph n'a jamais voulu être autre chose qu'un prêtre de Jésus-Christ.
Célébrant le Saint Sacrifice après cinquante ans de sacerdoce, il confie dans l'homélie :
" Ils sont inexprimables en mots humains les sentiments de joie supérieurs à toute tristesse, de confiance en la miséricorde divine, de reconnaissance, d'adoration, que l'Esprit Saint suscite en mon coeur au terme de cinquante années de sacerdoce !
Simplement, je pose la tête sur le Coeur du Christ, avec l'unique désir de me fondre en Lui pour vivre comme action de grâces la sienne propre, son "Eucharistie" !
Vous, à qui la charité inspire le désir de remercier avec moi, plongez-vous aussi dans l'Eucharistie du Seigneur.
Si nous entrons dans le Coeur eucharistique de Jésus, mais seulement ainsi, nous pouvons ressentir ce que sont, dans l'oeuvre du Rédempteur, cinquante années pendant lesquelles chaque jour le Christ s'est saisi d'un homme comme d'un instrument vivant pour renouveler son propre sacrifice d'adoration, d'action de grâces, d'imploration et de réparation.
Le prêtre est ce qu'il est par cette volonté du Coeur de Jésus de le prendre comme instrument vivant pour renouveler le sacrifice du Calvaire dans le sacrement de l'Eucharistie.
Le prêtre ne se comprend donc lui-même - et personne ne peut le comprendre - qu'en entrant dans le Coeur de Jésus Souverain Prêtre qui veut, sans cesse, jusqu'au dernier jour du monde, renouveler son Sacrifice rédempteur au milieu du peuple chrétien à la gloire du Père.Chaque messe que nous célébrons ou à laquelle nous participons devrait être une plus profonde union à l'action de grâces de Jésus.
Deux fois, en chaque messe, à la consécration du pain et à celle du calice, le prêtre présente à notre Père des cieux l'action de grâces de son Christ. L'action de grâces que le Christ exprima en donnant son Corps et son Sang à la Cène est vraiment tout le fond de l'âme humaine de Jésus.
Cette âme humaine, le Fils éternel de Dieu l'a prise pour que la grâce, communication de la vie divine à la créature, soit reçue parfaitement, c'est à dire pour que le Sacrifice rédempteur unisse toute l'Église dans cette réception de la grâce.
Sans cesse, au cours de sa vie terrestre, l'âme humaine du Christ remercia Dieu pour l'Incarnation.
Elle proclama, unie au Verbe éternel, la splendeur des desseins de la miséricorde paternelle ; ces desseins, comme le dit le texte grec de l'Évangile, elle les "homologua". Cf. Mt 11, 25 ; Lc 10, 21 : exhomologoumai soi, Pater.
L'âme de Jésus fut toujours en la disposition de consacrer en Sacrifice, pour la réalisation de ces desseins de grâce, la vie corporelle qu'elle animait. Elle remercia de son acceptation par le Père, elle exulta dans l'action de grâces en établissant pour tous les jours et tous les lieux de la terre le renouvellement de ce Sacrifice.
Vraiment le Coeur Sacré de Jésus est compris dans son fond lorsqu'on l'appelle Coeur eucharistique. Et l'Église du ciel et de la terre lui est surtout unie, avec Marie pleine de grâce, dans l'union à son Eucharistie. "De son enseignement sur l'Eucharistie, citons ici seulement deux très courtes notes :
" Le Sacrifice eucharistique est une réalité si pleine que la Parousie arrivera avant que l'Église ait pris, de cette réalité dont elle vit, une entière conscience.
Il faut d'abord manifester la foi de l'Église sur ce point capital : le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie est vraiment un Sacrifice, au sens fort de sacrifice "propitiatoire". " " Le Saint Sacrifice de la Messe, en nous faisant communier à la Très Sainte Mort et à la Résurrection de Jésus, nous fait par cela même monter tous ensemble, chrétiens de la terre et âmes du purgatoire, vers le terme qui est l'union parfaite à Dieu avec les saints du Ciel. "
Le théologien thomiste.
Évoquant le chanoine Lallement, certains de ses confrères disaient par mode de plaisanterie : l'abbé Lallement, il est dominicain au carré et thomiste au cube.
Qu'il ait éveillé des vocations dominicaines, c'est un fait ; qu'il ait aidé des multitudes d'intelligences à se mettre à l'école du Docteur angélique, c'est aussi évident. Il écrira vers la fin de sa vie :
" Je n'ai pas choisi d'être professeur de philosophie.
Répondant à un appel divin reçu dans l'enfance - et dont je voudrais éternellement remercier le Seigneur -, je me suis offert à l'Église simplement pour être un de ses prêtres, donc le ministre du Très Saint Sacrement de l'Eucharistie et, en conséquence de cela, un prédicateur de la vérité révélée, de la manière dont l'Église le voudrait.
J'ai été ainsi spécialement appliqué très jeune, et en de très longues années, à l'étude et à l'enseignement de la philosophie, selon saint Thomas d'Aquin. J'ai voulu accomplir cette tâche dans l'esprit de ce maître. Au début de cette orientation de mon travail, j'ai eu la grâce, le bonheur, d'être personnellement confirmé dans cette mission par le saint Pape Pie X, auquel me présentait mon archevêque, le cardinal Luçon. J'ai étudié très assidûment - dans ma quatre vingt deuxième année j'étudie encore sans cesse - les écrits de saint Thomas.
Je ne me suis pas laissé disperser ; je n'ai étudié d'autres philosophes qu'autant que cela m'était strictement nécessaire pour connaître la manière dont les problèmes se posent devant les esprits que je devais contribuer à former dans la sagesse chrétienne.
J'ai souhaité imiter saint Thomas d'Aquin dans sa vie d'union à Dieu, tout spécialement par le culte constant de la Très Sainte Eucharistie, commencement de l'éternel festin des noces de l'Agneau. J'ai désiré avoir une profonde intimité personnelle avec saint Thomas, le Docteur de la Rédemption, de la miséricorde, dont l'âme est si humble, le coeur si bon, si humain. "" Je ne pense pas qu'il y ait une philosophie proprement thomiste. Le thomisme est une théologie surnaturelle. Cette théologie utilise une philosophie, mais cette philosophie est l'aristotélisme.
Reconnaissons que l'aristotélisme a été génialement pénétré et complété par saint Thomas ; mais la philosophie utilisée par le théologien que fut saint Thomas reste l'aristotélisme. Ceci contre Gilson. "" La théologie de saint Thomas d'Aquin peut être essentiellement caractérisée en disant qu'elle est une théologie très complète du Mystère de l'Incarnation rédemptrice.
C'est une théologie de ce que saint Paul nomme par excellence "Le Mystère", le Mystère de Dieu - voir spécialement la doxologie finale de l'Épître aux Romains ; et Éph. 1, 9-10 ; 3, 2 et ss. ; Col. 1, 26 et ss. ; 2, 2-3.
Cela revient à dire, mais en l'explicitant, que la théologie de saint Thomas d'Aquin est la théologie très pénétrante et complète de la Révélation surnaturelle, de la Parole de Dieu ; donc la théologie au sens tout à fait précis du terme : la théologie surnaturelle, la méditation de ce que Dieu nous a révélé Lui-même pour nous appeler et nous conduire au bienheureux partage de sa Vie intime.
Si l'on reconnaît en saint Paul le théologien le plus complet parmi les auteurs inspirés, il est normal que l'on reconnaisse aussi en saint Thomas d'Aquin le théologien le plus complet parmi les Docteurs de l'Église. "D.-J. Lallement est un théologien du bonheur et de la joie.
Dès ici-bas, dans l'exercice des vertus théologales, nous devons vivre dans la joie de ce que la Sainte Trinité est dans la joie.
Dans une courte note, il dit ce qu'est la Révélation chrétienne :
" C'est le partage de la vie intérieure de Dieu, infiniment bienheureuse et éternelle, offert aux pauvres hommes, fils d'Adam pécheur, par le Fils éternel qui s'est fait leur frère, qui est mort pour eux, et qui fait entrer dans sa gloire de Fils du Père ceux qu'Il anime de son Esprit d'amour divin.
La vie chrétienne sur la terre, c'est l'accueil de cette Révélation dans la foi, l'espérance, la correspondance à l'Amour divin. Cette correspondance aimante au dessein de Dieu comporte essentiellement le commencement ici-bas de la vie dans le ciel, par la foi et par l'espérance, aidées par l'expérience de l'Amour divin que nous donne l'Esprit Saint.
Cela comporte aussi l'humble et fidèle accomplissement, sous la même lumière, sous la motion du même Esprit, et selon les différentes vocations, des tâches que réclame la subsistance sur la terre des hommes en cheminement vers la Patrie céleste. "
Un grand nombre de ses notes théologiques figurent dans le livre Un sage pour notre temps : Daniel-Joseph Lallement.Le contemplatif et le mystique.
Son enseignement découlait de la surabondance de sa contemplation, non seulement de son regard dans la foi et la charité sur les vérités de salut, mais aussi de sa contemplation infuse dans laquelle il les goûtait et les expérimentait. Dans une lettre au Père Garrigou-Lagrange, son directeur spirituel depuis son année à l'Angelicum, nous lisons : " Pour ma propre vie spirituelle, je sens de plus en plus l'appel à l'union tout à fait constante avec le bon Dieu. Je donne beaucoup de temps à l'oraison ; plus cependant à l'oraison diffuse au milieu des autres occupations, car une faible santé m'empêche d'avoir une vie aussi réglée que je le voudrais.
Je retrouve presque toujours Notre Seigneur au fond de mon coeur toutes les fois que je suis distrait pendant quelque temps, mais j'ai toujours le sentiment qu'Il ne voudrait pas que je m'écarte un seul instant. " Et le Père Garrigou-Lagrange répondait : "Continuez toujours ainsi, malgré les occupations. Cette oraison diffuse est bonne tâchez de ne pas perdre la présence de Notre Seigneur Le matin si on peut avoir deux heures ou une heure trois quarts de prière, y compris la sainte messe et prime, cela est suffisant, avec le bréviaire de la journée, et une demi heure d'oraison le soir et un quart d'heure de visite au Saint Sacrement."Il a sobrement relaté certaines grâces surnaturelles extraordinaires, des visions intellectuelles.
Outre sa vocation sacerdotale à un âge extrêmement tendre et les lumières reçues lors de sa première messe au Sacré-Coeur de Montmartre, évoquons celles reçues :
à Bologne, où il voit l'âme de saint Dominique,
à Buglose, où il voit celle de la sainte Vierge.
à Saint-Charles de Sedan, sur le Saint Esprit
et d'autres encore.Face à la crise de l'Église et de l'humanité.
Sur la crise de l'Église et de l'humanité, dans ce livre, nous citons seulement quelques miettes de ce que l'on pourra trouver abondamment développé dans la biographie com-plète.
Le chanoine Lallement, du fait de son habituelle union à Dieu et de sa conversation quo-tidienne avec saint Thomas d'Aquin, un homme du treizième siècle, considérait le monde moderne sans se laisser par trop impressionner et influencer par les idéologies et les choix de ses contemporains, ce qui lui permettait de voir le cours du temps comme un homme sur une montagne voit d'un seul regard la totalité de la caravane. De par sa contemplation, de par sa formation thomiste, il domine le temps." Bien des chrétiens ne connaissent pas assez ou ne regardent pas assez concrètement l'histoire de l'Église, de toutes les difficultés, obscurités, luttes, au milieu desquelles les effets de la Rédemption se sont développés, par conformation des membres du Corps mystique au Christ crucifié. Ainsi on regarde trop l'Église comme ayant été exclusivement ou presque, au milieu de ce monde, un havre de calme et de sécurité ; et l'on est étonné et révolté de ne pas rencontrer dans ce que présente l'Église d'aujourd'hui une telle image.
La crise présente de l'Église - et par suite de l'humanité - est, sans comparaison possible, beaucoup plus grave et profonde que toutes celles qui ont été vécues dans l'histoire du Corps mystique.
Dans l'histoire du Corps mystique, "depuis Abel le Juste", comme le dit le Concile Vatican II, pour dater le commencement de la participation à la victoire du Rédempteur (Lumen gentium, n. 2), jusqu'à maintenant, l'association de l'Église à la Passion de son Chef, et à la compassion de Marie, n'a jamais été aussi profonde et douloureuse que dans la crise présente.
Crise de l'intelligence naturelle, perversion de la nature humaine, puissance de moyens du mal, etc., tout cela se traduisant dans une généralisation de l'athéisme qui ne s'était jamais vue dans l'humanité depuis qu'elle existe (Gaudium et spes, n. 19 et ss.).
La gravité de toute cette perturbation n'a pas encore été manifestée dans les faits comme elle le sera jusqu'à ce que Dieu fasse éclater sa miséricorde, à la prière de l'immense multitude des martyrs et des confesseurs de la foi, multitude beaucoup plus grande aussi aujourd'hui qu'en aucun temps précédent. "Quelle attitude intérieure avoir dans la crise actuelle ?
" Mais il n'y en a qu'une véritable : comprendre, aimer avec le Coeur de Dieu, avec le coeur de la Mère de miséricorde.
TOUT excuser. "Nesciunt. Ils ne savent pas."
Et si nous savons un peu mieux - très peu, puisque précisément nous ne savons pas, ou pas assez, ce qu'il faut faire - si nous savons un peu mieux, c'est par pure grâce, et pour que nous entrions davantage dans le Coeur de Dieu Sauveur, avec quelle responsabilité !
Que le désordre qui nous saute au regard soit tout simplement une occasion sans cesse renouvelée d'une très humble prière demandant pour nos frères - et pour nous - la lu-mière et l'amour de Dieu.
Et cette très humble prière de demande, immensément confiante, elle doit surgir de nos âmes reposées sur le Coeur de Dieu, reposées dans le Coeur de Dieu, dans la Vie de la Très Sainte Trinité. C'est finalement ce repos qui a - de par ce qu'il est - l'aspect de prière de demande. Ce repos, pendant qu'il boit un Amour qui se communique, par cela même il est en acte de vouloir sa communication.
Il n'y a qu'un remède au manque d'amour pour Dieu dans l'humanité : c'est beaucoup plus d'amour pour Dieu ! "Il paraît assez facile de discerner les grands traits distinctifs du monde moderne. Qui pourrait se refuser à une triple constatation ? Le monde moderne est une société sans Dieu et sans au-delà ; c'est une société qui s'ordonne finalement à la production et à la consom-mation ; c'est une société de laboratoires d'une physique foncièrement ordonnée à la technique.
1. " C'est, chez les chrétiens, une moindre estime pour l'exercice de la foi dans la vie spirituelle, qui a abouti - qui devait aboutir - à un christianisme d'espoir et d'amour humain sans foi aux dogmes révélés, sans la foi théologale.
La "foi" s'est alors confondue avec l'espoir dans l'amour entre les humains.
La crise de la foi qui développe actuellement toutes ses conséquences est, quant à son origine, contemporaine de la naissance du monde "moderne". Ce n'est pas une simple coïncidence ; la liaison entre les deux faits est intime, nous tâcherons de le comprendre.
Bien des méditations m'ont convaincu que le tournant de civilisation qui se produisit en Europe occidentale au quinzième siècle consista, pour l'essentiel, en la substitution de la primauté de l'action à la primauté de la contemplation chrétienne.
Cette substitution ne put s'établir que parce qu'il y avait une décadence marquée de la contemplation dans cette chrétienté - et c'est en cela que consista essentiellement le déclin de la civilisation chrétienne. A la faveur de cette décadence, s'affirmèrent au grand jour des aspirations à un développement rationaliste et à un activisme prométhéen qui n'avaient jamais cessé de se propager sous le règne de la civilisation chrétienne, théologique et ecclésiastique.
Les principales manifestations de ces courants avaient été, dès la primitive Église, les formes païennes de la gnose et du néoplatonisme, ensuite les rationalismes d'origine juive et arabe, et les recherches passionnées de l'alchimie et de la magie. C'est de ces courants, demeurés longtemps comme souterrains, que jaillit l'humanisme de la Renaissance.
La cause principale du déclin de la contemplation, et avec lui du déclin de la théologie, du déclin dans l'exercice de la foi théologale, ne serait-elle pas dans la prospérité matérielle et la richesse qu'un labeur régulier finit par amasser en certaines situations, mais en même temps dans une pauvreté non volontaire entretenue ailleurs, voire se développant en certains groupes ecclésiastiques devenant trop nombreux ? Beati pauperes spiritu, quo-niam ipsorum est regnum caelorum.
On s'étonnera peut-être de ce que, parmi les causes du changement de civilisation, je n'en signale pas d'une manière spéciale qui soit d'ordre proprement intellectuel, comme la décadence de la scolastique, qui aboutit au nominalisme et au développement de recherches uniquement expérimentales.
Je pense, en effet, que des erreurs dans l'exercice de la raison, et des orientations toutes nouvelles de la recherche ne peuvent prévaloir que si elles sont favorisées par un "climat social" fait lui-même de tendances communes dans la conduite humaine, d'attitudes communes donc quant à la finalité de la vie humaine. Ce sont des choix de la volonté qui font prédominer tel ou tel courant intellectuel et, d'une manière générale, tel ou tel exercice de nos facultés. "2. " Le caractère le plus immédiatement apparent du mouvement économique actuel est son accélération, accélération non seulement très rapide en fait, mais que les tendances, les exigences de l'économie régnante voudraient indéfinie, illimitée ; accélération dans les moyens de production, dans la production, dans la densité et la rapidité des échanges, dans la consommation . "
Bientôt soixante dix ans depuis que cette question fut soulevée, et le salut de la société paraît plus que jamais attendu de ce deus ex machina qu'est la "divine" croissance !
Puis ayant montré que le négoce est à l'origine du mouvement d'accélération qui caractérise l'économie moderne le chanoine Lallement en recherche les causes :
Citons seulement :
a) le mercantilisme,
b) le mouvement philosophique, littéraire, moral, scientifique de la Renaissance,
c) la Réforme.3. La société moderne est caractérisée par ce fait qu'elle donne à l'activité transformatrice de l'homme le primat sur le regard contemplatif.
" Écoutons Descartes qui, dans la sixième partie du Discours de la Méthode, veut nous conduire à une philosophie qui aura pour fin, non pas la connaissance, mais la transformation de toutes choses au profit de l'homme : "Au lieu de cette philosophie spéculative , qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique par laquelle, connaissant la force et les actions de tous les corps qui nous environnent aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre maîtres et possesseurs de la nature" (pour trouver la sorte de divinisation de l'homme qui était recherchée par Marsile Ficin). "
Le même Descartes, dans sa préface aux Principes de la philosophie, conclut son explication de "l'ordre qu'il me semble qu'on doit tenir pour s'instruire", par cette image : "Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale ; j'entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse.
Or, comme ce n'est pas des racines ni du tronc des arbres qu'on cueille les fruits, mais seulement des extrémités de leurs branches, ainsi la principale subtilité de la philosophie dépend de celles de ses parties qu'on ne peut apprendre que les dernières."
Il y a là un renversement total de l'ordre naturel : ce renversement apparaît aussitôt insensé quant à l'ordonnance de la métaphysique à la médecine et à la mécanique ; mais il l'est aussi quant à la complaisance en une morale qui, étant déclarée sagesse suprême et n'étant plus ordonnée à la contemplation des choses divines, ne peut plus être que la glori-fication de l'homme en sa propre action.
Le monde moderne est tel que le voulait Descartes : un monde ordonné à la glorification de l'homme, détourné de la contemplation de Dieu et occupé à transformer le monde par ses techniques.
Dans la biographie complète, le lecteur trouvera de nombreux textes de D.-J. Lallement concernant les caractères les plus fonciers de la physique ancienne et les critiques que l'on doit apporter à la physique moderne.Au foyer familial, l'abbé Lallement avait vu son père, sculpteur de profession, occupé à des oeuvres d'art. Outre la sculpture, il faisait souvent des fusains, des sanguines, de la peinture à l'huile. Le fils, lui, dessinait fort bien, mais n'a jamais eu le temps de s'exercer en ces domaines. Il jetait sur les uvres d'art un regard de connaisseur mais aussi de philosophe et de théologien. De multiples textes, extrayons ceux-ci :
" Le père qui agit par nature est, à un certain point de vue, inférieur à l'artiste qui agit par intelligence, bien que dans la hiérarchie de l'être, le père soit supérieur comme père, à l'artiste comme tel.
Tout homme intelligent et artiste qui est en même temps père sait très bien qu'il n'a pas domaine sur son effet dans la génération comme il l'a dans ses travaux intellectuels ou artistiques. Pour accepter cette limitation de son effet comme agent par na-ture, il est obligé d'accepter par amour le plan providentiel, sinon il est souverainement humiliant pour un homme de se constater agent par nature. "
" Dans les civilisations un peu poussées - je ne dis même pas spirituelles - cette opposition entre l'action par nature et l'action par intelligence est très fortement sentie. L'homme est actuellement, dans des civilisations comme la nôtre, lancé à fond dans ses propres créations libres. Et la génération là-dedans détonne. Il ne faut pas nous faire d'illusions ; la génération, c'est tout à fait autre chose que ce à quoi s'intéresse l'homme moderne.
Ce qui nous explique aussi que l'espoir de fabriquer des hommes en cornues soit une des grandes aspirations de notre époque. Et ceci est très normal par rapport à ce qu'est le cou-ant actuel d'activité de l'humanité civilisée.
L'une des plus grosses questions à l'époque actuelle est : la nature est-elle supérieure à l'art ? Le donné est-il supérieur au construit ? ou est-il inférieur ? Et ce serait être très peu perspicace que de ne pas envisager cela quand il est question des problèmes de la natalité. C'est très bien de faciliter les familles nombreuses ; mais il arrivera un moment où vous n'aurez pas de générateurs, même en les payant ! Il n'est que de voir les statistiques.
Les hommes voudront faire uniquement du travail par intelligence et art. Si vous ne trouvez pas une tout autre conception de vie, si vous n'arrivez pas à une civilisation qui reconnaisse comme vérité bien évidente qu'une fleur des champs est supérieure à n'importe quel travail d'art - mais cela n'est pas si facile à faire reconnaître actuellement -, eh bien ! on en arrivera là. "
Or, ceci discerné dès 1939 était dit à une période où allait commencer un léger bébé-boom et où l'on était encore loin d'imaginer les bébés-éprouvettes. Mais lui voyait cela avec évidence par la simple analyse des fins que se donnait l'homme moderne !Sur le sujet de l'âme humaine, le Père Lallement nous a laissées de nombreuses notes.
Citons celle de 1971 intitulée L'étude de l'âme humaine s'impose :" L'une des études qui s'impose le plus souvent en ce moment - probablement celle qui s'impose en tout premier lieu, avec l'étude logique des points les plus essentiels concernant la première et la seconde opérations de l'esprit - c'est l'étude de l'âme humaine spirituelle et immortelle, tant en philosophie que dans l'Écriture Sainte et dans les enseignements du Magistère ecclésiastique.
La campagne contre l'âme spirituelle a été, en effet, depuis déjà d'assez nombreuses années, d'un acharnement extrême. On peut dire qu'elle est déjà parvenue à faire admettre, par un grand nombre de chrétiens, comme vérité acquise, que la distinction d'une âme spirituelle chez l'homme ne s'est introduite dans le christianisme que sous l'influence d'idées philosophiques grecques.
On peut discerner l'intérêt primordial que l'obscurcissement puis la destruction de la connaissance de l'âme spirituelle présentaient pour le matérialisme militant et pour ceux qui veulent rapprocher le christianisme du matérialisme.
Effacer la connaissance de l'âme spirituelle et de ses opérations propres d'intelligence et de volonté spirituelle, cela entraîne tout de suite trois conséquences :
1. Cela rend impossible la connaissance de la vie propre de Dieu, car, pour cette connaissance, nous avons besoin de l'analogie de notre âme intelligente et de ses opérations spirituelles.
Obscurcir la connaissance de l'âme spirituelle entraîne tout de suite une ignorance de ce qu'est Dieu.
Et, bien sûr, l'ignorance, puis la négation du monde angélique, des bons et des mauvais anges.
2. L'ignorance des opérations proprement spirituelles de notre âme entraîne la non-distinction en nous de la vie de l'intelligence et de la vie des sens, et par suite la méconnaissance de la vie spirituelle surnaturelle, avec les "nuits" qu'elle requiert ; d'où la méconnaissance donc de la vie contemplative chrétienne. C'est tout de suite le matérialisme pratique.
3. La négation de l'âme spirituelle - et déjà le manque d'expérience des opérations proprement spirituelles - entraînent au moins un terrible obscurcissement de la vie au-delà de la mort, sinon sa négation. Cela empêche tout spécialement d'entrevoir et de désirer notre fin suprême surnaturelle, la vue de Dieu.
Pour plonger l'homme dans le matérialisme, pour l'immerger dans le temporel, détruire la connaissance de l'âme spirituelle est ainsi bien plus efficace que de s'attaquer directement aux vérités naturelles et surnaturelles qui concernent Dieu.
C'est sur la connaissance de l'âme spirituelle, sur le discernement de ses opérations propres, que les défenseurs de la foi chrétienne devraient actuellement faire porter leur principal effort. "C'est encore en prêtre depuis longtemps sensible aux aspects de la crise touchant les enfants qu'en sa dernière année, il avait consacré de longues heures à un gros travail de quarante-huit pages Pour la formation chrétienne des enfants et avait commencé en vingt-neuf pages des Notes pour une catéchèse du Credo.
Le défenseur du Concile.
Connaissant son attachement ardent à l'intégrité de la doctrine catholique, certains, victimes d'une fausse interprétation du Concile Vatican II savamment orchestrée, croyaient qu'il bouderait les documents conciliaires et les nouveaux textes liturgiques qui suivirent bientôt. C'était le mal connaître.
Il s'employa à lire, la plume à la main, les diverses constitutions, et il y trouva le remède adapté à la crise qu'il analysait si bien.
A un ami, trois mois avant sa mort, il écrira ces lignes : " Le IIe Concile du Vatican est à lui seul doctrinalement plus riche que tous les autres Conciles réunis Sommes-nous aujourd'hui des chrétiens du IIe Concile du Vatican ?
Notre foi vivante est-elle la foi chrétienne comme elle a été explicitée par ce Concile ? Nous souffrons d'une très grave crise de la foi dans l'Église. Avons-nous, pour notre part, recueilli avec amour les lumières que l'Esprit Saint a données en ce temps ? De ces lumières avons-nous plus intensément vécu, avec gratitude ? "
C'est avec la même gratitude qu'il accueillit la nouvelle liturgie eucharistique et la nouvelle liturgie des heures en langue latine : en les découvrant il exulta de joie et dès lors s'en fit le défenseur. Cependant il ne fut pas toujours satisfait de la qualité des traductions françaises et s'interrogea sur la possibilité de rendre en langue française sans les trahir des textes pensés et rédigés en langue latine.Le Concile fut aussi pour lui l'occasion de discerner les causes des désordres intellectuels, doctrinaux et pratiques du traditionalisme et du progressisme. S'il critique les uns et les autres, il s'applique à montrer ce qu'ils ont de commun : leurs racines plongent dans l'humanisme.
" Chez les chrétiens qui ont subi l'influence de l'humanisme moderne, on constate deux choses :
Le partage de la Vie intérieure de Dieu par la contemplation aimante de ses mystères diminue au profit d'une vie humaine qui se veut rectifiée par des vertus morales, pour la pratique desquelles la prière et les sacrements deviennent seulement des moyens, des secours. Ainsi dans la prière elle-même et dans la participation aux sacrements, l'aspect con-templatif s'estompe. La vie chrétienne tend à être comprise surtout comme un effort pour la pratique des vertus morales naturelles, effort rendu possible par la grâce.
La miséricorde chrétienne diminue en même temps que la contemplation du mystère du salut.
C'est une conséquence normale de la primauté donnée à l'effort moral : on estime que la rectification morale est facile pour tous, avec le secours de la grâce qui est offert à tous.
On estime que l'ordre naturel de la famille, que la constitution naturelle de la société sous une juste autorité sont des vérités aisées à reconnaître. Et donc on mésestime, souvent avec sévérité, ceux qui ne se conforment pas à cet ordre naturel. Il s'insinue dans le coeur des chrétiens quelque chose de l'orgueil que dénonce l'Évangile par la parabole du pharisien et du publicain. - Notons donc qu'une profonde et constante méditation de cette parabole, comme de celle de l'enfant prodigue, est un remède extrêmement adapté pour être délivré de l'influence de l'humanisme.
Les chrétiens atteints par l'influence de l'humanisme peuvent demeurer compatissants et généreux à l'égard des maux physiques et des pauvres qui sont méritants ; ils sont souvent durs à l'égard des misères morales et envers ceux qui ne partagent pas ce qu'ils regardent comme des évidences.
Qu'on y donne attention, et on n'aura pas de peine à constater que les deux grands effets de l'humanisme se rencontrent autant à droite qu'à gauche, bien qu'avec des modalités diffé-rentes qui peuvent masquer ces similitudes à un regard trop superficiel. "
Si le Concile Vatican II fut l'occasion providentielle de mieux discerner l'ampleur du mal de l'humanisme : l'orgueilleuse revendication d'autonomie que l'homme oppose à Dieu qui l'appelle, ce Concile est malheureusement trop peu entendu lorsqu'il en propose les remèdes souverains. Aussi le grand spirituel et le fidèle disciple de saint Thomas le défendait-il vigoureusement lorsque, entre autre, il rappelait en toute clarté et avec insistance notre vocation au partage de la vie intérieure de Dieu dans la contemplation surnaturelle par l'exercice des vertus théologales et des dons du Saint Esprit, et à l'exercice de la miséricorde dans l'union au Coeur du Rédempteur.TESTAMENT ET MORT.
De dix huit textes d'enseignement doctrinal et spirituel que le Père Lallement a laissés en guise de testament, extrayons ce passage :
" En ce soir du vendredi saint, Seigneur Jésus, vous m'avez clairement montré ce que vous avez voulu de moi, ce que vous voulez de moi, ce pourquoi vous m'avez fait voir tout ce que vous m'avez fait voir.
C'est que je vive et que je meure pour que l'Amour soit connu et aimé.
A la suite de Dominique et de François d'Assise.
François exhalait sa plainte : l'Amour n'est pas aimé !
Mais actuellement, il y a une gigantesque conspiration pour qu'Il ne soit pas connu, même de ceux qui, s'ils le connaissaient, l'aimeraient avec ardeur.
Aussi, vous me demandez à la suite de Thomas d'Aquin, le fils de Dominique, de m'employer à faire connaître la réponse à la question : "Qu'est-ce que Dieu ?"
Mais cette réponse ne peut être présentée que dans l'amour et pour l'amour du véritable Amour.
Il faut, plus que jamais, les grâces conjointes - du reste très conjointes au XIIIe siècle, à l'aube des temps modernes - de Dominique et de François.
Je vois pourquoi, non seulement l'humanisme, mais le christianisme de l'humanisme - c'est à dire le protestantisme - et aujourd'hui le "nouveau christianisme", ont une telle aversion à l'égard de la métaphysique.
C'est que la vraie métaphysique sait déjà un peu qui vous êtes, Dieu bienheureux ! Dieu vivant et vrai !
Et je vois pourquoi votre Providence, mon Dieu, m'a doué pour la métaphysique et m'a donné mission, par votre Église, de la cultiver si longtemps.
C'était pour que je sache un peu et puisse dire ce que vous avez donné à la raison de l'homme de savoir quant à la signification de votre Nom : "Je suis" ; ce Nom que vous avez si souvent déclaré être le vôtre, comme celui du Père, Seigneur Jésus, Jésus Seigneur, "Je suis" Sauveur !
Oh ! comme l'Enfer s'emploie pour qu'il ne soit aucunement pénétré, ce Nom !
"Christus factus est pro nobis obdiens usque ad mortem, mortem autem crucis ; propter quod et Deus exaltavit Illum, et dedit [donavit] Illi Nomen quod est super omne nomen ! [Le Christ s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix ; c'est pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné le Nom qui est au dessus de tout nom."] Ph 2, 8-9.
"Educ de custodia animam meam, Domine, ad confitendum Nomini tuo. [Fais sortir de prison mon âme, Seigneur, que je rende grâce à ton Nom."] Ps 141, dernières paroles de saint François d'Assise, le 4 octobre 1226. "C'est lorsqu'il sera appliqué à rédiger et à donner quatre instructions sur l'Eucharistie que les forces du chanoine Daniel-Joseph Lallement déclineront rapidement et que le Seigneur le rappellera à Lui le mardi 7 février 1977.
Une de ses dernières phrases fut : " Nous devons vivre de plus en plus exclusivement tendus vers la vision béatifique. "Georges Maurel
Yves Huet de Barochez