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Avec l'aimable autorisation de reproduction des Editions Tequi et de la Fraternité Mater Misericordiae
Serviam met en ligne un extrait de quatre textes fondamentaux du Chanoine Lallement ,regroupés sous le titre :
le Christianisme, vivre en homme la vie divine
On peut se procurer ce remarquable ouvrage ( 190 pages - 14.64 euros + port et emballage)
à la Librairie TEQUI - 82 rue bonaparte - 75006 Paris
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Fraternité Mater Misericordiae
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Pages 117 à 129de l'ouvrage
le Christianisme, vivre en homme la vie divine
« Annuntiate inter gentes gloriam ejus ; Annoncez sa gloire parmi les nations. »
Ps 95, 3.

La charité que l'Esprit Saint diffuse dans nos coeurs nous porte à nous réjouir de la gloire que Dieu a en Lui-même et à procurer la gloire de Dieu dans les créatures.
La gloire que Dieu a en Lui-même, dans la Trinité des divines Personnes, est parfaite, inamissible, elle ne peut ni augmenter étant infinie, ni diminuer étant éternelle. Nous l'appelons la gloire intrinsèque de Dieu. La gloire de Dieu dans les créatures, la communion des créatures à la gloire de Dieu, au contraire, peut s'augmenter jusqu'à la fin des temps, jusqu'à la consommation dernière de tous les élus dans la vie éternelle. Nous appelons gloire extrinsèque de Dieu la gloire répandue hors de Lui. Le même amour d'amitié divine nous porte à nous reposer dans la joie que Dieu trouve en sa gloire intrinsèque, inamissible, et à nous dépenser pour procurer l'entrée de plus en plus profonde et complète des créatures dans la gloire de Dieu, à nous dépenser pour la gloire extrinsèque du Seigneur.
Ces deux mouvements de la charité sont inséparables. Si nous nous attachions à procurer la gloire de Dieu dans les créa-tures, sans d'abord nous réjouir de la gloire parfaite que Dieu a en Lui-même, nous ignorerions ce qu'est la gloire de Dieu à laquelle nous voulons faire participer les créatures, nous tra-vaillerions en vue d'une gloire de Dieu quasi inconnue, inap-préciée. Et inversement, si nous prétendions nous réjouir de la gloire de Dieu en Lui-même, sans désirer que toutes les créa-tures que Dieu y appelle avec nous entrent dans la communion de cette gloire, nous montrerions que nous ne savons pas le prix de la gloire de Dieu en laquelle nous prétendrions nous complaire. La charité qui se complaît dans la gloire intrinsèque de Dieu et la charité qui se hâte de procurer sa gloire extrin-sèque, c'est donc un seul et même amour ayant nécessairement ces deux actes.

Le repos dans la gloire que Dieu a en Lui-même, c'est la contemplation, contemplation ne voulant rien dire d'autre étymologiquement, qu'habitation avec Dieu dans sa gloire. La charité, pour cette contemplation de la splendeur intérieure du Bien divin, dispose à l'exercice du don de sagesse, de cette sagesse savoureuse dont nous parlions ce matin, qui connaît intimement, par une certaine expérience, le Bien divin, sa véri-té, sa beauté, sa bonté. Et réciproquement l'exercice du don de sagesse fait grandir la charité, parce que l'âme sait mieux ce qu'est le Bien divin, auquel elle communie par l'amour d'ami-tié surnaturelle. La charité dispose à l'exercice de la sagesse, et la sagesse dispose à la croissance de la charité. C'est cela qui est le plus proprement la vie céleste sur la terre, la vie déjà plongée en Dieu, la vie communiant à la vie divine, la vie qui est à la ressemblance de la vie divine.
Mais Dieu opère sans cesse ici-bas, jusqu'à la consom-mation de son oeuvre. « Pater meus usque modo operatur, et ego operor », disait Notre Seigneur. « Le Père sans cesse opère, agit, et moi aussi, j'agis » avec Lui, pour mener les âmes à cette union divine. Jn 5, 17. Dieu opère et, comme Il a voulu se servir de notre humanité unie au Christ, Il nous a don-né notre nature, nos facultés et les dons de grâce en même temps comme support de la contemplation et comme instrument de l'action, afin de Lui gagner des âmes.

De quelle manière pouvons-nous et devons-nous coopérer avec le Christ, avec le Père, pour le salut des âmes, c'est à dire pour leur entrée dans la gloire de Dieu ?

Commençons par les choses les plus humbles.
Nous disions ce matin que notre nature et ses facultés étaient déjà, d'une certaine manière, à la ressemblance de Dieu. Eh bien ! lorsque nous exerçons convenablement nos facultés dans les opérations qui nous conviennent, il y a déjà un certain exercice de la gloire de Dieu, une certaine manifestation des perfections divines en nous, manifestation qui, de soi, est apte à reporter les âmes à la louange du Créateur. Ainsi, lorsque le père communique la vie, lorsque la mère la nourrit, la garde, lorsque nous subvenons aux besoins des autres, lorsque nous les aidons matériellement, lorsque nous les éclairons de nos conseils, de nos lumières, lorsque nous nous aimons les uns les autres, même déjà par les amitiés naturelles droites, il y a un certain rayonnement des perfections divines qui se manifeste ainsi en nous. Cependant, cela reste de l'ordre de la nature, ce n'est pas de la vie de la grâce, cela ne mène pas directement les âmes à la communion à la vie divine, tant que cela n'est pas ramené par l'intention, par l'offrande, à la communion à la vie divine, au service de la véritable gloire intérieure de Dieu, pour la communion des âmes à cette gloire intime du Seigneur.
Mais quand cela est surnaturalisé par l'intention de charité, quand les devoirs naturels sont acceptés comme étant l'inten-tion, l'ordre de Dieu qui veut se servir de cela pour engendrer des âmes qui sont appelées à la vie surnaturelle, pour les assis-ter, pour les aider, alors vraiment cela participe de la dignité de la vie de la grâce et, étant pénétré de la vie de la grâce, cela est surnaturalisé et dispose les âmes à une certaine communion au Père, qui a disposé cet ordre pour prendre des enfants dans sa vie. Il ne faut donc pas négliger ce service de Dieu qui est dans l'exercice droit, selon l'ordre, de nos facultés naturelles, à la condition que nous le surnaturalisions en comprenant la réfé-rence qu'il doit avoir à l'introduction des âmes dans la vie intime du Seigneur. Il serait lamentable de rester au plan du service naturel, alors que nous sommes appelés à être des fils et à procurer aux autres la vie filiale : le service naturel doit être accepté comme moyen, condition, instrument pour procurer la vie filiale. Lorsque les devoirs moraux sont surnaturalisés, dans la mesure même où nous agissons parmi les hommes en union avec la sainte humanité de Notre Seigneur, dans la me-sure où nous agissons aussi dans la vie quotidienne avec la très sainte Vierge Marie, nous commençons à manifester les per-fections de Dieu qui seraient restées très voilées dans une vie seulement naturelle.
Saint Thomas d'Aquin, dans un splendide et candide, beau et simple opuscule, qui s'appelle Des moeurs divines, De divi-nis moribus, nous parle de ces perfections vraiment divines qui sont manifestées par l'âme fidèle à la grâce. Ainsi, l'âme fidèle à la charité de Dieu montrera l'immutabilité de Dieu. L'im-mutabilité de Dieu est une qualité proprement divine : Dieu seul est l'immuable, l'éternel. Cette immutabilité, dans l'ordre de la nature, est bien manifestée d'une certaine manière par le fait que les essences, les grandes lois, demeurent ; mais dans l'action naturelle des hommes, cette immutabilité n'éclate pas souvent : même lorsqu'il y a de grands enthousiasmes et d'héroïques générosités, que de fluctuations !
À titre d'exemples, on pourrait passer ainsi en revue toutes les perfections divines. Disons que Dieu se complaît en tout bien : Dieu aime le bien partout où il se trouve, parce qu'Il y voit toujours un reflet du Bien infini qu'Il est Lui-même, parce que c'est la diffusion du Bien infini qu'Il est Lui-même ; alors même qu'il n'y a pas dans les êtres le bien complet, la per-fection qu'Il voudrait, Dieu porte ses regards avec com-plaisance sur le bien qui émane d'eux ; Il sait les possibilités que cela offre, Il garde soigneusement ces pierres d'attente. Et de même, l'âme qui est unie à Dieu sait se réjouir ainsi de tout bien, où qu'il soit. Elle ne se demande pas si celui en lequel elle aperçoit tel aspect de bien lui est sympathique, ou bien s'il sert autant qu'il devrait servir ; elle se complaît déjà en ce bien, elle en loue le Seigneur Lui-même, et elle se dispose à aider avec discrétion, au moment où ce sera possible, au perfec-tionnement. Il y a là une largeur de coeur, un détachement complet de soi et de ses plans personnels, qui fait vraiment recueillir tout aspect de bien, toute parcelle de bien, recueillir toutes les miettes pour que rien ne se perde, mais aille déjà à la louange du Créateur et soit, un jour ou l'autre, disposition fa-vorable conservée pour une perfection plus grande.
Dieu en faisant le bien ne recherche absolument rien pour Lui-même, comme acquisition de choses dont Il aurait besoin. Par une certaine participation de cela, l'âme qui est très unie à Dieu cherche le bien des autres d'une manière parfaitement désintéressée. Oh ! sans doute, elle a encore à grandir dans la charité, et elle sait bien qu'en servant ainsi le Seigneur dans ses frères, elle grandira dans son union à Dieu ; mais elle est toute prise par le règne de Dieu et par le bien de Dieu dans les autres ; elle ne pense qu'à étendre ce règne de Dieu dans les autres : « Zelus domus tuae comedit me, le zèle de ta maison m'a dévoré », Ps 68, 10, le zèle de ton habitation dans les créa-tures raisonnables qui sont faites pour te recevoir, ce zèle de ta demeure, de ta gloire dans les êtres, m'a complètement consumé.
Dieu dans cette disposition du bien est patient. La patience de Dieu n'est pas une lenteur, parce que Dieu qui est l'Acte pur ne tarde jamais d'un instant à faire ce qui convient à ses plans, ce qui convient aux âmes pour leur insertion dans ce plan. Personne n'est plus présent que Dieu ; Il n'est jamais inattentif ; Il est toujours là, son action se confondant avec son être, Il est toujours là où il faut et pour ce qu'il faut ; mais Il est patient parce qu'Il sait la constitution progressive des créatures, Il sait que son oeuvre se déroule dans le temps, dans des créatures sujettes elles-mêmes aux mouvements du temps. Alors on dirait quelquefois qu'Il oublie sa gloire, parce que pendant des années, pendant des siècles et des millénaires, Il tolère. Cette présence et cette patience de Dieu doivent se re-trouver dans tous ceux qui coopèrent avec Dieu à son oeuvre ici-bas : jamais somnolents, mais jamais précipités, attentifs pour l'heure de la grâce et disposés à profiter immédiatement de la grâce du moment, lorsqu'elle est donnée, et des dispo-sitions favorables pour l'action de la grâce dans les autres.
Voilà quelques-uns des attributs divins qui se manifestent splendidement, mais trop rarement chez les êtres humains, et qui doivent se manifester beaucoup plus pour que nous colla-borions vraiment au règne de la gloire de Dieu.

Mais il faut que nous avancions encore.
« Gratia Dei vita aeterna ; C'est une grâce de Dieu, un don gratuit que la vie éternelle », que la communion des âmes à la vie divine. Or, le moyen propre, adapté, pour obtenir la grâce, c'est la prière, la demande. Nous ne pouvons rien faire, dans l'ordre surnaturel, sans la prière. Si nous oubliions cela, nous oublierions tout simplement que le surnaturel est au dessus de nos forces, donc de tous nos efforts, si généreux qu'ils soient : il est un don gratuit de Dieu. Nos efforts corres-pondent à ce don gratuit, ils peuvent être l'instrument des dons divins, mais l'essentiel est la grâce de Dieu, et cette grâce s'obtient par le moyen adapté pour obtenir tout don gratuit, la demande humble, confiante, aimante, la prière. Même pour les âmes appelées à donner le meilleur d'elles-mêmes à la con-templation, il y a, avec le rayonnement de l'immutabilité de Dieu, de sa paix, de sa présence et de sa patience, cette coopé-ration de la prière.
Je disais tout à l'heure que le mouvement de la charité qui se repose dans la gloire de Dieu est inséparable du mouvement de la charité qui veut l'extension de la gloire de Dieu. Et nous voyons bien que même les âmes qui sont les plus réservées à la contemplation de la vie de Dieu, servent à la gloire de Dieu par ces moyens que nous venons de dire, et très spécialement par la prière. Le rayonnement de sérénité, de patience, leur com-plaisance en tout bien, tout cela peut encore ne pas s'être beau-coup manifesté, si elles vivent très cachées aux hommes, tandis qu'elles peuvent donner libre cours à la prière dans leur intimité avec Dieu.
La prière ! Si nous faisons si peu pour la gloire de Dieu, c'est très certainement parce que nous donnons proportion-nellement beaucoup trop à l'action et trop peu à la prière. Dieu, par cette jalousie sainte de sa gloire dont nous parlions ce ma-tin, ne peut pas, le voudrait-Il, bénir une action qui n'est pas baignée, assistée d'une intense, constante prière. Il ne le peut pas, parce que ce serait laisser croire que les effets surnaturels viennent principalement d'un effort créé ; ce serait, par consé-quent, aller contre le bien des âmes, car ce serait les détourner de leur véritable fin qui est Dieu même, source unique de tout bien. Dieu ne peut pas féconder une action qui risquerait d'arrêter les hommes – aussi bien ceux qui agissent et qui donnent que ceux qui reçoivent – au créé au lieu de les tourner vers la source unique de tout bien. Il se doit donc de laisser stériles les actions les plus généreuses qui ne sont pas baignées, assistées d'une intense prière.
Quand nous sommes effrayés par le mal qu'il y a dans ce monde, et quand, en présence de ce péril, nous sommes pris par la hâte sainte d'intensifier le règne de Dieu, avant de nous jeter dans l'action, jetons-nous donc dans la prière, dans une prière très humble – parce qu'il faut que la prière soit humble – dans une prière d'enfant, dans une prière de frère de cette humanité souffrante, détournée de sa fin, dans une prière filiale.
Le Christ Lui-même a dû prier dans sa nature humaine, parce qu'il fallait qu'Il demande la communication du bien divin, parce qu'Il devait présenter ses mérites pour obtenir la communication de la vie divine. Et pour que nous sachions l'importance de la prière, Il l'a prolongée, Il l'a exprimée et développée ; sans doute, sa prière était efficace en un seul instant, en une seule présentation à Dieu de l'humanité à sauver ; mais pour que nous sachions où est la source de tout bien, Il l'a développée. Il a dit, par exemple, au tombeau de Lazare, remerciant Dieu de L'avoir exaucé : « Je savais bien que tu m'exauces toujours, mais c'est à cause de la foule qui est à l'entour que je l'ai dit, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé », afin qu'ils sachent où est la source de la vie. Cf. Jn 11, 42. Le Christ a prié et – je voulais arriver à ceci – Il a prié dans un grand cri de souffrance et de mort « cum cla-more valido », He 5, 7 ; cf. Lc 23, 46, Il a prié en exhalant son âme : c'est ce grand cri qui a été exaucé. Les plans divins n'ont pas voulu accorder le salut du monde, la restauration, la perfection du règne de Dieu, à une autre prière du Christ, car toutes les autres prières du Christ préparaient celle-là. Sa grande prière de Sauveur, celle qui gagne vraiment toute la grâce et toute la communication de la gloire, c'est son dernier cri dans l'ultime souffrance, dans la mort.
Nous savons donc que nous-mêmes nous devons, avec le Christ, prier ainsi, unis au Christ sur sa croix, à l'Agneau immolé dans sa mort. Prier, disions-nous, oui ; mais nous savons maintenant que Dieu n'écoute qu'une prière, la prière en croix, la prière dans la mort. Il faut toujours présenter n'importe quelle prière par le Christ immolé, et dans l'accepta-tion de tout ce que la Providence nous réserve comme union au sacrifice du Sauveur. Mais, dans la mesure où notre prière veut être victorieuse du mal, dans la mesure où nous devons coopérer par là à l'accroissement du règne de Dieu, il faut que cette prière soit plus fortement et plus clairement unie au sacrifice.
Les saints, à commencer par la Mère des Douleurs, prient dans de très grandes souffrances, dans d'incroyables dérélic-tions ; même après qu'ils ont passé, pour leur propre purifi-cation, par des souffrances et des délaissements, après qu'ils sont, pour ce qui les concerne, paisiblement dans la gloire de Dieu, ils passent par de terribles épreuves, extérieures et intérieures, pour les autres. La très sainte Vierge n'avait pas besoin de passer par son martyre du Calvaire pour son union person-nelle à Dieu, étant l'Immaculée, mais elle y est passée pour le salut du monde. Et les saints déjà très établis dans l'intimité de la gloire de Dieu, repassent par des souffrances inconnues pour participer au salut du monde.

Pouvons-nous entrevoir un peu la raison de cette loi : coopération à la gloire de Dieu principalement, finalement, par la croix ? La raison immédiate, c'est qu'il faut détacher les âmes du mal de la nature qui se complaît en elle-même, il faut une lutte contre la créature révoltée, satanique et humaine, il faut un arrachement à cette complaisance de la créature en elle-même, à cet entraînement de la créature à trouver sa gloire en elle-même.
Le Seigneur a laissé la liberté – une certaine liberté, qu'Il mesure et contrôle selon ses plans – au mal, pour que le triomphe du bien, le triomphe de sa vie, soit un triomphe d'amour, pour que les créatures choisissent librement de se donner à la gloire de Dieu. Dieu ayant laissé ainsi cette liberté, respecte les créatures même dans leur révolte. Il joue franc jeu avec ses créatures. Il laisse aux anges révoltés un certain exercice de leurs facultés, de leur intelligence, de leur volonté qu'ils veu-lent tourner contre Lui ; Il ne les réduit pas immé-diatement à l'impuissance, Il les laisse agir et Il triomphe d'eux par sa grâce victorieuse, par son Christ acceptant la lutte, pre-nant sur Lui les péchés du monde, et par les membres de son Christ acceptant d'aller dans la bataille, dans la terrible bataille spiri-tuelle, pour y faire triompher l'amour de Dieu.
Mais nous pouvons encore entrevoir que Dieu agit ainsi parce que cela manifeste d'une manière plus splendide le triomphe de sa gloire, le triomphe de son amour ; en effet, si les créatures peuvent mésuser de leurs forces naturelles, se révolter contre le Seigneur, le Seigneur saura se servir de cela même, pour une plus abondante effusion de dons gratuits, pour un triomphe plus purement, plus uni-quement divin. Le déluge du mal, les eaux abondantes et surabondantes des passions, de la révolte, de l'orgueil, n'auront pas pu éteindre la charité. Cf. Cant. 8, 7. Non seulement elles n'auront rien pu contre la charité intrinsèque qui est en Dieu, mais elles n'auront rien pu contre la partici-pation de la création à l'amour de Dieu, contre la manifestation splendide de l'amour divin dans la création, parce que, s'il y a des défaites partielles, cela même sert à une adhésion plus con-fiante, plus filiale, plus ardente des créatures sauvées, à l'amour victorieux, cela sert à manifester davantage la gratuité de la grâce divine.
Donc, non seulement le triomphe de l'amour divin n'est pas gêné par le mal, mais il est rendu plus splendide. En douterions-nous un instant, quand nous contemplons le Cruci-fix ? Est-ce que l'amour de Dieu pouvait, d'une autre manière, apparaître dans le monde d'une manière plus claire ? Est-ce que la gloire de la bonté divine pouvait être plus forte ? La claire connaissance du bien divin attirant toute louange d'amour, pouvait-elle être mieux établie dans le monde que par le Christ en Croix ? La très sainte Vierge pouvait-elle mieux manifester l'amour maternel, formé par Dieu en elle, qu'en étant la Mère des Douleurs ? Ces questions-là portent en elles-mêmes leur réponse claire, immédiate.

Alors, mes chers amis, soyons tous, selon notre devoir d'état, différent pour chacun, de zélés coopérateurs du règne de Dieu, de la gloire de Dieu dans ce monde. Je ne vous parlerai pas aujourd'hui de ce que vous devez faire pour la formation d'un état missionnaire, pour votre formation à vous, membres auxiliaires, dans l'apostolat que vous avez à exercer, chacun à votre place ; je n'insisterai pas non plus sur les modalités parti-culières de la prière qui peuvent être demandées à telle ou telle âme contemplative. Mon but n'était pas cela aujourd'hui, mon but était de vous rappeler le bien, la gloire de Dieu, de vous rappeler, d'une manière synthétique, comment nous avons tous à y coopérer et de vous montrer le prix de cette gloire, de vous inviter à une sainte hâte dans l'annonce de la gloire de Dieu parmi les nations.
Vous désirerez intensément être les coopérateurs de Dieu, de la manière dont Notre Seigneur le demande à chacun, mais en sachant bien que tous, d'une manière ou d'une autre, et d'autant plus que le Bon Dieu voudra agir par vous, vous aurez, comme toute l'Église, à passer par la Croix, à accepter la lutte avec le démon. Nous n'avons pas seulement à lutter contre la chair, contre la faiblesse de notre nature, nous avons à lutter contre le Prince des ténèbres, contre les esprits révoltés contre la gloire de Dieu, qui veulent détourner les âmes de cette gloire, qui veulent obnubiler les temples de la lumière divine.
Sachons-le, et réfugions-nous pour soutenir cette lutte dans les bras de celle qui peut nous emporter avec elle, tout petits enfants, au sommet du Calvaire, là où elle a supporté les grandes souffrances, pour que nous soyons vraiment avec elle co-rédempteurs, unis au Christ Sauveur, de la manière qu'elle voudra, tout livrés à la souffrance selon les desseins de Dieu, livrés à la forme de mort qu'il plaira à la Providence de nous destiner, pour dire, avec le Christ : « Entre vos mains, Seigneur, je remets mon âme ! », ce qui est la prière salvatrice.
Amen.
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