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Le texte présenté dans cette page est bien plus qu'un simple "mémo". Il s'agit d'un extrait de la lumineuse série des chroniques culturelles de Charles Rambaud que le site Serviam, catholiques en ligne, est heureux de reproduire avec l'aimable autorisation du Centre de Formation à l'Action Civique et Culturelle selon le Droit Naturel et chrétien. |
Le Conseil permanent de la conférence des évêques de France a officiellement protesté contre la loi prévoyant l'allongement du délai légal de l'avortement et supprimant l'obligation d'autorisation parentale pour les mineures toutes les fois où elle risquerait de ne pas être accordée.
Le droit de meurtre pour convenance personnelle fait dorénavant partie des droits de la femme, ceci malgré les réticences et les avertissements de l'expert que le gouvernement avait pourtant choisi de consulter. La loi Veil dépénalisait dans certains cas l'avortement qui restait un délit : la loi en question en fait officiellement un droit actuellement limité à une période que rien n'empêchera plus tard d'étendre jusqu'à la naissance, si l'enfant n'est pas conforme aux désirs des parents. La culture de mort inhérente a marqué un nouveau point...
Mon propos n'est pas aujourd'hui de reprendre l'argumentation scientifiquement irréfutable prouvant que le droit de disposer de son corps n'est en l'occurrence que celui de disposer de la vie d'un autre et, qu'en conséquence, le refus d'assumer les conséquences de ses actes fait du droit à l'infantilisme une conquête du féminisme.
Nous vivons dans une société où l'évidence n'est recevable que relayée par les médias, où la vérité ne consiste plus à connaître, mais à sentir en conformité avec la pensée unique, où la raison ne sert plus qu'à fournir des raisons au verdict d'un sentimentalisme que son exhibitionnisme n'empêche nullement d'être impitoyable. Avoir du coeur ne signifie plus avoir du courage et il ne nous est demandé que d'avoir la tripe assez émue pour nous donner l'illusion de penser. Etrange monde où on nous explique, preuves merveilleuses à l'appui, que le foetus ressent et emmagasine des masses d'informations et que, par exemple, il apprécie davantage Mozart que le rock, mais on lui refuse le statut d'être humain. Maintenant il pourra mourir en écoutant la "Petite musique de nuit". On n'arrête pas le progrès.
Cette époque est fondamentalement obscurantiste car elle n'accepte de prendre en compte les découvertes de la science que dans la mesure où elles ne font pas obstacle à son confort et à ses intérêts. Ainsi coulent les pétroliers et les chimistiers pendant que ruminent les vaches folles, galope le Sida, se distraient les pédophiles, se suicident des enfants désespérés par le monde qu'on leur a fait. Il paraît qu'on va le sauver grâce à une petite mallette pornographique distribuée aux collégiens ' Et quand je parle de pornographie, je fais référence au "Robert historique de la langue française" qui la définit comme "la représentation directe et concrète de la sexualité, de manière délibérée".
En fait, la déclaration de la Conférence épiscopale m'amène à vous parler d'autre chose, de son utilité pratique, de sa diffusion et de l'usage qui en est fait. Ce texte précis qui fait toute sa part à la charité, rappelle la pensée de l'Église et fait référence à l'Encyclique "Evangelium vitae" qu'il cite: "L'avortement provoqué est le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d'un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance".
Il découle évidemment d'un tel enseignement que les catholiques, pour le rester, ne peuvent en aucun cas apporter leur concours, quel qu'il soit, à une pratique criminelle. Il appartient à chacun d'apprécier dans quelle mesure ses choix politiques ne constituent pas une complicité de fait, sinon d'intention.
Faudrait-il encore que les catholiques du rang, la piétaille dont nous sommes, soient informés régulièrement des positions de l'Église. Entre nous, lequel d'entre vous a-t-il appris par le canal le plus logique, le plus pratique, celui de sa paroisse, l'existence de ce document ? On peut dire qu'actuellement, un catholique qui n'est pas abonné à un journal, une revue strictement catholique, a peu de chance d'être tenu au courant de ce qui se passe dans l'Église à laquelle il appartient.
Il arrive que les grands médias
y fassent allusion, mais avec une telle incompétence, une
telle inculture, une telle volonté de désinformer,
que celui qui aurait écouté ce qu'ils ont dit du
"Catéchisme de l'Eglise catholique", par exemple,
serait persuadé qu'il ne parlait que de sexualité.
En fait, sept paragraphes, dans un livre de sept cents pages,
abordent ce sujet.
Ce n'est donc pas du côté de la télévision
et des grandes radios publiques et privées que nous pouvons
nous tourner pour avoir une information intellectuellement honnête.
Quand on considère la manière
dont est diffusée l'information catholique en France, on
a l'impression de découvrir une curieuse entreprise au
sein de laquelle l'organisme directeur émet des documents
importants et circonstanciés, sans se soucier le moins
du monde de savoir si est atteint le public visé, à
savoir vous et moi.
Il semble que la transmission soit facultative.
Sans doute, les médias sont tenus au courant, mais je n'imagine pas que les membres de la conférence épiscopale se fassent la moindre illusion sur l'usage qui sera fait et l'image qui sera donnée du dossier de presse distribué. A ce niveau, l'ingénuité toucherait à l'angélisme! On se croirait dans une usine où les instructions du PDG ne seraient répercutées aux ingénieurs qu'à titre de curiosité, lesquels ingénieurs négligeraient de les transmettre pour la bonne raison qu'ils ont un autre point de vue sur la question et que, de toute façon, les chefs d'ateliers n'en ont rien à faire parce que, en fin de compte, les contremaîtres seuls sont prétendument en phase avec la base dont, en démocratie, émane toute légitimité. Evidemment on ne donnerait pas cher de l'avenir économique d'une telle entreprise.
On peut d'autant plus regretter cette situation que nous disposons d'un maillage d'églises, de chapelles, de paroisses, de mouvements qui permettraient d'informer des millions de fidèles en un seul dimanche et dans les conditions d'écoute les plus favorables à leur compréhension. Autrement dit, je constate qu'un laïc a vraiment très peu de chances d'être informé...
C'est pourquoi je me demande si les laïcs sont intentionnellement ou distraitement maintenus dans un état de sous-information, de sous-alimentation spirituelle, d'inculture chrétienne. Ils sont livrés à tous les vents de la propagande officielle, non seulement sans argument mais ignorants des positions de l'Eglise.
Dans le monde du travail, on appelle le souci d'associer tous les salariés à la marche, à l'esprit et aux projets de la maison "la culture d'entreprise". Il ne semble pas que cette notion ait cours dans le catholicisme français. On nous rebat les oreilles avec la promotion du laïcat, l'affirmation de son rôle missionnaire, mais tout semble fait pour le tenir dans l'ignorance des enjeux de la mission, de son contenu, des méthodes à employer, des combats à livrer, du terrain d'action temporelle le plus important dans le cadre du devoir d'état.
On ne saurait réduire cet
apostolat des laïcs à la création d'une espèce
de caste para-sacerdotale chargée de suppléer, en
diverses fonctions, au manque de prêtres.
Ce manque est réel, mais il le serait un peu moins, çà
et là, si des prêtres arrivés à la
retraite, puisque retraite il y a, se proposant pour aider le
clergé local, n'étaient pas priés de s'occuper
de ce qui les regarde.
Tout se passe comme si on cherchait à dramatiser une situation
difficile pour justifier l'octroi de fonctions plus hautes à
des laïcs zélés, généreux. dévoués,
utiles et même nécessaires, mais à qui il
arrive que la bonne volonté tienne lieu de culture chrétienne.
J'ai lu, dans une de ces "feuilles de messe" qui tendent
à rendre inutile le missel, sans doute trop officiel et
laissant peu de place à la créativité locale,
cette précision liturgique : "Temps de silence animé
par une animatrice". J'avoue me perdre en conjectures sur
la nature exacte de ce moment exceptionnel comme je le ferais
si on m'annonçait un temps de jeune avec dégustation
de pain béni. Il n'est pas interdit aux chrétiens
de rester intelligents.
J'ai entendu un jour sur "France-inter"
François Foucart répondre à une auditrice
qui réclamait avec véhémence l'ordination
des femmes : "Madame, vous la demandez en terme de service
ou en terme de pouvoir ?". Je connais un curé de campagne
qui, de passage dans son village natal, sans prêtre, ne
put y célébrer la messe suite au refus de la responsable
de l'équipe liturgique du lieu.
On raconte que Churchill affirmait que de toutes les croix qu'il
avait portées, la croix de Lorraine avait été
la plus lourde. Je sais des curés chargés de plusieurs
paroisses qui n'en disent pas autant, mais trouvent, quand même,
qu'ils sont assez grands pour savoir ce qu'ils ont à faire,
et, ceci, d'autant plus que la revendication féministe,
là aussi, pointe l'oreille au-dessus de l'ambon.
Celui qui détient l'information
tient le pouvoir, à tel point que la rétention d'information
fait partie de l'arsenal du cadre cramponné à son
siège.
Nous ne demandons qu'à obéir et nous estimons que
la meilleure façon, pour l'autorité, de manquer
à la charité consiste à ne plus commander.
Par contre, obéissants,
nous ne serons jamais dociles. Plutôt que des généralités
sur l'amour nos "coeurs de pierre" (n'exagérons
rien quand même !) ou l'accueil de l'étranger, on
aimerait manger plus solide. On a des dents, des muscles, une
tête qui fonctionne.
Estimez-nous assez pour nous croire capables d'adhérer
en toute lucidité à l'enseignement de l'Eglise.
"Mater et Magistra ", et de nous conduire en bons fantassins
comme disait Péguy. Râleurs mais fidèles.
Le Pape, lui, le fait.
Par exemple, dans "Christifideles Laïci", il nous
a expliqué que notre place est d'abord dans le temporel
et dans l'élaboration d'une société chrétienne.
Excusez-moi, mais si vous ne nous donniez pas l'exemple d'un certain
détachement vis-à-vis des positions de l'Eglise
en matière de morale, de culture, de vision sociale, nous
serions peut-être plus enclins à y faire référence
dans le monde compliqué où nous vivons.
Que voulez-vous, je me sens plus d'Eglise en subordonnant ces
chroniques à la doctrine catholique sur l'engagement des
laïcs dans le combat culturel et politique, qu'en partageant
un "temps de silence animé par une animatrice"!
Ma génération connaît le plus grand chagrin de la vieillesse, celui de n'avoir pas pu, pas su, transmettre et là, je n'accuse personne, mais on n'y a pas été tellement aidé. Là est sa solitude, et là est son échec. Si nous avions su incarner nos convictions les plus profondes dans le temporel, si nous avions associé les jeunes générations à la construction de ce chef d'oeuvre spirituel qu'est une cité où l'ordre est mis au service de l'amour, peut-être n'aurions-nous pas cette lancinante sensation d'exil irrémédiable.
La civilisation de l'amour que Jean-Paul Il nous invite à bâtir ne consiste pas à faire la ronde autour de l'autel en chantant qu'on est bien tous ensemble, mais à travailler à ce que le régne de Dieu arrive, sur la terre comme au Ciel.
Dans son livre "Péguy,
témoin du temporel chrétien", Georges Cattaui
raconte : "Plusieurs
années avant sa conversion, Péguy dit un jour à
Maritain, en présence de Georges Saurel qui
l'approuva : "Si les catholiques savaient ! Eux seuls sont
en état de reprendre la tête de l'histoire temporelle;
rien ne tiendra devant eux; mais ils sont trop bêtes pour
ça !"".
La nouvelle évangélisation, si elle est d'abord celle des personnes, ne saurait faire l'impasse sur celle des institutions et des structures. Il ne nous est pas demandé de convertir qui que ce soit -cela, Dieu seul sait le faire - mais d'édifier une société où tout homme dispose assez de lui même, dans la paix, l'espérance et la charité, pour reprendre goût à son âme et prêter l'oreille à la confidence de Dieu.
Charles RAMBAUD, janvier-février
2001
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