Entre Ascension et Pentecôte,
pour notre entrée dans la Communion de la Très Sainte Trinité
Les jours liturgiques que nous vivons commémorent la retraite des disciples du Christ en « la chambre haute », au Cénacle, « avec Marie, Mère de Jésus », dans l’attente de l’Esprit promis. Lc. 24, 49; Act 1, 4 5, 8, 14.
En ces jours, demandons à la très sainte Mère qu’elle nous dispose à mieux connaître qui est l’Esprit Saint, et qu’ainsi la venue en nous de l’Esprit cette venue que doit normalement nous procurer la solennité de la Pentecôte nous fasse entrer plus filialement dans l’intimité de la Très Sainte Trinité.
Soyons d’abord attentifs à ceci : dans le calendrier liturgique, la solennité de la Pentecôte est suivie de la fête de la Trinité. Il nous faut comprendre que cela est parfaitement normal.
Après l’accomplissement des mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, après Noël et Pâques, la venue de l’Esprit Saint, lors de la Pentecôte, achève la révélation de la Trinité. Il est normal que nous la célébrions alors.
Mais il y a plus nous le verrons mieux, je l’espère, au terme de cette méditation : l’Esprit Saint nous est envoyé d’auprès du Père, par Jésus remonté au ciel, afin spécialement que Lui, l’Esprit Saint, nous plonge dans la Vie intime de la Très Sainte Trinité.
Vous savez que la fête de la Trinité est relativement récente dans l’année liturgique. Elle apparut aux 9e et 10e siècles. Elle ne fut étendue à toute l’Église latine qu’au 14e siècle.
Cela s’explique par ceci, que la liturgie célébra d’abord seulement les mystères historiques, par lesquels nous avons été introduits en Dieu, et par lesquels nous devons continuer d’y être introduits. Le mystère de la Très Sainte Trinité, lui, est au-dessus des mystères de l’histoire du salut; il les éclaire et il est leur terme. Ainsi, pendant les premiers siècles chrétiens, il n’a été célébré qu’au travers des mystères historiques.
Mais, si tout normalement la piété chrétienne s’est plu, après un certain temps, à fêter spécialement la divine Trinité à la suite de l’Ascension et de la Pentecôte, c’est que la foi des chrétiens pendant les premiers siècles avait bien recueilli l’enseignement des mystères historiques. Leur foi avait compris que les mystères historiques qui ont achevé de nous plonger dans la Vie trinitaire, ce sont les mystères de l’Ascension et de la Pentecôte et qu’ainsi les fêtes liturgiques de l’Ascension et de la Pentecôte étaient les premières grandes célébrations de la Sainte Trinité.
L’Église, en réalité, n’avait donc pas manqué pendant des siècles de célébrer liturgiquement la Très Sainte Trinité, dont elle vivait : elle l’avait fêtée plus spécialement par les solennités mêmes de l’Ascension et de la Pentecôte, comprenant que ces mystères l’immergeaient dans la vie éternelle de la Trinité.
Puissions-nous le réapprendre profondément!
Que le Fils en son Ascension, remontant au Père, au terme de sa mission, et nous envoyant de là l’Esprit Saint lors de la Pentecôte, ait voulu nous entraîner avec Lui dans la communion de la Très Sainte Trinité, cela est proclamé très clairement par la structure même du Credo de Nicée-Constantinople.
Ce sont des choses profondes; mais vous les écouterez avec votre cœur plutôt qu’avec un effort d’intelligence naturelle. L’âme qui aime est heureuse de ce que lui soient dites de son Bien-Aimé des vérités profondes.
Réfléchissons donc sur l’enseignement du Credo de Nicée et de Constantinople (c'est-à-dire des Conciles de 325 et de 381), sur ce Credo que l’Église chante comme préparation au Saint Sacrifice en toutes les solennités et chaque dimanche, où elle commémore la solennité des solennités, le mystère de la Pâque, du passage de ce monde au Père.
Comprenons toujours mieux que le Credo, c’est le grand chant qui monte du cœur de l’Église pendant qu’elle marche dans la foi, avec espérance et amour, vers sa patrie qui est le Ciel de la Trinité.
Faisons d’abord attention à ceci :
Il est manifeste que la construction du Credo de Nicée est trinitaire. Ç’avait été la structure des premiers Symboles de la foi, parce qu’ils étaient des professions de foi en vue du baptême, lequel est conféré « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». La toute primitive Église avait fortement compris l’unité de ce mandat reçu du Seigneur : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Mt 28, 19. L’enseignement par lequel les apôtres doivent apprendre à garder tout ce que le Christ nous a appris, c’est celui qui explique aux hommes le baptême, par lequel ils naissent à la vie d’union à la divine Trinité. Le Credo de Nicée a ainsi conservé la construction trinitaire des premières professions de la foi chrétienne : « Je crois en l’unique Dieu, Père. Et en son Fils unique consubstantiel. Et en l’Esprit saint qui est Seigneur (c'est-à-dire qui est Yahvé). »
Mais voici le plus important : par le Credo, nous ne professons pas seulement que la Trinité est. Nous affirmons que notre foi tend à notre communion avec la Trinité. Car nous disons : « Credo in unum… »
Oh ! n’oublions jamais la valeur de ce petit mot in, qui est le second mot du Credo. C’est lui qui donne toute sa portée au premier mot : Credo.
En français, « Je crois en Dieu » est une signification moins claire que le latin « Credo in ». Credo in dit clairement : « Je crois en me tournant vers Dieu », je crois pour entrer dans la Trinité.
Notre foi est une foi qui permet un élan, c’est une foi qui s’élance, parce qu’elle est essentiellement LA FOI À UN APPEL. La Révélation divine à laquelle nous donnons foi est en unité l’attestation que la Trinité est, et qu’Elle nous appelle. Credo in veut dire : « Je crois que l’unique Dieu, Père et Fils et Saint Esprit, m’appelle. »
La Trinité m’appelle où, m’appelle à quoi?
Mais simplement à Elle, à entrer en Elle, à partager sa Vie, son Bonheur divin, pour sa gloire.
Afin de nous convaincre de cela, choisissons d’entrer dans cette vérité par ce que le Credo de Nicée-Constantinople, lui encore, dit de l’Esprit Saint.
Il nomme la troisième Personne « Spiritum vivificantem, l’Esprit vivifiant ». Vivifiant de quelle vie? Mais, de la vie éternelle, de cette vie que précisément les derniers mots du même Credo affirment être « la vie de l’éternité qui vient, vitam venturi saeculi ».
Oh ! ces mots d’espérance : vitam venturi saeculi, que suit la suprême affirmation de notre foi, l’Amen final du Credo !
Reprenez ainsi tous les mots du Credo, méditez leur ordre, rapprochez les phrases où les mêmes mots reviennent. Tous les articles et chacun d’eux recevront leur éclairage de ces comparaisons qui font entrer dans l’unité de Dieu et de ses desseins d’union.
« Credo in unum. Je crois à l’appel d’entrer dans l’Unique. Expecto vitam venturi saeculi. Amen. Je tends donc vers la vie de l’éternité qui vient. Oui ! » Nous trouvons là l’alpha et l’oméga du Credo.
Jésus l’a dit au début de sa Prière sacerdotale : « Voici ce qu’est la vie éternelle : qu’ils Te connaissent, Toi, le seul vrai Dieu, et celui que Tu as envoyé, Jésus, le Christ. » Jn 17, 3. Voyez : en ces mots de Jésus, il y avait déjà toute la vérité de la foi, dite par le Maître en un ordre inverse de celui dans lequel nous la professons dans le Credo. Dans le Credo, nous proclamons d’abord notre foi dans les mystères de Dieu, et nous aboutissons ainsi à la vie éternelle. Dans sa Prière sacerdotale, Jésus tournait d’abord notre attention vers la vie éternelle; et pour expliciter ce qu’elle est, Il remontait à ce qui sera le début puis le développement du Credo : Te connaître, Toi, le Dieu unique, et en Toi le Fils unique que Tu as envoyé…
Cet entretien spirituel ayant d’abord été donné en un monastère de Dominicaines, venait ici ce souhait :
Oh ! si Dieu me donnait de vous encourager à « ruminer » ainsi le Credo, vous les filles de l’Ordre de la Vérité, de l’Ordre de la foi ! Demandons cela les uns pour les autres, et pour tous les « fidèles », par l’intercession de Marie, Sedes Sapientiae, et de saint Dominique « Praedicator gratiae, le prédicateur de la grâce, ad convivium permagnificum nuntius, le messager qui porte l’invitation au magnifique banquet de Dieu ».
Parlant à d’autres groupes de chrétiens, on pourrait les inciter à savourer ainsi le Credo en rappelant la grande parole divine : « Mon juste vivra par la foi, He 11, 38.
Nous pouvons encore méditer sur l’union entre le dogme et l’appel divin en regardant les termes du Credo qui professent l’unité. « Unum », c’est le mot qui vient tout de suite après « Credo in ». Le mystère de l’Unité est donc « capital », au sens strict, dans la foi.
Le Mystère de l’Unité, c’est premièrement que Dieu est un, et qu’Il est l’unique Dieu. Unum, en latin comme eis, en grec, a tout ensemble le sens de « un » en soi-même et le sens d’« unique ». « Un » en soi-même, c'est-à-dire pas divisé, pas multiple, pas changeant ; le grec eis (dont le féminin est mia, pour smia) est de la même racine que les mots latins semper et similis; il qualifie d’abord un être qui demeure semblable à lui-même. Dieu est parfaitement un en ce premier sens, parce qu’il est simple dans sa perfection absolue, immuable. Et c’est pourquoi Il est unique ; Il doit être notre Unique, parce que tout bien est en Lui, et que rien n’a de vraie bonté qu’en étant ordonné à Lui.
Mais Dieu parfaitement un, absolument unique, n’est cependant pas en Soi solitaire. La Révélation chrétienne nous a ouverts au mystère de la Vie intérieure, du Bonheur intime de Dieu : l’Unité de la Trinité. Trois Personnes consubstantielles possédant la même et unique Essence absolument parfaite, infiniment vivante. Cela est explicité tout de suite dans le Credo : aussitôt après les mots « unum Deum » vient le nom de la première Personne divine : « Patrem ». Or, le mystère du Père contient déjà en lui tout le mystère de la Trinité. Ensuite sera nommé le Fils, par relation auquel la première Personne est véritablement et parfaitement Père. Et le Fils sera qualifié très précisément d’unique : « Filium Dei unigenitum ». Il est unique parce qu’Il tient du Père la plénitude de la Nature divine, Il est totalement « Deum… Lumen… Deum verum ». Oh ! que Jésus soit bien clairement notre Unique pour cette raison qu’Il est Dieu, méritant d’être par cela notre Unique ! Il n’est pas exact de Lui dire « Toi seul es Saint, Toi seul est le Très haut » (comme s’exprime une traduction fautive du Gloria), car Il est contradictoire qu’Il soit « seul Saint, seul Très Haut » et qu’Il le soit avec le Père et l’Esprit Saint. Mais, avec le Père et l’Esprit Saint, ayant comme chacune des deux autres Personnes divines, et en unité avec Elles, la même et unique Nature divine, Il est « le Saint unique, le Très Haut unique ». Il est vraiment Dieu, notre Unique et notre tout ! Vient enfin dans le Credo l’affirmation du Saint Esprit « qui procède du Père et du Fils ». Le Saint Esprit est l’Unité du Père et du Fils, mais vécue, « respirée » par eux comme Esprit d’unité.
C’est bien pourquoi l’Esprit Saint est en nous unifiant. Il est « vivifiant » parce qu’Il nous unit à la Vie d’unité qui est en Dieu. Il est l’Âme par laquelle l’Église, comme le dit le Credo, est « une », une parce que « sainte », c'est-à-dire tout à Dieu et purement à Dieu, « catholique » parce qu’embrassant tout ce que Dieu aime, et « apostolique » parce que résultant des « missions » dans le monde du Fils et du Saint Esprit pour la communion des créatures à l’Unité vivante de la Trinité. Comme l’a dit le dernier Concile, en une formule qui, si elle était bien comprise et vécue serait magnifiquement porteuse de guérison pour notre crise actuelle : « l’Église est le peuple uni par l’unité du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Const. dogm. Lumen gentium, n. 4.
Ayant ainsi goûté quelques enseignements du Credo, revenons à notre premier propos : montrer par la structure du Credo que l’Ascension de Jésus et l’envoi de l’Esprit Saint ont bien pour effet terminal notre communion à la Vie intérieure de la Trinité.
Nous proclamons dans le Credo que le Fils de Dieu « est descendu du ciel pour notre salut ». Notre salut, qu’est-ce ? Comment l’opère-t-Il ? Pour nous, Il est mort, Il est ressuscité. Mais cela ne suffisait pas ! Il fallait la suite normale de la Résurrection, qui est son Ascension au ciel, car c’est là qu’Il établit « son Règne qui n’aura pas de fin ». Son Règne, Il l’exerce dès maintenant sur ceux qui « goûtent les réalités d’en haut où, Lui, le Christ, est établi », Col. 3, 1, c'est-à-dire sur ceux qu’Il attire à vivre déjà dans la communion au bonheur de la bienheureuse Trinité. C’est cela même qui, dès maintenant et pour l’éternité, est notre salut, notre béatitude de fils d’adoption. La volonté complète du Christ faisant monter au ciel son Corps physique ressuscité, c’était bien de faire entrer son Corps mystique dans le ciel éternel qu’est la Trinité.
Quant à l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils, Il est envoyé en nous comme « vivifiant » de « la vie de l’éternité qui arrive », qui commence, vie qui est précisément notre union à la Vie infinie, absolument éternelle, de la Très Sainte Trinité.
« Insistons maintenant sur ce qu'est pour nous l'Esprit Saint lorsqu'Il nous est envoyé. Ce sera, avons-nous dit, une méditation fé¬conde en ces jours d'attente de la Pentecôte.
Sa Personnalité éternelle étant immuable, le Saint Esprit, quand Il nous est envoyé, nous est donné selon ce qu'Il est, c’est-à-dire comme divin Esprit d'amour. Il ne peut être en nous autre qu'Il n'est de toute éternité.
Qui est-Il de toute éternité ? Que veulent dire ces mots : Il est "l'Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils" ?
Notre manière humaine de connaître les réalités divines ma¬nière que Dieu respecte quand Il se révèle à nous par des paroles humaines est de partir d'analogies prises dans le créé et de nous élever, en purifiant ces notions des imperfections qu'elles ont dans les êtres finis, à reconnaître qu'elles peuvent exprimer vraiment quelque chose de ce qui est en Dieu.
Pour entendre ce que la Révélation nous dit de l'Esprit Saint, partons de cette analogie : une âme qui aime forme en elle un "esprit" d'amour, comme hélas l'âme qui hait forme en elle un "esprit" de haine, de vengeance.
L'âme qui aime porte spirituellement en elle, présent en elle, l'être qu'elle aime. Elle ne le porte pas seulement dans sa pensée, comme une réalité qu'intérieurement elle regarde, elle étudie ; car la pensée peut être occupée de quelqu'un sans qu'on l'aime. L'être aimé, l'âme le porte, non seulement dans sa pensée, mais dans sa volonté, dans son cœur. Elle le rend ainsi présent dans sa volonté avec tous ses attraits, ses qualités, ses charmes, avec ses besoins aussi et ses misères, s'il en a. Et, par cette présence-là qu'il a dans l'âme, l'être aimé attire l'âme à lui, la porte à adhérer à lui, à se complaire en lui, à se reposer en son bien, à agir pour son bien. C'est cela qu'exprime très simplement et profondément l'expression courante "porter quelqu'un dans son cœur". L'Évangile de saint Luc 2, 19 et 51, nous dit qu'ainsi Marie "portait sans cesse en son cœur" son Fils se manifestant par toutes les circonstances de l'Incarnation et par tous ses actes.
Ainsi un être qui est aimé a, comme tel, trois présences : il est présent en lui-même, il est présent dans la pensée et il est présent dans la volonté, dans le cœur de celui qui l'aime.
Par cette troisième présence, l'être aimé est rendu présent dans le cœur à la manière d'un poids de bien qui attire celui qui aime vers lui, l'aimé. Cette comparaison du "poids", du poids de tout ce qu'il y a d'aimable dans l'aimé, qui attire celui qui aime, elle est de saint Augustin ; et elle est fort expressive. Utilisant plutôt encore une autre comparaison, prise aussi dans le sensible, celle de l'haleine sortant de la poitrine et traduisant l'élan qui monte du cœur, on dit que l'aimé, lorsqu'il est porté intérieurement dans le cœur qui aime, est présent dans ce cœur comme un souffle ardent, une haleine res¬pirée, un "esprit" d'amour. Le sens étymologique du mot spiritus est "souffle" ; Jésus Lui-même a employé, par un geste, le symbole de l'exsufflation. Jn 20, 22.
Eh bien ! de ces réalités spirituelles créées, nous ne pourrions certes pas "déduire" tout ce qui est en Dieu ; car Dieu est infiniment au-dessus des réalités créées, même spirituelles. Mais, lorsque nous avons appris par la Révélation qu'il y a trois Personnes du même Être divin, nous pouvons nous servir de ce que nous savons du créé pour entrevoir un peu le sens divin des noms que la Révélation donne aux Personnes de la Trinité.
Ainsi, nous entrevoyons le sens de ce nom, par lequel est dési¬gnée la troisième Personne : "l'Esprit Saint qui procède du Père et du Fils".
En Dieu, être infiniment, et connaître l'être infini, et aimer le bien parfait qu'est l'être infini, c'est un seul et même acte ; car l'être divin est pure vie spirituelle. Être infiniment, connaître infiniment, aimer infiniment, cela ne distingue pas les trois Personnes : c'est la nature divine qui leur est commune.
Mais Dieu se connaissant exprime pleinement toute la vérité de l'être divin dans un Verbe spirituel intérieur. Il y a ainsi une pre¬mière distinction réelle en Dieu : Dieu disant son Verbe est distinct comme tel du Verbe spirituel qu'Il dit. Dieu engendrant son Verbe, c'est Dieu le Père ; et le Verbe engendré, c'est Dieu le Fils. La même unique plénitude d'être, de vérité, est dans l'Intelligence paternelle et dans le Verbe de cette Intelligence. Mais il y a là deux attitudes personnelles différentes, corrélatives : le Père, qui se communique tout entier dans son Verbe, à son Verbe vivant ; et le Verbe, qui se sait et se veut la pure expression du Père, dans la perfection de l'attitude filiale.
Éternellement encore, le Père et le Fils, ayant en Eux le même acte de connaissance et d'amour qui est la nature divine, aiment la perfection infinie. Ils l'aiment spécialement comme étant leur unité car Ils aiment la "Paternité" parfaite, qui communique toute sa vie, et la "Filialité" parfaite, qui rapporte toute cette vie au Père. Ainsi, Ils portent en Eux leur Unité, la vivant, la "respirant" en Eux comme Esprit d'unité. Ils sont ainsi le Principe un de l'Esprit Saint. Nous le disions déjà tout à l'heure : le Saint Esprit est l'Unité du Père et du Fils, mais voulue, "respirée" par Eux, en Eux, comme Esprit d'unité.
Ce n'est pas comme Acte de l'amour divin que le Saint Esprit se distingue, qu'Il est une troisième Personne divine. L'Acte d'amour infini, c'est la nature divine, et elle est la même et unique dans les trois Personnes.
Le Saint Esprit se distingue par ceci, qu'Il est la plénitude de la vie divine, l'unité de la vie divine, mais "respirée" par le Père et le Fils comme Souffle d'amour, comme Esprit d'amour. C'est cela sa Personnalité propre.
Il est une Haleine d'Amour qui est Dieu.
Et parce qu'on appelle "saint" ce qui est à Dieu, cet Esprit est bien nommé, par excellence, "l'Esprit Saint", l'Esprit de sainteté : Il est Dieu comme Esprit d'adhésion à Dieu, de repos en Dieu.
Si nous Le connaissons un peu ainsi nous comprenons pour autant ceci : lorsqu'Il nous est envoyé par Ceux dont Il procède, qui Le respirent, c’est-à-dire par le Père et le Fils, Il ne peut nous être envoyé que comme Il est, c’est-à-dire comme Esprit d'adhésion à Dieu, de repos en Dieu, comme Esprit de sainteté.
C'est bien pourquoi notre sanctification, notre consécration à Dieu Lui est formellement attribuée : Il est l'Esprit Sanctificateur.
Comment l'est-Il ?
Il nous est envoyé très proprement comme étant "le Don de Dieu, Altissimi Donum Dei". Car, toujours, en celui qui aime, c'est l'esprit d'amour qui est le don premier à l'aimé. Don de soi à l'aimé, l'esprit d'amour, l'intention d'amour, est en effet la source de tous les autres dons que celui qui aime fait à l'aimé.
L'Esprit Saint, étant l'Esprit en lequel le Père et le Fils sont éter¬nellement l'Un à l'Autre dans l'Amour de la Sainteté divine, est aussi l'Esprit en lequel nous est donnée divinement la communion à cette Sainteté.
Comme le dit saint Paul : "la charité de Dieu est diffusée dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous est donné". Rm 5, 5.
Esprit de la Sainteté incréée, l'Esprit Saint quand Il nous est donné suscite en nous, en conformité avec Lui, une intention de sainteté, qui est l'actuation de la grâce sanctifiante dans l'acte de notre charité envers Dieu, dans l'acte du don de nous-mêmes à Dieu.
Ce qui est donné est à la disposition de celui auquel le don est fait.
Donnés à Dieu, nous devons être à la disposition de Dieu, tout offerts à Lui pour qu'Il nous remplisse de Lui dès maintenant et dans l'éternité "Illi munus aeternum", à Lui nous devons être une offrande éternelle, comme aime à le redire la nouvelle liturgie ro¬maine.
Mais, pour être ainsi, par tout ce que nous sommes, don de nous-mêmes à Dieu, nous disposons de l'Esprit Saint, qui nous est donné.
Invoquons-Le donc, jouissons de Lui. Puisqu'Il nous est donné, jouissons de Lui pour qu'Il forme en nous la disposition de sainteté, en prolongement de la sainteté dont Il a d'abord embrasé l'huma¬nité de Jésus, et à la ressemblance de la sainteté très pure qu'Il a suscitée en la Vierge "Toute Sainte", en la "Panagia", comme disent les Grecs. Puisqu'Il nous est donné, jouissons de Lui, pour qu'Il soit Lui-même notre Esprit de Sainteté.
Don premier de Dieu en nous, Il nous fera éprouver, goûter, qu'infiniment au-dessus de tous les dons créés, Dieu se donne, veut se donner toujours plus à nous.
Par cette expérience qu'Il nous procure de Dieu qui se donne au-dessus de tous les dons créés, l'Esprit Saint met en acte chez nous l'intelligence de l'éminente Perfection et Bonté de Dieu, la sagesse qui goûte les réalités divines précisément dans leur trans¬cendance, la science qui estime à la manière de Dieu les réalités créées, leur bonté relative et leur misère. L'Esprit Saint met encore en exercice le conseil, la piété, la force, la crainte filiale, qui nous livrent entièrement à Dieu.
Appelé pour cela "l'Esprit septiforme, l'Esprit aux sept dons, Septiformis munere", Il nous permet de contempler dans la foi, mais avec pénétration et saveur, "les profondeurs de Dieu", I Co 2, 10 et suiv., c'est à dire la Très Sainte Trinité, et les communications d'Elle-même accordées par Elle au créé : les Mystères de l'Incarna¬tion et de la Rédemption, Mystères qui eux-mêmes nous ramènent à leur source : la Très Sainte Trinité.
Veni Sancte Spiritus ! Oui, appelons-Le, puisqu'Il nous est donné. Disons-Lui : Esprit de l'Amour divin, forme-nous à servir nos frères, mais à les servir en étant mus par l'Amour divin, c’est-à-dire en les préparant avec discrétion et patience, et en les aidant à trouver leur plein bonheur en Dieu.
Forme-nous tous à la louange de ce que Dieu fait mais surtout à la louange de ce qu'Il EST ! Forme-nous à l'adoration. Et au-delà de cela encore, forme-nous dès cette terre à contempler dans la foi, avec espérance et amour, la Trinité qui nous appelle à La voir et à L'aimer éternellement. »
En la fête de la Visitation de la B.V. Marie, dans le temps entre l’Ascension et la Pentecôte, 31 mai 1976.
D.-J. Lallement
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