Promettez-moi,
disait sainte Thérèse, de faire chaque jour un
quart d'heure d'oraison, et moi, au nom de Jésus-Christ,
je vous promets le ciel.
Saint Alphonse de Liguori, quant à lui,
n'hésitait pas à affirmer : Heureux
ceux qui font oraison ! S'ils sont fidèles à ce
saint exercice, certainement ils seront sauvés.
Assurément, recueillant précieusement cet enseignement
de l'expérience et de la sainteté, vous ne voudrez
pas vous priver d'un aussi puissant moyen de salut ; et, rendus
ingénieux par votre désir, vous saurez trouver
le moyen de consacrer chaque jour au moins un quart d'heure à
une sérieuse méditation.
Dans ce pieux exercice, apprenant
à mieux connaître Dieu, vous l'aimerez d'un amour
plus ardent et, vous voyant de plus près, avec toutes
vos misères, vous concevrez une contrition plus sincère
et plus profonde. De plus, à la lumière de la foi,
comprenant mieux le néant du monde qui passe, la brièveté
et l'incertitude de la vie présente, la juste rigueur
du jugement de Dieu, la grandeur des récompenses promises
à la vertu et le terrible châtiment réservé
au péché, vous vous détacherez de plus en
plus de tout ce qui est éphémère pour aspirer
de mieux en mieux aux biens éternels. Or,
le seul mot de médiation suffit souvent à vous
effrayer et, supposant que cet exercice est le partage exclusif
des gens consacrés, vous vous le représentez comme
au-dessus de vos forces. C'est pour combattre
ce funeste préjugé que je veux ici donner quelques
notions à propos de la méditation.
Les maîtres de la vie
spirituelle la définissent comme un élévation
et une application de notre esprit et de notre coeur à
Dieu, pour lui rendre nos devoirs et pour lui exposer nos besoins
afin de devenir meilleurs pour sa gloire par la facilité
que nous y acquérons de le mieux connaître, aimer
et servir.
Si cette définition
vous paraît trop abstraite et difficile à comprendre,
nous pourrions dire, plus simplement, que la méditation
est une visite que nous faisons au Seigneur, en nous mettant
plus spécialement en sa présence, pour l'entretenir
de nos plus chers intérêts. Voilà donc que
la méditation apparaît d'abord comme une audience
que Dieu veut bien nous accorder et dans laquelle il écoute
nos requêtes, les accueille avec bienveillance et se montre
toujours disposés à les exaucer.
La méditation est une
conversation de notre âme avec son Seigneur, un échange
entre lui et nous de paroles et de sentiments.
La méditation est une
réfection spirituelle où le Seigneur donne à
chacune de nos facultés la nourriture qui lui convient
et dont elle a besoin.
Enfin, la méditation
est une culture donnée à notre âme pour lui
faire produire, sous l'influence de la grâce, des fruits
de vie éternelle.
Ce n'est donc pas quelque
chose qui dépasse vos capacités, ni qui vous soit
impossible au milieu du monde. Pour que vous puissiez vous adonner
à ce saint exercice de la méditation, et, par suite,
partager l'honneur et le bonheur qui y sont attachés,
il suffit que vous ayez un esprit et un coeur dont vous vouliez
vous servir pour converser avec Dieu et vous laisser conduire
par sa grâce.
C'est ce que vous comprendrez
mieux en voyant combien sont simples et faciles les moyens à
prendre pour méditer avec fruit.
Pour que la méditation
soit fructueuse, il faut qu'elle soit bien préparée,
c'est à dire qu'il ne faut pas s'y engager sans avoir
prévu ce qui doit en faire l'objet. Dans le meilleur des
cas, il faudrait même avoir prévu la veille le sujet
de méditation du lendemain et l'avoir lu attentivement
avant de s'endormir.
Il s'agit ordinairement d'un
passage de l'Ecriture et l'évangile du jour est fort recommandé.
En entrant dans l'exercice,
il est indispensable de faire un bref examen de conscience suivi
d'un acte de contrition ; on invoquera aussi le secours du Saint-Esprit
en lisant le premier couplet du Veni Sancte Spiritu ou du Veni
Creator que l'on fera suivre d'un Je vous salue Marie ou d'une
autre prière ou invocation à la Sainte Vierge.
On lit alors lentement le
texte choisi et l'on s'arrête comme cela vient aux considérations
qui viennent à l'esprit : c'est ainsi que l'on converse
avec la Parole de Dieu en lui répondant par les sentiments
du coeur et les déterminations de la volonté. L'esprit, éclairé des lumières
réunies de la raison et de la foi, voit la vérité
pratique qui fait l'objet de la méditation (Jésus
devant les yeux) ; le coeur s'y attache en combattant tout ce
qui pourrait l'entraver (Jésus dans le coeur) ; la volonté
se détermine à y conformer la conduite en prenant
la résolution d'actes possibles dans la journée
(Jésus sur la main). De là, les
considérations, les affections et les résolutions
sont les parties constitutives de la méditation qui naissent
naturellement les unes des autres.
La méditation se termine
donc par des résolutions dont une, au moins, devra être
spécifiée et de nature à être mise
à exécution le jour même ; c'est ce que l'on
examinera à l'examen de conscience de la prière
du soir.
Enfin, on remerciera le Seigneur
des grâces reçues dans la méditation, on
récitera un Pater et une brève prière à
la Sainte Vierge.
Nous
nous réfugions sous votre protection,
sainte
Mère de Dieu !
Ne
vous montrez pas indifférente à nos prières,
dans
la détresse ;
mais
délivrez-nous sans cesse de tous les dangers,