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Serviam remercie vivement le Centre de formation à l'action civique
et culturelle selon le droit naturel et chrétien d'avoir aimablement
autorisé la reproduction de cet article de l'Amiral michel berger,
paru dans le numéro 406 de la revue Permanences
(49 rue des renaudes - F75017 PARIS - courrier@centredeformation.net) Que faut-il dire aux hommes ? La philosophie libérale, prétendant qu'il n'existe pas de vérité ou qu'il est impossible à l'homme de la connaître, avait transformé la personne en individu, seul capable d'engendrer ses propres certitudes. L'avènement des idéologies qui suivit au XIXè, et surtout au XXè siècle, avait achevé de transformer la communauté sociale en une mosaïque disparate, juxtaposition de vérités et d'intérêts contraires régis par la loi de la jungle, la force du plus grand nombre étant sensée reconstruire artificiellement une communauté de destin qui risquait de voler en éclats. A la cacophonie des idées et des mots, s'ajoute aujourd'hui celle des moeurs et des cultures ; la mondialisation, doublée de vastes mouvements migratoires, réactualisant l'archaïque phénomène des clans, engendre à présent ce qu'il est convenu d'appeler le risque du "communautarisme", sorte de retour à la préhistorique organisation tribale... Dans ces conditions, est-il encore possible de communiquer dans la société éclatée qui est aujourd'hui la nôtre ? Face aux caprices et aux désordres de l'humanité, subsiste la nature humaine, cette vérité de Dieu inscrite au coeur de chaque homme, créé à son image. Subsiste aussi l'entêtement des faits, irréductibles à toute opinion que l'on peut en avoir ; seriez-vous définitivement opposé à la loi de Newton qu'il vous serait impossible d'échapper à la tuile qui vous tombe sur la tête si vous avez le malheur de vous trouver sur sa trajectoire ! A ne s'attacher qu'à la constatation des faits et aux élémentaires déductions de bon sens dictées par l'intelligence humaine, il est encore possible de communiquer avec des êtres dont les systèmes philosophiques ou idéologiques d'explication sont en tous points contraires aux vôtres. A la seule condition, qui relève de la plus élémentaire charité, de vouloir systématiquement privilégier ce qui vous unit à eux plutôt que ce qui vous en éloigne. A la seule condition de vouloir parler à quelqu'un en tenant compte de ce qu'il est et des raisons pour lesquelles il adopte une "idéologie" qui ne saurait être la vôtre. En se conduisant de la sorte l'on est surpris de constater le nombre impressionnant des points que les hommes ont en commun, quelles que soient par ailleurs leurs références idéologiques, philosophiques ou religieuses. Preuve par les faits que nous appartenons tous à la même famille et que... nous sommes tous fils d'un même Père ! Sans aller aussi vite et aussi loin, telle fut la démarche de sociabilité proposée par Jean Ousset dès 1975 afin de tenter de remédier, sur le seul plan méthodologique, aux impossibilités de dialogue avec nos contemporains qu'une idéologisation systématique des rapports sociaux s'acharnait à créer pour engendrer et nourrir la dialectique de la haine. Cette démarche de sociabilité, dont la méthode fut proposée sous le terme discutable de "sociabilisme", est avant tout recherche de communication de par sa nature même qui consiste à glaner toutes les amorces d'union, tous les points de concordance comme imposés par l'ordre des choses. Elle consiste à s'enquérir d'abord de ce que les autres pensent, disent ou font, et à ne retenir que ce qu'il y a, manifestement, de plus concordant. Le malheur fit que certains voulurent y voir un système d'explication de plus, - ce que le sociabilisme n'était pas - lui faisant le procès de ne prétendre considérer comme vrai que le plus petit dénominateur commun existant entre des idéologies divergentes - ce qui était bien évidemment inadmissible. Par chance pour l'évangélisation du monde, telle ne fut pas l'attitude de ces générations de missionnaires, clercs ou laïcs, qui parcoururent l'univers pour lui porter la Bonne Nouvelle, montrant à tous les hommes de bonne volonté rencontrés qu'elle vivait déjà au fond de leur coeur et que le meilleur de leur civilisation païenne - sorte de révélation seconde - était fondé sur des invariants de la nature humaine dont la civilisation chrétienne fournit le catalogue exhaustif ! Que faut-il dire aux hommes ? Que nous avons bien davantage de points d'accord entre nous que de raisons de nous déchirer. Et que la plus élémentaire sagesse et dignité humaine consiste à privilégier les premiers par rapport aux secondes, à montrer leur fécondité dans le temps et dans les réalisations humaines qu'ils ont engendrées. Avec en nous l'Espérance, qui est une certitude, qu'avec de la patience, de l'acharnement dans l'action et de la considération pour ceux qui sont avant tout les victimes de la société qui est la nôtre.... Dieu fera le reste. Nicole Buron Retour au sommaire |