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Histoire et Mémoire... (2/2)

" Je crois pour comprendre et je comprends pour croire "
(Saint Augustin)

Histoire et mémoire (2/2)

On confond trop souvent histoire et mémoire. Or, la première est vouée à la vérité, tandis que la seconde sert la fidélité à une cause, car elle est instrumentalisée.

En effet, elle permet de trier le passé en fonction de ses passions et de ses opinions. Dans un documentaire intitulé «La guerre d’Algérie», les personnes interrogées ne parlaient que d’une chose : les exactions de l’armée française. La volonté de manipulation était flagrante, mais il est à peu près évident que la plupart des téléspectateurs sont tombés dans le piège. Derrière le devoir de mémoire se cachait un mensonge historique (la guerre d’Algérie, ce n’est pas que cela). Le réalisateur se dissimulait derrière le témoignage de ces personnes. Il ne parlait pas de la guerre d’Algérie, mais de leur guerre d’Algérie, ce qui est complètement différent. D’ailleurs, était-ce vraiment leur guerre ou la vision qu’ils voulaient en donner ? Comme les témoignages n’étaient jamais examinés avec un regard critique, que les faits énoncés n’étaient jamais vérifiés, où était la part de vérité et de mensonge ? Or, combien de documentaires reposent sur les mêmes principes.

Bien entendu, il ne faut pas tous les condamner. Par exemple, le documentaire sur la CIA, diffusé récemment sur Arte, ne repose que sur des témoignages. Pourtant, sa fiabilité est plus élevée que celui sur la guerre d’Algérie. En effet, ceux qui sont interrogés ont tous été de hauts responsables de l’agence de renseignements, ont donc été au cœur de l’Histoire et l’ont parfois faite. Néanmoins, il ne faut faire confiance à leurs témoignages qu’avec précaution. Car, ces hommes ont aussi des comptes à régler, avec leurs prédécesseurs, leurs successeurs, leurs supérieurs ou une réputation à préserver. Laisser la parole aux témoins directs ne suffit donc pas pour faire l’Histoire, d’autant plus que nous sommes toujours dépendants du montage du réalisateur. N’a-t-il pas travesti la pensée des personnes interrogées ? Le documentaire ne met en valeur que ce que le réalisateur veut bien montrer. Et il lui est plus facile de nous tromper, car nous ne pouvons vérifier son travail préparatoire, voir si les citations n’ont pas été tirées de leur contexte. Ce n’est pas le cas avec un livre d’histoire sérieux, car son auteur donne ses références. En cas de doute, il est facile de vérifier.

Il faut donc bien en prendre conscience, faire de l’histoire en ne se servant que de la mémoire de quelques-uns, surtout dans l’exemple sur la guerre d’Algérie, est une œuvre profondément idéologique. Elle permet de réaménager l’Histoire et de caviarder ce qui insupporte, comme l’a très bien mis en valeur le roman d’anticipation 1984 de Georges Orwell. L’idéologue n’assume pas le passé de son pays, il le choisit. Il le transforme en un outil pour justifier ses idées et son régime politique. Il ne veut garder que ce qui l’intéresse... car il ne veut pas être redevable.

«Qu’as-tu que tu n’aies reçu», disait saint Paul. Mais ceux qui n’ont à la bouche que le mot «devoir de mémoire» pensent qu’ils n’ont rien reçu du passé, sauf des malheurs. Ils ne retiendront, par exemple, de l’Eglise catholique ou de la royauté que leurs taches, jamais leurs bienfaits. Ils ne parlent que de victimes, mais ils oublient aussi qu’ils sont débiteurs. Or, celui qui prétend ne rien devoir à personne est un imposteur... et un malheureux, car il ne peut pardonner. C’est pourquoi Henri IV commença son édit de Nantes par les mots suivants : «Que la mémoire de toutes choses passées... demeure éteinte et assoupie comme une chose non avenue», mettant ainsi fin aux guerres de religion.

Comprenons-nous bien. Nous ne rejetons le devoir de mémoire que lorsqu’il est déconnecté de la réalité passée. Il doit être lié à l’histoire, car pour paraphraser Rabelais : «Mémoire sans Histoire n’est que ruine de l’âme.» En effet, seul, il ne sert que des intérêts idéologiques ou matériels. Lié à l’histoire, il prend alors son exacte dimension, ce qui aboutit dans la plupart des cas à le relativiser (le devoir de mémoire amplifie souvent certains événements) et facilite le pardon réparateur.


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