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Qui sommes-nous ? Remarques d'actualité sur une expérience en grandeur réelle....
... Nous avions fondé ROC (il y a 34 ans), parce que nous étions convaincus que l'image animée était en train de forger une société nouvelle. Quand nous constatons les craintes ridicules, mais souvent exprimées avec haine, d'un prétendu retour de «l'Ordre moral», qui ne sont en fait que des attaques forcenées contre la morale tout court, nous sommes plus que jamais convaincus que les bases mêmes de notre société sont ébranlées et que l'irruption de l'image animée dans notre vie quotidienne est la principale responsable de cet état de choses.
L'un des objectifs que nous nous sommes fixés, nous l'avons dit, est d'informer et de former, ce qui implique, entre autres tâches, le devoir pour nous de faire connaître certains aspects de l'audiovisuel, qui sont occultés (volontairement ou non) par les médias.
Nous avons également rappelé que nous nous efforcions d'agir de manière à être crédibles, ce qui signifie que nous entendons éviter tous excès et débordements. Prenons quelques exemples : Nous considérons que la violence à l'écran (qu'il s'agisse du petit aussi bien que du grand) est l'un des plus graves dangers qui menacent notre société. Nous avons donc fait preuve de sévérité dans les jugements que nous avons portés sur certains films, qui constituent de véritables bombes incendiaires. Et pourtant nous avons toujours refusé de signer des pétitions condamnant la violence d'une manière générale et sans distinction de forme, d'intensité ou de nature.
Car, d'une part, il convient de ne pas laisser croire à l'enfant qu'il vit dans un monde aseptisé et, d'autre part, il existe des formes de violences qui sont acceptables. Pour illustrer cela, voici en quoi consiste l'une des expériences réalisées, à plusieurs reprises, il y a quelques lustres, en Italie, à l'Institut Gemelli :
On sélectionne un grand nombre de photos anthropométriques représentant des individus, allant de «la bonne bouille à la sale gueule», et l'on demande à chaque sujet de l'expérience de les classer dans deux catégories bien distinctes : celle des sympathiques et celle des antipathiques. Pour chacun des sujets, on choisit 50 photos de la première catégorie et 50 de la seconde,constituant ce que l'on appelle l'étalon de son agressivité naturelle. Ensuite on fait lire aux sujets la page d'un roman, qui relate, avec des détails d'un réalisme atroce, l'empalement d'un tsigane. Puis, à l'un des groupes on présente de nouveau les photos anthropométriques. Et l'on constate que les sujets trouvent antipathiques 70 à 75% des individus. La lecture des atrocités a donc augmenté le taux de leur agressivité. Ce taux diminue légèrement, mais reste encore supérieur à la moyenne (entre 55 et 60%) pour un 2e groupe, lorsqu'il passe le test deux heures après la lecture en question. Et lorsque immédiatement après la lecture, on projette, à un 3e groupe des images de violence, extraites de certains films comme «L'homme tranquille», et qu'on les fait suivre du fameux test, on constate que, pour ce groupe, le pourcentage de la catégorie des antipathiques tombe à 40-45%. Et ce pourcentage devient encore plus faible, si les scènes en question sont insérées dans un film où elles trouvent leur justification. Cela prouve que les sujets ont, alors, non seulement évacué l'agressivité emmagasinée par la lecture, mais se sont également débarrassés d'une partie de leur agressivité naturelle. D'où il résulte que la vision de certaines scènes de violences au cinéma, non seulement n'est pas nocive, mais peut se révéler bénéfique.
Comment cela est-il possible ? Sans employer de mots savants, nous rappellerons que les hommes (et plus encore les enfants) ont un sens inné de la justice. Lorsqu'ils voient à l'écran un individu commettre des méfaits, ils aspirent à ce que celui-ci reçoive son châtiment. Tant que règne l'impunité, le spectateur sent grandir en lui un désir de vengeance qui trouvent son exutoire lorsque la justice triomphe enfin, même si cette victoire survient à la suite de violences, à condition que ces violences restent comprises dans certaines limites. ..
Extraits des éditoriaux
de la revue ROC, avril 2001
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