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SAINTE SCHOLASTIQUE


C’est bien Scholastique qui a choisi la meilleure part.

Elle ne lui sera pas enlevée. En vous disant cela, je désirerais mettre en parallèle notre Evangile sur Marthe et Marie et ce que nous rapporte St Grégoire, dans ses Dialogues, à propos de la sœur de St Benoît, dans un épisode célèbre du moins dans nos monastères.

Grégoire nous dit que Scholastique était consacrée au Dieu tout puissant dès son enfance. Elle lui vouait donc sa vie, à l’instar de son frère Benoît ; tout comme Marie ou Marthe, sœurs de Lazare et très proches de Jésus. Tous sont des amis de Jésus ; ils vivent dans son intimité ; ils le reçoivent dans leur maison et dans leur cœur.
C’est ensemble, en cellule familiale, qu’ils vivent dans la proximité de Jésus. Scholastique aime ainsi, à l’occasion, retrouver son frère Benoît pour parler avec lui des choses de Dieu.
Partage de la parole et de la table rythment la journée, comme jadis à Béthanie. " Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis au milieu d’eux ". L’hôte visible d’hier, Jésus à Béthanie, est invisible mais non moins présent sur les contre-forts du Mont Cassin.
Puis le soir survient et Scholastique désirerait poursuivre la rencontre, demeurer un peu plus longtemps avec son frère : " parlons jusqu’au matin des joies de la vie céleste ".
Comme Marie, elle est assise au pied ; elle écoute la parole et souhaite demeurer. Dans l’Evangile, Marie va essuyer une rebuffade de sa sœur toute affairée : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée seule à faire le service ". Un reproche teinté d’agacement sera aussi le fait de Benoît : " Que dis-tu là ma sœur ? Je ne puis aucunement demeurer hors du monastère ".
Marthe, Benoît sont des personnes de bon sens, qui se réfèrent à la loi ou à la coutume lesquelles les provoquent au faire.
Marie, Scholastique, elles, se contentent de demeurer dans l’être : dans l’Evangile, Marie assise écoute ; on la devine immobile et attentive, suspendue avec un cœur dilaté à la Parole du maître. Marie est la contemplative par excellence, le modèle qui sera donné à la vie monastique. Et Scholastique, la moniale, a retenu la leçon : le refus de demeurer, qui émane de Benoît, ne la démonte pas.
Elle va poser ses mains sur la table, les doigts joints – observe St Grégoire – puis elle incline sa tête sur ses mains pour prier le Dieu tout puissant.
A l’événement qui dérange voire contrarie, elle répond non par la colère mais par la prière.
Alors telle une réponse du ciel, un orage diluvien va figer le frère et la sœur sur place jusqu’au petit matin. La prière est récompensée ; elle porte fruit, car elle peut changer même le cœur de Dieu. Le miracle se fait réponse à la prière contemplative de Scholastique.
Quant à Jésus, encore plus directement, il louera l’attitude de Marie : elle a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée.
Et Benoît peut se voir reprocher la même chose que Marthe : " tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses ; une seule est nécessaire ".
Marie et Scholastique ont su aller à l’essentiel : demeurer avec le Maître. Benoît et Marthe n’ont pas mal fait ; mais ils ont eu tort de ne pas repérer cet essentiel. Certes ils sont saints et l’Eglise les reconnaît comme tels. Mais peut-être, du moins dans les textes de ce jour, Marie et Scholastique les surpassent-elles, sans doute parce qu’elles savent trouver la paix dans la seule rencontre avec le Christ, dans l’amour partagé.
Le reste est donné par surcroît. On peut laisser la conclusion à St Grégoire qui écrit : " il n’est pas étonnant que (Scholastique) l’ait emporté sur Benoît, car selon la parole de St Jean, Dieu est amour ; et, par un juste jugement, celle qui a aimé davantage a été la plus puissante ".

Père Achille Mestre
Moine bénédictin

Février 2002

 

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