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Serviam remercie vivement l'Ecole d'Evangélisation
JEUNESSE LUMIERE, Pratlong, 81330 - VABRE, de son aimable accord
de reproduction
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Pour sauver la vie et l'amour : par
amour donner sa vie !
Le
martyre de Santa Scorese
M'est revenu un mot de Jean-Paul II durant les JMJ de Paris 97
:
A la messe clôturant le Forum des 350 délégués,
il a subitement interrompu le Magnificat final pour leur poser
une question (la seule) insolite : " Savez-vous qui est Anwarita
? ". Stupeur de l'assemblée. Pas une réponse
(la déléguée de Jeunesse Lumière le
savait, mais n'a pas osé se mettre en avant). Et le Saint
Père de leur expliquer en deux mots, en martelant à
la fin : " Mais il faut vous former ! ". Que parmi les
quelques 900 personnes qu'il avait déjà béatifiées,
il ait choisi une " martyre de la pureté " est
prophétique. Car ce type de martyre est devenu une des
formes les plus caractéristiques du témoignage de
la foi aujourd'hui.
Ces premiers de cordée sur les
cimes du courage
Dans le gigantesque combat pour
sauver la vie et donc protéger l'amour, personne ne nous
donne autant de courage que ceux qui ont, par amour, donnés
leur vie. Les martyrs contemporains ayant poussé l'amour
jusqu'au bout en versant le sang pour cette cause, sont en vérité
nos premiers de cordée.
Ils transfusent en nous
leur courage, leur enthousiasme, leur intrépidité.
Et Dieu sait si nous en avons un besoin urgent, en ces temps de
découragement, de lassitude, - si ce n'est de désespoir
devant l'anesthésie générale d'une
société chloroformée.
La plus connue des martyres pour la cause de la vie, est Gianna
Beretta Molla, préférant avec l'accord de son
époux- perdre sa vie sur terre, plutôt que de supprimer
celle de son quatrième enfant. Jean-Paul II l'a béatifiée
devant son mari et ses enfants, le 24 avril 1994. Mais on a moins
parlé de toutes les Maria Goretti de notre temps qu'il
nous a déjà béatifiées (Karolina Kozka
de Pologne. Anwarita du Zaïre. Pierina Morosini et Antonina
Mesina d'Italie. La dernière en date : Tereza Bracco (+1944)
à Turin en Mai 98).
Ces quelques noms forment l'émergence d'un iceberg.
Elles
ne se comptent plus, les victimes de l'omniprésente et
obsédante violence sexuelle. Pas un mois ou même
pas une semaine ne se passe sans que quelque part, surtout dans
nos sociétés occidentales une fille (et ce sera
bientôt le tour des garçons) ne préfère
être tuée que violée, perdre la vie que sa
virginité. Je pense entre tant d'autres à la petite
Maria Dos Santos, si dévouée au service des malades,
massacrée à Lourdes en Février 90 l'année
même où à Tarbes était tué le
Père Jean-Luc Cabbes . Emergeant de cette légion-lumière
un visage rayonnant : Santa (son prénom, non encore son
titre) Scorese. Voici juste 10 ans, le 16 mars 1991, elle s'effondre
dans son sang sous les 13 coups de couteaux de son agresseur.
Elle a 23 ans.
Des mains pour soigner, des yeux pour
faire exister
Qui donc est-elle ? Comment à-t-elle
vécue ? Car ce n'est pas seulement son martyre qui est
exemplaire, mais aussi toute une vie aussi brève soit-elle,
la préparant au Don suprême de sa vie. Le 6 février
1968 : elle " vient à la lumière " (expression
italienne pour la naissance) à Bari. (13 ans plus tard,
ce sera la naissance au ciel de Marthe Robin). Elle y vit avec
ses parents et sa sur aînée.
Au lycée comme à la fac de pédagogie, elle
frappe déjà ses camarades par sa droiture, sa franchise,
son refus absolu de compromission avec le mal et le péché.
" Rien d'apparemment exceptionnel ou de particulièrement
intéressant en elle, si ce n'est sa forte personnalité
". Elle avait ses idées et y croyait fortement. Elle
les déclarait ouvertement, sans craindre la confrontation,
elle n'hésitait pas à manifester ses convictions
religieuses auxquelles elle était profondément attachée
" (un groupe de camarades).
Dans son milieu scolaire puis étudiant elle n'a donc pas
peur de témoigner, non sans courage parfois.
Pas
question pour elle de mettre son drapeau en poche. Encore moins
de rougir de sa Foi. Elle en est heureuse, et fière. Elle
sait rendre compte de l'espérance qui l'habite. Elle n'a
pas peur de discuter, d'expliquer moins pour convaincre l'autre
que pour l'éclairer.
Cela passe d'autant plus
facilement qu'elle est toujours gaie, type boute-en-train, ou
plutôt entraînante, en un mot : radieuse. Genre Claire
de Castelbajac. Comme pour une Catherine de Sienne, le Seigneur
se sert moins de son charme féminin naturel que de cette
lumière d'intérieur qui peu à peu irradie
son visage : sa beauté " charnelle " se transfigurant
lentement en beauté divine. Au fur et à mesure qu'elle
s'intériorise en Dieu, beauté au-delà de
toute beauté.
Très tôt elle est saisie par la souffrance, attirée
irrésistiblement par malades, et marginaux.
A
15 ans, la voilà secouriste à la Croix Rouge. "
Aujourd'hui nous sommes allés à l'hopital. Je me
suis rendu compte dans quelle solitude on y vit. ". Un homme
agressif envers tous s'est mis à pleurer dans ses bras
et lui confie son histoire et ses problèmes. Spontanément
elle attire la confiance, suscite les confidences.
Roberta
témoigne : " Dans un orphelinat, elle embrasse un
enfant avec de gros problèmes psychiques qui jamais ne
souriait, et finalement réussit à le faire sourire.
Elle en était heureuse comme si elle avait vaincu le malin.
" C'est Jésus qui sourit ", me dit-elle convaincue
". A Palo del Colle, où elle déménage
en 97, elle soignera des enfants atteints de poliomélite
ou de dystrophie musculaire.
Par ailleurs, elle se dépense sans compter au centre de
la paroisse, donne la catéchèse aux enfants, chante
dans la chorale, fait partie du conseil pastoral. Spontanément,
les personnes en difficulté viennent se confier à
cette douce jeune fille, toujours disponible, avec une capacité
étonnante d'écoute et de sympathie (entre autres
un couple ayant de gros problèmes économiques).
Son
peu d'argent de poche est donné sans compter, et sans que
personne ne s'en doute. N'est-ce pas pour mieux servir, qu'elle
finit par choisir des études de pédagogie, quoiqu'il
lui en coûte : " Je suis fatiguée ! Même
si je fais l'effort de voir dans les études la volonté
de Dieu, il m'est très difficile de le saisir ainsi. Je
sens que je veux être utile aux autres, je ne peux pas dépenser
tant de temps maintenant et encore des années entières
aux études. Je sens l'exigence, toute de suite, de faire
cette expérience humaine et spirituelle ". (10 janvier
1988)
Guiseppe, ami du lycée : " C'était une personne
libre, d'une liberté vraie qu'elle laissait transparaître
". D'emblée on se sentait aimée, estimée,
sans mesure. Elle porte sur chacun un regard qui voit toujours
le meilleur et le plus beau. Qui voit chacun dans sa croissance
et déjà son avenir. Bref, un regard prophétique,
un regard qui fait exister.
Etre
guidée par un père, entourée de frères
: quelle force !
Tout cela elle ne peut le vivre
toute seule. Au Royaume de Dieu, elle éprouve le besoin
de travailler avec d'autres. Elle s'engage donc dans les Focolari,
comme " Gen " de Bari, et fréquente assidûment
les " missionnaires de l'Immaculée ". Elle participe
activement à leurs journées de prière et
régulièrement monte jusqu'à Bologne pour
stages de formation et retraites.
C'est sûrement Saint
Maximilien Kolbe, à travers cette famille spirituelle,
qui lui communique quelque chose de sa tendresse folle pour la
Vierge Marie, qui est une des caractéristiques les plus
frappantes de sa vie dans l'Esprit.
Elle choisit comme Père spirituel, le franciscain Luigi
Faccenta, fondateur de l'Institut. " Je suis contente de
toutes les personnes que Dieu m'a fait rencontrer. Ce soir pourtant,
je veux rendre grâces pour un autre super-don qu'il m'a
faite : un Père Vraiment un homme de Dieu. () Merci Jésus,
parce que tu ne me laisses pas seule et tu mets sur ma route des
personnes tellement précieuses ".
Elle éprouve aussi régulièrement le besoin
de solitude, pour se ressourcer dans le coeur de Dieu. "
Je suis aride, je me sens au désert, mais je sens que le
Seigneur parle à mon coeur. Mais pour l'écouter,.
je dois vivre la croix et cela me coûte, Jésus ".
Et
ce mot tellement fort : " Cela peut sembler étrange,
mais je sens que Marie est tellement une partie de ma vie que
si quelqu'un parle contre Elle, il me fait mal. " C'est Elle
qui lui donne un sens si aigu de la pureté, un émerveillement
devant la beauté de la Virginité. Elle ne tolère
pas la moindre suspicion portée sur celle de Marie. Elle
réagit au quart de tour : " Comment est-ce possible
de dire que Marie n'éait pas vierge et dire que ce dogme
est pour des déficients mentaux ? Je comprends que la raison,
la science te donne les preuves que ce n'est pas possible, mais
je crois que Marie n'est pas une personne comme nous ".
C'est le mystère de Dieu se faisant petit enfant dans le
sein d'une femme qui lui donne ce sens aigu de la splendeur de
la vie naissante à défendre à tout prix.
" C'est une terrible erreur d'affirmer que le Pape devrait
penser à ses propres affaires plutôt que de parler
dans son encyclique, de génétique. Je pose la question
: " si Jésus serait aujourd'hui parmi nous, ne devrait-il
pas affronter ces mêmes problèmes ? Je vois que le
Pape est son vicaire sur la terre, pourquoi ne devrait-il pas
nous éclairer ? Aujourd'hui je sens que je ne puis rester
inerte et laisser dire de telles choses, sans que personne ne
les réfute ".
Le courage avec lequel elle défend la virginité
de Marie, sera le même avec lequel elle défendra
bientôt sa propre virginité
Comme Marie, livrer les clés de
son coeur au Seigneur
Il se créent entre ces deux
femmes de fortes connivences. " Je sens que Marie me tient
par les bras, mais en même temps qu'elle est la femme forte
qui me demande d'être cohérente et de bien vivre,
instant par instant, ma vie. En somme, elle est la femme qu'il
me plairait d'être, mais que je ne suis pas. Je lui demande
la grâce d'au moins lui ressembler un peu ! ".
" En plus de te prendre comme modèle de femme, aide-moi,
Mère, à t'imiter, comme modèle de sainteté.
"
Et encore :
" Je veux essayer d'être une petite Marie, car je suis
sûre qu'Elle est pour moi compagne, Mère, amie. Vierge
Marie, que je sache être prête comme Toi à
donner ma vie pour Jésus ! "
Effectivement, pour lui ressembler elle va se livrer toute entière
à son Seigneur. Ou plutôt, elle va laisser Marie
l'offrir à son Fils. Cela tout en demeurant en plein monde.
. Le 30 décembre 1988, elle a juste 20 ans : elle commence
son temps de probation dans l'Institut séculier des Missionnaires
de l'Immaculée-Père Kolbe, tout en poursuivant ses
études chez elle. Elle aura un jour ce mot de splendeur
: " La chose la plus belle a été de livrer
les clés de mon coeur, de mon âme à Jésus.
"
Assaillie par le doute, je te choisis
à nouveau !
L'autre pôle de sa vie spirituelle
est le mystère de Gethsemani et du Golgotha : " J'ai
vu aujourd'hui un visage de Jésus abandonné ! Moi-même
suis maltraitée et abandonnée par un ami, et je
pense subitement à ma douleur. Comme il est difficile de
penser que Toi aussi tu as été abandonné
! Combien tu as souffert, quand tu as été délaissé
par tes amis et que tu t'es senti loin de ton Père ! Toi,
dans ces moments, Tu m'a aimée encore plus ! Comment alors
ne pas T'aimer dans les autres ? Je me suis mis subitement à
l'oeuvre et ma douleur s'est transformée en amour. C'est
vrai, j'en suis sûre : tu enfonces tes racines en moi, et
je suis contente de demeurer amoureuse de Toi ! ".
Il semble qu'elle ait passé par une grande solitude intérieure.
Le Seigneur la fait participer à la déréliction
de Gethsémani. Comme tant d'entre nous, la voilà
violemment tentée de découragement. Le désespoir
rôde insidieusement autour d'elle. Le virus du soupçon
tente de s'insinuer dans son âme : " Dans cette période,
il y a trop de hauts et de bas ! Peut-être suis-je encore
trop attachée à des raisonnements humains.
Je
suis en train de vivre la tentation de me demander si ça
vaut la peine vraiment de vouer l'existence entière à
un Dieu qu'on ne voit pas et qui, malgré tout, continue
à se taire ! Il est très beau, mais il est très
difficile de le comprendre. Je sais que ça vaut la peine
de donner sa vie pour le Christ ; mais je suis envahie par le
doute : est-ce bien là le chemin pour ma vie ? Si aujourd'hui
Jésus était ici, proche de moi, je lui poserai beaucoup
de questions, où peut-être pas, je resterai à
l'adorer, car il m'a montré qu'il m'aime et qu'il tient
à moi. Je me sens vraiment à bout : c'est comme
si j'étais en train de combattre, mais je ne sais pas si
c'est avec Dieu ou contre les tentations. Il ne me reste qu'à
prier ! " (6 juin 1988).
Et quatre mois plus tard : " Vraiment les épreuves
ne finissent jamais, au contraire le Seigneur permet qu'elles
soient toujours plus grandes afin que j'expériemente toujours
plus sa grandeur. Je crois que les épreuves et la grandeur
de Dieu sont directement proportionnées " (lettre
du 1 octobre 1988).
Heure du grand dépouillement rappelant l'épreuve
finale de Thérèse, et son gigantesque combat pour
ne pas céder à ce qu'elle appelle les " sifflements
de serpents " Ce duel avec le menteur dont elle sortira humblement
victorieuse. Avant d'être martyre de l'intégrité
physique et pour pouvoir l'être, Santa, serait-elle
comme sa petite sur de Lisieux martyre de l'intégrité
de la Foi ? Cette Foi qu'il faut héroïquement défendre
contre toutes les attaques, et du dehors et du dedans. Cette Foi
qu'il faut protéger de tous les virus de suspicion, comme
on vient de le voir pour ce chef d'oeuvre de vérité
: la conception toute virginale de notre Dieu.
De même que Thérèse ne cédait pas d'un
pouce, mais multipliait les actes d'amour (A qui lui susurre :
blasphèmes ! elle rétorque : je l'aime !) ainsi
notre petite Santa, en pleine épreuve se redonne totalement
à son Seigneur, cette fois héroïquement :
" Viens et suis-moi m'as-tu dit, Seigneur, et moi j'ai répondu.
J'ai eu confiance , mais je n'ai pas compris que je devais suivre
ta croix, ton abandon, ta souffrance. J'ai cru avoir fait tout
ce que je pouvais avec ce oui, mais je me trompais ! Tu m'as demandé
de t'aimer jusqu'au bout, jusqu'au Golgotha, et j'ai peur. Seigneur,
donne-moi de te choisir chaque jour, chaque minute, comme mon
rocher, mon tout. Donne-moi de t'aimer, de faire mourir en moi
ma logique, mon envie d'avoir des réponses. Seigneur, même
dans la souffrance la plus profonde qui habite mon cur, je te
choisis à nouveau, je te redis mon oui. Je veux m'abandonner,
me perdre en Toi. Seigneur, Tu continues chaque jour à
m'appeler par mon nom, donne-moi de te rester fidèle ".(13
avril 1988).
Mais fidèle, comment le rester jusqu'au bout, sans la présence
de sa maman , toujours elle ? " Je ne peux rien faire d'autre
que de me confier à l'Immaculée et, quand je prie
ma consécration je souligne les mots où j'offre
mon cur, mon âme, mon corps. Peut-être que je n'ai
pas assez donné, mais Elle saura accepter même cette
pauvreté " (15 octobre 1988).
Elle n'a encore que 20 ans, comme pour Thérèse,
rien ne tranparaît de ces ténèbres intérieures.
Elle paraît toujours aussi gaie, semant la joie de Dieu
en tous ceux qui l'approchent.
Mais c'est ce chemin de croix, au plus intime d'elle-même
qui rapidement la conduit jusqu'à ce Calvaire où
le Tout-Aimé lui donne le rendez-vous de l'Amour.
Toujours sur le qui-vive, prête
à choisir Dieu !
Les trois dernières années
de sa brève existence, cette épreuve intérieure
va se doubler d'un chemin de croix extérieur, totalement
inattendu. Au combat intérieur va s'ajouter une sorte d'état
de guerre, qui la force à être constamment sur ses
gardes, en état de qui-vive.
En effet, dès les premiers mois de 88, elle est poursuivie
par un psychopathe. Pendant 3 ans, il la " file " partout,
lui envoie des billets obscènes, lui téléphone
sans arrêt, menace de tuer ses parents. Véritable
harcèlement sexuel, comme celui qui bousille tant de jeunes
aujourd'hui. Bref, il brûle d'une irrépréssible
passion impure. Elle ne peut plus circuler seule et doit partir
se faire accompagner, même pour rejoindre l'Université.
Micro à Rosa-Maria, sa soeur : " Ce garçon
était vraiment une présence étrange, il était
omniprésent. Même quand nous sortions en voiture
pour faire des achats, nous trouvions régulièrement
un message de lui sur le pare-brise de l'auto ". Carmencita
Picaro une missionnaire de l'Immaculée lui propose de partir
continuer son cheminement vocationnel à Rome ou Bologne.
Mais elle - pour des raisons qui nous échappent sent
qu'il lui faut rester sur place et ne pas fuir le danger. Fut-ce
au prix d'une incessante vigilance, avec le stress que l'on devine.
Le 6 février 89, au jour même de ses 21 ans, elle
subit une première agression sexuelle, tout proche de la
Maison de l'Immaculée où elle partait pour une récollection.
Elle
avoue : " Aujourd'hui, il a essayé de m'abuser violemment.
Il m'a d'abord dit que je serai morte, ensuite il m'a jetée
par terre, cherchant à m'embrasser. Quelle horrible sensation
! Jai hurlé avec toute ma voix et toute mon âme,
mais personne n'a entendu. J'ai invoqué Jésus, lui
disant qu'il ne pouvait laisser faire cela, et j'ai appelé
Marie. Heureusement, ils m'ont entendus et j'ai pu me libérer
de ses griffes ".
Traumatisée, elle se confie comme toujours à son
Seigneur : " Je ne comprends pas pourquoi on est arrivé
jusque là, pourquoi Jésus, permets-tu cela ? J'ai
essayé de t'imaginer sur la croix, de contempler ta passion
avec ma souffrance, mais je n'arrive pas : tu me demandes trop
! Comment puis-je continuer ma vie ainsi ? Je sens que mes forces
s'amenuisent. Mais, pourtant, je serais aveugle si je ne voyais
pas que Tu étais là. Et toi, Marie, Mère,
tu ne m'as même pas abandonnée un instant. Je te
demande, l'esprit brisé, de me tenir dans ton coeur. Ne
m'abandonne pas même un instant, car tu as pris l'engagement
de m'accomppagner toujours, jusqu'à l'éternité.
"
Début Mars 1991, d'après sa soeur, elle aurait reçu
encore un billet, mais cette foi pour la prévenir de ce
qu'il tramait. Elle le déchira. N'empêche que, perturbée,
elle va se confier à son père spirituel : "
Si quelque chose m'arrive, sachez que je choisis Dieu ! ".
De son côté le curé de Palo del Colle, affirmera
: " Santa se préparait au pire et ce qu'elle m'a dit
peu de jours avant l'agression me demeure gravé dans la
mémoire : " S'il n'y a pas moyen de faire autrement,
je veux dire à Dieu mon OUI. Je préfère mourir
".
L'heure finale : celle de l'amour en
son maximum
Et voici l'heure suprême.
Nous sommes le 15 mars 1991. C'est Vendredi. Le soir. L'heure
du coeur transpercé. Santa revient de la paroisse. Aux
amis qui lui proposent de l'accompagner, elle répond qu'ayant
sa voiture elle se sent en sécurité pour rentrer
seule. La nuit est tombée. Et voilà que l'homme
qui la poursuivait depuis 3 ans est terré contre la porte
de la maison. Ayant la complicité de l'obscurité
et du silence, il espère être plus persuasif et pouvoir
enfin assouvir sa folle passion. Elle sonne à l'interphone.
Le papa répond, mais il n'entend pas la voix de sa fille.
Inquiet, il se précipité au balcon, se penche et
surprend l'atroce scène. En hurlant, il se précipite
par l'escalier et se jette sur l'assassin qui continue à
frapper sa fille. Trop tard ! Santa gît dans une mare de
sang. Treize coups de couteaux ont déchiqueté son
beau corps virginal. Elle est immédiatement portée
à l'hôpital. Sa soeur l'y accompagne : " Dans
la voiture elle continuait de perdre son sang. Elle disait : "
Aidez-moi ! Je n'arrive pas à respirer ! ". Je lui
suggère de se confier à la Madone. Elle me regarde.
Elle murmure une prière à l'Immaculée qu'encore
enfants, nous avions composée ensemble : " Je t'offre
tout mon être et toute ma vie, tout ce que je possède,
tout ce que j'aime et tout ce que je suis : mon corps, mon coeur,
mon âme ".
Quelques heures plus tard. Tôt le matin du 16 mars, en salle
d'opération l'Immaculée vient la prendre pour l'offrir
à jamais à son Enfant, cet Enfant à qui elle
était déjà totalement livrée.
N'avait-elle pas un jour écrit : " jusqu'à
quel point je suis prête à tout quitter, mais vraiment
tout pour Jésus. Donne-moi la force de mourir et de te
faire vivre, Toi, Jésus ". Et de continuer : "
Je te demande de me donner de te voir déjà sur la
croix et à travers la croix de voir la résurrection.
Que je sache, ô Marie, être prête à donner
ma vie la plus intime pour Jésus, à souffrir pour
Lui et avec Lui. Et à chanter toujours mon Magnificat,
car le Seigneur a fait en moi de grandes choses Je te demande
de me donner la capacité de mourir ". La voilà
exaucée en plénitude. Et son Père spirituel
d'écrire : " Oh ! je la connaissais Santa et je l'admirais
quand ses lettres respiraient la pureté, et qu'elle pensait
consacrer toute sa vie au bien de ses frères, en rayonnant
sa joie de vivre. Je la connaissais quand elle désirait
percevoir en mon cur les palpitations du Cur de Jésus.
Mon cur pleure de tristesse, mais avec l'espérance qu'elle
est là sur le trône des bienheureuses. Et elle nous
appelle tous ".
Comment ne pas évoquer ce mot fulgurant d'un évêque
dominicain, tué 3 ans plus tard à Oran, Pierre Claverie
: " La mort ne pourra rien me prendre, car l'amour a déjà
tout donné ".
Ce cri du sang qui clame la Gloire de
Dieu
Quelques mois plus tôt, le
20 aout 1989, un demi-million de jeunes de presque tous les pays
du monde sont rassemblés à Compostelle sur le "
Mont de la Joie ". C'est la 3° JMJ Internationale. Dès
son arrivée, un journaliste pose à brûle-pourpoint
la question à Jean-Paul II : " Qu'êtes-vous
venu faire ici ? " Réponse du tac au tac : "
Je suis venu saluer les martyrs du début du 3° millénaire
" Avait-elle lu cette phrase-choc ? Le martyre de notre ardente
petite Santa est-il prophétique pour cette mise sur orbite
du troisième millénaire ?
Quelques mois plus tard, le 15 août 1991, deux millions
de jeunes pour la première fois de l'Est et de l'Ouest
ensemble sont rassemblés à Czestochowa. Le Pape
tout de go lance à ceux d'Occident : " Soyez des lutteurs,
comme ceux qui ont témoigné à l'Est jusqu'au
martyre. La voici venue, votre heure ! ". Votre heure de
témoigner, à votre tour, jusqu'au sang versé.
Chez nous, aujourd'hui l'idéologie marxiste-léninsite
a été relayée par l'idéologie du libéralisme
immoral. Il vire au totalitarisme, à la pensée unique
agressivement imposée, sous peine de marginalisation, si
ce n'est de condamnation à mort sociale. Les médias
jouant le rôle des tribunaux populaires à la Mao,
livrant les résistants à la vindicte de la populace.
Lorsqu'un pays est envahi, des jeunes se lèvent, quittent
tout pour entrer en résistance. Comme je l'ai vu en pleine
guerre du Liban. Car alors exister devient synonyme de résister.
Aujourd'hui le pays de l'amour sacré entre tous, car
c'est celui de la vie est tellement menacé, pire
: déjà agressé, occupé, opprimé
que des jeunes de partout se lèvent. Ils renoncent à
fonder eux-même une famille, pour servir le mystère
de la famille. A exercer leur sexualité dans le mystère
du mariage, pour être les serviteurs/servantes inconditionnels
de ce fabuleux don de Dieu. Ils quittent maisons, famille, possible
époux-se et enfants. Pourquoi ? Pour monter en premières
lignes, et devenir ces " sentinelles du matin ", veillant
sur leur génération en train d'être bousillée.
Et prêts, toujours et partout, à verser leur sang
pour que ne soit pas contaminé par des virus de mort, le
sang si pur de l'Amour. A livrer leur vie, si fragile, pour que
la Vie ne soit pas tuée là où elle est la
plus fragile et vulnérable.
Pour enrayer la conjuration programmée, calculée,
orchestrée contre ce chef d'uvre divin qu'est la sexualité,
faudra-t-il des vies ainsi livrées jusqu'au bout ? L'avenir
proche le confirmera.
Là où les beaux discours ne passent plus, où
la voix des pasteurs est systématiquement baillonnée,
ou plutôt ridiculisée (en persécution communiste
c'était : " Ferme-là, sinon l'HP où
on te rendra fou ", maintenant c'est : " Cause toujours
! On s'en fout ! "). Ne nous reste comme arme défensive
que l'objection de conscience juqu'à perdre son travail,
si ce n'est recalé aux concours. Cas de plus en plus fréquents.
Mais plus fort encore le seul cri qui pourra percer la conspiration
du silence, crever le petit écran, arracher tout un peuple
à sa mortelle léthargie, sera le cri du sang. Celui
d'Abel. Celui des Céciles et des Maria Goretti, de notre
génération vivant le passage d'un millénaire
à l'autre : Carolina, Antonina, Anwarita, Téréza,
Maria Dos Santos, et notre petite Santa.
Pour clore, le micro à notre Prophète de Jean-Paul
II, lors de la béatification de Marcel Callo, Pierina Morosini
et Antonina Mesina : " Marcel, Pierina et Antonina vous sont
remis à vous, les jeunes, en tant que témoins d'un
amour en marche, capable de voir au-delà de l'humain,
de voir Dieu comme si on voyait l'invisible. Ils vous sont remis
comme un exemple de foi mûrie, libre de tout compromis,
comme un hymne d'espoir à l'adresse des nouvelles générations,
que l'Esprit continue d'appeler aux sources de l'Evangile. Aujourd'hui,
ils sont placés dans un moment annonciateur pour annoncer
la joie, celle de glorifier le Christ en son propre corps. En
lui présentant la Parole de vie, ils crient leur message
avec la force siliencieuse du martyre et, avec leur jeune sang,
ils chantent au Christ, Roi et Seigneur des martyrs, aujourd'hui
et toujours. "(4.10.87)
Voilà donc ce que nous clame le martyre de cette humble
et joyeuse jeune italienne , au seuil de ce nouveau siècle
: celui où après le siècle le plus meurtrier
de l'histoire, la vie éclatera dans son jaillissement printanier,
parce que l'amour aura été restitué par l'Amour.
Le 15 mars 2001.