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Le choc des images... par Gabrielle Fonval Retour au sommaire Pour adhérer à Serviam : cliquez " Je crois pour comprendre et je comprends pour croire " (Saint Augustin) Cest, sans doute, limage de lannée. Ce visage barbu, ces yeux las, cette attitude de soumission vis-à-vis du médecin en gants blancs qui lexamine resteront longtemps gravés dans nos mémoires. Les Américains ont inondé la planète de ces images de Saddam Hussein, le dictateur déchu. Ils les ont brandies comme un trophée de guerre. A telle enseigne que lon se serait cru à Rome, lorsque les empereurs rentraient, traînant derrière eux, dans un char, les rois vaincus et leur famille. Comme toujours, les chaînes de télévision ont diffusé ces images en boucle, jusquà satiété (quand va-t-on expliquer aux hommes de télévision que trop dimages tue limage ?). On se serait cru au temps de la mort dAyrton Senna ou, plus récemment, des attentats du 11 novembre, où, pendant des jours et des jours, les mêmes images ont été diffusées sur toutes les chaînes de télévision. Pourtant, très vite, le téléspectateur vigilant a compris quil y avait quelque chose de différent avec ces images-là. Certaines chaînes ont annoncé (par exemple TF1 avec Jean-Pierre Pernaut, lors du journal de 13 heures) que, en raison des engagements de la convention de Genève, ils ne diffuseront plus ces images du vaincu humilié. On notera, au passage, quil a fallu 24 heures aux journalistes dun pays occidental pour se souvenir de cette convention, alors quils lont bien en mémoire, lorsquil sagit dimages de prisonniers occidentaux, exhibés par des Iraniens, des Ougandiens, des Somaliens, des Irakiens, etc. Pourtant, certaines personnes se sont demandé si cette convention sapplique à tout le monde, et sil ne serait pas opportun de faire des exceptions, en particulier pour les dictateurs sanguinaires. Dautant plus quil faut bien prouver au monde (et aux anciens complices des dictateurs en question) que ceux-ci ont bien été arrêtés. Il va de soi quune loi, quelle quelle soit, ne souffre pas dexception, au risque de la rendre caduque. De la même manière que tout le monde (y compris, et surtout, le pire des dictateurs) a droit à un procès honnête et à un avocat pour le défendre, la dignité dun vaincu, quel quil soit ne saurait être bafouée à la face du monde. Il en va de la crédibilité de ladite convention de Genève. Car si daventure certains belligérants estimaient légitime de faire une exception (ce qui a été le cas des Américains, en la matière), cela ouvrirait la porte à tous les abus, les vainqueurs ayant toute lattitude pour décider que tel chef est un dictateur sanguinaire. On pourrait, ainsi, voir des belligérants faire prisonnier un général américain et lexhiber à la face du monde, en arguant du fait quil est un dictateur sanguinaire, puisquil est responsable de la mort de dizaines, voire de centaines de leurs compatriotes. On le voit, les exceptions ouvent la porte à de dangereuses dérives. Mais il y a pire. Chacun a pu le constater, les images du dictateur irakien déchu étaient plus que gênantes, dans la mesure où cet homme fatigué et à bout de force, dont on examinait la dentition, comme les maquignons le font, avant dacheter un cheval, suscitait la compassion plus que lhorreur. Cela signifie que si ces images ont pu provoquer une telle réaction dans lesprit (et dans le cur) dun Occidental, on imagine sans difficulté le type de réaction quelles ont du provoquer dans lesprit des Arabes du monde entier, qui ont dû se sentir humiliés. Comme toujours, en matière dimages audiovisuelles et en matière dinformation, le mieux est lennemi du bien. Une terrible leçon que les Occidentaux (et les Américains, au premier chef) devraient méditer ! Retour au sommaire |