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Serviam remercie vivement la revue TRANSMETTRE, excellente revue mensuelle pour l'éducation chrétienne des enfants, de son aimable accord de mise en ligne du dossier qui suit.
Revue TRANSMETTRE, 26 rue Roublot, 94120 Fontenay-sous-Bois
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Thérèse Monniaux est permanente au centre de formation à l'action civique et culturelle selon le droit naturel et chrétien,
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Ce centre organise notamment des stages de formation d'une haute qualité que Serviam recommande volontiers à ses correspondants.

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Eduquer les enfants à la beauté

Eduquer les enfants à la beauté n'est ni secondaire, ni superflu. C'est un volet indispensable de toute éducation, en particulier de l'éducation chrétienne. Dans ce dossier, Thérèse Monniaux nous propose non une démonstration philosophique, mais une réflexion - guidée par les écrits du Magistère et l'expérience de Jean Ousset , ainsi qu'une méthode pédagogique pour apprendre à voir et à écouter.

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Chapitre I : Vers Dieu par la Beauté

Dieu n'est pas seulement bien suprême : il est beauté absolue.

L'éducation vers le bien est inséparable d'une éducation au beau.
Notre destinée est la vision de Dieu, appelée vision béatifique, c'est-à-dire vision qui donne le bonheur. Les habitants du Paradis ne sont-ils pas les Bienheureux ? Voir Dieu tel qu'Il est, " bien suprême et beauté absolue " (Pie XII, 26 août 1945), le contempler, voilà le bonheur sans fin auquel nous aspirons.
Notre Dieu est le seul vrai Dieu, certes, mais cette Vérité suprême nous attire surtout en ce qu'elle a d'aimable, de bon, de beau. Notre Dieu est le Beau Dieu, et cela pas seulement à Amiens où la statue représentant le Christ porte ce nom ! L'Ecriture elle-même nous dit de Jésus qu'il est " le plus beau des enfants des hommes ".
Il en va de toute vérité comme de la Vérité en personne : c'est en tant qu'elle est belle qu'elle nous subjugue et nous nourrit, et non en tant que conclusion intellectuelle satisfaisante. S'il en est ainsi des étroits rapports entre beauté et vérité, le beau n'apparaît plus comme un simple agrément, mais comme un chemin sûr pour aller au vrai. et ce chemin-là est accessible aux plus humbles et aux enfants. L'Eglise le sait depuis toujours qui offre depuis 2000 ans de la beauté gratuite dans ses églises et dans sa liturgie : " prier sur de la beauté ", disait saint Pie X.

Le beau est lié au bien et au vrai
" La beauté est inséparable de la vérité. Si ce n'est de la vérité, de quoi la beauté serait-elle le resplendissement ? ", s'interroge Dominique Ponnau, directeur de l'Ecole du Louvre (Famille chrétienne, 25 février 1999).
Cela ne veut pas dire qu'il faille négliger l'enseignement de la vérité, mais cela qu'il ne faut pas sous-estimer l'éducation à la beauté : la contemplation est notre vocation éternelle, et nul doute que dès ici-bas, " plus on possède la faculté de contempler, plus on est heureux " (Aristote, Ethique à Nicomaque). Une telle faculté cultivée dès l'enfance sera une aide puissante pour mieux croire et mieux aimer. Pouvons-nous en faire l'économie dans le monde actuel où règne une véritable conspiration contre la beauté, si bien symbolisée par les laideurs d'Halloween ? " Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté, comme la vérité, c'est ce qui met la joie au cur des hommes, c'est ce fruit précieux qui résiste à l'usure du temps, qui unit les générations et les fait communiquer dans l'admiration " (Paul VI, Message aux artistes, 8 décembre 1965).
Le beau est intimement lié au vrai, mais également au bien, et donc à la morale : " La beauté est en un certain sens l'expression visible du bien, de même que le bien est la condition métaphysique du beau " (Jean-Paul II, Lettre aux artistes, avril 1999). A ce propos, le philosophe chrétien Gustave Thibon fait justement remarquer : " Pourquoi, devant une grande action morale ou un sacrifice héroïque ne disons-nous pas : voilà une bonne action, mais cela est beau ? A partir d'une certaine hauteur, le langage de la morale débouche spontanément sur celui de l'esthétique " (Le pain quotidien).
L'éducation du sens du beau ne remplace pas l'éducation morale mais la rend plus efficace : " Car le mal compris et stigmatisé comme une laideur, une vilenie, une " mocheté " est, à ce titre, plus répulsif, plus psychologiquement réprouvable que s'il est simplement présenté comme une infraction à une loi " (Jean Ousset, Permanences n°206).
La beauté et la laideur ont tellement d'expressions sensibles (visuelles en particulier) que leur évocation touche notre être tout entier, dans sa composante affective comme intellectuelle, sensible comme spirituelle. D'où leur puissance d'attirance et de répulsion ! Ainsi, Jean Ousset en concluait : " Pour indispensables que soient, fondamentalement, les maîtres de vérité, le monde a plus encore besoin de maîtres d'admiration, de maîtres de contemplation " (A la découverte du beau).

Le sens commun de la beauté : universalité et plénitude
Quand nous pensons beauté, nous pensons souvent peinture, sculpture, musique Si le Beau était tout entier exprimé dans les uvres d'art, il mériterait déjà de retenir notre attention en tant qu'éducateurs, tant est grande la puissance éducatrice des oeuvres d'art ! nous y reviendrons. Mais, en fait, les Beaux-Arts et l'art en général ne sont " qu'une infime partie de l'univers de beauté qui nous entoure " (J. Ousset, ibid.).
Le langage courant nous donne une bonne piste de réflexion. Nous employons le mot beau plus souvent que nous le croyons : beau bouquet, belle dame, certes, mais aussi belle bronchite, belle raclée et beau salaud ! L'utilisation du mot dans ces trois derniers exemples n'a pas pour objet d'inviter à admirer la bronchite ou imiter le salaud, mais elle signifie la vérité, la plénitude, le caractère achevé (plénitude vient de plein, c'est-à-dire complet) et exemplaire de la chose, de l'action ou de l'être considéré. L'expression en beauté est du même ordre : on peut réussir en beauté, mais aussi échouer en beauté !
Sans plénitude (de l'être), pas de beauté même s'il peut y avoir du joli, c'est-à-dire du beau à première vue, du beau en surface. Le " rat des villes " trouvera beau un champ de blé émaillé de coquelicots, alors que le paysan connaisseur pourra trouver cela joli tout au plus (agréable au regard), non pas beau, car le beau champ de blé est le champ de blé en plénitude, le champ de blé non " infesté " de coquelicots !
Nos habitudes de langage traduisent encore une autre intuition à propos de la beauté : son universalité. En effet, nous ne qualifions pas de " beau " seulement les choses sublimes (un geste héroïque, un spectacle extraordinaire, un paysage grandiose) mais aussi des choses humbles (un regard, un sourire, une fleur des champs). Les manifestations de la beauté sont multiples, variées et de degrés divers ; elles sont tantôt d'ordre sensible et tantôt d'ordre moral ou spirituel. La beauté est aussi multiforme que la vie, que l'être.

Apprendre à voir
Si donc l'éducation à la beauté a un sens, elle consistera justement à montrer aux enfants, à les entraîner à voir toutes les manifestations possibles de la beauté, dans tous les genres et à tous les degrés : de la beauté fugace d'une table dressée jusqu'à la beauté sublime du sacrifice du Père Kolbe, en passant par la beauté du tableau de maître et les beautés innombrables -humbles ou grandioses- de la nature
Bien sûr, l'enfant lui-même est capable de s'émerveiller et d'exprimer cet émerveillement : " beau ça papa, beau ça maman ! " " Magique puissance d'émerveillement de ceux que l'abrutissement de cette vie n'a pas encore annihilés " (Jean Ousset, Permanences n°206). Mais il est nécessaire de favoriser cette bonne disposition, en développant sa capacité d'attention, en la guidant S'il y a un sens commun de la beauté et une tendance naturelle à la contemplation, cela ne veut pas dire qu'il ne faille pas les éduquer.
" Regarde ! ", " écoute ! " : nous avons déjà l'habitude, presque instinctive, d'indiquer aux enfants dès leur jeune âge des objets (choses, personnes, uvres d'art, actions ) dignes d'admiration. Mais nous avons à développer nos propres facultés dans ce domaine : notre capacité personnelle d'attention et d'admiration nous donnera des réflexes de langage et d'attitude qui imprégneront nos enfants par contagion, avec beaucoup plus d'efficacité qu'un discours sur " le Beau " qu'ils sont trop jeunes pour apprécier.

Apprendre à voir, c'est apprendre à aimer
Dignes d'admiration, avons-nous dit, c'est-à-dire dignes d'amour. C'est-à-dire, aussi, qu'il y a des choses indignes d'être admirées ou aimées, ou qui ne méritent pas une admiration équivalente.
Eduquer à la beauté, ce n'est donc pas seulement développer la faculté de contempler en général, mais bien sûr, éduquer à une admiration que l'on pourrait qualifier de " critique ", en faisant appel au jugement de notre intelligence. Une admiration béate et universelle n'aurait aucun intérêt éducatif. Le véritable sens de la beauté est celui qui peut distinguer, hiérarchiser, et aussi rejeter ou détester comme laid et indigne d'être aimé.
Que faut-il entendre par distinguer et hiérarchiser ? Il s'agit simplement des genres et des degrés que nous évoquions plus haut, avec des exemples suggérant que l'admiration peut être plus ou moins grande suivant l'objet considéré. " Qui oserait mettre en balance une ronde enfantine et une symphonie ? L'une et l'autre peuvent être belles, mais chacune dans son genre et à son degré " (J. Ousset, op. cit.).
Bien sûr, le jeune enfant aura rarement la maturité requise pour écouter une longue symphonie et juger de la supériorité du genre qu'est la " grande musique " sur le genre constitué par les rondes enfantines, mais cet exemple est utile pour nous donner une direction. Ce qui est important, c'est d'apprendre à comparer ce qui est comparable (une ronde enfantine avec une autre ronde enfantine, un acte de générosité avec un autre acte de générosité ), afin de voir " là où il y a le plus, là où il y a le moins ", dans le genre considéré mais aussi entre les genres. Par exemple, " il faut considérer la beauté des âmes comme plus précieuse que la beauté des corps " (Platon).

Tout se vaut-il ?
En donnant sa juste place au jugement dans cette éducation à la beauté, nous nous éloignons du climat ambiant où règne le " tout se vaut " et le " pourvu que ça te plaise " ! Il ne s'agit pas, donc, " d'apprendre à aimer ce qui plaît, mais d'apprendre à aimer ce qui est vraiment beau. Et qui risquait de ne pas plaire dès l'abord " (J. Ousset, op. cit.).
Souvenons-nous de l'exemple du champ de blé, plaisant à voir, mais pas vraiment beau parce qu'infesté de coquelicots ! Pourrait-on dire d'une jolie table qu'elle est vraiment belle si elle est en fait inutilisable comme table ?
Si seul ce qui plaît était digne d'admiration, il faudrait rayer du champ des beautés possibles toutes ces actions qui demandent un effort, toutes ces vertus que l'écrivain Max Jacob qualifie justement d'esthétiques : la sobriété, le renoncement, l'humilité
Le sens de la beauté s'éduque par le sens de l'objet (objet au sens large et pas seulement objet matériel) : si l'on sait bien utiliser ses sens et son intelligence pour considérer l'objet, on pourra faire plus aisément la part de l'objectif et du subjectif dans le jugement. Il ne s'agit pas d'éliminer forcément tout aspect subjectif, mais de le distinguer et de ne pas lui laisser la première place (" ce que je ressens, ce qui me plaît, moi je "). Il est fréquent qu'un enfant " trouve beau " (c'est l'aspect subjectif) un jouet pourtant tout cassé, voire inutilisable, ou un vêtement qui fait honte à ses parents tant il est élimé ou déformé, et donc objectivement moins beau qu'au début !

Habituer l'enfant à juger
Il est possible d'habituer assez tôt l'enfant à ne pas se contenter du verdict " j'aime " ou " j'aime pas ", mais de lui demander de justifier son jugement, pour l'aider à faire la part des choses et à émettre des jugements qui soient réellement personnels sans être purement subjectifs. Cela l'aidera à cultiver le sens d'une beauté plus complexe que la première apparence et la première impression.
A l'enfant disant d'une personne qu'elle est " moche ", soit en raison de son physique ingrat ou de ses habits, faisons remarquer qu'il peut y avoir derrière ces laideurs visibles des beautés invisibles au premier regard ou d'une autre nature, ou encore d'un degré plus élevé. Le regard plus attentif pourra confirmer l'impression première d'un physique ingrat mais découvrira peut-être une attitude gracieuse, une belle voix, un regard doux, des mains fines et n'y aurait-il rien de tout cela, seule la fréquentation de ladite personne pourrait révéler des beautés cachées telles qu'une conversation intelligente ou agréable, des qualités de cur, et toutes sortes de qualités morales.
Quant à l'habillement, une fois écarté le danger de juger quelqu'un sur sa mise, il reste pour les enfants (certains sont touchés très jeunes !) à apprendre à ne pas juger uniquement d'après la mode en général ou la mode de son milieu social.
L'important est encore ici d'apprendre à juger d'après des critères variés : adaptation du vêtement au sexe, à l'activité, à la circonstance (ordinaire ou festive, sport ou pas etc.), en gardant présent à l'esprit que parmi les maux de notre temps figurent l'indifférenciation des sexes, l'impudeur (qui est une indélicatesse du coeur) ou le respect humain Faire la part du subjectif et de l'objectif est le seul moyen de rester disponible mais libre à l'égard des modes.
L'argument du laid et du beau peut aussi aider efficacement à corriger les mauvaises habitudes de langage.

Thérèse Monniaux
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