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le CV du PERE de MONTFORT par Bertrand Lemaire


Nom, prénom, adresse ?


Je m’appelle Louis Grignion, j’ai vécu à l’époque de Louis XIV, je suis né le 31 janvier 1673 et je suis mort à 43 ans le 28 avril 1716. J’ai été ordonné prêtre le 5 juin 1700, il y a donc trois siècles.

Quelles furent les grandes étapes de votre vie ?

Breton d’origine, mon enfance se déroule à Montfort-la-Canne, à l’ouest de Rennes, ville dans laquelle j’ai fréquenté le collège des Jésuites.
Le séminaire de Saint-Sulpice m’attire à Paris, j’exercerai mon sacerdoce pendant16 ans, jusqu’à ma mort en 1716.
De 1700 à 1705, sans vraiment discerner l’avenir auquel j’étais appelé, j’eus de nombreuses activités pastorales à Nantes, à Poitiers, à Paris et de nouveau à Poitiers.
En 1706, je suis allé demander au Pape Clément XI de m’envoyer convertir les infidèles dans le grand nord canadien ; il préféra me donner un service d’Eglise en France, celui de “ missionnaire apostolique ”.
Les dix dernières années de ma vie m’ont vu sillonner l’ouest de la France, de paroisses en paroisses, pour prêcher 72 missions.

Revenons à votre petite enfance…
Second d’une famille de 18 enfants, je perds 8 de mes frères et sœurs avant qu’ils n’aient atteint l’âge de 10 ans. Mes parents issus de la bonne bourgeoisie de Montfort La Canne “ étaient très peu accommodés des biens de la fortune ”. La profession de notaire et d’avocat était courante dans ma famille. À 11 ans, je suis parti pour Rennes au collège des Jésuites. J’avais un physique d’athlète, un appétit pantagruélique et les amis disaient de moi : « Si Dieu l’eut destiné pour le monde, il aurait été le plus terrible des hommes de son siècle ”.
Par amour pour la Sainte Vierge, j’ai ajouté à mon nom de Louis, celui de Marie et à Grignion celui de Montfort, en hommage envers l’église de mon baptême ; c’est la raison pour laquelle on me nomme aujourd’hui : saint Louis Marie Grignion de Montfort.

Comment votre vie de séminariste s’est-elle déroulée ?
Au cours de l’hiver 1693, je quitte famille et amis ; sans me retourner, je me rends à pied de Rennes à Paris (je n’en reviendrai que 12 ans plus tard). Au premier pauvre rencontré, j’offre les dix écus donnés par mon père ; au deuxième pauvre, je donne les habits neufs confectionnés par ma mère, puis j’échange mes propres habits avec ceux d’un clochard. C’est en haillons, mais libre et heureux, que je finis par arriver dans un Paris rongé par la misère.
Un séminaire pour garçons pauvres remplace pour moi celui de Saint-Sulpice que je ne rejoindrai que deux ans plus tard. La nuit, il me faut veiller les morts pour gagner un modeste pécule destiné à ma pension. On me charge de la bibliothèque du séminaire où je dévore à peu près tout ce qui a pu être écrit sur la Sainte Vierge.
Enfin, à l’âge de 27 ans, c’est à l’autel actuel de la Sainte Vierge, en l’église Saint-Sulpice, que je célèbre ma première messe, le 5 juin 1700. “ On eut dit un ange à l’autel” ont rapporté ceux qui assistaient à cette messe.

Vos cinq premières années de prêtrise ?
Après quelques tentatives de ministère paroissial à Nantes, je fus repris par mon désir de servir les pauvres : à l’hôpital général de Poitiers d’abord, puis à la Salpetrière à Paris, et à nouveau Poitiers. A la suite de quelques jalousies, l’évêque à me demander de prendre le large…
C’est alors que j’ai décidé de me rendre à pied à Rome, confier mon avenir au Pape. J’ai pu le rencontrer personnellement ; il me nomma “ missionnaire apostolique ”, par une phrase claire et exigeante : « Vous avez, Monsieur, ( terme réservé aux sulpiciens, ndlr) un assez grand champ en France, pour exercer votre zèle ; n’allez point ailleurs, et travaillez toujours avec une parfaite soumission aux évêques dans les diocèses desquels vous serez appelé : Dieu par ce moyen en donnera bénédiction à vos travaux. »

Il ne vous reste plus que dix ans à vivre …
A mon retour, je vais prêcher une retraite dans la région de Nantes. C’est le début de toutes les grandes missions que je ne cesserai plus de donner jusqu’à ma mort. Je peux enfin mettre en pratique tout ce que j’ai appris et découvert : réaffirmer les promesses faites au baptême, aller à Jésus par Marie, traduire en catéchèse les cantiques populaires (j’en ai composé autant que de kilomètres à pied, soit 25 000 !!!), ériger des calvaires, constituer des confréries mariales, créer des écoles pour enfants pauvres, etc...
Avant tout, je me suis donné comme ligne de conduite l’obéissance aux évêques comme me l’avait demandé le Pape : on me chassait souvent parce que je dérangeais ! Je partais alors dans la paroisse ou le diocèse d’à côté, sans discuter. Une des brimades les plus pénibles à accepter fut la démolition du calvaire de Pontchâteau auquel j’avais travaillé avec 800 personnes pendant un an…
Au hasard de mes “ expulsions ” j’ai fini par me retrouver sur les terres de l’évêque de La Rochelle qui m’a fort bien accueilli dans sa région. Mes missions de trois semaines m’ont permis de “ labourer ” spirituellement une bonne partie de l’ouest de la France.
N’avez-vous pas éprouvé une grande solitude tout au long de votre apostolat ?
Je dois reconnaître que j’en ai souffert toute ma vie de prêtre. Mais, à part le Père Mulot rencontré en 1715, j’ai dû accepter que ma prière pour fonder une compagnie de prêtres ne soit pas entendue de mon vivant ni par mes amis, ni par le ciel !
Totalement épuisé physiquement, je suis arrivé à Saint-Laurent-sur-Sèvre en avril 1716, pour prêcher ma dernière retraite. C’est là que j’ai rendu mon âme à Dieu et que je suis enterré. L’église m’a béatifié en 1888 et Pie XII m’a déclaré saint en 1947.

Connaissez-vous le “ Centre Chrétien des Familles de l’Ouest ”(CCFO), association particulièrement originale ?!
Une douzaine de familles bénévoles assument, depuis plus de quinze années, l’animation d’une librairie, médiathèque familiale et religieuse, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée.
Ouvert tous les jours, dimanches et fêtes (sauf le lundi) ce lieu attractif est située à… 4m50 de la basilique où est vénéré le corps du Père de Montfort !
L’association s’est installée dans une ancienne charcuterie et propose maintenant une nourriture spirituelle dont on peut dire qu’elle s’efforce d’apporter un label de fidélité au Pape et à l’Eglise.
Saint Louis-Marie occupe une bonne place sur les rayons, mais surtout dans le cœur des bénévoles qui sont heureux de faire partager l’enthousiasme de Montfort. « Pour aller à Jésus, allons chrétiens, allons par Marie ! ».


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