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Serviam remercie vivement la revue TRANSMETTRE,
excellente revue mensuelle pour l'éducation chrétienne
des enfants, de son aimable accord de mise en ligne du dossier
qui suit.
Revue TRANSMETTRE, 26 rue Roublot, 94120 Fontenay-sous-Bois
Abonnements un an, 11 numéros : FRF 250.00
Thérèse Monniaux est permanente au centre de
formation à l'action civique et culturelle selon le
droit naturel et chrétien,
49 rue Des Renaudes, 75007 Paris. Tél. 01 47 63 77 86
Fax 01 47 66 78 27
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Ce centre organise notamment des stages de formation d'une haute
qualité que Serviam recommande volontiers à ses
correspondants. __________________________________________________________________________
Eduquer les enfants à
la beauté
Eduquer les enfants à la beauté n'est ni secondaire,
ni superflu. C'est un volet indispensable de toute éducation,
en particulier de l'éducation chrétienne. Dans
ce dossier, Thérèse Monniaux nous propose non une
démonstration philosophique, mais une réflexion
- guidée par les écrits du Magistère et
l'expérience de Jean Ousset , ainsi qu'une méthode
pédagogique pour apprendre à voir et à écouter. __________________________________________________________________________
Chapitre I : Vers Dieu par la Beauté
Dieu n'est pas seulement
bien suprême : il est beauté absolue. L'éducation
vers le bien est inséparable d'une éducation au
beau.
Notre destinée est la vision de Dieu, appelée vision
béatifique, c'est-à-dire vision qui donne le bonheur.
Les habitants du Paradis ne sont-ils pas les Bienheureux ? Voir
Dieu tel qu'Il est, " bien suprême et beauté
absolue " (Pie XII, 26 août 1945), le contempler,
voilà le bonheur sans fin auquel nous aspirons.
Notre Dieu est le seul vrai Dieu, certes, mais cette Vérité
suprême nous attire surtout en ce qu'elle a d'aimable,
de bon, de beau. Notre Dieu est le Beau Dieu, et cela pas seulement
à Amiens où la statue représentant le Christ
porte ce nom ! L'Ecriture elle-même nous dit de Jésus
qu'il est " le plus beau des enfants des hommes ".
Il en va de toute vérité comme de la Vérité
en personne : c'est en tant qu'elle est belle qu'elle nous subjugue
et nous nourrit, et non en tant que conclusion intellectuelle
satisfaisante. S'il en est ainsi des étroits rapports
entre beauté et vérité, le beau n'apparaît
plus comme un simple agrément, mais comme un chemin sûr
pour aller au vrai. et ce chemin-là est accessible aux
plus humbles et aux enfants. L'Eglise le sait depuis toujours
qui offre depuis 2000 ans de la beauté gratuite dans ses
églises et dans sa liturgie : " prier sur de la beauté
", disait saint Pie X.
Le beau est lié au bien et au vrai
" La beauté est inséparable de la vérité.
Si ce n'est de la vérité, de quoi la beauté
serait-elle le resplendissement ? ", s'interroge Dominique
Ponnau, directeur de l'Ecole du Louvre (Famille chrétienne,
25 février 1999).
Cela ne veut pas dire qu'il faille négliger l'enseignement
de la vérité, mais cela qu'il ne faut pas sous-estimer
l'éducation à la beauté : la contemplation
est notre vocation éternelle, et nul doute que dès
ici-bas, " plus on possède la faculté de contempler,
plus on est heureux " (Aristote, Ethique à Nicomaque).
Une telle faculté cultivée dès l'enfance
sera une aide puissante pour mieux croire et mieux aimer. Pouvons-nous
en faire l'économie dans le monde actuel où règne
une véritable conspiration contre la beauté, si
bien symbolisée par les laideurs d'Halloween ? "
Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour
ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté,
comme la vérité, c'est ce qui met la joie au cur
des hommes, c'est ce fruit précieux qui résiste
à l'usure du temps, qui unit les générations
et les fait communiquer dans l'admiration " (Paul VI, Message
aux artistes, 8 décembre 1965).
Le beau est intimement lié au vrai, mais également
au bien, et donc à la morale : " La beauté
est en un certain sens l'expression visible du bien, de même
que le bien est la condition métaphysique du beau "
(Jean-Paul II, Lettre aux artistes, avril 1999). A ce propos,
le philosophe chrétien Gustave Thibon fait justement remarquer
: " Pourquoi, devant une grande action morale ou un sacrifice
héroïque ne disons-nous pas : voilà une bonne
action, mais cela est beau ? A partir d'une certaine hauteur,
le langage de la morale débouche spontanément sur
celui de l'esthétique " (Le pain quotidien).
L'éducation du sens du beau ne remplace pas l'éducation
morale mais la rend plus efficace : " Car le mal compris
et stigmatisé comme une laideur, une vilenie, une "
mocheté " est, à ce titre, plus répulsif,
plus psychologiquement réprouvable que s'il est simplement
présenté comme une infraction à une loi
" (Jean Ousset, Permanences n°206).
La beauté et la laideur ont tellement d'expressions sensibles
(visuelles en particulier) que leur évocation touche notre
être tout entier, dans sa composante affective comme intellectuelle,
sensible comme spirituelle. D'où leur puissance d'attirance
et de répulsion ! Ainsi, Jean Ousset en concluait : "
Pour indispensables que soient, fondamentalement, les maîtres
de vérité, le monde a plus encore besoin de maîtres
d'admiration, de maîtres de contemplation " (A la
découverte du beau).
Le sens commun de la beauté : universalité et
plénitude
Quand nous pensons beauté, nous pensons souvent peinture,
sculpture, musique Si le Beau était tout entier exprimé
dans les uvres d'art, il mériterait déjà
de retenir notre attention en tant qu'éducateurs, tant
est grande la puissance éducatrice des oeuvres d'art !
nous y reviendrons. Mais, en fait, les Beaux-Arts et l'art en
général ne sont " qu'une infime partie de
l'univers de beauté qui nous entoure " (J. Ousset,
ibid.).
Le langage courant nous donne une bonne piste de réflexion.
Nous employons le mot beau plus souvent que nous le croyons :
beau bouquet, belle dame, certes, mais aussi belle bronchite,
belle raclée et beau salaud ! L'utilisation du mot dans
ces trois derniers exemples n'a pas pour objet d'inviter à
admirer la bronchite ou imiter le salaud, mais elle signifie
la vérité, la plénitude, le caractère
achevé (plénitude vient de plein, c'est-à-dire
complet) et exemplaire de la chose, de l'action ou de l'être
considéré. L'expression en beauté est du
même ordre : on peut réussir en beauté, mais
aussi échouer en beauté !
Sans plénitude (de l'être), pas de beauté
même s'il peut y avoir du joli, c'est-à-dire du
beau à première vue, du beau en surface. Le "
rat des villes " trouvera beau un champ de blé émaillé
de coquelicots, alors que le paysan connaisseur pourra trouver
cela joli tout au plus (agréable au regard), non pas beau,
car le beau champ de blé est le champ de blé en
plénitude, le champ de blé non " infesté
" de coquelicots !
Nos habitudes de langage traduisent encore une autre intuition
à propos de la beauté : son universalité.
En effet, nous ne qualifions pas de " beau " seulement
les choses sublimes (un geste héroïque, un spectacle
extraordinaire, un paysage grandiose) mais aussi des choses humbles
(un regard, un sourire, une fleur des champs). Les manifestations
de la beauté sont multiples, variées et de degrés
divers ; elles sont tantôt d'ordre sensible et tantôt
d'ordre moral ou spirituel. La beauté est aussi multiforme
que la vie, que l'être.
Apprendre à voir
Si donc l'éducation à la beauté a un sens,
elle consistera justement à montrer aux enfants, à
les entraîner à voir toutes les manifestations possibles
de la beauté, dans tous les genres et à tous les
degrés : de la beauté fugace d'une table dressée
jusqu'à la beauté sublime du sacrifice du Père
Kolbe, en passant par la beauté du tableau de maître
et les beautés innombrables -humbles ou grandioses- de
la nature
Bien sûr, l'enfant lui-même est capable de s'émerveiller
et d'exprimer cet émerveillement : " beau ça
papa, beau ça maman ! " " Magique puissance
d'émerveillement de ceux que l'abrutissement de cette
vie n'a pas encore annihilés " (Jean Ousset, Permanences
n°206). Mais il est nécessaire de favoriser cette
bonne disposition, en développant sa capacité d'attention,
en la guidant S'il y a un sens commun de la beauté et
une tendance naturelle à la contemplation, cela ne veut
pas dire qu'il ne faille pas les éduquer.
" Regarde ! ", " écoute ! " : nous
avons déjà l'habitude, presque instinctive, d'indiquer
aux enfants dès leur jeune âge des objets (choses,
personnes, uvres d'art, actions ) dignes d'admiration. Mais nous
avons à développer nos propres facultés
dans ce domaine : notre capacité personnelle d'attention
et d'admiration nous donnera des réflexes de langage et
d'attitude qui imprégneront nos enfants par contagion,
avec beaucoup plus d'efficacité qu'un discours sur "
le Beau " qu'ils sont trop jeunes pour apprécier.
Apprendre à voir, c'est apprendre à aimer
Dignes d'admiration, avons-nous dit, c'est-à-dire dignes
d'amour. C'est-à-dire, aussi, qu'il y a des choses indignes
d'être admirées ou aimées, ou qui ne méritent
pas une admiration équivalente.
Eduquer à la beauté, ce n'est donc pas seulement
développer la faculté de contempler en général,
mais bien sûr, éduquer à une admiration que
l'on pourrait qualifier de " critique ", en faisant
appel au jugement de notre intelligence. Une admiration béate
et universelle n'aurait aucun intérêt éducatif.
Le véritable sens de la beauté est celui qui peut
distinguer, hiérarchiser, et aussi rejeter ou détester
comme laid et indigne d'être aimé.
Que faut-il entendre par distinguer et hiérarchiser ?
Il s'agit simplement des genres et des degrés que nous
évoquions plus haut, avec des exemples suggérant
que l'admiration peut être plus ou moins grande suivant
l'objet considéré. " Qui oserait mettre en
balance une ronde enfantine et une symphonie ? L'une et l'autre
peuvent être belles, mais chacune dans son genre et à
son degré " (J. Ousset, op. cit.).
Bien sûr, le jeune enfant aura rarement la maturité
requise pour écouter une longue symphonie et juger de
la supériorité du genre qu'est la " grande
musique " sur le genre constitué par les rondes enfantines,
mais cet exemple est utile pour nous donner une direction. Ce
qui est important, c'est d'apprendre à comparer ce qui
est comparable (une ronde enfantine avec une autre ronde enfantine,
un acte de générosité avec un autre acte
de générosité ), afin de voir " là
où il y a le plus, là où il y a le moins
", dans le genre considéré mais aussi entre
les genres. Par exemple, " il faut considérer la
beauté des âmes comme plus précieuse que
la beauté des corps " (Platon).
Tout se vaut-il ?
En donnant sa juste place au jugement dans cette éducation
à la beauté, nous nous éloignons du climat
ambiant où règne le " tout se vaut "
et le " pourvu que ça te plaise " ! Il ne s'agit
pas, donc, " d'apprendre à aimer ce qui plaît,
mais d'apprendre à aimer ce qui est vraiment beau. Et
qui risquait de ne pas plaire dès l'abord " (J. Ousset,
op. cit.).
Souvenons-nous de l'exemple du champ de blé, plaisant
à voir, mais pas vraiment beau parce qu'infesté
de coquelicots ! Pourrait-on dire d'une jolie table qu'elle est
vraiment belle si elle est en fait inutilisable comme table ?
Si seul ce qui plaît était digne d'admiration, il
faudrait rayer du champ des beautés possibles toutes ces
actions qui demandent un effort, toutes ces vertus que l'écrivain
Max Jacob qualifie justement d'esthétiques : la sobriété,
le renoncement, l'humilité
Le sens de la beauté s'éduque par le sens de l'objet
(objet au sens large et pas seulement objet matériel)
: si l'on sait bien utiliser ses sens et son intelligence pour
considérer l'objet, on pourra faire plus aisément
la part de l'objectif et du subjectif dans le jugement. Il ne
s'agit pas d'éliminer forcément tout aspect subjectif,
mais de le distinguer et de ne pas lui laisser la première
place (" ce que je ressens, ce qui me plaît, moi je
"). Il est fréquent qu'un enfant " trouve beau
" (c'est l'aspect subjectif) un jouet pourtant tout cassé,
voire inutilisable, ou un vêtement qui fait honte à
ses parents tant il est élimé ou déformé,
et donc objectivement moins beau qu'au début !
Habituer l'enfant à juger
Il est possible d'habituer assez tôt l'enfant à
ne pas se contenter du verdict " j'aime " ou "
j'aime pas ", mais de lui demander de justifier son jugement,
pour l'aider à faire la part des choses et à émettre
des jugements qui soient réellement personnels sans être
purement subjectifs. Cela l'aidera à cultiver le sens
d'une beauté plus complexe que la première apparence
et la première impression.
A l'enfant disant d'une personne qu'elle est " moche ",
soit en raison de son physique ingrat ou de ses habits, faisons
remarquer qu'il peut y avoir derrière ces laideurs visibles
des beautés invisibles au premier regard ou d'une autre
nature, ou encore d'un degré plus élevé.
Le regard plus attentif pourra confirmer l'impression première
d'un physique ingrat mais découvrira peut-être une
attitude gracieuse, une belle voix, un regard doux, des mains
fines et n'y aurait-il rien de tout cela, seule la fréquentation
de ladite personne pourrait révéler des beautés
cachées telles qu'une conversation intelligente ou agréable,
des qualités de cur, et toutes sortes de qualités
morales.
Quant à l'habillement, une fois écarté le
danger de juger quelqu'un sur sa mise, il reste pour les enfants
(certains sont touchés très jeunes !) à
apprendre à ne pas juger uniquement d'après la
mode en général ou la mode de son milieu social.
L'important est encore ici d'apprendre à juger d'après
des critères variés : adaptation du vêtement
au sexe, à l'activité, à la circonstance
(ordinaire ou festive, sport ou pas etc.), en gardant présent
à l'esprit que parmi les maux de notre temps figurent
l'indifférenciation des sexes, l'impudeur (qui est une
indélicatesse du coeur) ou le respect humain Faire la
part du subjectif et de l'objectif est le seul moyen de rester
disponible mais libre à l'égard des modes.
L'argument du laid et du beau peut aussi aider efficacement à
corriger les mauvaises habitudes de langage.
Thérèse Monniaux ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
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