Serviam remercie vivement les éditions Bénédictines d'avoir aimablement autorisé la reproduction d'extraits de l'ouvrage "Saint Louis-Marie Grignion de Montfort".
Itinéraire d'une vie
Louis Grignion est né à Montfort-la-Cane (aujourd'hui Montfort-sur-Meu à 20 km de Rennes) le 31 janvier 1673. Il a été baptisé au même lieu le 1er février de la même année. Il est le deuxième d'une famille qui comptera 18 enfants. Plusieurs mourront en bas-âge. Trois deviendront prêtres et deux filles seront religieuses. Son père, Jean-Baptiste Grignion, avocat au baillage de Montfort, avait des titres mais peu de fortune. C'était un chrétien convaincu, élevant sa famille "dans la crainte de Dieu". Sa mère, Jeanne Robert, était fille d'un échevin de Rennes et soeur de trois prêtres.
En 1684, à 11 ans, Louis commence ses classes d'humanité, à Rennes, au collège tenu par les Pères Jésuites. On le voit souvent en prière. Les jours de congé, on le retrouve au service des pauvres. Près de la Vierge, se précise sa vocation. A 19 ans, il part à pied vers Paris. Les Prêtres de Saint Sulpice vont le suivre pendant huit ans. Il sera ordonné prêtre le 5 juin 1700.
A peine ordonné prêtre, Louis Grignion rêve de partir aux missions : "Que faisons-nous ici pendant qu'il y a tant d'âmes qui périssent dans le Japon et dans les Indes, faute de prédicateurs et de catéchistes ?" Il faudra la parole du pape Clément XI pour le retenir dans l'ouest de la France. Jusque-là, il a cherché sa route apostolique à Nantes et à Poitiers.
C'est à Poitiers, le 2 février 1703, qu'il donne l'habit religieux à la première Fille de la Sagesse : Marie-Louise Trichet.
En 1705. au même lieu. il rencontre Mathurin Rangeard, premier membre de sa congrégation masculine.
A son retour de Rome, au titre de missionnaire apostolique, il participe à la mission de Dinan. Là, il lance pour les plus démunis, une soupe populaire et un dispensaire.
De 1708 à 1710. on le trouve dans le diocèse de Nantes, avec, au sommet, l'aventure du Calvaire de Pontchateau.
De 1711 à 1716, il travaille aux diocèses de Luçon et de la Rochelle et fait de rapides passages en plusieurs autres diocèses.
En 1716, il meurt en pleine mission à Saint-Laurent-sur-Sèvres (Vendée).
Une vie bien remplie
Une vie brève et bien remplie : 43 ans d'âge, dont 16 ans de ministère sacerdotal. 150 à 200 missions et retraites. Une dizaine de diocèses touchés et parfois bouleversés.
Le missionnaire
Montfort est avant tout un missionnaire, une sorte de prophète populaire qui sent, jusque dans son corps. les "nécessités de l'Eglise" (cf. L5. OC 14). Il les dit très
fort, à temps et à contretemps. On le voit passer sur les routes de France, le chapeau sous le bras ; à la main, un bâton surmonté d'un crucifix ou d'une statuette de la Vierge ; sur le dos, un sac qui contient sa bible, son bréviaire, ses cahiers de notes et sa discipline. Autour de la ceinture, il porte un grand chapelet qui attire les regards des bonnes gens.
A son ami Jean-Baptiste Blain, Montfort expose ce qu'il attend des missionnaires qui voudront bien se Joindre à lui ici (cf J.-B Blain. abrégé de la vie île Louis-Marie
de Montlfort p. 188. Ed.1971),
Autre est la sagesse d'une personne de communauté, autre la sagesse d'un missionnaire et d'un homme apostolique. La première n'a rien de nouveau à entreprendre, rien qu'à se laisser conduire à la règle et aux usages d'une maison sainte. L'autre à procurer la gloire de Dieu, aux dépends de la sienne et à "exécuter de nouveaux desseins". "Le missionnaire a toujours quelque chose de nouveau à entreprendre." Il a le courage du présent et l'audace de l'avenir, avec tous les risques que cela comporte :
".. .C'est un signe qu'on ne fait pas grand peur à l'enfer, quand on demeure ami du monde."
Monsieur Grignion sait de quoi il parle : un jour on le gifle, une autre fois on l'emmène vers la prison. on l'empoisonne, on le menace de lui passer l'épée au travers du corps ; des corsaires le poursuivent dans une traversée risquée de Saint Gilles à l'île d'Yeu... Cela il le résume dans une formule qui lui est chère : "Si on ne hasarde quelque chose pour Dieu, on ne fait rien de grand pour lui".
A la manière de Saint François Régis, notre missionnaire a osé, au risque de sa vie, prêcher la Bonne Parole, jusque dans les maisons de tolérance.
Quelques mois après son ordination, alors qu'il cherche pour lui-même un terrain d'apostolat, il écrit à son supérieur M. Leschassier : "Je ne puis m'empêcher, vu les nécessités de l'Eglise, de demander continuellement avec gémissement une petite et pauvre compagnie de bons prêtres qui exercent leur apostolat sous l'étendard et la protection de la Très Sainte Vierge. "
Après cela. le Père de Montfort pourra conclure : "Au feu, au feu, au feu ! A l'aide, à l'aide, à l'aide ! Au feu dans la maison de Dieu, au feu dans les âmes, au feu jusque dans le sanctuaire ! A l'aide de notre frère qu'on assassine, à l'aide de nos enfants qu'on égorge, à l'aide de notre bon père qu'on poignarde !
... Que tous les bons prêtres qui sont répandus dans le monde chrétien, soit qu'ils soient actuellement dans le combat ou qu'ils soient retirés de la mêlée dans des déserts et des solitudes, que ces bons prêtres viennent et se joignent à nous. "Vis imita fit fortior", afin que nous fassions sous l'étendard de la Croix une armée bien rangée en bataille et bien réglée pour attaquer de concert les ennemis de Dieu qui ont déjà sonné l'alarme... " PE 28-29. Livre d'Or. p. 312-313
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