Retour au sommaire

    PIE XII et les Juifs - mars 2002
    par Jean Pierre Marie

    La sortie sur les écrans du film " Amen " de Costa-Gavras s'accompagne d'une campagne de dénigrement contre Pie XII et, indirectement contre l'Eglise catholique. Un rappel de quelques vérités historiques s'avère donc nécessaire.

    Immédiatement après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, personne ne songe à reprocher à Pie XII son attitude pendant le conflit, et Ies Juifs remercient le souverain pontife d'avoir sauvé la vie d'un grand nombre de leurs coreligionnaires. il faudra attendre 1963 (après que de nombreux témoins soient morts et le pape enterré depuis 5 ans, ce qui rend l'attaque et la désinformation plus aisées) pour qu'une pièce de théâtre, " Le vicaire ", écrite par Roff Hochhuth, salisse la mémoire du Saint-Père. Elle sert de socle à Costa-Gavras qui l'a presque prise pour parole d'Evangile. Seulement, ce que l'on ne dit pas, c'est que le gouvernement israélien, afin de ne pas accréditer les thèses d'Hochhuth, priva de subventions le théâtre de Tel-Aviv, si bien qu'elle ne put être jouée. En Israël, les juifs se souvenaient de ce qu'avait fait Pie XII pour eux.

    Venons en maintenant à l'accusation. Est-il possible d'accuser Pie XII de connivence avec les nazis, d'avoir couvert de son immense autorité morale les horreurs et les infamies perpétrées par eux, en ne les dénonçant pas ? Ces accusateurs du pape n'ont pas dû beaucoup consulter ses écrits qui ont pourtant été publiés. Leur lecture permet de constater que Pie XII a parlé avant et pendant la guerre. Il faut en effet rappeler qu'il a été nonce apostolique à Berlin jusqu'à sa nomination à Rome en 1929. Or, " sur les 44 discours que Pacelli a prononcés en Allemagne entre 1917 et 1929, 40 dénonçaient les dangers imminents de l'idéologie nazie ", rappelait le rabbin David Dalin (de New York) récemment.
    Mieux, l'encyclique condamnant le nazisme " Mit brennender Sorge " (Dans ma poignante angoisse), parue en 1937, a été rédigée par le bras droit de Pie XI, en l'occurrence le futur Pie XII. C'est Pie XI qui l'a dit explicitement en s'exclamant à propos de la part prise par le cardinal Pacelli dans la rédaction de ce document: " Remerciez-le, c'est lui qui a tout fait " (" Pie XIi devant l'histoire ", de Georges Roche et Philippe Saint-Germain, Robert Laffont, 1972, p 68).

    Pendant la guerre, Pie XII ne s'est pas, non plus, tu, comme en témoignent ses messages radiodiffusés de Noël 1941 et de 1942 ainsi que son allocution au Sacré Collège, le 1er juin 1943. Le film " Amen " fait preuve d'une grande mauvaise foi, en tronquant le discours de Noël. Voici notamment, le passage qu'il a omis: " Les peuples doivent donc faire le voeu solennel de ne s'accorder aucun repos jusqu'à ce que tous aspirent à se dévouer au service de la personne humaine et de la communauté ennoblie de Dieu (..) Ce voeu, l'humanité le doit aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive ".

    Si Pie XII n'a pas parlé davantage ou de façon plus explicite, c'est parce qu'il a envisagé les conséquences de ses actes. Il n'a pas voulu aggraver la situation. Un exemple permettra de comprendre la justesse de ce raisonnement.
    En juillet 1942, les évêques hollandais protestèrent solennellement contre la persécution des Juifs. Aussitôt, les nazis déclenchèrent une rafle dans tout le pays. Les couvents, dont la plupart cachaient des Juifs, furent tous fouillés, avec la délicatesse que l'on imagine.
    Il y eut plus de 40 000 arrestations. Les juifs baptisés qui avaient été épargnés jusque-là furent déportés, comme Edith Stein, carmélite d'origine juive convertie au catholicisme en... 1921. Ainsi, chaque protestation publique a entraîné des violences terribles.
    Si Pie XII avait dénoncé avec plus de véhémence les barbaries nazies, ce seraient les mêmes qui aujourd'hui l'accuseraient d'avoir causé la mort de milliers d'autres juifs et de catholiques en représailles. Car contrairement à ce qu'essaie de nous faire croire «Amen.», les hommes d'Eglise non plus n'ont pas été épargnés. Le camp de Dachau vit à lui seul passer 2800 prêtres dont seulement 20% étaient encore vivants en 1945. L'Eglise polonaise a perdu 4 évêques, 2700 prêtres, 200 frères et 3 millions de ses fils. Reproche-t-on au pape de n'avoir pas fait de déclaration publique condamnant expressément les persécutions subies par les catholiques ? Soulignons également que la Croix-Rouge, après avoir songé à une protestation publique, y a renoncé pour la même raison.

    Aux paroles, Pie XII a préféré les actes. Il reste 124 lettres du Saint-Père aux évêques allemands pour les inciter à immuniser les catholiques allemands contre la propagande raciale. En Italie, il y avait plus de liberté d'action, Pie XII a hébergé de nombreux Juifs au Vatican, sachant qu'ils bénéficieraient là d'une totale immunité. Il a imposé le même devoir d'hospitalité à tous les établissements religieux. Georges Roche et Philippe Saint Germain affirment que 90% des juifs résidant en Italie ont ainsi été recueillis dans des monastères (op. cit. p. 356). Rappelons que l'Italie est le pays, avec le Danemark, où le nombre de morts juifs pendant la guerre a été le moins élevé.

    D'autres mesures ont également été prises par le Pape : suspension de la clôture des couvents de femmes, afin que les couples soient acceptés, délivrance de faux certificats de baptême, mise en place de filières clandestines pour que les Juifs puissent s'échapper des pays occupés. C'était la mission de l'uvre Saint-Raphaël : elle obtenait des passeports auprès d'Etats complaisants et fournissait des fonds, afin de faire passer des Juifs en Amérique. Souvent, les personnes en danger séjournaient d'abord au Vatican ou à Castel Gandolfo, en attendant que leurs papiers soient prêts. Autre exemple, en Roumanie, le nonce du pape, Mgr Cassulo, réussit à empêcher l'emprisonnement des Juifs baptisés.
    C'est un succès, mais ce que ne voit pas le film de Costa Gavras, c'est que c'est un succès aussi pour les Juifs puisque le clergé avait reçu comme beaucoup d'autres, des instructions pour donner sans conditions le baptême à tous les Juifs qui le demandaient.

    Aux lecteurs qui souhaitent davantage de renseignements, nous conseillons tout particulièrement le livre de Pierre Blet «Pie XII et la Seconde Guerre mondiale».
    Il s'agit du résumé des onze volumes «Actes et documents du Saint-Siège reIatifs à la Seconde Guerre mondiale». «Lepape en ressort lavé de tous soupçons» (Historia n"597, p. 73), car son action a permis de sauver des centaines de milliers de Juifs.
    Ce n'est pas nous qui le disons, mais le consul d'Israël à Milan, Pinhas Lapid: «Jepeux afirmer que le papepersonnellement, le Saint-Siège, les nonces et toute lEglise catbolique ont sauvé de 150 000 à 400 000juifs d'une mort certaine» (Le Monde du 13 décembre 1963). En 1967, après des enquêtes approfondies menées dans toute l'Europe et dans les archives de Jérusalem, ainsi qu'auprès des survivants, Pinhas Lapid aboutit finalement au chiffre de 860 »Juifs sauvés grâce à Pie XII. («Rome et les juifs», Le Seuil, 1967).
    On comprend mieux maintenant pourquoi une des fondatrices d'Israël et ministre des Affaires étrangères, Golda Meir, lui rendit un vibrant hommage à sa mort: <pendant la decennie de la terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix dupape s'est élevée pour condamner les persécuteurs et pour invoquer la pitié envers leurs victimes.» (monde et Vie n"582).
    On comprend mieux enfin pourquoi le grand rabbin de Rome, Israele Zolli, se convertit au catholicisme en prenant comme nom de baptême celui de... Eugenio, en hommage et reconnaissance à Eugenio Pacelli, dit Pie XII1.

    Dernière accusation: le pape, obsédé par son anticommunisme, aurait voulu la réconciliation des AngloSaxons avec l'Allemagne nazie, afin que cette dernière fût un rempart efficace contre les Soviétiques. Là encore, il s'agit d'une accusation sans fondement. Où sont les preuves, les écrits, les déclarations ?
    Jamais le Saint-Père n'a évoqué l'idée d'une quelconque croisade contre le bolchevisme, encore moins celle d'une guerre sainte.
    Durant toute la durée du conflit, Pie XII ne voudra, à aucun moment, donner une approbation, prêter une quelconque caution à l'un des camps. Ainsi, lorsqu'en 1941, le pacte germano-soviétique fut rompu et que les deux Etats entrèrent en guerre l'un contre l'autre, Hitler tenta de trouver une justification aux yeux des Alliés, en se faisant passer pour le défenseur de la chrétienté. il demanda alors au SaintSiège de réitérer sa condamnation du communisme et de lui apporter son soutien.
    Mais Pie XII rejeta sa requête. il alla même plus loin : il cessa, désormais, de condamner l'Union soviétique, ce qui ne veut pas dire, pour autant, qu'il excusa le communisme.
    C'est pourquoi Alexis Curvers écrivait dans «Le pape outragé» : «Hitler fût- il sorti vainqueur de la guerre, on jouerait sûrement une pièce oÙ Pie XII serait accusé de n'avoir pas condamné le bolchevisme, et ce seraient les mêmes spectateurs qui applaudiraient».

    Car, il s'agit, à travers ce film, de taper encore et toujours sur l'Eglise.
    Pour cela, tous les moyens sont bons, notamment la pétition de principe selon laquelle si Pie XII avait parlé encore plus fort, cela aurait sauvé les Juifs.
    C'est un peu court et, historiquement cela reste à prouver. Mais plus que sur du vide, cette accusation repose sur du mensonge. La publication des archives pontificales (11 volumes, de 800 pages chacun, de déclarations, lettres diplomatiques, interventions, etc. du pape) aurait dû suffire pour balayer l'accusation. Tel n'a pas été le cas, parce que Costa-Gavras a agi par motivation idéologique.
    C'est cette même idéologie qui pousse toutes nos belles consciences, alors qu'elles ne vivent pas sous la menace d'un dictateur fou, à ne pas dénoncer vigoureusement les persécutions dont sont victimes les chrétiens. En effet, depuis 1945, jamais elles n'ont été aussi importantes qu'actuellement.
    Le nombre de victimes se chiffrent par millions. S'il y a un silence à dénoncer, c'est bien celui-là. Costa-Gavras et tous les journalistes qui ont servi de relais à son film de propagande ont préféré crier mais avec les loups.


    Retour au sommaire