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    LA MONTEE de LA VIOLENCE

    ( mai 2002 )
    Un père de famille, voulant défendre son enfant contre une bande de voyous, lynché, une jeune lycéenne martyrisée à mort, tuerie à Nanterre La violence montre sans honte son visage hideux et sanglant, elle s'affiche avec morgue et prolifère. On en est arrivé au point où le ministre de l'Intérieur s'est vu obligé, à un moment donné, de convoquer tous les préfets en Sorbonne pour une journée de réflexion. Quelles mesures prendre ? Que peuvent faire la police et les juges ? Leur rôle est de surveiller et de punir, de poursuivre les coupables et de les juger : cela sanctionne la violence mais ne l'enraye pas. Pour l'empêcher il faut aller au fond des choses, c'est-à-dire, aux causes.

    Dans les années soixante-dix, un intellectuel diagnostiquait : " Dieu est mort, Marx aussi et moi je ne me sens plus très bien ". Ces propos contrastaient avec les pronostics euphoriques de ses contemporains qui présentaient à l'homme des perspectives grandioses : la science ouvrait une ère nouvelle, les progrès de la technique guériraient bientôt l'humanité de tous ses maux, l'organisation économique éliminerait la pauvreté et l'éducation l'ignorance

    Aujourd'hui, force est de reconnaître que cet avenir radieux rêvé par nos ancêtres se fait toujours attendre. Ce ne sont pas seulement les iniquités sociales, les désordres de l'économie, ou la démoralisation de la politique qui nous déçoivent. La technique elle-même a ses failles : elle devrait délivrer l'homme des contraintes matérielles et elle menace de se muer en moyen d'asservissement, en pouvoir de destruction. Avec cette mentalité désenchantée, le premier venu peut désormais confectionner une bombe à ses frais et la jeter au milieu de la foule.

    Ce mouvement de pendule oscillant entre un optimisme béat et un pessimisme noir désigne une carence. Celle-ci se révèle être d'ordre éthique. Einstein disait, fort génialement, que notre temps " souffre d'une abondance de moyens et d'une carence de fin ". La violence naît précisément de l'absence d'une finalité morale et existentielle capable de justifier la vie. Elle est la négation brutale de l'être, son nihilisme provient de la déception issue du réel. Car la réalité n'est pas ce qu'elle devrait être ! Elle n'est pas ce que le violent voudrait qu'elle soit !

    Et si la réalité était autre chose que ce que les utopistes ont voulu en faire ? Si elle était un point de repère et de départ de la réflexion au lieu d'être un point d'arrivée ? Il en découlerait que la solution au problème de la violence, lié à l'acceptation du réel et au respect de la nature, ne serait pas nécessairement politique, économique ou technique

    Les intellectuels devraient y réfléchir. Leur responsabilité n'est-elle pas de s'interroger sur la finalité de l'existence et, sinon de répondre, du moins d'éclairer les consciences sur le but de la vie qui dépasse la sphère matérielle dans laquelle l'homme finit par étouffer ? L'insatisfaction fondamentale, que tout être humain éprouve, trouverait à s'exprimer et en s'exprimant contribuerait à conjurer la violence.

    Hervé PASQUA, Doyen de l'Institut Universitaire Saint-Melaine - (Rennes)

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