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Serviam présente en ligne des extraits de l'oeuvre du Chanoine Lallement avec l'aimable autorisation de reproduction des Editions Tequi.
Le texte qui suit met en ligne VIE ET SAINTETÉ DU JUSTE JOSEPH, pages 47 à 61.
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" Le Mystère de l'Union de Marie et Joseph"
Par le Chanoine D.J. LallementAyant conclu sa généalogie par Joseph aussitôt présenté comme " vir Mariae, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ ", saint Matthieu commence son récit par la mention des fiançailles de Joseph et de Marie : " Marie, mère du Christ ayant été fiancée à Joseph. " Nous allons donc commencer par méditer sur l'union de Joseph avec Marie, comme sur le premier aspect de sa vie évoqué par l'Évangile. Ce sera surtout méditer sur le principe de sa sainteté, sur ce que sa sainteté dut à cette union avec Marie, mais aussi sur ce que sa sainteté apporta à son épouse. Ce sera encore méditer sur ce que cette union est pour nous : Joseph a le grand désir de nous garder à Marie, car c'est par elle que Jésus-Christ est formé en nous ; et Marie, épouse très fidèle, ne veut pas agir en dehors de Joseph ; nous répondrons donc à leur commune volonté, en comprenant que Dieu veut nous regarder comme les enfants de leur union.
I.- MÉDITONS SUR L'UNION MÊME DE MARIE ET DE JOSEPH : CONSIDÉRONS LE MYSTÈRE DE CELLE QUI, BIEN QUE TRÈS AU DESSUS DE SON ÉPOUX LUI FUT CONFIÉE COMME AU CHEF DE FAMILLE ; CONSIDÉRONS CE QUE CES ÉPOUX ONT DE COMMUN, ET CE QUI LES DISTINGUE DANS LEURS RAPPORTS RÉCIPROQUES.
Marie a été élevée par Dieu, certes, incomparablement au dessus de Joseph. C'est en elle, immédiatement, que l'Esprit Saint opéra l'Incarnation, que le Fils du Père qui est dans les cieux prit chair sur la terre ; elle est donc Mère de Dieu au sens le plus précis. Joseph, lui, a seulement offert Marie et l'a gardée à l'oeuvre divine ; c'est seulement par elle qu'il coopère à l'oeuvre de Dieu.
Ne nous étonnons pas qu'une fonction en soi plus humble, comme celle de la maternité, puisse être exercée par un être créé d'une manière plus complète que ne le peut être une fonction plus élevée comme la paternité. Joseph ne pouvait être au sens rigoureux père du Fils de Dieu ; Marie au contraire, en toute rigueur de termes, a pu être sa Mère.
La Vierge est ainsi la personne créée en laquelle aboutit toute la création ; elle est la créature toute livrée pour que le Fils de Dieu prenne une substance créée en elle : " Aperiatur terra et germinet Salvatorem, Que la terre s'ouvre et qu'elle germe le Sauveur ". (Is 45, 8). Mais en Joseph aboutit la vocation de la famille humaine : le chef de famille trouve en Joseph son rôle le plus haut ; lui qui ne pouvait engendrer Dieu offre et garde ce domaine, cette terre sacro-sainte où le Fils de Dieu prendra la nature humaine.
Ainsi il est parfaitement clair que la Vierge est la personne créée en laquelle aboutit toute la destinée de la création, et qu'en Joseph aboutit la vocation de la famille humaine. Après les trois Personnes divines, donc, il n'est personne de plus élevé que Marie ; après Marie, il n'est personne qui approche d'elle plus que Joseph, Joseph dont le nom, en hébreu, signifie élévation, croissance : " Filius accrescens. " (Gen 49, 22).
Voyons brièvement ce que Marie et Joseph ont de commun ; puis considérons ce que Marie fut pour Joseph, et Joseph pour Marie.A. - Ce que Marie et Joseph ont de commun, c'est leur appartenance entière à Dieu.
Ce que ces deux êtres merveilleusement assortis ont de commun, c'est leur appartenance entière à Dieu.
Sous l'inspiration de l'Esprit Saint, ils avaient fait l'un et l'autre le voeu de virginité. Mais, comme l'explique saint Thomas d'Aquin, ils entendaient par ce voeu la remise absolue de leur coeur et de leur corps à Dieu, si bien qu'ils comprenaient que Dieu pourrait disposer de leur être entier comme il le voudrait. Vint un jour l'appel divin à l'union conjugale ; vint un mouvement de l'Esprit Saint pour cette union déterminée de Marie et de Joseph, de Joseph avec Marie, un mouvement de l'Esprit Saint, selon la croyance commune des Pères et des grands Docteurs, selon l'enseignement explicite encore de saint Thomas d'Aquin. Et cette vérité paraît bien, au reste, ratifiée par la liturgie elle-même, qui nous dit que " Dieu, dans son ineffable providence, daigna choisir le bienheureux Joseph comme époux de sa très sainte Mère : Deus qui ineffabili providentia beatum Joseph sanctissimae Genitricis tuae sponsum eligere dignatus es " (Oraison de la solennité de saint Joseph). Ils n'eurent pas un instant d'hésitation : ils appartenaient purement et simplement, intégralement à l'Esprit d'amour infini. Et l'on peut étendre à Joseph ce que saint Thomas ajoute de Marie, et dire : ils attendirent avec confiance de la Providence qu'ils n'en viendraient jamais à l'union charnelle ; cependant ils remirent cela à la disposition de Dieu " Hoc tamen beata Virgo divino commisit arbitrio " (Sum. theol. IIIa ; qu. 29, art. 1, ad 1m).
Voilà donc l'union la plus foncière de Marie et de Joseph, cette appartenance, cette livraison entière, à discrétion, de tout leur être à l'Esprit d'amour infini.
B.- Ce que Marie et Joseph furent l'un pour l'autre.Dans cette unité profonde, voici ce qu'ils furent l'un pour l'autre.
1 - Marie fut pour Joseph, et tout premièrement et principalement pour lui, la médiatrice de toutes grâces.Marie fut pour Joseph ce qu'elle est pour nous tous, mais en complète splendeur : la Médiatrice de la grâce, la Médiatrice de tous les dons qui viennent de Dieu. C'est la Vierge Marie qui est la raison de la plénière sanctification de Joseph, de cette appartenance totale de Joseph aux desseins divins.
La Vierge, depuis le premier instant de son existence dans son Immaculée Conception, priait intensément pour la plénitude de l'oeuvre de Dieu en ce monde, pour que l'oeuvre divine rencontre toute coopération. Et, au fur et à mesure que s'explicita chez elle par la lecture de la Sainte Ecriture, par exemple l'ensemble des conditions choisies par Dieu pour l'Incarnation rédemptrice, la Vierge pria de plus en plus intensément pour toute cette réalisation du plan divin. Elle pria de toute son âme pour celle qui serait la Mère du Fils de Dieu incarné, sans que l'idée l'effleurât un seul instant, qu'elle était elle-même l'élue. Elle pria intensément pour toute les filles de sa famille, de la famille de David, qui devraient être comme l'escorte, les filles d'honneur de celle qui serait la Bien-Aimée ; et elle désirait être au dernier rang dans cette cour d'honneur de la Mère de Dieu, elle souhaitait être la plus humble servante de la Reine du ciel et de la terre. Elle avait compris aussi ce que signifiait la figure de Joseph de l'Ancien Testament : elle avait compris qu'il devait y avoir un homme sur la terre devant qui s'inclineraient le soleil, la lune et les étoiles, un homme auquel obéirait le Seigneur de toutes choses, un homme auquel serait soumise la Reine de l'univers, un homme autour duquel se grouperaient tous les élus ; et elle priait, elle priait particulièrement, tout aussitôt après sa prière pour la Vierge choisie, pour celui qui aurait cette dignité unique. C'est de la prière de la Vierge qu'est venue à Joseph toute sa sainteté.
Nous pouvons bien entrevoir quel bonheur ce fut pour lui de savoir ainsi dans la suite, de savoir de plus en plus ce qu'il devait à la très sainte Vierge, son épouse. Au cours de sa vie auprès d'elle, intimement uni à elle, il reçut de la Vierge constamment l'effluve de sa charité : c'est dans la Vierge qu'il savait ce qu'il devait être lui-même pour la garder, pour la donner de plus en plus pleinement ; c'est dans la Vierge qu'il apprenait l'amour du Christ.
Médiatrice de toute grâces, la Vierge le fut donc principalement, tout premièrement, vis-à-vis de celui que la Providence lui associait ainsi comme époux, vis-à-vis de celui que la Providence unissait totalement à sa vie et à son oeuvre.
2 - Ce que Joseph fut pour Marie.Mais nous allons avancer encore dans l'intelligence de ce que Marie fut pour Joseph, en discernant maintenant ce que Joseph fut pour Marie.
a - Il fut le seigneur, le chef de celle qu'il regardait comme à lui confiée pour demeurer dans la paix divine.Ce que Joseph fut pour Marie ! le seigneur, le maître, le chef.
" Mon seigneur ! " Jamais une femme n'a dit cela à son époux avec une conscience plus parfaite que la Vierge Marie. Il est le chef, il est le seigneur de la maison, et le prince de celle qui est la possession de Dieu par excellence, " dominus domus et princeps possessionis ", (Ps 104 - Heb 105, 21 ). Il est le chef, et elle, elle lui obéit tout simplement, avec un immense amour, avec un immense amour qui ne distingue pas sa sainteté et son rôle de chef qui ne font qu'un. Elle obéit à ce qu'il est devant elle, à ce que Dieu l'a établi sur elle ; elle obéit simplement parce qu'elle sait qu'il est le représentant du Père, placé là tout exprès pour qu'elle soit libre elle-même dans l'obéissance, libre de toute responsabilité, reposée dans la pure vie divine.Et je disais bien que voir ainsi ce que Joseph est pour Marie aboutit encore à nous faire mieux connaître ce qu'est Marie, ce qu'est Marie pour Joseph.
Marie, fille de Dieu, Marie, Mère du Christ, doit être libre de toutes les fluctuations des choses de la terre : elle est l'océan d'immense calme, et qui doit rester tout purement au calme divin. A elle donc d'être fixée dans la stabilité du terme ; à Joseph d'être son conducteur in via, dans le voyage, et dans toutes les péripéties du voyage, et nous savons ce qu'elles furent !
Cela nous explique les soins à la fois paternels et maternels de saint Joseph à l'égard de la très sainte Vierge Marie dans la fuite en Egypte. Des révélations privées nous montrent saint Joseph, arrivé à chaque étape, prenant soin absolument de tout, des choses les plus importantes et du détail. Des choses les plus importantes : assurer autant que faire se pouvait la sécurité, car il fallait se cacher ; et du détail : aller chercher le bois pour allumer le feu, trouver quelques provisions chez des âmes charitables des environs, pendant que la Vierge était tout uniment à son Enfant Jésus.
Certains ont cru voir ainsi en Joseph une sorte d'intendant auprès de la très sainte Vierge Marie. C'est bien autre chose que cela ! encore que cela se traduise à ce moment-là par ces détails de dévouement, par ces menus soins. C'est bien autre chose que cela ! c'est son rôle de chef auquel a été remise la Vierge, de chef dans les conditions très humbles de la Rédemption. Il sait, jusqu'en faisant ces choses, il voit, en les faisant, ce qu'est la Vierge Mère de Jésus, ce que doit être la vie de Jésus et la vie de sa Mère ici-bas ; et il conduit, il conduit avec fidélité, avec force, avec inlassable dévouement, celle qu'il regarde comme à lui confiée pour demeurer dans la paix de Celui qui est " la paix ".C'est le rôle de tout vrai chef de garder dans la paix ceux qu'il doit guider, ceux dont il a à répondre devant Dieu, parce que tout vrai chef, en quelque domaine qu'il soit chef, a à conduire au but. Or le but, c'est toujours la paix dans le Seigneur : c'est la paix familiale, la paix civique, la paix des esprits, la paix des coeurs disciplinés, mais précisément dans le Seigneur, car la paix, en n'importe quel domaine, ne peut être tout à fait vraie qu'à la condition d'être paix divine ; autrement ce serait un certain arrangement factice de tel ou tel domaine selon des convenances particulières, ce ne serait pas la paix de la véritable vie allant à son but dernier.
Joseph sait ce qu'est sa mission de chef ; il sait qu'on est ainsi chef que par l'appartenance à Dieu, qu'on est ainsi chef seulement dans la mesure où l'on est proche de Dieu, où l'on est pure transparence de Dieu, puisque ce qu'il s'agit toujours de réaliser, c'est purement et simplement la volonté divine ; c'est seulement dans la mesure où l'on est en tout soi-même l'expression vivante de la volonté divine je ne dis pas seulement dans la mesure où l'on sait ce qu'est la volonté de Dieu, je dis dans la mesure où l'on est l'expression vivante de la volonté de Dieu. Quelle oblation de tout l'être cela suppose ainsi dans le chef ! Cette appartenance entière de Joseph dont nous disions qu'elle était précisément ce qu'il avait de foncièrement commun avec la très sainte Vierge, nous commençons à voir quelle forme elle prenait pour lui : appartenance entière, pureté parfaite, très précisément en tant que chef.
b - Mais il fut chef, comme époux virginal, comme aimant si bien Marie avec le coeur même de Dieu, comme si uni, pour l'aimer, à l'Esprit d'amour, que la Vierge en regardant et aimant cet époux était de plus en plus, par lui, à l'Esprit-Saint, comme épouse vierge de cet Esprit d'amour.Mais Joseph devait être ainsi le seigneur, le chef de la très sainte Vierge Marie, comme époux. Là nous avançons dans une certaine explicitation que nous demanderons la grâce de pouvoir balbutier des plus profonds mystères de l'union de Marie et de Joseph, de l'union de Dieu et de la créature.
Epoux virginal de Marie Vierge, Joseph devait l'aimer avec tout le coeur de Dieu. Entrevoyons ce que cela signifie.
Exerçant le rôle de père à l'égard de l'Enfant Jésus, Joseph ne pouvait manifestement en aucune manière entrer en concurrence avec le Père qui est dans les cieux. Il ne pouvait exercer ce rôle de père de l'enfant Jésus que précisément parce qu'il était disparu dans le Père des cieux, en tant non pas seulement qu'il était le représentant du Père des cieux, car c'est un terme qui peut être trop large, qui peut convenir à une perfection incomparablement moins haute, mais en tant qu'il était l'ombre du Père des cieux. Il fallait, pour que Joseph exerçât la fonction paternelle à l'égard de Jésus, que le Père se soit saisi de son humanité au point qu'il n'y ait absolument rien en elle que la conduite du Saint Esprit, et que la conduite du Père soit en son humanité.
Eh bien ! il semble que nous pouvons dire quelque chose d'analogue en ce qui concerne Joseph époux de la très sainte Vierge Marie.
Je rends à Dieu actions de grâces de pouvoir m'essayer à dire ces choses au sein de la retraite au Cénacle, dans cette famille religieuse précisément toute consacrée à l'appartenance plénière de la Vierge Marie à l'Esprit Saint.
Epouse de l'Esprit d'amour infini, la très sainte Vierge Marie le fut dès son Immaculée Conception. Et sa prise de possession par l'Esprit Saint, son union intime à l'Esprit Saint grandirent constamment d'un progrès sans cesse accéléré. A la Pentecôte, lorsqu'elle fut visiblement envahie à la tête de l'Eglise par le Feu consumant, ces épousailles de la Vierge par l'Esprit Saint furent manifestées.
Le Père et le Fils dans leur vie éternelle sont un, consommés en unité dans l'Esprit d'amour infini. Le Père se plaçant entièrement en son Fils de telle sorte qu'il n'y ait rien d'autre en son Fils que sa nature, le Père vivant entièrement en son Fils donne à son Fils de respirer avec Lui, en unité, la plénitude de l'Amour. Ce qui remplit le Père et le Fils, ce qui les fond l'un dans l'autre, ce qui les consomme dans l'union, c'est l'Esprit d'amour sans borne. Eh bien ! celle qui devait être la Mère du Fils de Dieu incarné devait être entièrement prise, entièrement habitée, possédée par ce même et unique Esprit d'amour infini. C'est seulement ainsi qu'elle pouvait être associée au Père, dans son ineffable maternité ; c'est seulement ainsi qu'elle pouvait donner purement au Fils cette substance créée qu'il venait prendre en elle, et dans laquelle Il voulait précisément vivre l'intégralité de la vie divine.
Mais alors Joseph ?
Joseph est vraiment, en propres termes, époux de Marie. En propres termes, parce qu'il y a l'unité, l'indissolubilité de l'union ; en propres termes, parce que ce mariage très saint a, comme l'explique saint Augustin, tous les caractères essentiels du mariage proprement dit : la foi donnée, le serment ; et le sacrement, le signe de l'union de Dieu et de sa créature ; et il ne lui manque pas l'enfant, non pas à engendrer, mais à recevoir, à accueillir.
Joseph est l'époux de Marie au sens le plus rigoureux. Serait-ce concevable qu'il entre de quelque manière en concurrence avec l'Esprit Saint, époux de la Vierge ? Serait-ce même concevable qu'il fasse réelle addition de quelque chose d'étranger, de quelque chose qui ne serait pas dans l'Esprit Saint, de l'Esprit Saint ? La virginité de la Vierge ne le supporterait pas, et la virginité de Dieu le supporterait encore moins, la virginité de Dieu, auteur précisément de la virginité de la Vierge. Alors il faut que l'appartenance de Joseph à l'Esprit Saint soit telle qu'il puisse être, devant la Vierge, son époux, sans la détourner en aucune façon de l'Esprit d'amour, que dis-je ! de telle sorte qu'en regardant et qu'en aimant Joseph elle soit de plus en plus vierge, de plus en plus, par lui, à l'Esprit Saint. Quelle appartenance, quelle disparition de Joseph ! Quelle prise de possession de Joseph par l'Amour sans mesure !
Ainsi en son rôle de chef, Joseph devait être pure transparence. Mais ce rôle de chef était plus précisément le rôle d'époux, et d'époux de la Vierge. Ce que Joseph devait laisser transparaître, c'était donc l'Esprit Saint aimant et conduisant la Vierge comme son épouse. Voilà le fond du mystère qui unit Joseph et Marie. Comme il n'était pas possible que l'Esprit Saint s'unisse une personne créée plus qu'Il ne s'est uni la très sainte Vierge Marie, il n'était pas possible, après la très sainte Vierge, qu'il s'unisse une autre personne créée plus que Joseph, chef et époux de la Vierge Marie. L'union de Joseph et de Marie est la plus parfaite union de deux personnes créées, elle est telle par et dans l'Esprit d'amour.2. - COMPRENONS QUE DIEU VEUT NOUS REGARDER COMME LES ENFANTS DE L'UNION DE JOSEPH ET DE MARIE : COMPRENONS QUE CE QUE JOSEPH ASSURAIT EN MARIE, A SAVOIR LA LIBERTÉ DE L'ENFANT DE DIEU, QUI FUT SA FILLE AU POINT QU'ELLE PUT DEVENIR SA MERE, C'EST UN PEU CELA QUE DIEU CONFIE AU MÊME JOSEPH EN CHACUN DE NOUS, ET DANS L'EGLISE.
Terminons en laissant le regard divin se porter sur nous, petits enfants, petits enfants de cette union de Joseph et de Marie.
Ce que Joseph, ainsi livré à l'Esprit d'amour, assurait en la très sainte Vierge Marie, c'était la liberté de l'enfant de Dieu par excellence, la liberté de celle qui était la plus immédiatement unie au Fils éternel, la liberté de la Fille de Dieu.
C'est parce que la Vierge était libre dans son enfance spirituelle, dans sa livraison à l'Esprit Saint à ce point-là, c'est parce qu'elle était fille de Dieu de cette façon-là, qu'elle pût être tellement riche de la vie divine, qu'elle ne fut pas indigne de donner sa chair au Fils de Dieu. A force d'être fille, elle pouvait être mère.
Eh bien ! mais c'est ce qui se passe, sous la garde de saint Joseph, un peu en nous, en chacun d'entre nous, et dans l'Eglise.A.- C'est cela qui en nous est confié à Joseph.
Joseph nous garde d'une telle façon que nous sommes dans toute la mesure de la grâce, de la grâce qui nous rend fidèles aussi nous-mêmes des enfants de Dieu libres, libres de nous-mêmes, libres des obstacles qui se tournent au contraire en avantages lorsqu'il s'agit de la vie divine, libres comme l'air, comme le souffle, comme l'Esprit d'amour !
Ah ! nos immersions dans les difficultés humaines, nos encombrements dans les difficultés que créent les rapports avec les autres et surtout les rapports avec nous-mêmes, quelle victoire la Rédemption veut obtenir de tout cela ! Non pas en écartant purement et simplement ces difficultés, mais en les diminuant dans une certaine mesure, connue de Dieu, pour le plus libre passage du Seigneur, et surtout en les faisant servir à la victoire de l'Esprit consumant, à la victoire du Père tout-puissant dans son Fils incarné.
Et il arrive, pour nous aussi, que nous sommes tellement fils, tellement enfants dans le Christ, que nous devenons, non pas seulement ses frères et ses soeurs, mais, nous le lisons dans l'Évangile, sa mère ; en participation de la maternité de la Vierge Marie, à enfanter, à faire croître le Christ dans les autres âmes ( Mt 12, 49-50).
Voilà ce qui en nous est confié à saint Joseph.B.- C'est cela qui dans l'Eglise lui est remis.
Ce qui est vrai de chaque âme chrétienne en particulier, cela est vrai de l'Eglise dans son ensemble, de l'Eglise dont la Vierge Marie est le prototype, de l'Eglise qui participe tellement à la Vierge Marie.
La garde de saint Joseph, dans l'appartenance à l'Esprit d'amour, fait l'Eglise joyeusement libre, enfantinement libre.
Un auteur du siècle dernier, nommons-le pour une fois, bien que ce ne soit pas un auteur sacré ni spécialement indiqué par l'avis de l'Eglise Hello un auteur donc qui, au milieu des obscurités du XIXè siècle, eut tout de même quelques traits de lumière, admirait l'Eglise, qui, pendant que se livrent les batailles, pendant que s'écroulent les royaumes et les empires, pendant que les villes mêmes et les édifices où se célèbre le culte divin sont assiégés, célèbre tranquillement l'office d'une petite bergère, par exemple, comme sainte Germaine, et appelle ses jours liturgiques ou bien " dies dominica, jour du Seigneur ", ou bien " feriae, vacances joyeuses " (Hello, Physionomie de saints, Préface). La liberté de la sainte Eglise pendant que s'écroule le monde ! Il n'y a rien qui puisse nous donner une constatation directe plus vive de la stabilité de l'éternel, des valeurs de la Rédemption, pendant que passe tout ce qui doit finir dans le feu. La liberté de la sainte Eglise, cette liberté, je disais bien joyeuse et enfantine, est assurée par Joseph qui ne fait pas autre chose, là, que ce qu'il a commencé de faire en assurant la liberté de la jeune Vierge-Mère.
Mais, plus profondément, est assuré par Joseph le rôle d'épouse de l'Eglise, cette sainteté de l'Eglise, dont Dieu est jaloux et dont nous devrions être tellement jaloux pour Lui, l'appartenance constante, assidue, fervente de l'Eglise à son Christ et, par Lui, au Père dans l'unité de l'Esprit. Nous ne sommes pas assez jaloux de la beauté de l'Eglise-Epouse, de la richesse de l'Eglise-Epouse, de la grandeur, de la plénitude de tout ce que l'Esprit doit réaliser en elle et de tout ce qu'elle doit apporter à l'Esprit. Joseph garde, et désire que nous lui demandions de garder de plus en plus, de favoriser de plus en plus, de faire progresser de plus en plus, l'Eglise-Epouse.
C'est lorsque l'Eglise est ainsi libre Fille de Dieu et Epouse intime de son Coeur qu'en continuation de la Vierge, toujours, elle peut être vraiment Mère de tous les vivants ; elle peut étendre alors son action catholique, universelle, et Dieu avec elle, et Joseph avec Marie se réjouissent des enfants qui se multiplient à sa table, comme les olives qui se multiplient en abondance sur l'arbre fertile.Joseph, gardez nos vies, gardez la sainte Eglise, et faites-nous croître dans l'abnégation totale pour la plénitude de l'amour de Dieu.
Amen.
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