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LE
CHOC des IMAGES - 27.01.2001
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- Quand un sujet est trop complexe,
trop sensible, en un mot trop difficile à transmettre
aux autres, les cinéastes ou les téléastes
ont alors recours à la fiction pour faire comprendre ce
qu'ils ont du mal à exprimer dans un texte écrit
ou dans un documentaire.
- On se souvient de «Warriors»,
ce remarquable téléfilm anglais, diffusé
récemment sur Arte, qui mettait en scène l'impuissance
des soldats anglais de la force des Nations Unies, lors de la
guerre en Bosnie. Peter Kosmisky, réalisateur de cette
uvre bouleversante, déclarait : «J'étais
convaincu que la meilleure façon (d'aborder ce sujet)
était le style fictionnel. Si vous l'abordez du point
de vue de l'expérience humaine, le sujet prend vie d'une
manière qu'il n'aurait connue ni à travers les
actualités ni à travers les reportages objectifs.».
- L'actualité cinématographique
nous donne une nouvelle occasion de vérifier la justesse
de cette opinion. Ce mercredi 24 janvier, sort, sur nos écrans,
«Harrison's flowers», le dernier film d'Elie Chouraqui,
cinéaste de comédies légères, producteur
de cinéma et producteur de la comédie musicale
«Les dix commandements». Ce film met en scène
les correspondants de guerre, aux débuts du conflit dans
l'ex-Yougoslavie (cela se passe en 1991). Mais, pour mieux faire
comprendre et la situation de l'époque, dans cette région
chaude du globe, et le métier des correspondants de guerre,
Elie Chouraqui a utilisé la fiction (et même une
magnifique histoire d'amour).
- Hervé Chabalier, PDG
de l'agence CAPA et ancien correspondant de guerre, l'avoue sans
ambages, après avoir vu le film : «Elie Chouraqui
a-t-il été correspondant de guerre dans une autre
vie ? "Harrison's flowers", si juste, si vrai, est
en tout cas le plus terrible des films sur ce qui fut longtemps
mon métier, correspondant de guerre. (...) J'ai revécu
mes années de guerre.».
- Cet hommage est d'autant plus
flatteur, que, les professionnels, on le sait, ne supportent
pas, quels qu'ils soient, de voir leur métier représenté
au cinéma. Ils estiment, en effet, que les cinéastes
ne parviennent qu'à caricaturer une activité donnée,
et cela pour les besoins de l'histoire. Alors un métier
aussi mal connu du grand public (et pour cause !) que celui de
correspondant de guerre, ne peut qu'être déformé
par la fiction. Surtout s'il s'agit, encore une fois, d'une histoire
d'amour !
- Pourtant, porté par son
sujet, Elie Chouraqui a réussi un sans faute dans sa description
de ce métier si particulier. Il a réussi à
rendre palpable à la fois l'horreur de la guerre et l'excitation
du témoin (ce qu'est un correspondant de guerre), un homme,
comme l'a si bien dit le cinéaste, sur LCI, qui, comme
tous les hommes, «n'est fondamentalement heureux que quand
il peut aller au bout de lui-même». Il a réussi
à faire comprendre que certains journalistes peuvent également
être «accros à la guerre» ! Il a réussi
également à faire comprendre qu'un journaliste
(tout comme le spectateur du film !) est saisi par des «pitiés
contradictoires», tantôt pour l'un, tantôt
pour l'autre, parce que, sur un champ de bataille, ce sont de
part et d'autre, des hommes qui souffrent et qui meurent.
- La force de la fiction, une
fois encore, permet de mieux faire comprendre ce qui, dit ou
écrit par le biais d'un autre support, n'aurait pas été
compris avec autant de profondeur.
- Le problème, c'est quand
des artistes utilisent la fiction, avec son fort pouvoir émotionnel,
pour généraliser un cas particulier. C'est encore
quand des cinéastes utilisent la fiction pour émouvoir
sur une personne, dont le comportement n'est pas à donner
en exemple. C'est enfin quand des militants utilisent, avec beaucoup
d'habileté le choc des images pour mieux faire passer
leurs idées.
- Mais ça, c'est une autre
histoire !
... par
Gabrielle Fonval
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