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    Prier avec les Psaumes...
par le Père Claude MAYER, omi, de Montréal (Canada)

Professeur de philosophie, de théologie, d'Ecriture Sainte, le Père Mayer a enseigné successivement à l'Université de Québec à Trois-Rivière, à l'Université de Sudbury, puis au Centre Saint-Pierre et à l'Institut Catholique de Montréal, et enfin au Grand Séminaire de Montréal.
Parallèlement, il a prêché de très nombreuses retraites (préparation au mariage, prédicateur de la retraite de évêques du Québec en 1976, retraites aux prêtres et religieuses, etc..) tout en gardant des responsabilités pastorales. Prédicateur de renom, il continue d'animer différentes sessions aux Centre Christus (Montréal) et retraites diverses, et rédige régulièrement des articles dans la revue "Lumière et Paix" pour l'animation chrétienne des Centres de Santé.
Il nous livre ses méditations sur les Psaumes, dans un style particulièrement vivant et original.
Serviam le remercie vivement de son aimable accord de reproduction.

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Introduction        Psaume 23         Psaume 27         Psaume 139

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PRIER AVEC LE PSAUME 1 : UNE CURE D'ESPERANCE

Heureux est l'homme
qui n'entre pas au conseil des méchants
qui ne suit pas le chemin des pécheurs
ne siège pas avec ceux qui ricanent,
mais se plaît dans la loi du Seigneur
et murmure sa Loi jour et nuit !
Il est comme un arbre
planté près d'un ruisseau
qui donne du fruit en son temps,
et jamais son feuillage ne meurt !
Tout ce qu'il entreprend réussira,
tel n'est pas le sort des méchants.
Ils sont comme la paille balayée par le vent.
Au jugement les méchants ne se lèveront pas
ni les pécheurs au rassemblement des justes.
Le Seigneur connaît le chemin des justes
mais le chemin des méchants se perdra

En mars 1993, la revue Paris Match publiait une interview avec Tony Anatrella sur son livre Non à la société dépressive. Comment expliquer, lui a-t-on demandé, la morosité et la tendance au désespoir de notre société ? Les problèmes économiques, le chômage, l’insécurité expliquent-ils cette baisse générale du moral?

Il proposait un diagnostic étonnant et même décapant : "De même que la crise économique a souvent pour cause la perte de confiance, la dépression de la société contemporaine a des origines spirituelles très profondes. Une société où l’avortement, le divorce, la toxicomanie, le suicide des jeunes sont acceptés comme des phénomènes inéluctables est une société malade, au bord de l’implosion. Et si l’absence de Dieu était la principale cause de ce désastre ?".

La question se pose alors : dans un monde où la dépression, le désespoir et même le suicide sont à la mode, comment vivre d’espoir ou, selon la belle formule de saint Paul, " La joie de l’espérance " (Rm 12,12) ? Et se pourrait-il que la prière avec les Psaumes exerce en nous et dans la Communauté chrétienne un effet thérapeutique, une cure d’espérance ?
Dans le précédent article, je vous proposais de prier intensément le Psaume l . Je vous invitais aussi à remarquer comment ce Psaume est structuré pour constituer un chant capable de vous mettre en état de guérison. Le Psalmiste a lancé au Seigneur son cri en un poème qui l’a fait passer progressivement de la révolte et du mal-être à la louange et au bien-être. Il a remis ce baume à son Peuple pour qu’il puisse faire la même expérience bénéfique.

Selon la méthode de Noël Quesson présentée dans le dernier article, commençons par prier ce Psaume 1 en communion avec Israël. Il ouvre tout le Psautier. Le premier mot commence par la première lettre de l’alphabet hébraïque " Aleph " et, le dernier mot, par le dernière lettre de cet alphabet " Tav ". C’est une manière de dire que, dans ce Psaume, on trouvera le tout d’un bonheur à la manière de Dieu, même si l’aventure humaine a son lot de souffrance, d’épreuve et de désillusion. Saint Jean nous transmet , dans ses visions de l’Apocalypse ( 1,8 ), ce témoignage de Jésus Christ : " Je suis l’Alpha (1ère lettre de l’alphabet grec) et l’Oméga (dernière lettre de l’alphabet grec), donc le commencement et la fin . Il est, Il était et Il vient, le Maître de tout " . Si vous vivez ce Psaume, vous accomplissez la plénitude de la Loi qui est une proposition de bonheur de la part de Dieu à son Peuple.

Deux routes s’ouvrent devant tout être humain : celle du bonheur représentée par l’image de " l’arbre verdoyant " et celle du malheur ou du néant représentée par la paille qu’emporte le vent.
Au livre du Deutéronome, Moïse propose au Peuple d’Israël les deux voies :
" Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescris aujourd’hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu multiplieras, Yahvé ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes point et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd’hui que vous périrez certainement et que vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre où vous pénétrerez pour en prendre possession en passant le Jourdain. Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie pour que toi et ta postérité vous viviez aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix , s’attachant à lui; car là est ta vie, ainsi que la longue durée de ton séjour sur la terre que Yahvé a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner " ( Deut 30,15-20 ).

Le Psalmiste traite en 10 lignes le bonheur du juste et en 5 lignes le malheur de l’impie. Le chemin de la mort ne mérite que 5 petites lignes. Il est futile et évanescent comme la paille. Le chemin de la vie mérite plus d’importance. Il vaut la peine d’en parler plus longuement. N’oublions pas que ce Psaume l ouvre tout le Psautier et qu’il donne l’essentiel de la sagesse concernant l’aventure humaine. Il s’y joue une lutte à finir entre le bien et le mal ( pensons aux " deux Étendards " de saint Ignace de Loyola ) , entre la lumière et les ténèbres ( Jn 1.5 ) . Dans une hymne pascale, la Liturgie nous fait chanter : " La vie et la mort sont entrés dans un duel étonnant ". Et ici, le Psalmiste n’est pas du tout manichéen, comme s’il se demandait qui serait vainqueur, le bien ou le mal? Il annonce, au contraire, avec certitude, la victoire du bien et de la lumière sur le mal et les ténèbres. Il nous donne une injection de confiance et d’espérance en Dieu qui se porte garant de la réussite finale de son Plan . L’ère messianique attendue par Israël consiste dans la pleine réussite du Plan de Salut de Dieu pour le monde. " les libérés de Yahvé reviendront, ils arriveront à Sion criant de joie, portant avec eux une joie éternelle. La joie et l’allégresse les accompagneront, la douleur et les plaintes cesseront ( Is 35,10 ; voir aussi Ap. 21,1-4 ).-2-

Comment, ensuite, prier ce Psaume 1 avec Jésus ? N’oublions pas que le premier mot de la Bonne Nouvelle de Jésus est le même qu’au début du Psautier : " Heureux ". On trouve 45 Heureux dans l’Ancien Testament dont 26 au Psautier. Dans le Nouvau Testament, nous avons une multitude d’ heureux dont les 8 Béatitudes de l’évangile selon saint Mathieu et les 4 Béatitudes de l’évangile selon saint Luc en opposition à 4 malédictions (malheureux...).

Jésus aime bien l’image de l’arbre qui donne de bons ou de mauvais fruits ( Mt 7,15 ) qui pousse jusqu’à abriter les oiseaux. Il se présente lui-même comme la vigne dont nous sommes les sarments et qui donne du fruit en son temps ( Jn 15, 1-17 ). Il évoque aussi cette eau vive capable d’enlever la soif ( Jn 4,14 ) et qui jaillit du sein de Jésus ( Jn 7,37).

En parlant de l’arbre qui donne du fruit, le Psalmiste a peut-être pensé à cet Arbre de Vie du jardin du Paradis terrestre ( Gen 2,9 ) et auquel le livre de l’Apocalypse fait allusion en Ap. 2,7. Mais, en priant ce Psaume, nous pouvons avoir une sainte distraction et penser à la Croix du Christ, cet arbre de vie à l’ombre duquel l’Eglise que nous sommes est assise pour en cueillir les fruits de vie (Ct des Ct 2,2 ). Saint Jean-de-la-Croix n’hésite pas à le faire à la strophe 29 de son Cantique spirituel, après la strophe 28 qui célèbre l’Union transformante , le Mariage mystique. Pour saisir le contexte, il est important de considérer ces deux strophe ensemble :

" Et l’Épouse a pénétré
Dans le jardin charmeur qu’elle désirait.
Elle repose enivrée,
Tandis que son cou se penche
Appuyé sur les deux bras due Bien-Aimé " ( strophe 28 ).

" C’est à l’ombre du pommier
C’est là que Je reçus ta promesse et là
Que Je te donnai la main;
Et tu retrouvas l’honneur
Là où ta mère en malheur était tombée " ( strophe 29 ) .

* Comment ensuite prier ce Psaume 1 en plein monde d’aujourd’hui ? Le première tentation qui survient consiste à considérer ce Psaume comme trop optimiste. Que de vagues de mal déferlent dans l’Histoire humaine et particulièrement en notre temps ! Et vous osez proclamer la victoire du bien ! Pour qui vous prenez vous? Quelle prétention ! Ou bien, êtes-vous aveugles et inconscients ? Et certains d’entonner la chanson bien connue de Jacques Brel : " Si c’était vrai ! ". " Oui, si c’était vrai tout ça, ce qu’on raconté Mathieu et Luc et Jean… si c’était vrai ! Mais c’est trop beau pour être vrai! ". Que de justes échouent et que de crapules réussissent ! Voilà l ‘éternel scandale du mal dans le monde qui inspire Albert Camus d’écrire La Peste et Le Mythe de Sisyphe . Ce dernier se termine par cette phrase qui sent le pessimisme et le désespoir : " Les hommes meurent et ne sont pas heureux ". On comprend pourquoi il écrit dans l’introduction de ce livre : " Le seul problème philosophique vraiment sérieux est de savoir si la vie vaut ou non la peine d’être vécue ".

Le Psaume 37 illustre bien comment cette prière peut être thérapeutique :

" Ne t’échauffe pas contre les méchants,
ne jalouse pas les artisans de fausseté;
vite comme l’herbe ils sont fanés,
flétris comme le vert des prés.

Compte sur Yahvé et agis bien,
habite la terre et vis tranquille,
mets en Yahvé ta réjouissance :
il t’accordera plus que les désirs de ton cœur ".

Ce fut le problème de Job. Se retrouvant sur son tas de cendre après avoir tout perdu, il eut la tentation de blasphémer Dieu en face. Sa femme, que Satan avait laissé à Job " pour ajouter à son épreuve ", selon l’expression humoristique de saint Jean Chrysostome, le soupçonnait de lui avoir caché un grave péché. Ses trois amis sont restés sept jours et sept nuits en silence devant lui en cherchant la raison humaine de son malheur. Et pourtant, Job continue de faire crédit à Dieu. Sa prière l’amène à penser qu’il n’avait pas encore compris le point de vue de Dieu sur sa situation pitoyable , mais qu’un jour il verrait clair. Il Lui adresse alors cette admirable prière d’abandon : "Dieu m’a tout donné, Dieu m’a tout ôté. Que son saint Nom soit béni !" .

Sur la Croix, Jésus prie le Psaume 22 : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? " Sa prière l’aide à passer du délaissement à l’abandon confiant a son Père . Au verset 25 et 27 de ce Psaume, il prie ainsi : " Car il n’a point méprisé , ni dédaigné la pauvreté du pauvre, ni caché de lui sa face, mais, invoqué par lui il écouta…Les pauvres mangeront et seront rassasiés. Ils loueront Yahvé, ceux qui le cherchent : que vive votre cœur à jamais ! " ; " Tout ce qu’il entreprend réussira, tel n’est pas le sort des méchants " ( Psaume l,3) : telle est l’expérience que le Psalmiste veut partager avec son Peuple pour qu’il goûte le même heureux sort.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de réussite matérielle ou simplement humaine. Le Psalmiste vit des liens de confiance avec le Dieu de l’Alliance. Il est sûr que Yahvé ne saurait le tromper. Il s’abandonne à Lui totalement. Il va plus loin que le fameux pari de Pascal qui consiste à miser sur Dieu quoi qu’il arrive car, alors, on est gagnant de toute façon. S’il existe, on n’aura pas manqué le bateau en vivant sur la terre comme s’il n’existait pas. S’il n’existe pas, au moins notre foi en lui aura donné un certain sens à notre aventure humaine et aura servi d’antidote au désespoir et, peut-être, au suicide. Mais il vaut la peine d’écouter le grand Pascal s’expliquer lui-même sur son pari. Voici, tirée des fameuses Pensées , celle citée par Noël Quesson dans son commentaire du Psaume 1 :

" Qu’avez-vous à perdre, en choisissant Dieu ? Quel mal vous arrivera-t-il en prenant ce parti? Vous serez fidèle, honnête, humble, reconnaissant, bienfaisant, ami sincère, véritable. A la vérité, vous ne serez point dans les plaisirs empestés, dans la gloire, dans les délices; mais n’en aurez-vous point d’autres ? Je vous dis que vous gagnerez en cette vie; et qu’à chaque pas que vous ferez dans ce chemin, vous verrez tant de certitude du gain, et tant de néant de ce que vous hasardez, que vous connaîtrez à la fin que vous avez parié pour une chose certaine, infinie, pour laquelle vous n’avez rien donné ". (Pensée 343)

Face aux cris de désespoir de certains chansonniers devant l’apparente absurdité le l’aventure humaine, comme cette attitude optimiste et pleine d’espérance du Psalmiste fait du bien ! Bien sûr qu’il n’est pas populaire aujourd’hui d’affirmer que, sans Dieu, l’existence humaine sur la terre est une pure absurdité et, qu’avec Lui, elle est destinées à une plénitude au delà de toute imagination symbolisée par l’arbre ployant sous le poids de ses fruits. " Nous annonçons - écrit saint Paul - ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment "(Cor 2,9).

Devant l’énigme de l’aventure humaine, on peut donc avoir deux attitudes : quelque choses est en train de pourrir et de mourir, ou quelque chose est en train de mûrir et de fructifier.
Mais il faut bien comprendre à quelle sorte de réussite ce Psaume 1 se réfère. Il ne s’agit pas d’enrichissement matériel ou de simple succès humain. Quand la première Béatitude proclame heureux les pauvres ( les anawim, les courbés ), elle ne leur promet pas de gagner un gros lot d’argent un jour. Cependant, elle les assure que Dieu est de leur côté et que leur pauvreté n’est que temporaire . Le Royaume de Dieu en effet leur appartient déjà en espérance en attendant la plénitude dans l’Au-delà.

Le bonheur à la manière de Dieu, qui est la seule vraie réussite sur la terre et qui a un avenir éternel , commence ici et maintenant. Il consiste à refuser la contamination du mal sous toutes ses formes et à renoncer à aller sur le chemins des impies. Il implique que nous prenions l’Évangile au sérieux et que nous choisissions Dieu et son Royaume . Ce bonheur de l’intimité avec Dieu et avec nos frères et sœurs de l’Église et du monde est hors de portée des ennemis de Dieu et de son Royaume. " Qui nous séparera de l’amour du Christ? - écrit saint Paul aux Romains - la tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive?…Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance, ni mort, ni vie, ni anges, ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur ".

Prier avec le Psaume 1 permet donc de grandir, comme Jésus lui-même, " en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les humains " ( Luc 2,52 ). Si nous sommes fatigués et ployons sous le fardeau ou en manque de courage et d’espérance, ce Psaume thérapeutique nous permet d’aller à Jésus pour y trouver soulagement car Il est doux et humble de cœur. Alors, le pénible joug nous apparaît aisé et le lourd fardeau, léger. La lassitude, la tristesse ou la révolte font place à la louange et à l’action de grâce. Et l’on ne peut plus se passer de cette cure d’espérance qu’est la prière avec les Psaumes et, particulièrement, le Psaume l.

Claude Mayer, o.m.i.-

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