par l'Abbé Grégory Botta
Le 18 avril dernier, à
Saint-Pierre de Rome, le Pape Jean-Paul II a élevé
le bienheureux Marcellin Champagnat à la gloire et à
l'honneur des autels. C'est une joie pour toute l'Eglise qu'un
de ses enfants soit canonisé ; l'Eglise s'engage alors
infailliblement pour déclarer la sainteté et les
vertus héroïques et autoriser un culte public universel.
C'est un honneur et une joie particulièrement pour le diocèse
de Saint-Etienne de compter un nouveau saint dont la prière
d'intercession se penchera spécialement sur lui.
Marcellin Champagnat est né
à Marlhes, petit village à une trentaine de kilomètres
de Saint-Etienne, le 20 mai 1789 au tout début de la Révolution.
La ferme qui l'a vu naître est toujours là, devenue
un lieu de pèlerinage. Dès le lendemain, anniversaire
dont il se souviendra toute sa vie, il est baptisé dans
la petite église de Marlhes.
Ses parents,
paysans et bons chrétiens, l'élèvent dans
le respect de la loi chrétienne, et lui enseignent les
principes de la foi. Marcellin reçoit aussi la bonne influence
d'une tante religieuse, chassée par la Révolution
et réfugiée dans sa famille.
Le contexte
de troubles et ses goûts ne l'attireront guère vers
les études. Ce qui lui manque en instruction élémentaire
est compensé par un grand bon sens, une solide piété,
une grande force de caractère, des capacités manuelles
et une inébranlable détermination. De fait, il s'oriente
plutôt vers une vie d'agriculteur ou de paysan.
Peu à peu pourtant, il
perçoit une vocation que lui confirmera un prêtre
de passage. "Marcellin, il faut te faire prêtre, Dieu
le veut". A 14 ans, il est à peu près analphabète
et il doit savoir le latin, et le reste... pour être prêtre.
Avec courage, il entre au séminaire, il y restera 11 ans.
Dures années, où il se laisse parfois aller au découragement,
à la facilité. Il apprend à mettre toute
sa confiance en Dieu et en la Sainte Vierge. Au séminaire
de Lyon, il côtoiera l'abbé Vianney (futur curé
d'Ars qui partage les mêmes difficultés scolaires).
Avec le Père Colin et d'autres séminaristes,
il créera la Société de Marie à l'intérieur
de laquelle se placeront les frères maristes. Enfin le
22 juillet 1816, il est ordonné prêtre à Lyon
par Mgr Dubourg. Il est nommé vicaire à La Valla
près de Saint-Chamond. Depuis longtemps un projet mûrit
en son âme ; déjà séminariste il faisait
aux enfants le catéchisme dans la ferme de ses parents.
Il disait aussi : "Il nous faut des frères pour
faire le catéchisme, pour aider les missionnaires, pour
faire de l'école un terrain d'évangile."
La grande Révolution a laissé ses tristes marques,
et l'ignorance religieuse surtout dans la jeunesse est parfois
totale. Ce constat le pousse toujours davantage dans ce projet
d'un ordre de frères consacré à l'enseignement.
Le 2 janvier 1817, il réunit
deux jeunes gens qui seront les premiers membres de sa congrégation.
Il s'occupe ainsi de la paroisse, du catéchisme, de la
beauté des offices, de la visite des malades. Ses moments
libres, il les consacre à sa petite communauté.
Il doit faire face à des difficultés de toutes sortes
: financières, jalousie. Il puise sa force et son énergie
dans sa foi en Dieu et sa confiance en Marie : "Quand
toute la terre serait contre nous, nous ne devons rien craindre
si la Mère de Dieu est pour nous."
En
1824, il obtient de se consacrer uniquement à la communauté
des frères et il fait construire la maison-mère
de l'institut des frères maristes à Notre-Dame de
l'Ermitage à Saint-Chamond. De 1824 à 1840, il consolide
la fondation de son oeuvre, il y a les besoins matériels
à assurer... ! et puis la formation intellectuelle et spirituelle...
!
La Sainte Vierge tient la première
place : au milieu des difficultés, tout lui est remis.
Marcellin prie ainsi Notre-Dame : "Si cette oeuvre périt,
ce n'est pas la nôtre, c'est la vôtre, car c'est vous
qui avez tout fait chez nous. Nous nous éteindrons comme
une lampe qui n'a plus d'huile." Les frères sont
les "petits frères de Marie". C'est une spiritualité
profondément mariale qui règne: "Tout à
Jésus par Marie, tout à Marie pour Jésus.
" Vie de prière aussi : "Vous ferez plus de
bien par la prière que par tout autre moyen. Un frère
qui se contente d'instruire les enfants ne fait que la moitié
de son devoir. Il doit s'il veut remplir toute la tâche,
prier continuellement pour eux, c'est-à-dire ne jamais
se présenter devant eux sans les avoir recommandés
à Dieu." Enfin, bon sens, humilité et simplicité
l'aident dans l'organisation pratique de cette oeuvre qui a pour
but " de faire connaître et aimer Jésus-Christ ".
Dès le vivant de Marcellin Champagnat, les
frères se développent. Leur travail ne nécessite
pas beaucoup de rémunération et les enfants font
des progrès rapidement. En 1836, il a la joie d'apprendre
que la Société de Marie, dont fait partie les frères
maristes, est reconnue officiellement par Rome.
Epuisé
à la tâche, Marcellin demande en 1839 à un
frère de le remplacer à la direction de la congrégation
des frères. Peu de temps après, en juin 1840, à
l'âge de 51 ans, il meurt dans la maison Notre-Dame de l'Ermitage.
Il y avait 280 frères à sa mort, il avait fondé
53 communautés avec des écoles. Il y a actuellement
5000 frères maristes dans plus de 70 pays. Parmi eux, des
missionnaires et des martyrs, comme Saint Pierre Chanel, premier
martyr de l'Océanie.
En 1920, Marcellin Champagnat
fut déclaré vénérable par le pape
Benoît XV. Pie XII le déclara bienheureux à
Saint-Pierre de Rome, le 25 mai 1955. Deux guérisons miraculeuses
étaient alors requises pour la béatification. Il
fallait un autre miracle pour pouvoir procéder à
la canonisation. Il fut accompli en 1976 pour un religieux condamné
à brève échéance par la médecine.
En janvier 1999, le pape Jean-Paul II inscrit le Bienheureux Marcellin
Champagnat au calendrier des saints à la date du 18 avril
1999.
Nous pourrions tous retenir de celui qui fut un ardent apôtre de Marie ce conseil qu'il donnait à ses frères : "Qu'une dévotion tendre et filiale vous anime dans tous les temps et dans toutes les circonstances pour votre bonne Mère. Faites-la aimer partout autant qu'il vous sera possible".
Abbé Grégory Botta
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