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  Nous apprenons à prier... en priant
par Monseigneur Bouchex, ancien Archevêque d'Avignon

www.serviam.net Catholiques en ligne, remercie vivement le Bulletin Religieux et Site Internet du Diocèse d'Avignon
de l'avoir aimablement autorisé à reproduire cette instruction de Mgr Bouchex. (
Juin 2001 )
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Nous mettre à prier...
Nous ne savons pas prier, disons-nous. Devons-nous attendre d'être sûrs de savoir prier pour prier? D'abord qu'est-ce qu'être sûrs de savoir prier? Surtout, ce qui importe, ce n'est pas d'être sûrs de savoir prier, mais de prier. Jésus a dit: «quand vous priez, dites... » (Lc 11, 1-2), c'est-à-dire quand vous priez, priez. Les maîtres de prière, les livres et les cours sur la prière peuvent nous aider à prier. Mais ils ne sont utiles que si nous nous mettons à prier.

« Retire-toi dans ta chambre »...
« Quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte... » (Mt 6, 6). Nous devons et nous pouvons prier dans la foule, dans la rue, dans le train, en groupe, en communauté, en assemblée. Jésus l'a fait: dans les synagogues, devant ses disciples (Lc 11, 1). Mais pour prier, seuls ou avec d'autres, nous devons toujours entrer dans notre chambre et fermer la porte.
Nous devons être là pour Dieu seul. C'est alors que nous sommes vraiment avec ceux qui nous entourent.

Faire silence...
Etre là pour Dieu seul, même quand nous sommes plusieurs, c'est apprendre à faire taire les bavardages, le transistor, la télévision, le vacarme des instruments bruyants. C'est laisser murmurer à notre oreille une phrase de la Parole de Dieu ou un chant. N'est-il pas contradictoire de chanter, avec un accompagnement instrumental assourdissant, les mots: « Ecoute, écoute, surtout ne fais pas de bruit, on marche sur la route, on marche auprès de toi » ?
Fermons la porte de notre maison intérieure en nous préparant par un temps de silence à entrer dans la liturgie eucharistique. Il est des préparations à la Messe qui sont de véritables « champs de foire »! Ménageons au cours de la Messe des temps de silence. Le silence aussi unit une assemblée. Et sa qualité est le test de la qualité d'une célébration.

« Apprends-nous à prier »...
Quand nous avons fermé la porte de notre temple intérieur, notre première prière doit être: « Seigneur, apprends-moi, apprends-nous à prier... » (Lc 11, 1-2). Esprit Saint, prie en moi, toi qui seul peux mettre en moi l'âme et les mots de la prière, avant tout le mot de Père (« Abba »: Rm 8, 14-17. 26-27). Jésus priait dans l'Esprit (Lc 10, 21).
Nous pouvons passer tout notre temps de prière à demander au Seigneur et à l'Esprit de nous apprendre à prier. Nous pouvons aussi demander à Marie et à Joseph de prier avec nous, de prendre notre prière pour en faire leur prière. « Priez pour moi. Priez avec nous ». Après Jésus, c'est eux qui ont su le mieux prier.

Il est là...
L'essentiel de la prière est de laisser Dieu exister « pour nous » , de passer du temps « pour lui », en passant du temps « avec lui ». Il est capital de prendre conscience dans la foi qu'il est là, vivant, en train de nous aimer, de nous créer, de nous sauver, de nous attirer à lui. « Mon nom est: Je Suis Celui qui est » (Ex 3, 14-15). En écho, Jésus a dit: « Je suis avec vous tous les jours » (Mt 28, 20).
Oui, Il est là avec nous et en nous, le Père qui est aux cieux, le Très Haut, le Très Grand, et pourtant le Tout Proche, le Fils qui s'est fait notre frère, l'Esprit qui est notre Hôte. « Tu es là »: la prière peut consister à répéter et à contempler inlassablement cela.

Soyons là...
Puisqu'il est là, soyons là nous aussi. Prier, c'est être là avec lui qui est là. Soyons présents à lui tout entiers: corps, intelligence, mémoire, coeur, énergies, désirs, frustrations, tentations, péchés. Ne faisons pas semblant d'être celui que nous ne sommes pas. Soyons celui que nous sommes. C'est moi, et non un autre, que Dieu veut.
Ne pensons pas que nous devons mettre un masque et prendre de bonnes apparences pour nous approcher de Dieu. Il sait mieux que nous ce que nous sommes. Prier, c'est nous rendre présents à Dieu dans la vérité. C'est d'ailleurs pour cela qu'au début (non au milieu ou à la fin) de chaque Messe, nous nous reconnaissons pécheurs. Au début de chacune de nos prières, offrons-nous à Dieu tout entiers, avec nos beaux côtés, et nos côtés moins présentables.
Les psalmistes, quand ils priaient, étaient là tout entiers, avec leur foi, leur sens de la grandeur de Dieu, leur certitude de sa miséricorde, de son pardon et de sa présence pleine de tendresse, leurs joies, leurs souffrances, leur maladie et leur peur de la mort, leurs péchés et leur repentir, leur désir d'être vengés et de voir leurs ennemis défaits. C'est pourquoi les psaumes nous choquent: nous les trouvons trop humains, chargés de sentiments peu honorables, peu dignes de Dieu. Ce sont pourtant des prières qui viennent de Dieu!

C'est lui qui compte...
Quand nous prions, nous ne devons pas chercher la consolation, le réconfort sensible, la chaleur du coeur, encore moins l'exaltation et l'enthousiasme. Si cela nous est donné, accueillons-le avec joie et reconnaissance. Mais si cela n'existe pas, notre prière n'en est pas moins bonne. La valeur de la prière n'est pas liée à ces impressions.
Ce qui fait la qualité de la prière, ce n'est pas ce que nous ressentons, c'est notre attention et notre présence à Dieu, c'est le fait que, pour un instant, il devient notre seul centre d'intérêt. « Sentir Dieu », cela n'ajoute rien à sa présence. C'est pourquoi nous devons prier, non seulement quand nous en sentons le besoin, quand nous en avons envie, mais aux moments et selon les rythmes que nous nous sommes fixés.

Durer dans la prière...
Nous devons apprendre à prier continuellement d'une façon brève: le jour, la nuit quand nous ne dormons pas (cf. les psalmistes). Mais nous devons en même temps nous fixer des temps de prière, chaque jour. Nous devons de temps en temps prier longtemps: une heure, deux heures. C'est indispensable pour savoir ce que c'est que prier, pour bien entrer dans la prière ou pour la laisser entrer en nous, pour durer dans la prière au sein même des dégoûts, des envies de fuir, des impatiences de faire autre chose.
C'est par là que nous découvrons qui est Dieu, que nous montrons que nous l'aimons, non pour nous, mais pour lui. Prier, c'est d'abord donner du temps à Dieu. Même si nous nous ennuyons. Cette prière-là est toujours exaucée. Elle porte en elle son exaucement, car le vrai exaucement de la prière, c'est Dieu lui-même qui existe « pour nous », et qui, à travers nous, existe pour le monde. Jésus priait longtemps, toute une nuit, dit l'Evangile (Lc 6, 12).
Pour qu'il en soit ainsi, nous avons à trouver le lieu, le moment, l'attitude qui nous permettent le mieux de prier. Ils peuvent changer au cours de notre vie. Nous pouvons tâtonner dans notre recherche. L'essentiel est d'être vrai dans notre attitude envers Dieu

+ Raymond BOUCHEX, Archevêque d'Avignon


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