Professeur de philosophie, de théologie, d'Ecriture Sainte, le Père Mayer a enseigné successivement à l'Université de Québec à Trois-Rivière, à l'Université de Sudbury, puis au Centre Saint-Pierre et à l'Institut Catholique de Montréal, et enfin au Grand Séminaire de Montréal.
Parallèlement, il a prêché de très nombreuses retraites (préparation au mariage, prédicateur de la retraite de évêques du Québec en 1976, retraites aux prêtres et religieuses, etc..) tout en gardant des responsabilités pastorales. Prédicateur de renom, il continue d'animer différentes sessions aux Centre Christus (Montréal) et retraites diverses, et rédige régulièrement des articles dans la revue "Lumière et Paix" pour l'animation chrétienne des Centres de Santé.
Il nous livre ses méditations sur les Psaumes, dans un style particulièrement vivant et original.
Serviam le remercie vivement de son aimable accord de reproduction.
_______________________________________
Introduction Psaume 1 Psaume 23 Psaume 139
_____________________________________________
PRIER AVEC LE PSAUME 27 : UN ANTIDOTE A LA PEUR...
Depuis lattentat terroriste qui a détruit les deux tours du World Trade Center de New-York, une vague de peur, allant parfois jusquà la psychose, a déferlé sur le monde. Il sagit là dun mal-être qui empêche de fonctionner normalement dans la vie quotidienne. Que faire alors pour retrouver son équilibre et son goût de vivre ? Sur ce point, les psychologues sentendent pour conseiller den parler avec quelquun capable découter avec respect et empathie.
Pourquoi ne pas aussi en parler à Dieu dans la prière avec le psaume 27 que lon pourrait considérer comme un psaume-antidote de la peur ? Il nous met les mots dans la bouche et dans le cur pour répandre un baume bienfaisant sur toutes nos blessures et , en particulier, sur nos peurs paralysantes.
Je vous propose donc de vous installer bien confortablement dans votre lieu préféré dintimité et de vous laisser envahir par ce Psaume 27.
" Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ? "
Toutes mes raisons davoir peur montent en moi et je les présente au Seigneur en me demandant sérieusement si elles doivent lemporter sur mes raisons de Lui faire confiance. Nest-il pas " le rempart de ma vie " ?
" Si des méchants savancent contre moi pour me déchirer, ce sont eux, mes ennemis, mes adversaires qui perdent pied et succombent.
Qune armée se déploie devant moi, mon cur est sans crainte; que la bataille sengage contre moi, je garde confiance ".
Toutes les guerres de lHistoire du monde et du Peuple de Dieu se déroulent devant moi comme un film de terreur. Mes propres angoisses et mes nombreuses craintes sajoutent a ce spectacle effrayant. Seul, je basculerais dans la dépression et le désespoir. Comment ce " faible vermisseau " ( expression du Prophète Isaie ) peut-il affronter cette noirceur et foncer joyeusement dans laventure de la vie?
Ce Psaume de confiance est attribué à David. Il a dû se battre avec Goliath et contre la jalousie morbide de Saül. Pour être fidèle à sa vocation à la Royauté qui lui avait été signifiée par lonction du Prophète Samuel, il a affronté des ennemis apparemment plus fort que lui. Comment a-t-il réussi ? En faisant inconditionnellement confiance à Dieu, tout en mettant toutes ses énergies à combattre ses ennemis. Dans les versets suivants, il met en avant de tout lintimité avec son Seigneur à qui il sadresse dabord à la troisième personne
" Jai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour admirer le Seigneur dans sa beauté et mattacher à son temple. Oui, il me réserve un lieu sûr au jour de malheur; il me cache au plus secret de sa tente, il mélève sur le roc ".
Le Psalmiste se met alors à sadresser à Dieu à la deuxième personne
" Écoute, Seigneur, je tappelle !"
Cest un cri vers Lui pour quil ait pitié de sa misère et lui réponde. Il sent que la solution à son problème serait que son Seigneur lui montre sa face :
" Mon cur ma redit ta parole : ! Cherchez ma face! Cest ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face ".
Dans la suite du Psaume, il demande au Seigneur de lui enseigner son chemin, de le conduire par des routes sûres malgré ceux qui le guettent. Et il pousse ce cri despérance :
" Mais jen suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. ! Espère le Seigneur, sois fort et prends courage; espère le Seigneur ".
Peut-on imaginer une parole plus thérapeutique ? Surtout si on ne la considère pas comme une simple parole de la sagesse humaine. Cest Dieu qui parle ici et apprend à son enfant à bien prendre les événements éprouvants de sa vie et même à la prier en toute confiance et dans lespérance dune solution. " Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ", sécrie saint Paul en Rm 8,35 suiv..
- 2 -
Selon notre méthode en trois étapes proposée par Noël Quesson, après avoir prié ce Psaume avec Israël, nous le prions avec Jésus lui-même qui, comme tout Juif de son temps, connaissait tous les Psaumes par cur et les priait quotidiennement.
À sa Flagellation et au cours de sa Passion, le verset 2 de ce Psaume a dû avoir une résonance particulière :
" Si des méchants savancent contre moi pour me déchirer
".
Contre Lui se sont présentés de faux témoins ( Mt 26,59 ).
" La seule chose que je cherche : habiter la maison du Seigneur " ( verset 7),évoque, bien sûr, les retrouvailles de Jésus au Temple. " Pourquoi donc me cherchiez vous? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père?" Et " cherchez dabord le Royaume de Dieu et sa justice ( i.e. sa sainteté )" de Mt 6,33.
" De qui aurais-je peur ?" ( verset 1 ) trouve son écho dans " Ne craignez pas, petit troupeau " de Luc 12, 32.
" La bataille sengage contre moi, je garde confiance " se retrouve dans la Parole de Jésus à Pierre au sujet de lÉglise :" Les puissances de lenfer ne prévaudront point contre elle " ( Mt 16,18 ).
" Si mon père et ma mère mabandonnent, le Seigneur me reçoit " ( verset 10 ) ninspire-t-il pas Jésus quand il dit à ses disciples : " vous me laisserez seul : mais non, je ne suis jamais seul, le Père est avec moi " ( Jn 16,18 ).
" Le Seigneur est ma lumière
" a son pendant en ces passages de lévangile selon saint Jean : " La lumière est venue dans le monde " ( Jn 3,19 ) et " Je suis la lumière du monde " ( Jn 12,46 ).
" Je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants " ( verset 13 ), qui chante la merveilleuse espérance chrétienne dans la liturgie des défunts , se retrouve dans laffirmation de Jésus : " Je vais vers le Père " ( Jn14,28 ).
- 3 -
Comment ensuite prier ce Psaume avec notre époque si perturbée ? Au fond, toutes les époques de lhistoire du monde ont connu leurs turbulences. Saint Augustin a, sur ce point, une réflexion humoristique : " Ce quon appelle le bon vieux temps est si bon à nos yeux parce que nous en avons perdu la mémoire " ! Le temps présent nous semble si mauvais parce que nous en avons la mémoire immédiate. Alors, le meilleur temps est bien celui que nous vivons. La nostalgie du bon vieux temps passé montre bien que nous ne savons pas profiter du moment présent que jaime appeler " le maintenant ( le " main "-" tenant") de la grâce. Ce Psaume nous invite à prier notre actualité, l " aujourdhui " de Dieu qui se manifeste dans l " aujourdhui " du monde et de lÉglise et dans mon " aujourdhui " quotidien avec ses joies et ses peines, ses espoirs, ses découragements, ses angoisses et ses moments de bonheur et de paix. " Cest là que ça se passe ! " pour reprendre la formule dune publicité bien connue.
À notre monde en manque de confiance en lavenir et despérance, ce Psaume nous pousse en avant dans la conviction que Dieu est avec nous et quainsi, nous pouvons risquer lavenir sans crainte. À cette vertu de lEsprit quest lespérance théologale, il faut sans doute collaborer . " Cest par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, écrit saint Paul aux Corinthiens ( l Cor 15,10 ), et sa grâce à mon égard na pas été stérile ( elle aurait pu lêtre sans sa collaboration ).
Le climat de ce Psaume 27 en est un de menaces, de guerres et d effroi mais, si " Dieu est notre rempart", pourquoi ne foncerions-nous pas en avant, sûr de la victoire finale. Dieu est de notre côté et vous voudriez que la peur lemporte sur la confiance et labandon ? Allons donc, vous ne connaissez pas mon Dieu !
Comment imaginer quun autre que Dieu aura le dernier mot ? Les tyrans de ce monde sont de pauvres mortels, vases dargile. Leur orgueil les aveugle. Alors, " Jen suis sûr, je verrai la bonté du Seigneur
je verrai la face de Dieu " ! ( l Cor 12,12 ). Parce que " Dieu est Dieu ".
Le retour à la spiritualité et à la prière est aujourdhui à la mode. On se rend compte quil sera bien impossible de sen sortir autrement. Ce Psaume 27 nous suggère que nos temps difficiles sont une belle occasion pour refréquenter notre Dieu et cultiver lintimité profonde et quotidienne avec Lui. Si lintimité de qualité avec un être cher nous procure tant de bonheur, pourquoi en serait-il autrement avec Dieu ? Alors, le Psalmiste se voit comme son hôte. Il cherche à habiter sa maison, à se cacher au secret de sa tente, à chercher sa face. Ne pourrions-nous pas mettre en parallèle linvitation de Jésus :
" Quand tu veux prier, entre dans ta chambre ( celle de ton cur ), ferme la porte et prie ton Père dans le secret. Ton Père qui voit dans le secret te le rendra " ( Mt 6,6) et
" Il me cache au plus secret de sa tente " du verset 5 de ce Psaume?
François Varone a écrit un livre intitulé Ce Dieu absent qui fait problème. De tout temps le silence de Dieu, surtout devant les horreurs de lHistoire, a été une pierre dachoppement et une occasion de scandale. Notre temps ne fait pas exception. On a pensé , au cours du vingtième siècle, que Dieu était mort. Il existait même une théologie dite de " la mort de Dieu ". Alors, crier avec le Psalmiste : " Cest ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. " ( verset 8 ) fait du bien à lâme et à tout lêtre ! La face ou le visage symbolisent bien la présence et lintimité. Notre Espérance chrétienne se résume dans le " nous le verrons tel quil est " de l Jn 3,2 . La rencontre intime avec Dieu, comme avec tout être " autre que nous-mêmes " nest jamais facile. Le Psalmiste reconnaît cette difficulté. Mais il ose crier dans sa prière : " Jen suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur " (verset 13 ).
Lintimisme de ce Psaume ne doit pas nous faire illusion. La prière authentique sera toujours un dur combat. Elle ne nous éloigne pas du réel. Au contraire, elle nous y plonge jusquà ses sources et ses racines. Les méchants, les crapules, les tyrans sanguinaires, les ennemis, les terroristes sont là et ils nous entourent de leur férocité au moment de notre prière. Mais la présence de Dieu nous entoure aussi dun rempart protecteur et ils nauront certainement pas le dessus. Ils peuvent même nous faire tomber dans la mort corporelle. Mais se réalise alors la bonne nouvelle du livre de la Sagesse : " Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et nul tourment ne les atteindra. Aux yeux des insensés ils ont paru mourir
mais eux sont en paix " (Sg 3,1-3 ).
Dans ce combat à finir entre deux visions du monde (remis en évidence par lattentat terroriste du 11 septembre ), la lumière et les ténèbres ne sont pas uniquement dun côté. Mais la terreur sanguinaire et lassassinat dinnocents ne seront jamais du côté de la lumière. Et il ne faudra pas laisser les ténèbres lemporter. Dieu est du côté de la lumière!
En priant le Psaume 27 avec tout le Peuple de Dieu, nous collaborons avec Lui pour que " son Règne vienne"( le notre Père ). Notre prière est une collaboration essentielle à lavènement de la Paix dans notre monde. Dieu et nous, sommes de connivence. " La joie de lespérance" dont parle saint Paul nous accompagne dans le combat , en attentant dêtre pleinement saisis par " la joie de son visage " dans lAu-delà, quand " nous le verrons tel quIl est " ( l Jn 3,2 ).
Claude Mayer, o.m.i.-
|