La très noble fonction de servant de messe, a de tout temps fait le bonheur de ceux qui en étaient chargés. Beaucoup se sont sanctifiés en l'accomplissant et peuvent vous être proposés comme modèles ; l'on ne saurait les citer tous.
Songez à saint Odilon (mort en 1049), pauvre enfant qui avait complètement perdu l'usage de ses membres et que l'on abandonna un jour devant une église dédiée à la sainte Vierge ; parvenu à se traîner jusqu'à l'autel, il en saisit le bas de la nappe et fut guéri ; dès lors, sa jeunesse fut toute entière illuminée par le service de l'autel à quoi il était assidu. Comme le grand abbé de Cluny que nous venons d'évoquer, bien des saints se sont très tôt approchés du service de l'autel, tel saint Euthyme (mort en 473), le grand liturgiste de l'Eglise grecque, qui fut dès sa petite enfance le servant de messe de l'évêque de Mélitène ou saint Oyend (mort en 510), abbé de Comdat, qui ne voulut jamais recevoir la prêtrise tant il trouvait sa joie dans les fonctions de servant de messe.
Dans la longue liste de ceux que l'on pourrait choisir pour saints patrons des servants de messe, on peut retenir saint Dominique de Val, en vous souhaitant d'imiter la piété qu'il apportait dans l'accomplissement de ses saintes fonctions.
Le petit Dominique (Dominguito) de Val naquit à Saragosse, en Espagne, vers 1243, du tabellion Sancho et de son épouse Isabelle, pieuses gens qui vivaient dans l'observance et pratique, et qui lui transmirent leur foi, en mettant un point d'honneur à lui faire apprendre les prières essentielles du chrétien en même temps qu'il commençait à parler.
Baptisé le jour-même de sa naissance, il fut emmené par son père à la messe dès le dimanche suivant au point qu'on peut dire qu'il ne manqua jamais une seule messe dominicale. Son grand bonheur était d'accompagner ses parents pour assister aux splendides offices de la cathédrale de Saragosse, et d'en suivre, émerveillé, les grandioses cérémonies.
Il regardait surtout, avec une pieuse curiosité, les enfants qui étaient dans le choeur pour assister le prêtre ou l'évêque au service de l'autel. Il observait avec une si grande application leurs évolutions dans le choeur, qu'il fut bien vite capable de les reproduire ; il écoutait avec une si grande attention leurs réponses qu'il fut bien vite capable de les redire. Chez lui, dans le secret, inlassablement, il recommençait les gestes et répétait les prières. A peine avait-il un moment de liberté qu'il se précipitait dans la cathédrale pour apprendre les usages liturgiques aux différents offices ; les messes, les vêpres, les baptêmes, les mariages, les enterrements n'eurent plus de secret pour lui.
Dès qu'il se crut en mesure de servir avec exactitude, il fit part à ses parents de son désir d'entrer dans le choeur pour se mêler aux servants : "Combien je voudrais servir la Messe comme eux, comme eux approcher du tabernacle où habite Notre-Seigneur, servir le prêtre et offrir avec lui le saint Sacrifice !" Son tabellion de père eut assez d'influence pour lui obtenir cet honneur du Cérémoniaire de la cathédrale.
Désormais, fier de l'habit de choeur qu'il portait avec respect et entretenait avec soin, il se rendait à la cathédrale dès qu'il le pouvait pour remplir son office avec piété et recueillement. Il savait tout faire mais ne le montrait jamais ; écoutant avec attention les conseils des cérémoniaires dont il recevait les ordres, il ne demandait jamais d'avoir une fonction qu'on ne lui proposait pas ; surtout, il était d'avide d'apprendre le sens des gestes et des choses. Imaginez cet enfant arrivant en courant aux portes de la cathédrale, s'arrêtant pour reprendre son souffle afin d'entrer doucement ; voyez-le se hisser sur la pointe des pieds pour se signer gravement avec l'eau bénite et aller s'agenouiller devant le tabernacle pour se préparer à son office ; suivez-le dans la sacritie où il s'habille sans précipitation, s'applique à mesurer ses gestes, touche avec respects aux objets du culte, ne parle qu'à voix basse, soit pour demander les ordres, soit pour répondre aux questions ; accompagnez-le dans le choeur où il marche les mains jointes et les yeux baissés, génuflecte jusqu'à terre sans ployer le corps, guette les gestes du célébrant et récite les prières en même temps que lui ; regardez avec quelle exactitude il se meut d'un côté à l'autre du choeur, portant dignement les objets et saluant posément.
Or, en ces temps-là, vivaient en Espagne, singulièrement à Saragosse, des méchants animés, d'une haine sauvage contre Jésus-Christ et son Eglise. Pour assouvir cette haine, ils ne reculaient pas même devant la crime, et c'était une joie pour eux de faire couler le sang d'un chrétien. Chaque année, en particulier, au retour de la semaine sainte, durant laquelle l'Église célèbre l'anniversaire de la Passion et la mort de Notre-Seigneur, ils cherchaient à tuer un chrétien.
Le Jeudi Saint de l'année 1250, Dominguito venait d'avoir sept ans et, comme il le faisait depuis un peu plus de six mois, il s'acquittait pieusement de ses fonctions de servant dans la cathédrale où, depuis l'aurore jusqu'aux ténèbres, il n'avait manqué aucun des longs offices. Après l'office des ténèbres, qui ne se terminait qu'au début de la nuit, il quitta son habit de choeur, le rangea soigneusement et sortit de la cathédrale pour regagner sa maison. Il marchait vite dans la nuit quand, tout à coup, alors qu'il s'apprêtait à tourner, au coin d'une rue, il fut saisi par une poigne brutale tandis qu'une main s'appuyait sur sa bouche pour l'empêcher de crier. Un des méchants avait guetté et enlevé Dominguito dont il connaissait l'itinéraire. L'enfant fut emporté jusqu'à la synagogue principale de la ville.
L'enfant effrayé apprit qu'au jour de l'anniversaire de la mort de Jésus, il allait être crucifié comme son Maître. Il eut beau pleurer et se débattre, les furieux le plaquèrent contre un mur, saisirent ses mains et ses pieds, et y enfoncèrent de gros clous pour l'attacher en croix sur la muraille. Le malheureux enfant criait et suppliait, appelait ses parents, mais ses bourreaux jouissaient de ses souffrances et l'insultaient comme jadis leur ancêtres l'avaient fait contre le Christ crucifié. Enfin, lentement épuisé par le sang qui coulait de ses plaies, le saint enfant s'abandonnait ; alors que ses bourreaux le croyaient déjà mort, il ouvre les yeux et, identifié à Jésus, expira en disant : "Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font."
Pour que la reconstitution fût parfaite, les méchants ne manquèrent pas de lui plonger une lance dans le côté.
Comme il fallait que les bourreaux fissent disparaître le cadavre pour ne pas être convaincus de crime, ils l'emportèrent sur les bords de l'Ebre, creusèrent une fosse dans le sable, l'y jetèrent et recouvrirent, sûrs que personne ne le viendrait chercher en un pareil endroit. Or, quelques semaines plus tard, les gardes qui surveillaient les bâteaux des pécheurs, furent, pendant plusieurs nuits, intrigués par une lumière qui brillait au bord du fleuve ; ils finirent par aller voir et, comme la lumière disparut à leur approche, ils fouillèrent le sable où ils découvrirent le cadavre de l'enfant que toute la ville cherchait, alertée par les parents et le clergé de la cathédrale. Les plaies des mains, des pieds et du côté, montraient assez qu'il avait été le martyr d'un crime rituel.
Le clergé de la ville, escorté de tout le peuple chrétien vint prendre la dépouille pour la transporter en l'église Saint-Gilles où, à peine était-elle entrée, que Dominguito apparut dans l'attitude d'un jeune homme à genoux. Frappé de ce prodige, l'archevêque de Saragosse ne voulut pas que le corps du martyr qui avait si bien servi dans sa cathédrale reposât ailleurs que dans ses murs. Il présida lui-même la procession de tout son clergé et fit la translation de la sainte dépouille qui rentra dans la cathédrale accompagnée des acclamations de la foule. Pour recevoir le corps, l'archevêque fit construire une urne superbe où il fit inscrire : "Ici repose le bienheureux Dominique de Val, mis à mort en haine de Notre-Seigneur Jésus-Christ."
Des miracles ne tardèrent pas de se produire sur la tombe du jeune martyr, et l'un des plus éclatants fut sans doute la conversion de celui qui l'avait livré et qui expia son crime par une vie de pénitence et de mortification.
Le fête de saint Dominique
de Val est célébrée le 31 août.
| retour à la documentation |