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L'innovation pédagogique... par Hervé Pasqua
Serviam remercie vivement le le Professeur Pasqua de son aimable accord de reproduction de la conférence magistrale qu'il a donnée aux Assises de l'Enseignement Catholique d'ile et Vilaine le 21.4.2001
------------------------------------------------------------------------------------L'innovation pédagogique
Qu'est-ce qu'innover ? Il importe de ne pas se méprendre sur le sens du mot innovation.
Le neuf se définit par rapport à l'ancien. Mais cela ne signifie pas qu'il rejette nécessairement l'ancien. L'ancien peut rester actuel alors que le nouveau peut disparaître aussitôt apparu : c'est le caractère de l'événementiel. Faire du neuf, c'est bâtir sur de l'acquis. On ne bâtit pas sur du vide. Autrement dit, le nouveau est un enrichissement de l'ancien.
L'ancien, de son côté, n'est pas ce que l'on conserve: c'est du vivant qui nourrit le présent et prépare l'avertir. Il ne saurait se définir en fonction d'un attachement au passé en tant que passé, mais au passé en tant qu'héritage et transmission d'un savoir et d'une expérience : les anciens avaient l'humilité de penser qu'ils étaient des « nains juchés sur les épaules des géants ».
La véritable innovation doit donc exclure toute prétention à faire table rase du passé vivant. Ce qui est neuf n'est pas de l'ordre du commencement absolu. Le commencement absolu est le surgissement hors du néant de ce qui est -. cela concerne exclusivement la création ex nihilo, ce ne peut être que l'oeuvre d'un Dieu tout-puissant.
Dès lors, innover ne consiste pas à poser un acte ne reposant sur rien, un tel acte finirait par s'imposer et deviendrait source de violence. La violence réside précisément dans la négation de la nature : elle nie ce qui est. En se posant sans reposer sur la loi de la nature, l'innovation serait le contraire de la création en faisant tout retourner au néant.
L'innovation pédagogique ne peut, par conséquent, rien imposer à l'enfant, elle doit contribuer à le former efficacement. Former un enfant, c'est le conduire sur le chemin qui fera de lui un homme, qui l'aidera à vivre humainement. C'est pourquoi la formation suppose un contenu qui contribue au développement de la nature humaine.
La formation ainsi comprise s'oppose à l'anthropologie culturelle selon laquelle il n'y a pas de nature humaine, l'hortime étant le produit de la culture. Dans cette perspective, dangereuse à nos yeux, l'homme devient une invention de l'homme. L'espérance devient folle, selon l'expression de Chesterton, en visant le dépassement de l'homme par le pouvoir de la technique, de la politique, du scientifique, de l'économique et -cela nous concerne- du pédagogique.
Or, la culture fait partie de la nature humaine qui est humaine parce que rationnelle: l'homme est un animal rationnel. Il n'est pas purement rationnel, il n'est pas exclusivement animal : ni ange, ni bête. Et sa condition est indépassable. La dépasser, ce serait la détruire. Cette idée d'un dépassement de l'homme, à vrai dire, correspond à une conception pessimiste revêtue du masque de l'optirnisme dans le progrès. Or, « la conception d'un progrès infini, comme l'écrivait Simone Weil, est l'idée athée par excellence. » C'est une erreur, ajoutait-elle, de croire qu'en marchant tout droit on finirait par s'envoler dans les airs.
L'homme n'a pas besoin d'être dépassé, mais d'être guéri. Le moyen de sa guérison n'est pas au pouvoir de l'homme mais dépend du pouvoir de Dieu, il n'est pas dans la science mais dans la foi, il ne se trouve pas dans la technique mais dans la grâce qui « ne détruit pas la nature mais la présuppose pour la parfaire ». La perspective est différente, C'est celle du salut et elle spécifie l'enseignement catholique. Le salut n'est pas un sauvetage, un sauve-qui-peut individualiste, il concerne le destin de l'humanité entière.
La formation humaine de l'enfant, étant la principale visée pédagogique, doit s'inscrire dans cette perspective à la lumière de la raison et de la foi. Elle doit donc intégrer la totalité de son humanité, à savoir les sens et l'esprit. Le bon pédagogue est celui qui veille au bon ordre entre le corps et l'âme, en apprenant à vivre de maruière équilibrée la condition incarnée qui est celle de l'homme, en se souvenant, comme disait saint Augustin, qu'il vaut mieux « être spirituel jusque dans la chair que charnel jusque dans l'esprit. » D'où l'importance de la formation morale et religieuse.
La vie morale est la, condition d'une vie heureuse. Elle repose sur la pratique de la vertu, condition de la liberté et du bonheur. Ici, l'innovation pédagogique peut s'exercer à plein, car il s'agit de former des hommes et des hommes libres en vue du bonheur.
Cela suppose une conception de la liberté enracinée dans le respect de la nature. La liberté ne consiste pas, en effet, à se libérer des lois de la nature (car elle appartient elle-même à la nature), mais à les respecter. La conception prométhéenne de la liberté conduit à l'individualisme destructeur du tissu communautaire dans la mesure où elle nie la nature sociale de l'homme et fait de la société humaine«une solidarité de solitaires. Elle débouche finalemeni sur la violence puisque « ma liberté commence où finit celle des autres ».La formation religieuse, d'autre part, est une nécessité.
Elle consiste dans l'enseignement du contenu de la Révélation. Cet enseignement doit être objectif et scientifique. Il ne saurait se ramener à une animation vague et sans contenu autour d'initiatives visant un simple accompagnement de l'enfant. L'enseignement de la religion en général, et de la religion chrétienne en particulier, fait partie de la formation culturelle de toute personne libre. L'ignorance religieuse, et concrètement du christianisme, engendre de graves confusions dans les esprits qui se tournent vers des formes aberrantes de religiosité, au détriment de la personne et de la société. Un enseignement rigoureux de la doctrine chrétienne servira de support à la pastorale qui doit viser la pratique religieuse.Ces remarques permettent de délimiter le champ de l'innovation pédagogique tout en le libérant. Elles le libèrent en rejetant les conceptions anciennes mortes : le prométhéisme, le culturalisme, l'individualisme subjectivisme, l'athéisme, le gnosticisme, ... Elles le délimitent en invitant à approfondir le vrai sens de la vie humaine.
Ici, la spécificité de l'enseignement catholique montre sa capacité d'intégration des problèmes humains en formant des enfants appelés à devenir autant citoyens de la cité des hommes que citoyens de la cité de Dieu.
Elles permettent enfin de dégager les règles d'une innovation pédagogique féconde. Ce sont ces règles qu'il s'agit de définir.Hervé PASQUA, Directeur de l'Institut Universitaire Saint Melaine à Rennes
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