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Image... !...Meilleure et pire des choses...

Nous sommes un groupe de chrétiens convaincus que le cinéma et la télévision sont des «instruments providentiels», ainsi que le proclamait solennellement Pie XII, mais également, comme la langue d'Esope, «La meilleure et la pire des choses». Un coup d'oeil jeté sur les listes des des émissions programmés n'importe quelle semaine, suffira à en convaincre le plus incrédule.

Persuadés également que l'image animée est en train de forger une civilisation nouvelle, nous avons, dans la modeste sphère de nos possibilités, engagé une action pour faire de ce moyen de communication, un instrument de progrès humain. C'est à partir de là que nous avons rencontré des obstacles importants. A l'origine, les intellectuels considéraient que le cinéma était un simple spectacle de cabaret ou de cirque, qu'il ne méritait pas le nom d'art et ne valait donc pas la peine que l'on s'en occupât. Même lorsqu'il fut évident qu'il était devenu une industrie, son rayonnement, aux yeux de beaucoup, ne dépassait pas la corbeille de la Bourse, et il bénéficiait de ce mépris qu'exprimait un Georges Duhamel, de l'Académie française, qui donnait cette définition réductrice : «Le cinéma, c'est le confort des fesses.».

Malgré tout, le grand méconnu, forçant son chemin, conquit un jour ses lettres de noblesse et acquit le titre envié de septième art. Mais nous avons alors rencontré de nouveaux obstacles, provenant toujours des intellectuels. Puisque ceux-ci condescendaient à accorder à l'ancien paria le titre envié d'art, ils lui attribuaient en même temps tous les privilèges qu'ils reconnaissaient à l'artiste, celui de tout dire et de tout faire, en toute liberté, jusqu'à la plus extrême licence. Certes bien des intellectuels, bien des artistes étaient et sont toujours conscients de leurs responsabilités, mais ils sont généralement marginalisés par les médias.

Ici encore nous allons nous répéter, mais on ne le redira jamais trop : les médias, c'est-à-dire les puissants, ceux qui forgent l'opinion publique, sont aux mains d'une petite coterie, une intelligentsia composée peut-être de 2 à 3000 personnes au maximum, mais qui sont les «gardiens de la doctrine», les «policiers de la pensée». Affirmer qu'ils exercent un véritable terrorisme intellectuel n'est pas exagéré. Devant leurs oukases, tout le monde s'écrase. Il suffit que l'un de ces tyranneaux prononce la formule qui tue «retour à l'Ordre moral», pour que toute velléité de lutte abandonne ceux qui voudraient que soient respectées un certain nombre de valeurs. On a vu la puissance extraordinaire de ce lobby, capable de précipiter de son Capitole médiatique vers la roche Tarpéienne du bannissement de la pensée, un homme longtemps porté au pinacle par ceux-là mêmes qui ont décidé de le marginaliser. On a compris que l'on parlait de l'abbé Pierre, sur lequel nous ne portons aucun jugement, nous contentant de constater les faits. On comprend que ceux qui vivent plus ou moins de la publicité faite à leurs actions ou à leurs uvres, soient sensibilisés à ce problème des médias et que beaucoup d'entre eux, dans certains cas, soient décidés à tout faire pour ne pas perdre cette indispensable vitrine.

Celui qui a, je crois, le mieux exposé les données du problème, c'est feu Pierre Desgraupes, qui fut un des meilleurs hommes de télévision, connaissant à fond son métier et ses arcanes. C'est, hélas ! une vérité qu'il lança un jour lorsqu'il proclama : «Ceux dont nous ne parlons pas n'existent pas.».

Contre cette dictature des médias, et plus spécialement de l'audiovisuel, qui est avant tout un fait incontournable, comme l'on dit, nous sommes peu nombreux à nous insurger. Notre petit groupe fait partie de ces irréductibles qui n'acceptent pas cette caporalisation. Nous n'avons pas de grands moyens, nous n'avons pas d'autre tribune que cette modeste publication et certaines revues amies. Mais nous avons une volonté farouche de contribuer à faire mettre les instruments de communication sociale au service de l'homme, dans le respect des valeurs fondamentales sur lesquelles s'est fondée et repose notre civilisation.


Pierre d'André
Extraits des éditoriaux de la revue ROC, avril 2001
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