
Il y a plus de six mois maintenant, le PACS a été voté. Si, au lieu d'être cent mille à manifester dans les rues de Paris, nous avions rassemblé un million de personnes, le gouvernement aurait reculé. Que les catholiques qui se sont désintéressés de ce combat s'examinent et prennent le temps de relire les appels du Pape et de quelques évêques courageux et remarqués à défendre, contre la culture de mort, l'ultime bastion que constitue la famille !
Ces appels n'ont pas fini, pour autant, d'être utiles à condition d'y répondre.Il est clair maintenant que le PACS ne constitue qu'une étape dans une stratégie visant à détruire la famille traditionnelle en la mettant à égalité de droits avec de nouvelles formes d'union permettant d'abord le mariage des homosexuels et, demain, l'accès à l'adoption et, pour les femmes, la possibilité de procréation médicalement assistée.
Cette perspective qui, il y a vingt ans, serait apparue comme un sujet de farce burlesque dans le genre d'Ubu Roi, est maintenant largement ouverte. Ubu a abandonné le théâtre et siège à l'Assemblée nationale.Chacun a pu constater, non sans étonnement, qu'entre le vote d'une loi et la promulgation des décrets d'application qui la rendent effective, il peut s'écouler des années. Il y a des lois qui ne les ont jamais reçus. Celle sur l'élimination des chiens pit bull a été votée il y a plus de deux ans mais attend toujours ses décrets d'application. Ce délai élastique à volonté est un bon moyen pour un gouvernement de contenter l'opinion publique par la bonne médiatisation d'un vote qui la satisfait, touten n'ameutant pas une frange de la population dont on redoute les réactions ou en donnant satisfaction à des lobbies aussi discrets que puissants.
Tartuffe affirmait qu'avec le ciel on peut avoir des accommodements. Nos gouvernants ont fait en sorte qu'avec la démocratie ce genre d'hypocrisie soit plutôt la règle que l'exception.Pour le PACS, rien de pareil. Jamais une loi n'avait reçu si vite ses décrets d'application. On ne voit qu'une déclaration de guerre pour provoquer une telle vélocité. Les fonctionnaires chargés de la transmission des documents en ont frisé l'infarctus....
A la question de Jean-Paul II, "France, qu'as-tu fait des promesses de ton baptême ?", une première réponse a été donnée par la légalisation de l'avortement.
Une seconde vient de l'être et d'autres vont suivre. J'imagine qu'à nous, chrétiens, il en sera demandé compte d'abord.Evidemment, le combat continue et il peut se livrer à plusieurs niveaux, par exemple, celui de l'information, celui du langage et celui de l'action politique. Au niveau de l'information, nous savons bien ne pas pouvoir compter sur des médias investis par le lobby homosexuel. Ils font, très bien d'ailleurs, leur travail de désinformation orientée. La méthode a fait ses preuves, elle joue sur le sentiment. A partir de cas douloureux montés en sautoir qui restent des exceptions, on élabore une règle générale comme on le fit au procès de Bobigny pour justifier l'avortement.
Dans le cas présent, on a mis en vitrine le cas de personnes vivant ensemble par amitié, commodité, intérêt, refus de la solitude, soudain confrontés à des problèmes financiers, fiscaux, locatifs par le décès de l'une d'elles. Il aurait été facile d'y remédier par de simples ajustements des lois existantes. On a créé une émotion et, sous ce paravent humanitaire, on a élaboré une loi permettant de généraliser ces situations afin d'officialiser, en une caricature de mariage, les unions homosexuelles réclamées par les intéressés.
S'appuyer sur l'exception pour édicter la règle constitue une démarche tellement incohérente qu'on est bien obligé de conclure à une imposture savamment programmée et conduite en vue de généraliser l'exception pour détruire la règle.
Cette information simple, nous ne pouvons l'attendre des médias mais chacun de nous peut être un média très efficace. Il suffit de parler, de montrer.Le processus de subversion des principes sur lesquels repose notre civilisation est en marche dans d'autres domaines. Prenez le cas de l'euthanasie. Sous le prétexte de souffrances insupportables qu'on sait maintenant neutraliser si on le veut et de détresses morales et psychologiques qu'on peut adoucir par un accompagnement fraternel dans le cadre des soins palliatifs, sous ce prétexte déguisé en soeur de charité, on va peu à peu légaliser ce qu'il faut bien appeler par son nom: l'élimination médicalement assistée des malades incurables.
Des initiales de ces mots, on pourrait tirer un nouveau vocale: EMAMI dont la consonance serait d'un humour aussi noir qu'hélas conforme à la réalité. Peut-être suffirait-il de le populariser pour faire reculer la bête ? Evidemment, après le tour des malades incurables viendra celui des trop ou pas assez quelque chose, des trop perdus, des pas assez valides, des trop encombrants, des pas assez conformes, des trop libres, des pas assez serviles. Après le tour des enfants dans le ventre de leur mère, viendra celui des vieux dans les hôpitaux.
Allez revoir le film "Soleil vert"! ...On sait que le RMI, notamment dans les départements et territoire d'outre-mer, a gravement favorisé l'alcoolisme et la participation aux jeux de la Française du même nom. Se fondant sur les effets pervers d'une loi en elle-même généreuse, va-t-on supprimer le RMI, alors qu'il suffirait de subordonner son attribution à une activité contrôlée dans le cadre associatif, par exemple, et selon des modalités qu'il est très facile de préciser. Aucune loi juste ne peut être abrogée au nom des effets pervers qu'elle engendre mais, pour la sauver, il importe de s'attaquer aux exceptions, même nombreuses, qui la rendent suspecte d'injustice. Il y faut seulement un peu d'imagination et de courage politique.
Au niveau du langage, il faut nous attacher à faire du mot PACS un terme péjoratif.
Comme le scandaient les garçons et les filles qui donnaient à la grande manifestation contre le PACS une allure de farandole de la vie : "Mariée t'es belle, pacsée t'es poubelle"! Et ne me dites pas que c'est un manque de charité. Il s'agit d'une précision technique puisque le PACS permet de répudier son ou sa partenaire par simple lettre recommandée avec accusé de réception, le ou la jeter quand il ou elle a trop servi. Cela évitera ces scènes pénibles où, malgré soi, on aon a honte d'être un salaud ! Un vrai confort !Alors n'hésitons pas à charger les mots PACS, pacsé, de connotations ridicules, sordides, minables
Croyez à la force du langage. Les mots ont la charge du destin de ce qu'ils désignent. Quand l'ironie s'étiole, ce n'est pas la charité qui y gagne, c'est la vérité qui y perd. Le jour où avouer qu'on est pacsé sera aussi gênant que de faire confidence d'un ridicule qu'on tient à garder secret, la partie sera presque gagnée. Il est certain aussi que la connotation homosexuelle du PACS découragera les candidats de même sexe mais hétérosexuels, à en contracter un de peur d'être fichés comme pédérastes ou lesbiennes. Ainsi seront, en fait, éliminés du bénéfice de cette loi ceux-là mêmes pour qui on a prétendu l'avoir élaborée.Enfin, on peut encore agir au niveau politique en vue des prochaines élections. Ce sera une bonne question à poser aux candidats pressés de faire notre bonheur de savoir s'ils s'engagent clairement à abroger le PACS dès les premiers jours de leur mandat et à prendre les décrets d'application dans la foulée, histoire de battre le record précédent. Ceci évidemment en cas de miraculeuse victoire. Le socialisme, avec cette initiative anti-familiale, a tenu ses promesses et rempli son contrat car son projet politique n'est pas économique mais d'ordre intellectuel et moral.
Il s'agit pour lui de créer une société où l'homme définirait, au gré de son caprice et de son intérêt, les frontières toujours provisoires du bien et du mal. C'est un projet de pion, dirigé par quelqu'un qui a la tête de l'emploi et qui voudrait mener la France comme un pensionnat, voire une maison de correction, de correction politique. Quand on ne rend plus à Dieu ce qui est à Dieu, seul reste César. A ce moment triomphent les tyrannies qui, jusque-là, étaient nationales donc circonscrites, mais se profile à notre horizon la grande tyrannie mondialiste qui sera même démocratiquement justifiée. Autrement dit, nous n'avons pas fini d'en voir. Ce n'est pas l'heure des optimistes mais celles des hommes d'action et d'espérance.
Bien sûr, il n'est pas question de prendre notre parti de la situation actuelle en proclamant qu'on va tenir bon sur d'autres positions. Ce genre d'affirmation me rappelle des souvenirs d'enfance et la guerre de 39-40. Les communiqués militaires parlaient de "replis élastiques sur des positions préparées à l'avance", ce qui constituaient grammaticalement un pléonasme, réthoriquement une sorte de litote et intellectuellement un mensonge. Et ce qui restait de l'armée française s'est retrouvée pas loin des Pyrénées, après avoir laissé en route deux millions de prisonniers qui avaient plus retardé l'ennemi que ces fameuses positions.
Alors pour convaincre ceux qui estiment qu'il n'y a pas péril en la demeure et que la dégradation va s'arrêter là, voici ce qu'écrivait il y a quelques mois Paul Valois dans "La France catholique", à propos du projet de loi anti-homophobe, je cite : "Le lobby gay a annoncé la suite de son programme d'action. Après le vote sur le PACS, doit venir la toi antihomophobe, puis la reconnaissance civile, avec droit de se constituer partie civile, puis le droit à l'adoption, enfin la possibilité de propagande officielle en faveur de l'homosexualité dans les établissements d'enseignement. Quel est le sens de la loi anti-homophobe ? Cette loi conduira rapidement, par exemple, à la censure de la Bible (qui depuis Abraham condamne non pas les tendances homosexuelles mais l'activité homosexuelle); elle conduira à la censure de l'enseignement de lEglise, des informations et de la simple vérité. Pourra-t-on à l'avenir, par exemple, dire que les unions homosexuelles ont été pour quelque chose dans la diffusion du sida ?... Peu à peu, par son action dans l'opinion, le lobby gay a transformé ce qui est toléré privément en chose qui doit être reconnue par la loi et le code civil... Désormais, il cherche à imposer des pratiques déviantes... en les présentant comme des options recommandables de la sexualité, humaine".
Alors, avons nous vraiment compris ce qui s'est passé, ce qui se passe, ce qui se prépare ? Si le PACS ne vous concerne pas, pouvez-vous dire que la suite annoncée ne concerne pas vos enfants, vos petitsenfants ? Dans ces cas, vous avez le sommeil impavide ou une provision de tranquillisants !
L'autre jour, un dimanche, dans une église de la banlieue ouvrière de Paris, était distribuée une feuille d'information avec un petit édito du curé du lieu. Ce prêtre appartient à la génération ecclésiastique Jean Paul II, celle qui s'attelle avec enthousiasme, espérance, ténacité, foi, solidité doctrinale et humour à reconstruire ce qui a été démoli, rassembler ce qui a été dispersé, restaurer ce qui a été dégradé, réhabiliter ce qui a été profané. Dans ce petit article, il cite le Pape : "Les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la politique ( .. ) qui a pour but de promouvoir organiquement et par les institutions, le bien commun". Ce n'est pas là une opinion particulière à Jean-Paul Il. Toujours tiré de cet article proposé à des paroissiens qui ont bien de la chance, voici ce que dit le Concile : "Les laïcs doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l'ordre temporel" ' Et enfin, de la même source, cet enseignement de Pie XII : "De la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépendent et découlent le bien et le mai des âmes... en conséquence, coopérer au rétablissement de l'ordre social, n'est-ce pas là un devoir sacré pour tout chrétien ? ".
Un devoir sacré ? Et si nous prenions cela au sérieux !
Charles RAMBAUD