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LA SERENITE CHEZ WOODY ALLEN On l'a connu torturé, hypocondriaque, un brin paranoïaque et, surtout, assidu des divans de psychanalystes. Comme il aimait le cinéma et New York d'un amour immodéré, il a transformé ses travers en comédies et ses manies en gags (même s'il s'est, parfois, essayé au drame, avec beaucoup d'à-propos). Vous l'avez reconnu, car il n'y en a qu'un : c'est Woody Allen ! Cela fait maintenant des années que nous sommes habitués à sa livraison annuelle d'un film, à la promotion qu'il fait consciencieusement en Europe, et tout particulièrement à Venise et à Paris, les deux villes européennes qu'il affectionne le plus, afin de présenter son dernier bébé. Il a raison, d'ailleurs, d'aimer ces deux pays, parce que les Français comme les Italiens lui rendent bien cette amitié que ne s'est jamais démentie, au fil des années. Cette année, il a été un des premiers Américains à sortir de son pays (et donc à prendre l'avion) après la tragédie du 11 septembre. Mais il n'aurait raté ces rendez-vous pour rien au monde et, surtout, il voulait faire savoir aux Européens, ainsi qu'au monde entier, que la vie continuait et qu'il fallait tout faire pour que les terroristes n'aient pas le dernier mot. Alors
il est venu à Paris, dix jours après les attentats,
pour présenter son dernier film et rencontrer les journalistes
français. Mais, ce qui frappe avec ce cinéaste si prolifique (et si régulier), c'est que, depuis quelques années, il semble avoir atteint une forme de sérénité et de paix intérieure, qui le pousse à réaliser des films légers, divertissants, apparemment superficiels, mais toujours euphorisants. Un comble pour un homme connu pour être très angoissé et très torturé ! Plus de prises de tête hilarantes dans ses films, mais, plutôt, le désir évident de mettre en scène des histoires qui vont rendre les gens heureux. «Escrocs, mais pas trop», «Accords et désaccords», «Celebrity», «Harry dans tous ses états», «Tout le monde dit I love you», etc. Depuis quelques années, le soleil semble briller très fort dans l'univers de Woody Allen. Et ce ne sont pas ses fans qui vont s'en plaindre. Quelques minutes de bonheur et de détente, c'est toujours bon à prendre, par les temps qui courent ! D'autant que, comme c'est souvent le cas, avec les grands clowns, derrière le rire et la légèreté, le sérieux et la morale pointent le bout de leur nez. Il le dit, d'ailleurs, très bien lui-même : «Quand on écrit un scénario, il y a toujours une position morale qui sort. Que l'écrivain en soit conscient ou non.». Quand
on vous disait que Woody Allen avait atteint une forme de sagesse,
voire de sérénité ! Sans doute est-ce le
privilège de l'âge. Qui sait ? En tous cas, cela
lui réussit vraiment ! |